PREMIÈRE PARTIE
Ne nous arrêtons point à rappeler que les aïeux de Pascal étoient anoblis, depuis un siècle et demi , pour leurs services dans l'administration publique ; imitons ici un grand orateur louant l'un des plus illustres capitaines des temps modernes : comme lui , laissons l'usage de faire un mérite de la naissance à ceu:ç qui ont besoin de compter scrupuleusement les titres de leur héros pour relever sa gloire « et de remplacer ce qui manque à ses qualités personnelles , par celles de ses ancêtres. Il est moins indifférent de remarquer que Pascal dut à son père les premiers fruits d'une éducation sage et raisonnée , et qu'il n'eut jamais d'autre maître. Heureux les enfans qui trouvent , dans l'exemple et les préceptes d'un père instruit et vertueux , les véritables leçons dont ils ont besoin ; qui reçoivent de cet instituteur nature] , que nul autre ne peut remplacer , ces ^oins vigilans et soutenus, que Tincapacité , ou d'autres devoirs à remplir , empêchent trop souvent les pères de donner eux - naèmes C^)! Etienne Pascal , versé dans les sciences exactes , vit les
savans de sa patrie , rechercher son amitié. Leurs entretiens journaliers et un commerce épistolaire très-étendu, leur donnaient une part dans tous les progrès que les sciences faisaient à cette époque chez les nations les plus instruites. Les savantes conférences d'Etienne rascal et de ses amis éveillent l'instinct géométrique du jeune Biaise : un enfant de dix ans vient s'intéresser aux objets des hautes méditations qui occupent les 'premiers Géomètres de l'Europe.
Pascal père , portant des vues saines et judicieuses dans l'éducation de ses enfans , attaché à une méthode dictée par la nature et sanctionnée par l'autorité de l'expérience; sachant que, dans les hommes ordinaires, la mémoire et la sensibilité précèdent la raison et le jugement ; bien éloigné de soupçonner la trempe du génie de son fils , destiné par la nature à la plus étonnante des exceptions y Etienne Pascal veut que son élève , livré d'abord tout entier à l'étude des langues et des lettres , n'entreprenne celle des sciences que lorsque son esprit, formé par l'âge , l'observation et la réflexion , aura acquis la force et la maturité nécessaires pour soutenir les laborieux exercices du raisonnement (i). 11 pense qu'il faut sans cesse étudier la mesure des forces intellectuelles des enfans , et ne rien exiger d'eux qui passe cette limite ( i ). Il craint encore qu'un goût trop précoce pour l'exactitude géométrique n'étouffe dans leur germe le sentiment et l'imagmation , et n'empêche dès-lors son jeune fils de trouver aucun attrait dans les arts et les lettres.
Ces réflexions sont sages sans doute ; mais quand la nature s'occupe de former ces génies extraordinafres
(i) « Sa principale maxime , dit M."™* Parier , était de tenir toujours » cet enfant au-dëssus de son ouyragt. >» ( Vie de M, Fescal ^ par M.n»« Périer , sa sœur. )
Googl^
qui doivent faire l'étonnement ou l'adinlratiôn des hommes , elle semble abandonner toutes ses lois; sa marche trompe tous* nos raisonnemens ; la nature alors s'écarte autant de ses voies accoutumées , que le grand homme qu elle veut créer doit différer de ses semblables. *
Le jeune Pascal reçoit avec douleur la défense de s'occuper de Géométrie parmi les études qui lui sont présentes. Il veut du moins connaître l'objet d'une science qui mtérite de captiver rdttention d'hommes si distingués , et vers làquetie il se sent si fortement entraîné lui-même» On lui en. donne une définition telle qu'on croit devoir la donner à un enfant ; il ne lui en faut pas davantage : il va créer lui-même à l'écart cette Géométrie qu'on veut lui cacher. La nature révèle à cet enfant le secret' d&;la philosophie des sciences ; il sent le besoin d'une langue spéciale 9 iquî , fixant ses premières idées :^ lui permette de s'élever à des idées nouvelles ; ila recours à ce puissant artifice dulaioigage' qtiisoiilagel!attëntion, et conduit par degrés aux notions générales et collectives. Ce jeune entendement reproduit l'intéressant phénomène delà création jdes méthodes philosophiques, regardée comme l'une *des plus, belles opérations de l'esprit humain.
Pascal se fait une nomenclature géométrique. Les premiers axiomes de la science s'offrent àson esprit; il s'appuie surJeur certitude et en poursuit les conséquences ; il avance de vérités .«a vérités , et s'ouvre ainsi lui-ménie. le chemin suivi par les grands Géomètresde l'antiquité. H arriveàee théorème (i) devenu fameux par la mesure qu'il a donnée de ce qu'a pu faire une fois l'esprit d'un enfant, livré à sës'propi:es forces. 11 contemplait sans doute avec délices cette vérité nouvelle. qu'il venait de trouver , lorsque sori père le prit en faute. ..... O désobéissance digne d'ad-
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(i) La 32.ème proposition ^BiicUd«.
i4 Éloge
miration ! Quels moyens de justification la nature a ménagés au coupable! comme elle s'est chargée de le faire absoudre l L'enfant Géomètre , interrogé par son père sur le fondement de sa dernière démonstration , revient sur un théorème antérieur ; et , de l'un à l'autre , rétrograde avec ordre le long de la* chaîne de ses découvertes , jusqu'aux axiomes d'où il
est parti Ne cherchons point à peindre l'étonné^-
ment , le trouble , l'agitation , le bonheur et les larmes d'un père à la vue d'un tel spectacle ! Etienne Pascal , dit-on , en fut efiFrayé d'abord ,. et il est aîsé de le concevoir* Dès-lors toute défense est levée : le jeune Pascal peut se livrer sans obstacle à l'étude d'une science qui lui appartient à si bon droit. Ëù reprenant dans Ëuclide la route qu'il a devinée lui^ même , il n'a pas besoin de guide ; et bientôt il peut siéger avec honneur dans ces mêmes assemblées dont on avait voulu l'exclure , mais auxquelles il s'est fait nn titre si légitime, (c)
Quatre ans seulement s'écoulent,, et Pascal fait voirun autre phénomène. S'élever, dans les sciences, à quelque haut point de vue d'où l'on puisse embrasser d'un coup-d'oeil une foule de vérités qui se rangent comme autant de rayons autour d'un centre unique , qui se groupent comme de simples accessoires auprè$ d'une vérité primitive. et fondamentale , c'est là une prérogative qui n'appartient qu'aux esprits d'un ordre supérieur ; elle atteste une raison foi^e et étendue qui, dans ces sublimes spéculations, retrace quelques -vestiges de la lumière éternelle d'où elle est émanée. Les annales des sciences nous en ofi&ent quelques rares et beaux exemples. Il parait que lé jeune Pascal avait envisagé les sections coniques «sous un rapport général , en lès considérant comme de simples accidens d'une seule courbe qui se modifie de. diverses manières , et que par ce moyen il avait entrevu et hhs^ découvert leufs principales analogies. Cette
/ dePascal. i5
Inéthode de tirer ; en quelque façon , d^une ménsc source, les propriétés communes ou spéciales de ces courbes , qui n'est qu'un jeu pour l'analyse moderne , ce procédé n'est point sans difficultés daDs la marche purement géométrique , où l'œil de Tesprit doit se porter sur chaque détail , où la pensée doit s'arrêter sur chaque fait avec une connaissance raisonnée , et se rendre un compte actuel de toutes les combinaisons qui s'opèrent entre les parties de l'étendue. On en jugerait mal, si l'on assimilait cette marche à la méthode puisée dans les artifices de cette analyse algébrique qui conduit le philosophe, infailln blement et comme par la main , au but qu'il se pro* pose; méthode qui , plus savante , pour ainsi dire^ que le Géomètre luirméme , redresse les questions
au'il a mal posées , en montre le côté faible ou ea évoile l'absurdité ; qui va saisir , à l'insu du calculateur 9 des vérités ou des faits ignorés , liés à un même point de vue, les lui présente en un seul faisceau, et lui fournit le moyen d'en apercevoir tous les rapports.
C'est à seize ans que Pascal compose ce Traité des Coniques , où il rassemble tout ce que les anciens avai^it écrit sur ces courbes ; d'un seul théorème fondamental il déduit , avec élégance et sans- eflbrt,
auatre cents- corollaires , qui comprennent toute la léorie donnée par le premier Géomètre de la fameuse école d'Alexandrie , par cet Apollonius de Perge , dont les œuvres , qui ont passé pour classiques, aux yeux de la docte antiquité , sont encore admirées , étudiées et commentées par les savans de nos jours (rf).
Mais que ne devons-nous pas attendre désormais de cet esprit de force et de lumière qui anime toutes les facultés intellectuelles du jeune Pascal , et qui va croître encore avec Tàge , après avoir débuté par de tels essais ? Occupé des moyens de soulager les <îal^
GooqIc
i6 Éloge
culateurs, Pascal trouve, dans ses méditations > cette étonnante Machine Arithmétique (i) dont on a tant parlé , et qu'on admire , en effet , d'autant plus , qu'on en examine et qu'on en découvre mieux le mécanisme. Le principe sur lequel elle est fondée , est un trait de génie, et son exécution esta la fois on chef-d'œuvre de combinaison et de persévérance. On ne sait ce qui doit le plus surprendre , dans un jeune homme de dix-neuf ans , delà sagacité que suppose la conception de cette machine , ou dti miracle de patience qui a pu la mettre à fin. Quelle est donc cette puissance surnaturelle du génie , qui imprime à un être matériel, assemblage inanimé de quelques pièces de bois et de métal , la faculté d'obéir à la volonté a veugh qui le met en action ? On dispose la machine selon la nature des opérations que l'on doit faire ; une premièi'e impulsion suffit : ô prodige ! c'est la Machine qui calcule pour nous ; et quelques tours d'aiguille nous donnent les résultats les plus compliqués dans leur génération , sans le moindre, concours de notre Intelligence (e) \ ^
Les recherches se -pressent , les travaux se multiplient, les découvertes se succèdent avec rapidité'; comment suffirons-nous- à les décrire ? Quel regret dc' ne. pouvoir nous arrêter à chaque circonstance, et de mettre un frein à noire admiration ! Ne retrouverions-nous pas le génie de Pascal dans rinventioh tîe ce ; Triangle (a) , dont le caMctère original et
(t) Dans une lettre au chancelier Seguier , ëcirite en i^S ; Pasdal nous apprend qi|e c'est aux longues opérations de calcul qu*U- avait à exécuter relativement aux emplois de son père en Normandie^ quç luj vint lapensM de sa Machine Arithmétique.
(2) Je n'ai pas cru devoir m'aslreindre minutieusement à l'ordre des temps , dans l'exposition des travaux dePascal : Tordre 'des matières m'a
Saru le plus naturel à la fois .et Je |>lus avantageiixj d'â.iJl)eHr^ » ï'atir&i.pep é transpositions à faire , . et la vie de Pascal , remplie de maux et de 'soufiTra^cës , a été malheureusement si* courte pour les sciences , les lettrées et la religion t que, ce n'fstpas U pewe do di^iingu^rjl^s époques. .
l'admirable
dePascal. 17
Tadmirable fécondité ont obtenu le suffrage unanime des Géomètres (/) ? Ne retrouverions -nous pas le même génie dans cette première pensée de la théorie des Probabilités , de cette analyse magique qui dévoile les mystères de l'avenir , impose au hasard des lois invariables et enchaîne les caprices les plus bizarres de la fortune {g) ? Ne le retrouverions-nous pas encore dans ces divers Traités , dignes , comme tous les autres travaux de Pascal , d'intéres.^r la pos»térité la plus savante , et dont malheureusement lé plus grand nombre est perdu (h) ?
Mais .des objets d'un autre ordre appellent nos regards et vont porter notre admiration à son comble: passons laux célèbres problèmes de la Cycloïde (/).
L'œil peut suivre dans l'espace le chemin que parcourt le clou d'une roue en mouvement ; les Géomètres ont fixé cette trace fugitive , et la courba qu'elle donne et dont ils ont déterminé les lois , a reçu le nom de Roulette ou de Cycloïde. Cette courbe est Tune des plus curieuses qui aient excité l'attention des Géomètres. On l'a comparée à la pomme de discorde, àcause des débatsou des vives contestations que chaque point de sa théorie a fait naître parmi les sa vans. La découverte de ses propriétés a formé une époque remarquable dans l'histoire des sciences ^ par la variété des incidens et par la difficulté des problèmes.^
Galilée remarque la Cycloïde (1) , /et trente ans après , l'aire de cette courbe est encore inconnue à cet homme de génie, aussi grand Géomètre qu'habile observateur de la nature, qui fut peut-être le premier • fondateur de la saine physique et le véritable précurseur de Newton (Je), Galilée propose le problème de l'aire de la Cycloïde (2) au savant Cavalleri , qui
' (1) En \6o$.
(2) En 1640.
r8^ Eloge
échoue dans celte recherche, malgré les secours qu'il jiéut recevoir de sa belle' et féconde méthode desindwisibles , sur laquelle Pascal doit lui-même s'appuyer. Torricelli le résout après la m.ort de son maître ; et Viviani , autre élève de Galilée , trouve les tangentes de cette courbe. Mais ce sont les Géo- Aiètres français cjui ont donné îa solution primitive deious les. premiers problèmes de la Roulette. - Pascal ne traînait , depuis sa jeunesse , qu'une vie kingûisante. Ses infirmités aggravées de plus en plus par ses travaux et par les suites d'un funeste accident auquel sa fragile existence a failli succomber , le privent bientôt du sommeil (/J. Quoiqu'il ait renoncé: depuis quelque temps aux sciences profanes , pour se livrer tout entier à l'exécution d'un grand dessein qu'il inédite , les problèmes les plus importans sur les propriétés de la: Roulette se présentent à son esprit pendantses cruelles insomnies; il s'y laisse insensiblement entraîner, soit pour tromper, en quelque manière, ^s souffrances , soit que l'ascendant de son génie* mathématique l'emporte malgré lui dans ces profondes méditations. 11 envisage les problèmes de là Cycloïde dans toute leur étendue (i).
* Il est des surfaces qui, par la nature des lignes qui les. terminent, font le désespoir du Géomètre cherchant à établir la mesure exacte de l'espace qu'elles renfer^ ment ; et cependant , la connaissance de ces surfaces é^t le premier élément nécessaire pour arriver à celle du volume des corps dont ces lighes primitives sont
. (i) Fiscal entreprit de dëtermioer les solides de résolution an'engendrerait un segment limite par une ordonnée quelconque parallèle à la Êase , et tournant soit autour dé Tordonnée , soit autour de l'axe ; l'aire e^ 1© cçnire de gravkë de ce segment ^ le centre de gravité des solides qu'il dÂîrit et ceux des segmens de ces solides coupes nar des plans passant pair l'axe de révolution 5 l'aire et le cientre de gravite des surfaces de ces solides ; enfin , la mesure et les centres de gravité de la courbe mfme et de ^e% parties. ( Problemata de Çjaloide , etç. Tome V , des œuvres dt Pascal , pages i35 et i36 \ cl HistVae la Roulette , ibid. page ib*^ );
eomm« la rftcihe« Voicî Tanieicici» merveilks de ia science : le Géomètre saisit cette surface élémeotaii^e ^ être d'aotaot plus étonnant v^'ff^^i^ ^^ <|n^'M)^^ ombre d'exifïteihioe'4 et que llimsLgLXiSlïcm qui le {ilrodu^t:, le dépouiite.eaiiiéme feeinpsdjé)ia^étt(ité;Je Géoiiiëtre promène cefœatôme'dans l-espacevlelong de 1^ uobte qti'it loi assigne^) lui fait produire Pimage d'un^' corps revêtu de toutes sjbs ibrmes^xtérièures ; etcettegënération miraculeuse rdèiçe«à la fois* et la nature et' la capacité desdimehsioas ofi'erlesà liosregai'dâ;^^ n- est pas tout Le'Oéomètrefcoxksidéraht, dztïs le eorpsdoiït il a détermiiïé l'étendue, le poids particulier d^ se» diverses parties, les en prive à son gré,- pour en char? ger un point unique et indivisible' qu'il sait dé'iiièlet parmi tous les autres i il communie à ce point d'obéir aux lois qui maitvisent la binasse entière; et ce cedtrè knaginaice, véritable néant, pure abstraction d^ Tes^ prit , devient d(9ciW à la vbix du'pfailosopheV'et se Soumet fidèlement ta la marche «fui lui est tracée , eùinme si le corps lui«^mème n'existait pluset que lui $eul en eût prisla*p4aeew » ;
, Ces prodiges qu'enfanté le pouvoir du génie, ilne les réaÛse pas totij<t!^urs avec ta "même facilité.- 11 est des lignes , des surfaces, des volumes où de'pai*éilles recherches semblénl<arrêtées par des obscurités impé^ siétrables^ Tels étaien t , aux yeùisdes plus grands gëo^ niètres , tes segmens de la Cycloide , les solides engen-drésdaosdifDérenssens par Cette courbe, et les diverses pm*^ies de ces solides. Ces qiiestions d'une |>rbi^nde Géométrie étaient les plus difiiciles que Pôn se fût encore proposées; elles l'étaient sur*toutà une époque oà la Géométrie des courlies était encore privée des admirables secours de cette analyse transceildànte ap-* puyée sur de savantes erreurs qui $e compensent elles^^ mêmes , méthode étonnante de calcul , capable dé dompter les difficultés les plus rebelles de la'science^ dont elle a changé laface ; ^uî^ivàitaiit la puissafnee dé
la n&ture lorsqu'elle ixKMntie à notre iinaginâtîon ef*frayéei^ l'éckeUe descendante des élémens de la substaiice coarpOrell^^ décompose de tnèinq la grandeur , en poursuit jusqu'aux derniers à tomes y les tient, en quelque façon , suspeildus au bord du ' néant » pour continuer l'exabien de leiir . rapport }usques dans leur éyçLnouissement même; et qui, après avoir enchaîné , avec des liei^. habilement disposés, ces ^tres incompt^é^ensibLes quiécha|)pent à la pensée sans pouvoir <échi^pper au calcul^ commande à la.formule mira^ cul^use de leuir restituer Tezistence qui- semblait les avoir abandonnés , étles reproduit toutrà'rcoup dans tôqt^ la. plénitude de • leur ensemble , dûint elle fait eotnqaître la loi ignorée Jusqu'à ce monxent*
Ici •' il fallait , ,aVant.tQut^ par l'invention de mé^ tl;lod^^ spéciales i ouvrir une route inconnu^ dans les xnyisté^ijeux abîmes de l'abstraction. Ces efforts sem-» blai^nt être le terme de<Ia puissanoede l'esprit humain. ;Quelques nuits de douleurs suffisent: à Pascal pour tvo^il ver è là. fois et les. moyens et les résultat» cherchés , pour démêler avec netteté les plus savantes co]t(binàisonsquerimagiilation, dans. toute sa force, ait jani^^Sipu concevoir. Il ne songe pemt à publieu ces beai)X;fruits d^quelquels réflexions poursuivies au trav^fô detourùienSià peine .supportables; seulement il en parle à un ami qui le déterminera Les écrire, et qui, de; concert avec. d'autres personnes , forme le louable ^ projet de faire tourner ces découvertes au projet de larçliglon. On a attribué ces vues à Pascal luin ménie; -naaisl^ caQdçutet la simplicité de !son anie universellement ireconnues , nous . comn^andent de rejetççjia .pensée d'Une orgueilleuse pa^ésonO'ption de sa part (m ). • . / . .
.. Il est donc vrai oue l'en vie ou l'esprit départi ne nKtnquent jamais ae se donner les plus tristes soins pour obscurcir l'éclat d'un nom. qui les offusque ! Mais ue craignons rien pour la mémoire. de Pascal: sa
DE P ASC A L. ÛX
grande ima^efme s'élève que plus rayonnante et plus pure au-dessus de quelques iiuages impuîssans qui ne sauraient l'atteindre.
Les problèmes de la Cycloïde sont proposés au monde savant ; un prix est promis à chacun des deux: premiers Géomètres qui auront satisfait aux conditions prescrites ( w ).
Alors florissaient en Europe le grand Deseartes ; Fermât, Huygens,Roberval^ Sluze, Wallis, "Wren ,' Schootten, de "Witt , Van - Henraël: , de Béaune; Ricci, Hudde, le P. Mersenne, le P.Lalouvèreetune foule d'autres géomètres distingués : âge brillant des sciences et de la philosophie y qui peut s'honorep de tous ces noms à la fois , et des belles et nombreuses découvertes qu'ils rappellent ( a ) !
Plusieurs de ces hommes célèbres, sans toutefois prétendre au prix, attaquent quelques-unes des questions proposées sur la Cycloïde , et trouvent des résultats plus ou moins intéressans (p ). Deux seuls Géomètres, le P. Lalouvère et Wallis, entrent expressé-» ment dans le concours j mais leurs efforts sont impuissans : ils ne peuvent atteindre au but, et les pnx ne sont point décernés (q).
Pascal publie ses problèmes après l'expiration du terme qu'il a fixé; ils excitent l'admiration des Géomètres, et Wallis lui-même en témoigne la plus vive satisfaction au savant Huygèns. Les différentes partie» dont se compose le travail de Pascal sont un monument imniortel de la force de son esprit , de la clarté frappante de ses idées, et !de la manière heureuse et facile dont il manie en maître les matières géométri-* ques de la plus haute difficulté. Les méthodes qu'il emploie dans ces sublimes théories touchélitideprès à Tanaly^ diffi^entielleet intégrale; et l'on «pensé avec raison , que si Pascal eût accordé quelques ins-* tans encore à kt Géométrie, il allait ravir àT Allemagne
aa É L,0 G E
et à rAngleterre la gloire depoiivolr^^edôspiiter cette
méqiorâble découverte (r). ; : .
Lorsque Pascal étonnait le monde. savant par ses travaux 'géonaétriquesv d^'à «son nom- était inscrit avec le m-ème honneur dans les annales.de la physi-* que., où il ne sera, jamais oublié.
L'air atmosphérique sans ces^ présent autour de lious, eet* aliment nécessaire à la vie dé tout ce qui respire , ce fluide dans lequel nous sommes ploi^és» n'était cependant guères connu que de nom ,'m«me
1:)armiles plus illustres philosophes. Cette branche de a physique était restée dans les ténèbres dès l'origine de la philosophie (5) L'opinion universelle dePhorreur de la nature pour le vide ^ était depuis plus de deux mille ans en possession des écoles et y régnait en souveraine , paisiblement et sans contestation. Tous les effets qui dépendent, de la pression de lair , sont expliqués par de vaines subtilités et par des mots illusoires ; l'horreur du vide donne même la raison d'autres phénomènes importans : c'est par l'horreur du vide, que Galilée , l'oraèléde l'Italie, explique Tadhérence.des inolécules dans les corps solides: Il est réservé à Pascal d'anéantir cette Vieille erreur jphilosophique; il va opérer en cela l'une des plus grandes révolutions jqul jamais aient eu lieu dans l'empire des sciences. Qu'on nous p^nnette de crayonner rapide- ];nent cette intéressante découverte :^lleOTérite tonte notre attention. Galilée savait connu la pesanteur de l'air , il l'avait même «oibparée à celle de l'eau ; mais il n'avait pas soupçonfaé là causé de l'ascension des fluides dans ces canai>x où il voyait une puissance in* connue les soulever et ks suspendre contre leurpro-pre poids. On sait (jue des»fontainiers de Florence, ne pouvant élever l'eau àplus de trente-deux pieds , consultèrent Galilée sur la icause de l'obstacle que la na* ture opposait à le«irsefibrts. L'intérêt et l'honneur de
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la philosophie, a-t-on dit, exigeaient une prompte réponse : Poracle de Tltaiie ne pouvait rester muet. Galilée répond que la nature n'a , pour s'opposer à la formation du vide , qu'une force limitée et mesurée par le poids d'une colonne d'eaU de trente-deux pieds. Mais Galilée a l'esprit trop juste pour ne pas reconnaître bientôt toute la faiblesse de son explication : il a quelque regret à sa réponse, et il laisse à son disciple Torricelli le soin de discuter le phénomène et d'en rechercher le principe.
Celui-ci écarte une partie du voile qui cache une eause si long-temps ignorée ; il fait une judicieuse application de ses conjectures au plus pesant des fluides connus,, etle fameux tube de Torricelli, premier type du baromètre , est acquisà la physique et prend place parmi ses plus utiles appareils. Mais Torricelli n'a que soupçonné la vérité ; sa mort l'empêche de consommer la découverte y et ses conjectures n'ont pas d'autres suites.
Pascal ayant eu connaissance des expériences' faites en Italie, se saisit du tube de Tomcelli en homme de génie ; il répète et varie les expériences. Il fait le vide au-dessus du fluide du réservoir, et l'autre colonne se précipitant au niveau de la première, il se confirme dans la pensée que la suspension antérieure dans le tube est l'effet de la pression de l'air dont il vient de priver la colannë correspondante : telle une balance recouvre l'équilibre , dès que l'un de ses bras est soulagé de l'excès du poids qui l'entraîne. Il fait yoir en. outre que la hauteur du mercure augmenté ou di« minue en raison des variations qu'il ménage dans la pression de l'air (i^. Cette expérience capitale, qui
(i) Pascal-T ^ans-ht lettre à M. Përier , où il invite celui-ci à faire Texpërienee du Puy-de-P^me , nous apprend qu*en travaiUaat à.soQprenner
opuscule , dont nous pai'lons ci-après , il avait la pense'e de la pression de l'air y mais qu*il n*osa pas encore mettre cette cause en avant» faute d'ex-; periences assez convaincantes.
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i4 Éloge
'appartient toute entière à Pascal, lui assure tous les droits à cette grande découverte. Il imagine encore et fait avec une môme intelligence une foule d'autres expériences aussi neuves que décisives, dont il donne connaissance au public, et qui font une grande sensation dans toute l'Europe savante (f )•
Bientôt, occupé des conjectures de Torricelli et du résultat desespropres observations, travaillé par cette fermentation secrète du génie, qui domine les hommes nés pour les découvertes, pressé du désir de mettre la vérité dans tout son jour, Pascal conçoit la belle expérience du Puy-de-Dôme ; il veut , par cette expérience définitive, résoudre tous les doutes et toutes les difficultés que ses premiers essais ont fait naitre ( i ). Il propose donc l'expérience deClermont, qui est faite «ne année après , avec tout l'appareil et tous les soins convenables , et en présence d'un grand nombre de témoins éclairés.
C'est un spectacle toujours digne d'attention et offrant le plus vif intérêt, que celui de l'homme entouré des moyens d'attaque qu'il s'est créés lui-même, armé des instruméns de la science , se mettant en présence de la nature, et se disposant à lui ravir, soit par surprise , soit à force ouverte , quelques*uns de ses grands secrets. Tout est préparé pour l'entreprise, conformément aux vues de Pascal , et la nature va être réduite à s'expliquer enfin nettement sur la cause d'un si grand nombre de phénomènes.
On observe le baromètre au point le plus bas que peut offrir la ville de Clermont ; on le porte sur la cime de la montagne , et le mercure,, fidèle aux lois de l'hydrostatique, descend de plus de trois pouces, en vertu de la dirainutioa.du poids dont il est dé- ■ ■■■•.■■• ' I ■ ■ ■ , ■ , ., ■ ■ • , f
(i) Pafscal pensait lui-même que les partisans de l'horreur dtr vide trouveraient ënc/ore quelques ressources pour expliquer le phënomène du Mouvement du mercure mis en jeu par' la couubindisoh de deux tubes «daplës l'un à l'autre. * ' ^
dePascal. 25
chargé. Oiï met Tinstrument en expérience i diverses stations sur le chemin de la montagne, et par-tout Targent fluide obéit avec la même précision à l'action de la colonne atmt)sphérique ( i )•
La nature confirme d'une autre manière cette première loi du fluide aérien , et en dévoile en même temps une seconde. Quelques pouces d'air sont renfermés librement'dans un ballon au bas de la montagne ; cet air privé de communication au-dehors , développe son ressort à mesure qu'on s'élève , arrondit les parois flexibles de sa prison ; et fait, pour s'en échapper, un effort d'autant plus grand, que la pression extérieure lui oppose moins de résistance. Le rapporte-t-on dans les régions inférieures de l'atmosphère ? le fardeau toujours croissant qu'on lui redonne à soutenir , le comprime par degrés , et rétablissant peu à peu l'équilibre autour de lui ^ le force de rentrer dans ses limites primitives, et restitue à son enveloppe sa première souplesse.
Pascal veut jouir lui-même à Paris , autant que les circonstances peuvent le lui permettre, de cette ré-^ ponse tranchante que la nature , interpellée par le génie , vient de lui donner. Il porte le baromètre au sommet de plusieurs édifices très-élevés , et il obtient avec justesse les effets C[u'il a prévus (i^ )•
Ainsi est dissipée cette antique illusion de l'école , qui s'est opposée à un si grand nombre de découvertes en fermant les voies à l'expérience, et élevant une sorte de barrière enchantée entre la nature et l'homme: leiantôme disparaît, la pesanteur et le ressort de l'air sont reconnus pour toujours, et la physique est renouvelée (p).
(i) Pascal invita son beau-frère , M.'P<?rier , le i5 novembre 1^47 , à &ire cette expérience; et «lie. eut lieale. 1 9 septembre de l'année suivante. On trouva trois pouces une ligne et demie , de différence dans la hauteur du mercure , entre la station du jardin des IJifinimes de Clermont, et celle
da tfonunet de k montasiie.
26 ÉlOTtE
L'un des premiers résultats que Pascal voit découler des effets qu'exerce la pression de l'air dans le tube deTorricelli, est la faculté de faire de ce tube un instrument de nivellement : conséquence remarquable , digne d'un esprit supérieur qui saisit les rappprtsavec promptitude, et embrasse d'un coup-d'ocil les nomnreux effets d'une cause féconde dont il entrevoit surle-champ toute la richesse. Cette belle idée de Pascal, accueillie d'abord avec intérêt par les physiciens, est suivie dès-lors avec constance. La théorie de l'air , éclairée d'un jour nouveau , s'étend rapidei^ent.; la loi du décroissement de la densité de ses couches. successives est calculée ; la diminution de pesanteur, des molécules, en raison de leur éloignement du centre, est évaluée; le rapport fondamental entre la hauteur dé la colonne aérienne et celle du mercure dans, les stations barométriques est établi : on varie les expériences ; on remarque les anomalies; on en recherche les causes ; en vain celles-ci paraissent-elles vouloir se soustraire à l'œîl des observateurs , on les poursuit avec obstination ; on étudie dans les effets les moyens (le remonter à leur source ; on atteint enfin jusqu'aux derniers élémens qui concourent ! à modifier la longueur de la colonne mercurielle dans les circonstances données. Des formules savantes deviennent la fidèle expression du phénomène traduit dans la langue du calcul avec tous ses détails. Ces formules résistent d'abord long-temps aux efforts des physiciens armés de tous les moyens de l'observation etde l'analyse ; xnais ils se donnent d'avance dès résultats rigoureusc- ^nent constatés ; et les cherohant ensuite avec la for-r mule, ils forcent celle-ci d'accuser elle-même avec exactitude jusqu'aux moindres degrés de correction dont elle" a besoin (i.).^
: (i) C'est ainsi mie la théorie des nivellemens barotnëlriqiies , aperçue par le génie de Pascal , savamment ébauchée. p«r Halley et.Ne^tPPj
C'est à l'aîde de ces fruits admirables de la science, que ces hautes éminences du globe, qui se dérobaient à toutes les opérations géométriques , peuvent être mesurées aujourd'hui par le voyageur même qui les visite, et que, muni du baromètre, devenu le plus portatif desinstromens , le passager peut lire, à chaque point de sa route , sur l'échelle de son tube , }a hauteur dont il s'élève lui-même au-dessus de la surface des mers, et dessiner ainsi la ligne sinueuse qu'il décrit relativement à un niveau déterminé: service immense rendu désormais à la physique, à l'histoire naturelle, et sur- tout à quelques branches du service public (a;).
Entraîné, par la nature de ses recherches, à s^occuper de l'équilibre des liqueurs , Pascal porte dans l'hydrostatique cette vive lumière dont il frappe â'àbord tous les objets qu'il soumet à ses observations. Il commence par le fameux paradoxe déjà démontré parStévin et Galilée, que les liqueurs contredisant ,
})our ainsi dire, les lois de là gravité , en obéissant à a gravité même , peuvent produire des phénorhènes directement en opposition avec leurs propres masses : que quelques molécules d'eau étendues sur une large base et élevées eii filet presque invisible ( 1 ) , peuvent coiitre-balancer les plus grands poids; tandis qu'un immense volume de fluide dont la base est réduite à (quelques points, perd toute sa pesanteur. Pascal rend ces merveilles sensibles , par la diversité de ses appât-éils qui en varient et répètent la démonstration. Maïs une preuve de fait ne suffit pas à un esprit comme le sien : une loi susceptible d'être soumise à l'épreuve
améliorée par les vues de Bradley et de Mâyer , et plus encore par celles der Deluô', a reçu ses plus grands pcrfectionnemens' de MM. Playfair , JianDond et Laplace , et une facilita d'application qui ne laisse plus rien à dësirer à la suite des travaux de MM. Pict«t , Biot , Ollmaus , d'.^Uy ^buisson , etc. ^ '
( ï)' Pourvu qu'il ne soit pas capiHairv*
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28 Éloge
du calcul ne peut présenter aucun mystère à ses yeur. Complétant les preuves imparfaites données avant lui, il dévoile, la cause du phénomène par toutes les formes de raisonnement qui peuvent l'établir avec le plus de rigueur et de clarté. Cette vérité fondamentale de la théorie des fluides lui donne Tidée ingénieuse d'envisager un vaisseau plein d'eau comme une machine de mécanique propre à la multiplication des forces.
Passant ensuite en revue tous les principaux faits de l'hydrostatique, il épuise, en quelque façon, cette branche intéressante de la physique , et donne aux philosophes , dans ce travail lumineux » un nouveai* modèle du genre d'observations et de discussion qii'il faut employer envers la nature , pour l'étudier avec fruit (y).
Je me suis imposé le devoir de revenir un instan t en arrière pour considérer Pascal danssa manière de pror céder à la recherche de la vérité ; méthode importante à observer dans la marche d'un esprit favorisé d'une telle pénétration. La vie des hommes de génie ne serait rien pour nous; le bel exemple que la nature les charge de donner au monde serait perdu, si nous négligions de faire auprès d'eux les études qu'elle semble nous prescrire. C'est sur la route qu'ils ont suiyie^ dans. leurs ti'avaux, que se trouvent les sçurces des plus utiles leçons dont la philosophie puisse enrichir ses doctrines. Et peut-on rien contempler de plus intéressant que ces utiles spéculations de la raison cherchant elle-même sa propre règle ? r , .
Pascal part des opinions reçues et lesregarde comnie certaines, tant qu'il ne se présente aucun motif assez fort qui lui fasse une loi de les abandonner ; il tient à ses doctrines, tnais sans opiniâtreté; il lés préfère d'abord aux nouvelles , seulemeitit parce qu'elles ont à ses yeux une autorité de plus, celte de Tassentiipent universel; il pense que s'il faut se défiw de la^ra^on
dePascal. 29
humaine, c'est sur- tout à l'égard dès systèmes qui n'ont pas encore subi l'épreuve critique du temps et de l'expérience : il exige qu'ils produisent leurs titres de certitude. Il est prêt à se rendre à l'évidence; mais , pour ne pas s'icxposer à prendre pour la vérité, une nouvelle elTeur souvent pire que la première , il ne recule qu'avec réserve ; de peur d'abandonner le terl'ain avec imprudence, il le dispute long-temps, et il ne met bas les armes que lorsqu'il lui est démontré qu'il défendait un mauvais poste.
G>mme £>escartes , Pascal oppose un doute salu^ taire au prestige.de l'erreur ; mais tandis que le doute de Descartes se reporte en arrière et s'exerce sur le passé , celui de Pascal , au contraire , se dirige sur Ta venir, et prend pour objet les réformes qu'on pro-
Eose : l'un; discute les anciennes maximes, avant de îSiadmettrç; J'autre tire de l'examen des nouveautés, le jugement qu'il faut porter sur les idées reçues.
Descartes veut que la raison , dans la revue sévère qu'elle fait et dans la discussion des idées et des prin-^^ cipes, n'admette .que ce qui est, & aes yeux^ marqué du sceau de l'évidence. Pascal , déson côté, prétend que l'évidence seule a le droit d'attaquer notre croyance aq?t systèmes établis , qui peuvent êtredes erreurs sans, doute, mais qui peuvent aussi avoir quelque fondement dans les motifs qui les ont fait admettre et qui en. ont prolongé, l'existence.
Ne craignez point que le doute de Pascal > protectwr des anciennes maximes , favorise le règne des préjugés et de l'habitude : essentiellement observateur, il. cède peu à peu la place à une conviction raisonhée; il ne sacrifie point les vérités nouvelles à l'autorité des vieilles erreujfi... Pasqal dit expressément et à plusieurs reprises <jue si l'on ne doit pas se départir légèrement des opinions transmises par l'antiquité , mais seulement lorsqu'on s'y trouve obligé par des preuves invincibles ji ce serait une extrêxpe faiblesse d'en faire le
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moiadre scrupule dans ce cas, et qu^ondoit avoir phis de vénération pour les vérités palpables, que d'obstination pour les maximes régnantes»
Il est difficile que l'homme qui se croit ou se sent assez fort pour peser à la balance de sa raison les opi" nions de tous les âges , ne soit tenté de substituer ses tnues personnelles à celles qu'il rejette; de-^-là l'espritde système qui reziaît de son propre tombeau , avec tou-* tes ses illusions et toute sa puissance ; d'autant plus fort, qu'il se prend alors lui-^mème pour la vérité si long-tetnps attendue , et qull se croit fait pour rem-
f lacer toutes les opinions qui l'ont* précédé. Mais àscal se fait remarquer parmi les plus illustres fon-^ dateurs de cette philosophie observatrice qui, laissant Ht tous les vainssystèmes 9 s'est bornée à interroger la nature, a ouvert lechemîn à tant de brillantes vérités^ <?t a répandu en si peu de temps des tôrrens de lu-f mîère sur l'horizon des sciences (^ ). . ^ '»
Eminemment conservatrice, ta méthode de Pascal ne détruira jamais rien d'utile; sauvegarde naturelle des anciennes véviiés, et n'opposant aucun obstadlcr aux lumières nouvelles; le caractère important qui semble la distinguer, est de garantir ainsi la certitude des sentimens qu^elle embrasse. Enfin, elle est d'un usage permanent V elle est de tous les temps et detous' le^ lieuxt elle convieiitià tous les âges de la philoso*^* phie, parce qu'elle est indépendanledecehq^uiesl feit? et de ce qui reste à faire. • - . .- ?
Nous-avons maintenant à considérer, dans cett^ première classe des travaux de Pasi^al , lin genre de^ mérite qui , bientôt appliqué à d'à uti^s sujets; noui fera \toir l'auteur du Traité delà Roulette s'élancer en? maître dans une autre carrière et s'y placer au pre-* mier-rang. -
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