‹ Eloge de Blaise Pascal, accompagné de notes historiques et critiques;Chapitre 1 sur 5 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

iîiN travaillant à cet Ecrit , je n*aî pas eu pour objet de composer un Eloge stérile , vain recueil de lieux oratoires , également inutiles à la mémoire de Pascal et à l'instruction de ses admirateurs. Nous avons assez de phrases, s ecrie-t-on de toutes parts. J'ai osé me proposer un plus noble but : j'ai taché , d un côté , de faire entrevoir les utiles leçons (jue le philosophe et Thomme de lettres peuvent trouver dans l'examen des travaux de Pascal , et dans l'étude des chefs-d'œuvre de sa plume. Mais , d'autre part , j'ai sur-tout désiré de faire sentir toute la grandeur et toute l'importance de ses vues sur la destination et les devoirs de l'homme, çt de présenter, dans le tableau de ses vertus en action , un modèle capable de réchauffer les âmes en qui toute semence de Religion et de saine morale n'est pas étouffée. Ce point de. vue , sous lequel j'ai cru devoir envisager un si beau sujet, a entraîné quelques détails devenus indispensables , et a donné à mon Discours un peu plus d'étendue peutêtre que n'en comportent les formes ordînaîres» Et cependant , en me restreignant à là véritable substance des choses , j'ai eu encore des * sacrifices à m'imposer , et je suis loin d'avoir tout dit. Quoi qu'il en sôit , la

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manière dont j'ai exécuté mon travail , apprendra seule si j'ai bien ou mal fait de m'attacher à la fin que j'ai choisie. Après tout, ce Discours dépasse peut-être à peine les limites de quelques Eloges connus et consacrés.

Je ne dis rien du plan que j'ai suivi : il m'a paru , si je puis ainsi m'exprîmer, obligé de sa nature et tracé par le sujet même. C'est par des prodiges dans les Sciences que Pascal a débuté ; il a écrit les Provinciales dans l'âge mûr , et son grand Ouvrage sur la Religion devait couronner ses travaux. Ainsi, l'ordre à peu près chronologique dans les faits , l'ordre des matières et la gradation d'intérêt , tout se trouve ici réuni. Vouloir s'écarter de ce plan , c'eût été chercher ridiculement à faire un tour de force aux dépens du naturel et du vrai , dont on ne viole jamais impunément les lois. Ayant un tel plan sous la main , et , pour le remplir , des détails d'une richesse et d'une beauté rares , si l'orateur , placé d'ailleurs dans les circonstances convenables , jie parvenait pas à inspirer quelque intérêt, ce serait bien complètement sa faute. Cependant , je crois avoir besoin , pour mon compte , de toute llndulgence du Public : j'ai écrit dans la solitude , loin de toute lumière et de tout secours , au travers de nombreux devoirs à remplir ; et il ne m'a pas été possible de choisir une situation plus

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favorable. Ces mêmes circonstances ne mWt permis d'entrer dans le Concours , faute de lavoir connu plutôt , que vers le milieu du terme dont d'autres concurrens ont pu jouir.

Quant aux Notes que j'ai placées à la suite de mon Discours , ce recueil accessoire étonnera peut-être d'abord par son volume 5 mais , comme on peut à son gré lire ou omettre ces Notes , je ne crois pas qu'il soit nécessaire de m'en excuser. Voici toutefois les motifs qui me les ont fait entreprendre.

L'auteur d'un Eloge serait bien mal-adroit , qui ne parviendrait pas à faire naître quelque intérêt en faveur de son héros ; le panégyriste de Pascal le serait sur-tout beaucoup plus qu'un autre. Or , cet intérêt , quand il a pour objet un homme si extraordinaire , peut être assez vif pour produire le désir de retrouver sous un même point de vue tous les détails qui concernent 1^ personnage loué, et qui tendent à le faire mieux connaître. J'ai pensé, d'ailleurs , que la vie et les travaux de Pascal , rappelant des époques célèbres dans l'histoire des sciences , des lettres et des doctrines religieuses , on serait peut-être bien aise de trouver dans un petit volume , à la portée de tout le monde , un abrégé des circonstances les plu3 remarquables qui ont fait tant de bruit , et propre à dispenser de recourir à un grand nombre d'ouvrages volumineux , qui

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ne sont pas entre les maîns de tout le monde, et dont quelques-uns ne sont pas susceptibles d'être entendus par tous les lecteurs.

Pour ce qui regarde les questions théologiques , que je n'ai pu me dispenser de rappeler , je prie le lecteur de considérer que les concurrens n'ont jamaîs dû perdre de vue l'obligation expresse , qui leur était imposée par l'Académie , de se montrer étrangers aux querelles théologiques auxquelles Pascal crut dei^oir prendre part.

La célérité avec laquelle la première édition de ce Discours a été imprimée , dans le Kecueil de l^ Académie des Jeux floraux , a donné lieu à quelques fautes typographiques, à quelques omissions et transpositions de Notes : je les ai 'rectifiées ici avec le plus grand soin.

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renjouement, pour la finesse et la force du ridicule ; Démosthène et Bossuet , pour le sublime et la véhéinence du style ; Socratc , Platon , Epictète , en philosophie : qu'ai-je dît ? qui a été plus que tout cela , un héros chrétien et l'un des plus dignes modèles de la perfection évangélîque. A ces traits , dont l'alliance a de quoi nous étonner , qui peut méconnaître Pascal ? La nature a- 1 -elle enfanté deux fois un tel prodige ?

La vérité toute seule , je le vois , et je dois redouter un écueil trop. fameux dans les fastes de la louange ; la vérité , dis-je , toute seule va prendre ici les couleurs de l'exagération. Laissons aone la méthode ordinaire des orateurs : c'est un autre art qu'il nous faut. Pour exposer les titres de Pascal à une gloire immortelle aussi pure que solide , recourons à toutes les ressources de la simplicité, et ne craignons point de manquer les couleurs propres de notre sujet. Qu'avons-nous besoin du prestige du langage, si nous n'avons que des merveilles à raconter ? Ne nous suffira-t-il pas de suivre les travaux du grand homme et l'exercice de ses vertus chrétiennes (i) ? Ah ! gardons-nous de profaner par un luxe étranger les richesses d'une telle matière ! Qui oserait prétendre à Péloauence en présence de -Pascal ?

Pardonne , ombre illustre et révérée , si , d'un bras impuissant et mal assuré, j'entreprends d'élever à ta gloire un monument qui réclame des mains plus savantes que les miennes ! Mes efforts , je le sens , seconderont mal le noble désir qui m'anime ; mais du moins je saurai rendre à ta mémoire un hommage pur et vrai , et rien ne m'échappera quî^ puisse outrager tes vertus » que j'honore bien plu^ encore que ton génie.

(i) Un ëcrivain célèbre a dit que six pages suflRsent au-delà pour la vie d*UD auteur aëdeutaire , qu'elle est toute entière dans ses ouvrages. Si la dernière partie de cette sentence est une ve'ritë , il faut coavciiir que U règle qui en est tirëe « n'est pas sans exception.

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Tracer rapidement des faits pleins d'intérêt , et analyser les grandes vues qui s'ofitiront à nos regards » voilà la seule tâche qt^e je m'impose. Montrer ce que Pascal a été et ce qu'il a fait , ce sera , je pense , un assez bel éloge.

Mais , avant tout , qu'il me soit permis d'applaudir aux sages qui , les premiers , ont eu la belle et généreuse pensée , non-seulement de venger la mémoire de Pascal du long silence de tous les corps littéraires de sa patrie, maïs de dissiper enfin les nuages et de décnirer le voile dont l'^prit de parti et }e ne sais quelle philosophie peu digne du nom qu'elle porte , ont voulu couvrir sa statue.

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