‹ Eloge d'Emile ZolaChapitre 2 sur 2 · BH5P · texte numérisé non relu

BH5P

ÉLOGE d'kmILE ZOLA 13

souffrante, riiumuiiité en marche vers ses destinées meilleures. Et ce n'eût pas été trop que toute une humanité pour pleurer un tel homme...

Tout aux entours de I*aris, il e^t maintes demeures pieusement conservées, maints enclos perp^Huellement lleuris, vers les(iuels se pressent parfois <les pas fervents, des pensées émues. Chacune de ces maisons garde en son ombre un peu de la gloire de la France; et ces fleurs, pour être sacrées comme celles des tombeaux, ne sont pas les tleurs de la mort, car elles offreiit au contraire leur tendresse recueillie à la mémoire de ceux i^ui ont passé là, et dont le souvenir est impérissable. A Port-Uoyal, l'autniue Solitude en ruine reste à jamais hantée par les grandes ombres de Pascal et de Racine.

Montmorency, Ermenonville retiennent dans leurs charmilles l'âme sensible do Rousseau, et quelque peu de sa généreuse rêverie. Les Jardies de Ville-d'Avray, à travers les reliques d'un autre mort, nous

.r la silhouette géante de ,.^-,ssent évoquer la s n ^^,^^^^^y,

Balzac -, et nous con -on, ^^^,^^.^^^^

l. Vallée «"Y'^Si A Valvins. a Chateaubnana planches mai-

^3gny-les-Hameau. d ^^^^

'°"''°"^,''Te"tdUres maisons que Plus loin, Il est^ j^^ ^^oir

,,„ aime ^-^^'J^Zn^J^ ^'^^^ '^'''l visitées. 01. semble co .^^.ent, et

qui y naquirent ou qm le^ . ^^.

-^l^ftrr^evraire. le saintmité. Le Feroey i Tréguier de

point de Lamartm«;j;^^,i noble Renan, se parent a nos y ^^ ^^^

«^ ^■^'^^ ^"Slmnecrmmeuntemviolente, quele *°°J' je^iUe-House, où pie tutélaire, il y a H j^^^.^^.

naguère résonnait ««^e^"; ^ . jj enfin

ble%ue celle des flou -^^^^^

le pavillon de Cro sset ^.^^.^

-^-.^iLTerS-^^^^^^^^^

l'une a l autre ceb ,,^^^^„;s par un©

ÈIjOC.K dV.MILE ZOL4 1"»

lissent à bon droit de posséder des mai sous plus presti^'ieuses que des palais, qui furent celles de Sh:ike.speare, de Dante, de Oœthe ou de Richard \Va;,'ner. Pourtant, Messieurs, il n'est pas une seule de ces maisons (jui s'identilie avec la personne de son hôte immortel aussi parfaitement que celle où nous sommes réunis. Cette villa si simple, entre ces deux pavillons hauts et massifs comme des tours, c'était bien l'asile qui convenait à son intimité, comme à son travail ou à sa méditation. La destination nouvelle que lui a donnée M">« Emile Zola no saurait en changer le caractère: Zola, i[\v aimait si sincèrement les humbles, les laborieux, les dévoués, les déshérités»

eût accueilli de tout son grand cœur les femmes courageuses que nous verrons ici désormais, les femmes héruï<iues dont îa (àche exige tant de vertu et d'abnégation. Et c'est ainsi qu'à l'avenir, lorsfjue nous reviendrons au pèlerinage de Médan, nous retrouverons Zola survivant non plus seulemout dans son œuvre et dans sa gloire

ÉLOGE 0'É>a.l-E ZOLA

«oensée sociale etdansndéal

mais dans «^ P«"*;%i,e certain, apprendetoutesav,e.Peu^ ,„,,,,. et

dront-ils alors aie ^^^^^^.^i3

ceux qui 0°° «^*^f i„ué. nos aspira- ,ueinietzsche-mej-.^^; apprendront tions de vente et de ju ^^ ^.^.^

àMédancommentunecn ,^Héet

s-est élevé, par 1 amour de ^^.^^^ ^

de cette justice, jusqu a a pm

la plus réelle surhumamte.

ÉLOGE o'iiMILB ZOLA 17

Mesdames, Messikl'rs,

Emile Zola était le plus clairvoyant des penseurs. La clairvoyance, l'intuition exacte de toutes les choses de la vie, comptent parmi les plus éclatantes 'jualités de son génie littéraire ; et ces 'jualités s'élèvent parfois jusqu'à une véritable diTination. Pourtant, il fut un jour, un seul jour, où le prophète se méprit. . .

C'était au temps où une grande partie de la jeunesse littéraire suivait un courant d'idées, ou plutôt une tendance d'esthétique, qui semblait, — peut-être avec moins de raison qu'on ne croyait alors, — en contradiction absolue avec les doctrines dont le Maître avait assuré la victoire. Il oublia que la jeunesse est souvent avide de luttes, et que, pour chercher de nouveaux terrains de bataille, elle s'éloigne volontiers des triomphateurs. Avec un peu

^g ÉLOGE D'EMILE ZOLX

jeunesse... >> s*ecria-t-il.

î,on, Messieurs, "^ " ^ .^easion Zola et la Jeunesse, a Pre™^^^^^^^.^^^^

leluidéœontra Lorque ^^^^^^j^.^ sombres, il vit se «""^«^ ^que

solidaires et -'d^^'"^;;/;;;,"! écart datons ceux qui «'éta»«°* '^";! \ vit à ses rant les jours de triomphe Jl-J ^^

côtés les jeunes ^-'^^S ^à.m.navait cru ^«f f^i^^Te "eVt angère pour

der l'^7^t^^,'rufe de la r^^^ "^^'^'^

y attendre 1 heure ae w . j^ ^ de

îable,ilentdumoinsla nsc^^^^^^^^^^

penser que les '^'^^^'^ ^'.''ZxVvnnis.

^rslTeS^a'SrVune de

et cela compensa a ses yeux

de quelques amis iuMeles^- • ^^^^^. ^

Rien n'était fini , la J^^"^"^ ^-giie

p.ofondémentattaclieeauM teq^^^^^

se devait d'aimer entre tous. 111

ÉLOGE DÉMILE ZOLA 19

aiiiiéo, lui, durant toute sa belle vie d'écrivain ! Il uvait incarné chacune de ses aspirations, il avait été le champion héroï([ue et fort de chacune de ses batailles. Et je ne parle point seuleinont de la jeunesse littéraire, mais de toute la jeunesse artistique et intellectuelle de notre époque. Le i»remier livre de combat, livre d'ardeur et d'amour qu'il intitula Mes IlaincSy — lui <iui ne sut jamais haïr que l'exécrable, — appela au ralliement tous ceux qui, pour l'art intégral, voulaient marcher à la con(iuéte de l'alTranchissement et de la lumière. Puis il lutta sans répit ; sou nom retentit partout où il y avait à rajeunir, à vivilier, à réédiller. S'il se lit, dans les Soirées de Médariy le collaborateur de nouveauxvenus (ju'il voulait aider ainsi à franchir la première étape de la route ; s'il se lit plus tard, dans ses puissants drames lyri<iues, le collaborateur d'Alfred Bruneau, on peut dire (ju'il fut aussi le collaborateur virtuel de Mane^ de Claude Monet, de Camille Pis8i»rro, de Renoir, de

Ferriand Desmoulins, d'Alexandre Charpentier, de Gustave Charpentier, d'Antoine. Son robuste effort secondait leur effort ; il luttait avec eux, pour eux, pour l'Art qui était son culte. On demeure saisi de surprise et d'admiration, quand on songe que le même homme édifia l'œuvre la plus formidable, et qu'il servit simultanément, avec une vaillance égale, la jeune peinture, la musique nouvelle, la dramaturgie nouvelle, la jeune science, les jeunes idées. Il lutta encore, plus qu'aucun autre, contre les lois oppressives et caduques, pour nous conquérir, à nous qui les lui devons et qui ne l'en glorifierons jamais trop, les libertés dont nous jouissons aujourd'hui, — liberté de la plume, liberté de l'art, liberté de la pensée... Et comme il l'aimait, la jeunesse, quand il écrivit en 1885, au moment de la mort de Louis Desprez, une page aussi belle que ses plus belles, aussi brave que sa plus brave... Louis Desprez était un adolescent, un débutant dans les lettres. Condamné à un mois de prison pour les

ÉLOGE DKVllLB ZOLA 21

hardiesses d'un premier livre, il mourut peu de jours après sa libératioa : sa sauté chancelaute n'avait pas résisté au régime de Sainte-Pélagie. Zola le vengf»a, et ce fut toute la jeunesse qu'il défendit en lui. Ah ! non, elle n'a été ni surprenacjte ni nouvelle, l'attitude d'Kinile Z)la s'arrachant à sa table de travail pour crinr justice ! Aussi, la jeunesse des siècles à venir n'oubliera ni ce qu'il (ut, ni ce (j»i'il fit : elle personnifiera en lui son bel idéal, comme elle apprendra dans ses livres la s;ig<^sse et la l)onté.

22 ÉLOGE D'ÉMILB ZOLA

Mesdames, Messieurs,

Ses yeux sont pour toujours fermés à la lumière, el sa main ne se lèvera plus pour défendre l'innocent ou l'opprimé. Sa grande voix ne nous entraînera plus à la conquête de la beauté, de la justice et du bonheur. Mais, du moins, son âme demeure toute entière parmi nous, car Tœuvre colossale nous reste ; et il nous reste mieux encore : la moisson qui lève ! Elle lève de toutes parts, sur tous les champs du monde, la moisson que d'un geste infatigable sema le bon géant. Nous lerons un jour la récolte, et nous rentrerons les gerbes!

Si Emile Zola fut naguère « un moment de la conscience humaine », il est aujourd'hui, par son œuvre, par son influence, par sa pensée, Texpression magnifique et pure de la conscience

tuxiF. d'Emile zola i'3

de notre pairie. Plus lard, (juand viendront les temps <iue son lucide génie a entrevus, les temps de progrés, de vérité et d'harmonie où d'autres générations régneront plus heureuses sur la terre plus fleurie, Zula, le prophète et l'apôtre, sera encore et toujours la conscience sereine, la conscience vivante et joyeuse, la conscirnrc tUeriiellc de l'iiumanité !

«:ruo;-.-A

ACHEVE D'IMPRIMER le vingt octobre mil neuf cent cinq

Page 1