VÉRONIQUE
IN'est-ce pas? quel coup de destinée Je lai découvert là, dans cette cheminée, Je vous dirai plus tard,... par du feu que j'ai fait Mais c'est bien lui... louchez,... regardez...
JEAN, saisissant a son tour les parures .
En effet,
C'est bien lui!... c'est bien là le trésor de famille! (juoi! c'est à moi ce tas de diamants qui brille... A moi fous ces bijoux!...
// reste immobile et muet, les mains pleines de bijoux, absorbé dans su contemplation.
VERONIQUE.
Maintenant vous pouvez Amener votre Irène en ces murs relevés; Vous pouvez lui donner opulence et noblesse...
S'aperceront que Jean ne l'écoute pas.
Mais il ne m'entend plus... Allons, point de faiblesse! Je dois partir...
JKYN, se parlant à lui-même et maniant les bijoux.
Ainsi, c'est à moi ce trésor!
Je le vois, je le touche, et n'v puis croire eucor... Eh bien! c'est du bonheur: il faut que j'en profite. Mais pourquoi donc mon cœur ne bat -il pas plus vite? Pourquoi donc, en taisant ruisseler dans ma main Ces cailloux précieux, qu'on me paira demain En bel argent comptant chez le prochain orfèvre , Ne suis -je pas joveux et n'ai- je pas la fièvre'.' Je suis riche pourtant... Véronique a raison: Je puis faire à présent rebâtir ma maison, Racheter alentour la forêt et la plaine, Et, nouveau châtelain, choisir ma châtelaine. Je suis riche, très riche, et n'ai qu'à faire un pas Vers les parents d'Irène... Ils n'hésiteront pas: On va congédier ce fat, et tout s'arrange... Non! ce n'est plus mon cœur qui parle... C'est étrange! Dans mon âme, à l'instant encor pleine d'ardeur, Ces diamants ont mis leur subtile froideur. Irène me déplaît, s'il faut que je l'achète Avec ce sac decus que le hasard me jette. Je m'offense aujourd'hui de son mépris d'hier; Et, riche, je prétends, comme un painre, être fier!... Quoi! l'on change à ce point!.. Ah! le destin me raille!... Et vous auriez bien du rester dans la muraille
Au lieu de me prouver, ô trésors, superflus,
Que ma douleur iiieutait et que je n'aimais plus!
Eh bien, si! j'ai raisou... Je devais, par vous seules,
Parures dont jadis s'ornèrent mes aïeules,
Apprendre cette amère et saine vérité;
Et, pour l'honneur du nom que toutes on( porté
En mères de famille, en épouses fidèles,
Je ne dois point choisir de femme indigne d'elles.
VÉRONIQUE, à part.
Oh! c'est trop tard!
JEAN, changeant de. ton y a Véronique.
D'ailleurs, s'agit-il de cela?
Réalisons d'abord cette fortune-la Cent mille écus, dit-on... Peut-être davantage! D'abord, premier plaisir,... il faut que je partage Avec vous, nies amis, qui seuls savez m'ai mer. Pour l'abbé, dès demain je le fais imprimer. Et quant à vous, ma bonne et généreuse amie, Vous n'aurez plus besoin de tant d'économie, Et vos mains puiseront au trésor sans compter. Ma pauvre chère enfant, que je Vais vous gâter! Mais ce sera charmant! L'existence nouvelle Que nous allons mener à mes veux se révèle: Oui, nous restons chez nous, les pieds sur les tisons; Nous sommes trois amis, et nous nous suffisons; Vous êtes la maîtresse au logis, Véronique; Vous exercez sur nous un pouvoir tvrannique ; Moi, je chasse-, et l'abbé, dans ses fougueux élans, Me déclame ses vers, que je trouve excellents; Nous nous abandonnons au repos qui nous berce; Et, comme des oiseaux éprouvés par l'averse, Satisfaits du refuge où Dieu nous réunit, Nous nous tenons tous trois serrés dans notre nid! — Et j'osais m'attriste* ! Mais, que Dieu me pardonne! Je fais mieux que d'avoir du bonheur... car j'en donne.
VERONIQUE.
J'ai regret de troubler un rêve si joyeux , Monsieur Jean, mais je dois vous faire mes adieux.
VERONIQUE