‹ Eloge de Blaise Pascal, accompagné de notes historiques et critiques;Chapitre 4 sur 5 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Pascal , juge compétent de la valeur des sciences humaines, était parvenu à cette autre extrémité de la cavrière , celle où arriçent les grandes âmes qui^ ayant parcouru tout ce que les hommes peui^ent sas^oir ^ trouvent qu'ils ne sas>ent rien , et se rencon-trent dans cette ignorance d'où, ils étaient partis , mais ignorance, sai^ante qui se connaît ( i ). Là il observe et regarde avec pitié ceux qui , ayant abandonné la première extrémité , qui est Tignorance naturelle , et ne pouvant arriver jusqu'à Vautre , ont

(i) Expressions de Pascal. Tous les t)assages en caractères italique» dans ce <pil suit , sont des traits tires textueUèment de ses Pensées^ : j'en avertis une ibis pour toutes , afin d'ëviter la multiplicité des notes.'

ïfuelque teinture de cette science suffisante / et font les entendus. Fatigué de rinutilité pour le bonheur de rhomme, de toutes ces sciences où le cœur ne trouve point ce qu'il cherche ; renvoyé , repoussé , en quelque sorte, de toutes les parties de l'univers, et ramené vers cet être mystérieux qui semble y présenter une éniçme inexplicable; oui, par ses agitations et ses contmuels écarts , parait être la seule partie du tout, qui ne soit pas à sa place; qui se voit à la fois et le plus noble et le plus misérable de tous les êtres qu il connaît dans le monde , et offre au sein de la nature le plus grand des problêmes à résoudre : frappé, dis-jie , de cet étrange phénomène, Pascal dirige dès-^ lors toute son attention sur Thorame ; ses regards pé-^ nétrans se replient sur lui-même , et il va observer la nature humaine dans toutes ses conditions.

Déjà il a conçu dans son entier cette vaste compo^ sitîon. Mais, 6 perte ! 6 regrets ! il n'a pu nous laisser que quelques fragmens de cette docte et mâle peinture, et la Providence a brisé les pinceaux qui les ont tracés. Si la langue, dans ses plus beaux efforts , n^a pu retrouver après lui les mêmes couleurs , comment oserai-je, d'un' crayon timide, rattacher entre elles ces savantes ébauches? Voilà les membres éparsdugrand homme : où est la main digne de les rassembler ? Mais , crainte superflue , vaine terreur : qu'importe ici notre ouvrage ? L'orateur s'évanouît sous la grandeur de son sujet. Oui , mettons quelque confiance dansuil travail couvert par l'éclat de sa matière. Quelque faible que puisse être mon esquisse , comment resterait-elle sans intérêt ? Il est du moins un mérité qui ne peut lui manquer : elle le puisera dans les su-^ blimes beautés du tableau dont elle répétera quelques traits , et dans le reflet de cette vive lumière dont elle aura conservé quelque empreinte.

Pascal reporte d'abord et promène sa vue sur l'immensité de la nature : il cherche le rang qu'occupé

rhomme

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rhomme dans le système universel desètres. La pre^ mière chose qui s'offre à Vhomme qui se regarde ^ c* est son corps. Mais cette portion de matière qui lui est propre, quelle place tient-elle dans la vaste enceinte des mondes? Allons mesurer Tétendue.de Pin-^ fini qui s'ouvre à nos regards ; qui nous montrera les bornes de l'Univers ? Notre imagination va braver la puissance créatrice de la nçiture; elle s'élance au-delà de tout ce qu'on lui laisse entrevoir. O aveugle confiance dans ses forces ! Elle a beau enfler ses concept fions j elle n enfante que des atomes au prix de la réalité des choses. Etre présomptueux , reviens sur tes pas, ramène ta vue sur toi-même; vois ce que tu es , égaré dans cette infinité qui t'éblouit. Mais, que sera-ce donc , si Thomme descend maintenant da côté du néant , au travers de ces corpuscules qui décroissent toujours ? Qui lui donnera des instrumens pour pénétrer dans ces nouvelles profondeurs » des sens pour apercevoir cette nouvelle espèce d'infini , une intelligence pour concevoir ces mondes sans fin, contenus dans un point qui lui échappe ? Qu'il re-« vienne encore une fois à lui-même : Qu est-il donc et qui pourra le comprendre ? Suspendu entre les deux abipies du néant et deTinfini, il est un néant à l'égard de l'un , un tout k l'égard de l'autre , un milieu entre tout et rien , également et infiniment éloigné des deux extrêmes.

Telle est encore sa pensée dans Tordre des choses întelligîbles : elle y occupe le même degré. que sou corps dans la nature étendue ; elle ne peut qu'entrevoLc une sorte de milieu en toutes choses, également incapable d'en connaître le principe et la fin.

Que l'homme essaye dpnc d'abandonner ce milieu d'où îl part; bientôt il s'offusque, il chancelle et tombe. Il n'aperçoit rien d'extrême : la lumière, le bruit , là distance, le froid, le chaud , rien ne peut agir convenablement sur lui sans se rapetisser^ sans

So Eloge ^

tie resserrer sur son étroite capacité ; saTrèie existence ne peut comporter qu'une certaine mesure de sensations, qu'une médiocre quantité d'efibrts que circonscrivent enôore l'âge , le sexe , le tempérament , la maladie, la saison, les heures du jour; son esprit ne peut supporter qu'une certaine symétrie qui soulage sa faiblesse, qu'un certain degré de perfection minutieusement calculé ; il ne peut marcher qu'armé de règles et de préceptes , témoins perpétuels de son impuissance et instrumens peu capables d'y suppléer , qui Péçarent plus souvent qu'ils ne le dirigent (a).

L'homme trouve donc sur ce point même où il s'agite sans cessé, les bornes de toutes ses puissances; tout porte témoignage autour de lui des limites de ses lacultés. Mais s'il est incapable de tout connaître, il l'est aussi de tout ignorer : il a reçu le don de rintel<^ ligenceetle principe actif de la curiosité; il entre une certaine mesure de connaissances dans sa condition. Quels moyens al-t-il de se juger lui-même, de reconnaître sa place dans le grand tout, d'apprendre sadestination et de marcher à sa fin? Pascal jette un coup-? d'oeil sur les facultés intellectuelles et morales de l'homme , et ce coup - d'œil est encore celui du génîç (i ).

Il juçe l'homme d'un regard. Il voit qu'en toutes choses il se' détermine par conviction ou par l'amour du plaisir, pa^ le raisonnement ou par le sentiment : fl voit que les Vérités, comme les erreurs, passent toujours par l'une de ces deux portes de l'amé; que les seuls nioyens d'agir d'jiomme à homme et d'obtenir rassentîment d'autrui, sont d'éclairer ou diémouvour, de persuader ou d^en traîner, d'enchaîner l'attention bu de captiver le cœur. Vbilà bien tout ce c^ue Ton connaît là-dessus, voilà tout l'art de détermmer les puissances morales de l'homme. Mais si Thomme a la raison qui l'instruit, les passions sont là pour l'égîircr; il son esprit est disposé à céder à la force des preuves^

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l'ame préoccupée de ce qui flatte sesdésirs« semé^nag# souvent des intelligences secrètes dans le tribunal de la raison , et fait pencher la balance de son côté.

Dans l'état ordinaire de l'ame , un fait évidemment démontré f ou un raisonnement rigoureusement dé^ duît entraîne invinciblement la persuasion. De même, si la raison se tait en présence des objets de nos dé-^ sirs ^ nous allons au-devant de la nouveauté , nous lui tendons les bras. Notre empressement ne peut qu'augmenter encore, si la preuve et l'agrément se montrent à la fois. Mais lorsque le raisonnement d'une part , et le plaisir de Tautre , se disputent notre aveu ^ que deviendra la vérité dans ce moment de crise ? Hélas ! l'issue du combat peut^elle être douteuse ? La raison attaquée est déjà vaincue, à moins d'un rare prodige de vertu. Et cependant nous prétendons ne céder en tout , qu'au jugement de l'esprit ; c'est condamner intérieurement l'impulsion du cœur ^ c'est lui reconnaître une sorte de bassesse et d'indignité , puisque c'est désavouer sa puissance : mensonge de Torr gueil, qui rend hommage à la justice.

Tel est l'homme marchant à la découverte de la vérité.

La nature lui montre les matériaux primitifs des connaissances : il existe encore des principes premiers qui se sentent, mais cjui ne se démontrent pas. Le sens commun ou la lumière naturelle, n'est autre chose que la perception et Taveu de ces principes. La raison doit s'appuyer sur ces vérités fondamentales d'intelligence et de sentiment ; il serait absurde qu'elle cherchât une base plus assurée (c).

Quelles sont maintenant les preuves qui déterminent l'esprit ? Elles sont de deux sortes : les unes se tirent du témoignage des hommes, et les autres du raisonnement. L'autorité humaine n'a de forœ que pour établir ou attester les faits ; elle est nulle pour les conséquences qu'il en faut tirer. Ne pensez point qu^eiii

admettant des bornes à l'autorité des anciens dans Ie9 objets de raisonnement, Pascal contre4ise ce système de réserve et de prudence touchant les opinions reçues, que nous ayons développé ailleurs; il y met au contraire le sceau de la perfection , et il répond victorieusement à ceux qui prétendraient voir en lui le défenseur de la routine et du préjugé (d).

Pascal distingue trois choses dans l'étude de la vérité : la découverte de la vérité qu'on cherche, la démonstration de celle que l'on connaît , et la distinction du vrai d'avec le faux , laquelle rentre dans les deux premiers points. Il déclare ne vouloir pas s'occuper de la méthode d'invention ; lui qui pourrait tracer en maître le chemin des découvertes, il se borne modestement à renvoyer à ceux qui l'ont recherché avant lui. Mais quoi ?ne l'a-t-ilpas montrée lui-même , celte route, en la parcourant avec tant d'assurance , et n'y a-t-il pas répandu la lueur brillante de son esprit ? Pascal s'en tient donc à convertir en doctrine i art d'exposer la vérité.

Il fait d'abord connaître une méthode ^mmen/^ et accomplie 9 où les hommes ne peuvent arriver (e). Mais si cette méthode parfaite n'est pas à notre usage , il en est une qui peut la remplacer, c'est la méthode des Géoniètres. Celle-ci diffferede l'autre, en ce qu'elle ne peut ni tout définir, ni tout prouver; différence qui ne lui ôie rien de sa certitude, puisque la nature vient au secours delà méthode. H est des objets dont la nature nous donne elle-même une notion si claire, que vouloir les définir , c'est y jeter l'obscurité ; tels sont Pespace , le temps , le nombre et le mouvement (jT). Et c'est ici l'une des sources de tant de débats inutiles, qui n'ont fait qu'amonceler les nuages dans les obscures régions de la philosophie.

Pascal s'arrête un instant en passant sur les propriétés du mouvement , de l'espace et des nombres , qui ne sont pas seulement le fondement de la Géomé-

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trîe , maïs qui comprennent tout TUnivcrs; îl en discerne avec une haute intelligence les divers rapports, et nous y montre un grand exemple de cette double Infinité qui , en toute chose , trouble et accable la raison.

Revenant à la méthode qu'il nous propose , il la ramène à ces deux règles fondamentales , définir e^ prouver ; méthode qiue nous voyons caractériser plus tard TécoledeLeibnitzet deWolff, comme celle de Locke , et en faire à la fois le mérite et la gloire. La simplicité paraît niaise et puérile aux yeux de la suffisance et du demi-savoir ; mais Pascal se moque des logiciens qui, pensant avoir adopté ces règles, pré tendent n'y rien voir de nouveau.

, . Ici, son esprit supérieur s'élève comme un|aigle au- .dessus de la phllosoçhie ténébreuse de l'école ; il témoigne tout le mépris qull a pour cet art de déraisonner avec tant. d'appareil, dont il voit d'un coup-d'œil Jg vanité., Tes vices et le danger.' ' ^

,/ LVrt de persuader , dît Pascal , consiste autant en 'celui d'agréer qu'en celui de convaincre; il y à des règles aussi certaines pour plaire que pour démontrer ; mais les moyens en sont bien plus difficiles , plus admirables et d'un usagé bien plus étendu. Il signale les causes de cette dîfficul té qu'il met au grand jour ; mais tout-à-coùp il s'arrête et se prononce incapable dé réussir dans cette partie de l'art. JËh! quel autre que lui pourrait donc l'espérer ? Toutefois , s'il porte ic^ la même réserve que surles voies qui mènent à la vérité , il nous laisse aussi le même dédommagement : il nous refuse les préceptes , mais il nous offre les modèles ; et nous avons admiré jusqu'à quel point il a déployé le talent d'intéresser dans les sujets qui paraissaient les moins propres à supporter les grâces du langage. ' \

Pascal ne se borne pas aux moyens de communiquer la vérité; il examine encore la trempe des esprits

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destihés à la recevoîr. La variété infinie des différentes sortes d'esprit, que la nature a mises parmi les hommes, peut se ramener à deux principales.' Il est un esprit de force et de justesse qui, s'attachânt à une certame classe de principes bien déterminés et biencon* nus, en poursuit les conséquences par un raisonnement progressif et d'un pas ferme et assuré , à la manière des Géomètres : c'est Tesprit droit. Il est un esprit de pénétration vive et prompte, qui démêle sur-lechamp les rapports tes plus déliés, les nuancés les plus variées et les plus nombreuses ; sa vue nette et juste aperçoit tout sans discussion et sans raisonnement: c'est l'esprit fin.

Le premier esprit se trompe quand il veut appliquer sa manière aux choses délicates qui exigent une sagacité aussi prompte que le coup-d'œil. Le moment de l'observation et celui du jugement sont déjà passés; oû'à peine a-t-il préparé son attention ; il dispose et dresse ses appareils pour envisager méthodiquement un objet qui est déjà bien loin de lui. L'esprit fin , au contraire , àe perd dès qu'il faut raisonner avec ordre sui des choses inaccoutumées, qui n'annôiicent d'a-^ bord que delà sécheresse : ne voyant rien encore dans les principes, ni même dans les premières conséquehces, il se rebute et laisse là une étude lente et pénible, qui ne fournit aucun aliment à ses rapides concep-* tions, et ne promet aucun charme dans son exercice.

Peut-être venons-nous de surprendre sous la plumé de Paiscal, le secret de cette force unique et prodi-

§îéuse d'intelligence et de pénétration qui le distingué, 'il nous étonne par l'excellence de son génie, n'estce point parce qu'il réunit lui seul les deux éminentes perfections de l'esprit, qu'il caractérise si. bien ?

Il poursuit ses observations. On se rend facilement aux raisons qu'on a découvertes soi-même. Notre jugement n'a ni fermeté, ni stabilité ; il varie selon des circonstances qui n'y devraient rien faire. Celui

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que nous portons sur les oIh)S6s. qu'on non paontre, «e détermine presque toujours ^v les accessoires qui les accompagnent , par la manière dont op les pré^ sente ( i )• Le sentiment peut se çâter comme Fesprit* Le cœur ne veut pas être conduit par des argumens: il y a pour lin une autre logique; il faut lui montrcff sans cesse le but.

Voilà l'homme intellectuel : posons au tableau d^ l'homme moral. Nous ne pouvons que reproduir/s avec rapidité les traits lès pkii saillans de l'un et de Fautre (g^). m i

L'homme West qu'un resecM^ le plusjmble delif nature, mais c'est un roseau pensant. Noms pouvons perdre séparément chacun de nos m^np^bres ou plur sieurs k la fois ^ sans cesser d'être « c'est la. pensée qui iatt l'étrède l'homnae, et sans elle on ne peut le concevoir; c'est efDOore elle qui fait toute sa dignité (A), til n'est. pas. nécessadre que l'Univers s'ébràiile pour Féciaser : une goutte d'eaui suffi t^Mais quand l'Uni veis l'aocàblerait de toute^sâ. masse y l'homme .^rait encoK plusnoble que toutes les causes de^^sa ruiQe^. puisqu'il voit sa mort et la connaît ; ef Pat^antage que FUn^r versasùr^hùf FUniçers n'en èait r^n. Quelle n'est pas en e£fet la grandeur de l'homme , puisqu'il est car pable de faire le bien ? C'est par la pensée qu'il con^ naît le bien et qu'il peut le choisir: traiHuIlajts donc à bien penser , çoilà le principe de toute la morale*

Je pourrais n'avoir pas été , mille suppositions mç le {)rouvent; je ne suis donc pas pn être njicessaire; mais mon existence démontre celle d'un être néoesr saire; ily a donc uli.Dipu«.Je.voiar sôn'.nofii écrit en caractères éclata ns sur tout ce qui m'ehVironne;'tpute^ les merveilles^ de la nature mel'annoiioeht. Mais c'est

(i) « Nous rie pottvons plui reecÉanattre « dit Buffon « «iQa4i«9<Vflp^ » rieur influe sur nos îugemens même les. plus graves et les plus réflédiis**** « n n'j a pas jusqu'aux babils et It la coiSurO qui li*iiifliietft sttf Hàtei it jugement* » {tl§tt,fiaé*4ieràomfBc)^ ., ;

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sur-tout dans Phomme façonné «à soiK*image, c^estsnr Tàuguste front de Tètre pensant , que nous pouvons 'reconnaître quelques traits de la grandeur suprême ; c'est là sur-tout qu'il faut les chercher (£). S'il eldste un Créateur, le premier devoir de la créature raison^ nable est de Tadorer et de l'aimer, et elle doit avoir dans son cœur le principe de cet amour ; c'est donc dails les mou veines de son an^e crue l'homme trouvera lé moyen de s'élever jusqu'à la* Divinité.

C'est en vain que les .miracles de la toute-puîs-^ sance et de la sagesse éternelle se multiplient autour de l'homme dont le cœur est fermé : tous ces prodiges sont muets^pourlui ; son aveuglement est. la juste Seine de son ingratitude. La loi de Dieu, est une loi 'amour; il a voulu faire entrer sa lumière du cœur dans l'esprit, et conduire Thomme-â la vérité par là charité. Voilà ce qui confond la* raison humaine , ce qi|i trouble Por^ueil dads ses prétentions, ce qui égaœ les esprits^uperbes qui veulent connaître ptour aimer: Dieu veut la soumission avant toiit, et cie n'eit qu'à l'humble docilité qu'il réserve les ^clarfés de sa science. , : -^ ; /..

Mais la raison seule né peut-elle pas ^éclairer là* dessus ? Dieu peut-il exister, si sa nature même renr ferme une évidente contradiction ? Comment l'infîm 'péùt-il être sans parties? Je veux vous faire voir, dit Fascal y une chose infinie et indivisible : c'est un point se mouvant par-tout d'une vitesse infinie* Cet exemple d'un effet naturel t oui paraissait d'abord impossible, démontre combien l'homme devient téméraire lorsqu'il assigne à la possibilité^ lès bornes de sa propre intelligence (A' )•

'Au moins il n'est donc pas démon tréimpossible qu'il y ait un Dieu ; car si cela pouvait se prouver sans réplique , on n'en disputerait plus. Or, cette possibilité entraîne celle d'une vie future, et de-là la grande importance que doit trouver l'homme à s'éclisiircir sur

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tm* point d-o& dép^&d dès-^ors toute la règle de s^ ^ie(/). . . :

- Pour faire . cohnaître aux bommes tout l'intérêt qu'ils doivent mettre à cette i^cherçhe, Pascal n'interpelle que leur raison natiirelle ; .il leur demande seulement dé se coib porter en ceci comme dans tou*- -tes les.cif constances douteuses de la^V^e. (^ ) Il me,t ej^ balance un atome et l'infini; tous les biens de la vip sensuelle d'une part) et de l'autre cette éternité formidable qui s'avajiée ; et, par l'éûergie dçses raîsonpç^ mens » il porte Pépouyante et la terreur au milieii des glaces de ï'indifFérenpe , dans l'auie ,de ces hommes clu

.moûde qui, ehdô|:mis au bruit des.affaires ou dans les .bras d'une honteuse et lâche volupté^, ne se sont jaf

niais interrogés une seule fois sur leur destinée, . - . Je. ne saia ceqiie je s^tis , ni d'où je viens , ni où. je -'vai3;:l'ii^fîni me presse de toutes parts '9 il m'accabje,,

il me dévore ; je suis un soufiFle, une ombre qui SjS :znontre,etdiapar^U; j^û'ai de certaiir que cette niort .qui fond sur moj. yoilè.ma situatiqn, yoiià les té- .nèbres quim'environnent ! Ët.de tout cela je conclus . que je n'y dois pas songer , pu plutô]t jque je dois pré- >cisément faire toi^jçe qui peut me. conduire à.up .nfealheùr éternel; j^-ne yeux sur ces clioses ni éclair-

éissement , ni. ççcoi^çs , ni lumières > je veux rester

dans mes dputes 4^ p^archeren ayçugle jusqu'au bord . do^l'abime (2) ;. jfe. me glorifie la^^^ipie de mon incertf-

- tude , j'^u iirjeun Sjujet de vanité et de joie !...., .^. En vérité, s'écrie. ici'Pascal, n'est-i| pas honorable , à la HçUgjion>,.d'ayqîir. pour ennemis djg&liommessjdé-' raisonnable^ ? Mai$ ce funeste repos a quelque chose

(t) Pascal fait ici une application ingi^nîeuse et juste Ae cet art dont â est rinrentenr , d'estimer lar nm>l;»a|>i^itë d'une chaînée incertaine , et dd me^ver le degré de force qui doit influer, en pareil cas , siîr nos déterminations.

(a) '« Ils courent siMis.souçi dans le précipice , après avoir mis quelque » cbose devant J'eurs yeux pour s'eàipécher de lé voir , et Us se moquent » de «eux qui lek <o ayertiss^nt. » {FenséesdeFasçQL ) .

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dVxfraordinaîr^ , il est monstrueux. Comment tant de sang froid pour les choses les plus terribles, peutil se trouver danstine ame qu'ébrantentsi fort les plus légers intérêts ?Cesù un enchantement incompréhensible y et un assoupissement surnaturel. Cet aveu^ glement remarquable ne serait-il point l'une des plus fortes preuves d'un renversement survenu dans la nature humaine?

Si l'homme porte dans son ame <{uelque instinct. et quelque amout delà vérité, ne doit*il aucune attention à ces' gratids' objets ? Et àu'est-ce que la raison de rhomtne, s'il ne s'en sert nâllement pour arriver À la connâissancie de sa fin ? C'est principalement aux hommes de senS, qm cherchent sincèrement là vérité, que Pascal adresse lé secours de séà réflexions. Ne rerasons pas de lésécoutér, et znaïk^hoiis avec lui atidevaut de cette lumière qu'il nous intéréissé si fort d^air* ' quérir (m). - r c

S'il est un Dietr, hèus lui devons un hommage ; nous lui devons endote Paccomplis^ement de la loi qu'il aura hii-tnème manifestée à sé^ eréatupres; et la Religion devicht alôite la philosophie par excellencia» ob plutôt l'ùhi^quë philosophie, cômfn^ tes pi ussa vains personnages de^ran tiqùité ont elii& sagesse dé le croire. Maîidans cette multitude de eroyanoes et de pvat^

2ues , coratnent distinguer la vérité d^avec l'erreur? oinmént! dis(?emféH^ Religion vériubte ^rmi toutes celles qui prétendent à ce titré'aà^é?PôScal la reèodtiàlt , cette Religion, à un seul tra;it caractéristiqtie, èf te signe décisif ne peut être coîflësté r^ee setia <îdle qiiî aura le mieux connu ThonMiè^, qui ftwa^expUqiJé toot^ntier ce grand mystere.de Tordre moral. Allons donc étudier l'homme de . plus près ;. fouillons dans tout l'intérieur de son être , et montrons-le à découvert dans toute la vérité de sa nattirè actuelle.

L'homme est composé de deux substances. Il possède une ame immortelle ; car ceux qui en doutent

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ou qui lè nîeiit^ n'ont d'autre raison de leur dénégation ou de leur incertitude, que la difficulté de com« prendre ce que c'est qu'un esprit; mais il est bien plus difficile de concevoir que la matière se connaisse ellemême, que d'imaginer un être à part qui la connaisse. Le mode d'union de ces deux substances passe l'intelligence de l'homme : doit-il s'en étonner, s'il ne comprend pas mieux ni l'une ni l'autre de ces substances envisagées séparément ?

Si fnomme ne veut puiser de lumière et de force qu'en lui-même, il devient incompréhensible à ses propres yeux, il se perd dans sa faiblesse: alors tout est liuage a^utour de lui , et rien ne remplit ses vœux. Il désire la vérité, et ne rencontre que ténèbres; il cherche le bonheur , et ne trouve que sa misère ; le bien et le vrai, la certitude et là félicité le fuient égalemeiit.

Et d'abord , où trouvera-t-il la vérité ? Dans les objets à sa portée ? Chaque chose lui montre deux faces, bans les sciences et la nature ? Elles sont infinies. Et comment fixer un point dans l'infini ( i ) ? On parle dé principes : en est-il d'invariables ? Ne les recevons-nous.pas tout faits des mains de l'éducation et delà coutume ? Soni-ils autre chose que lel5 équivoques enfens du préjugé et de l'opinion, ces souverains , ou plutôt , ces tyrans du monde ? La Coutume , dit-on , efface la nature ; mais , qu'est-ce qu'unfe nature qui peut être effacée ?

L'homme veut-il la vérité ? Non : il est tourmente d'un désir vague dé la trouver: mais on dirait qu'il ne la cherche pas sérieusement C'est un aliment à son insatiable curiosité qu'il lui faut. Il veut des scènes : le dénouement le laisse dans le vide ; l'intérêt cesse

(i) Toot e&tHé , dit Pascal, tout se tient dans la nature. Comiiient la partie peut-elle saisir le tout ? Comment coiinaltre une partie sabs I0 toii| , et le tout sans les parties qui le composent ?

11, est trop jeune ou trop, vieux, il juge mal. La maidie ne lui fermé pas ééuîément les voies de l'étude.

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dès ^ue la toile s'ébrajile pour tom)>er. La vérité ne l'^ttiche qwe (juand elle nait de la dispute ; e*est le çombaît qui lui plaît. ^ que lui importe la victoire? Nous ne cfierchohs jamais les choses, ^ mais Içl rechercfie des choses. j

Du moinis , s'il y avait une vérité pour Thomm^ , et que Phomme voulût la trouver, erx aurait-il les moyens? S'il, est trop jeune

iie ne lui fermé pa elle lui ^te encore la scî.enee qu'il peut avoir. Llmagipation l'exalte et, lé trouble; le chàrpae de la nouveauté le. séduit, ou l'habitude Tentraîoe ; l'intérêt privé corrompt le jugement. L^opinîoh dénaturé le^ principes : mesure d'autant plus fausse, de la valeur ,de^ choses , qu'elle est quelquefois juste; car elle scr ràit règle infaillible de çérité , si elle Tétait infaillihte de mensonge. Quelques circonstances, un léger incident, une rpbe rouge, un bçnnet entraînent tou- !tçs les forces de i?otre ame : il faudrait ai^oir une rai- 'sQn',hien épurée ^ pojir regarder comme un autre Jiorrimele Grand-Seigneur dans son superbe sérail^ ens^irpnné de .quarçLnte mille janissaires. Et certes, nous npus offusquons à moins : il n'est pas besoin de ^appareil des armes, du fracas de rartillèrie ; le bruit dVne poulie ari'ête le jugement de l'homme le plus ferme, le bourdonnement d'un insecte l'empêche de raisonner juste. Sivoùsyoulez qùHl puisse troui^er la vérité ^ chassez cet animal qui tient sa raison en échec et trouble cette puissante intelligence quigou* cerne les i^illes et les royaumes.

L*'homme peut-il attendre la yérîté ae la part de sés.seniblables ? La duplicité préside à toute notre conduire ; nous sommes pleins d'iniquités » puisque nous voudrions abuser TUnivers sur notre compte, et que nous avons une si grande répugnance à nous montrer tels que nous sommes. Nous ne trompons pas seulement les autres sur nous y mais sur eux-mêmes; trans-

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formant par bassesse leurs défauts en vertus , notre criminelle complaisance nous rend les auteurs du mal qu'ils font. Le poison d'une lâche adulation endort les puissans et les grands de la terre d'un sommeil funeste, et les plonge dans une affreuse sécurité. 11 ne faut pasconfondre la soumission aux lois et le respect envers l'autorité, premières obligations de l'homme civil , avec l'imposture et l'avilissement

Qu'est-ce que la justice ? S'il y en avait une, elle aurait frappé tous les peuples de sa lumière, et nous ne serions pas réduits à nous informer de ce qu'op a prononcé chez nos voisins ou dans un autre hémis-

f)hère. La justice est ce qui règne , la mode en dicte es lois. Le juste et Pin juste changent avec le cfimat. Trois degrés (Téléi^ation dans le pôle renversent toute la jurisprudence ; un méridien décide de la i^érité^ Celui-ci place la justice dans l'autorité du législateur; celui-là, dans la commodité du prince ; tin troisième , dans la coutume. L'équité n'est autre chose que ce qui est établi. Ce chien estàmoi , disaient cespau-çres enfans ; c^est là ma place au soleil : çoilà le commencement et Cimage de Vusurpation de toute la terre.

Qu'est-ce qui réglera les bases de la morale , comme la perspective assigne le point d'où il faut voir un ta-? bleau , comme la vue du port règle ceux qui sont sur un navire? Sera-ce la raison de l'homme ? Mais de ce

Î rue les hommes emploient les mêmes termes, il né aut pas conclure qu ils aient les mêmes idées. Comment la raison des hommes serait-elle uniforme et constante , si celle d'un homme varie du matin au soir ? S'il est des causes capables de l'obscurcir ou de Téteindre , comment compter sur sa force, dans les grandes circonstances , pour assurer le bonheur de l'humanité ? Quelle est, après tout, cette haute puissance qui succombe à la moindre piqûre , qui trébuche et perd tout équilibrée la vue d'un vil insecte (fi) ?

Qui pourrait suivre Pascal dans cette foule d'aper* çus nouveaux, dans cette multitude de vues profondes sur le caprice , la vanité, la réputation , la fortune , les opinions du peuple ; sur les divers rapports de l'ordre social, sur les lois , la politique et les.gouyernemens?D'où il faut conclure aveclui que l'homme Jivré à sa faiblesse , est un sujet plein d'erreurs, que' tout le trompe, la raison comme les sens ; qu'il n'est lui - même que déguisement , hypocrisie et mensonge; qu'il ne veut de la vérité ni pour lui, ni pour les autres. . .

Voyons du moins si l'homme est plus habile à trouver le bien que le vrai , s'il est plus fait pour le bonheur que pour la vérité , si son cœur l'égaré moins que sa raison. ....

Puisque l'homme passe sa vie à. chercher le bonheur, c*est bien une preuve qu'il n'en jouit pas. Quelle es t. la cause de cette agitation perpétuelle qui nous^ tourmente ? Une inquiétude secrète nous ronge ; nous embrassons avec ardeur tout ce qui peut nous arracher à notre propre vue , et nous délivrer du spectacle de notre condition. tJn roi qui se çoit) est un homme plein de misères et qui les ressent comme un oatre (o )• Nous n'e^tistons point dans le présent , toujours dans l'avenir ou le passé : nous ne çiçons jamais , mais nous espérons*^ de vi^re. Tous se plaignent , depuis la naissance du monde ! hommes de tout pays , de tout sexe , de tout âge , de tout rang ; ils ont, demandé le bonheur à toute la natura et à toutes. les choses possibles, et personne n'est détrompé syr la vanité de tant de recherches (p). Nous poursuivons le repos dans l'agitation , nous nous donnons du tourment pour avoir, du plaisir : ô triste condition de l'homme ! le plaisir n'existe pour lui que par le sentiment de la douleur ; il ne juge les biens que par la connaissance des maux ; rien n'a de valeur pour lui qu'à la suite du besoin.

dePâscal. 63

-Le désir d*étre heureux est le motif de toutes les actions humaines , même chez les suicides. Objets déplorables ! spectacle affreux , que celui de certaines voies par où l'homme cherche quelquefois son bonheur! Tous comprennent le vrai bien, mais personne ne le trouve. Quel est donc ce bien qui n'existe nulle part ? Quelle est cette immensité de désirs d'un être aussi chétif que l'homme ? Corn-* ment un cœur qui trouve la satiété par-tout , est-il pourtant insatiaole? Qui a mis cet mfîni dans un néant ? Philosophes et sages de la terre ? dénoues ces difficultés !. trouvez , dans l'ordre général , ea vertu de quelles lois peuvent s'expliquer ces éton« nantes aberrations de l'homme , qui paraissent en contradiction avec toutes les harmonies de la nature. L'homme ne sait à quel rang se mettre ; il esi pisiblement égaré et sent en lui les restes é^un état heureux dont il est déchu , et quHl ne "peut retrou-çer. Il le cherche par-tout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables* Disons encore que l'homme , perdant de vue sa destinée , a oublié son état passager sur cette terre qui engloutit tous les )our& son semblable à ses propres yeux ( i ) ; et le malheureux n'en agit pas moins , au milieu des ossemens de ses pères , de ses proches et de ses amis , comme s'il était arrivé ; il s'obstine à chercher sur un point de sa route, ce qu'il ne doit trouver qu'au terme de son voyage ; et cette grande méprise donne à la plupart de ses :actions les couleurs de la démence. *

(i) « Qu*on imagine , dit Pascal , un nombre d'hommes dans les ehaln «es et tous condamnas à la mort , dont les vns ëtant chaqifte jour égorgé» à la vue des autres , ceux qui restent , voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et attendent leur totir : c'est limage de la oon^ idition des lionuBW. >»^

£t ailleurs : « Le demier acte est toujours sanglant , quelque belle que soit la comédie en tout lo reste. On jette en&a de la terre sur la tète , «t cft voilà pour jamais. ».

64 Eloge:

Achevons de crayonner cette image naturelle de rhomme ; ajoutons-y les derniers traits.

Peut-être l'homme se redouterait-ii moins luimême , s'il ne voyait en lui que les' seules traces de sa grandeur tombée , et un état de misère indépendant de toute dépravation actuelle; mais il y trouve encore- le spectacle révoltant de cette perversité qui est Tune des suites de sa chute ( i )• Ah ! ne prou- Yent-ils pas tout à la fois et la misère de l'homme et lès vices de sa nature , ces ■ soins pénibles que coûte son éducation physique , et cette vigilance assidue qu'exige son institution morale ? Ne démontrent-elles pas trop bien sa pente au mal , cette né-^ cessité de l'entretenir sans cesse de ses devoirs , cette multiplicité de livres de morale et de philosophie faits pour l'y ramener , et l'impuissance de la Religion elle-même cour soutenir le plus grand nombre? Il faiit une autorité forte aux hommes rassemblés , pour qu'ils ne se|changent pas en bèies féroces ; .et» sous le gouvernement le plus ferme ^ il faut des légions toujours armées pour protéger l'homme contre lui-même ; il faut des édiafauds pour l'effrayer, et des bourreaux qui trempent leurs mains dans son sang ! • • •

Mais Phomme n'est-il que misérable ? C'est l'ètrie sans doute beaucoup^ que -de savoir qu'ill'est ; mais c'est être bien grand , que de connaître sa propre infirmité. Ainsi, les nlisères même de l'homme sont la preuve de sa grandeur ; ce sont misères de grand Seigneur y misères d'un Roi détrôné. L'orgueil de l'homme est un sentiment dépravé d'une noble oxir giné. Ceux qui méprisent le plus l'homme en le rabaissant au niveau de la brute , se mentent à eux^

(i) Cette dépravation hërëditaîre est sensible dans les.enfens , dies qsâ Y on rémarque en gënëral , un goût naturel de destruction , un penchant marque à la révolte , une extrême facilite à saisir tout ce qui est val , an« opposition expresse à tout ce qui estbient

mêmes ;

t)EpASCAL. 65

mêmes; la nature, plus forte que leurs raisonnemens , les persuade bien mieux delà grandeur de rhomme,quela raison ne leur démontre sa bas-» sesse {ç ).

Les philosophes n^ont pu s'entendre sur la nature de rhomme : ceux-ci n'ont remarqué que son abaissement et ont méconnu sa dignité ; ceux-là n'ont vu que sa grandeur et ont oublié sa misère. De-là Timperfection de leurs doctrines et l^insuffisance ouïes dangers de leur morale, qui, pour tout fruit , n'ont produit et ne pouvaient produire qu'un dogmatisme insensé, ou un pyrrhonisme absurde; l'orgueil de l'esprit , ou la paresse de l'ame ; une impie et vaine présomption , ou le désespoir de l'athéisme. Les deux états de l'homme devaient être considérés ensemble, car ils se concluent l'un de Vautre, et c'est ce qu'il fallait apercevoir. Si l'homme avait toujours été dépravé, il n'aurait aucun sentiment de la vérité ; et s'il n'était pas déchu, il posséderait le bien et le vrai dans toute leur plénitude.

C'est ainsi que Pascal , par la seule force de- son génie, remonte à l'état primitif de l'homme, et démontre cette çrande et première faute qui a corrompu l'humanité dans sa source et attaché au berceau du monde le premier anneau de cette longue chaîne de calamités , étendue sur les générations, et

3ui pèsera encore du même poids sur le dernier es enfans des hommes. Mystère terrible , inconcevable sans doute ! Mais , dit Pascal , l'homme sans ce mystère devient lui-^même un autre mystère bien plus incompréhensible. Dès - lors la Religion chrétienne est prouvée dans toutes ses

{parties. Elle seule explique les contrariétés de 'homme ; elle seule frappe d'un jour éclatant cet étrange chaos de la nature humaine , où tous les philosophes se sont perdus» La véritable religion est celle qui montre notre vraie condition , notre

66 Éloge

vraie vertu, notre vrai bien; qui connait toute la grandeur de rhomme et toute son abjection , et lui indique la source de Tune et de l'autre ; qui sonde toutes les plaies de Thumanité , qui sait compter tous nos maux , et sur-tout nous en procurer le remède. Une religion toute populaire ne peut convenir aux esprits élevés; une religion toute métaphysique ne peut servir au peuple. La Religion chrétienne seule s'adresse admirablement à tous; elle ne laisse pas un homme sans secours ou sans consplation ; ses richesses sont inépuisables, ses trésors sont infinis; il n'est pas une vertu qu'elle n'épure et qu'elle ne soutienne, pas une infirmité qu'elle ne puisse guérir. La sagesse de la terre n'a pu détruire nos faiblesses , nos travers et nos vices les uns par les autres: l'orgueil et la bassesse se combattent, mais ne s'allient pas; le dogmatisme et le doute s'excluent , mais ne se tempèrent pas : la Religion seule chasse les uns et les autres par la simplicité de l'Evangile; c'est dans son humilité même que le Chrétien s'élève le plus, puisque c'est par elle qu'il s'unit à Dieu.

Est-il une religion, une école de philosophie, qui ait prêché cette vertu nouvellç de l'humilité chrétienne, d'où naît tant de grandeur et tant d'héroïsme? En est-il une qui ait soupçonné cette loi touchante de charité , ce précepte de l'amour de Dieu , loi ineffable dans ses profondeurs, sublime résumé de tout le Christianisme , qui suffirait pour en établir la vérité. Au milieu de tous ces systèmes de philosophie les plus admirés, qui tous ont un côté faible, la Religion des Chrétiens apporte seule à chaque théorie ce qui lui manque, et donne le complément de toutes les doctrines. Sa perfection , qui répond à tout , offre le sceau irrécusable de la Divinité.

Pascal les met à découvert, ces traits remarquables

GoQgk

qui distinguent Taugustç Religion de Jésus-Christ. Rien de plus beau, rien de plus élevé que ce qu'il nous expose sur le caractère des Ecritures , sur la nature des Prophéties, et sur leur accomplissement; sur la perpétuité de la "tradition sacrée sortant du sein de la première fainille, et transmise sans interruption jusqu'à nous ; grand et précieux dépôt confié d*abord aux archives d'une nation particulière (r), choisie de Dieu lui-même, et remis ensuite d'une génération à l'autre, sous la sauvegarde de l'Eglise universelle : rien de mieux raisonné , rien de plus frappant que les observations qu'il fait sur la personne de Jésus-Christ et sur sa doctrine,, sur les Apôtres et sur leur mission , sur l'étabh'^semçût miraculeux du Christianisme et sa. résistance aux persécutions politiques. Nous ne répéteronij pas les preuves innombrables et pressantes qu'il développe avec tant d'éclat et d^ force : eh ! cpmment le pourrions-nous sans les affaib.Iîr? Par quel aj.:tifice inconnu réussirions-nous à resserrer une matière sî vaste dans les limites qui nous sont ordonnées? Ah ! gardons-nous de soumettre à une froide .analyse, des morceaux où brille cette rare éloquence que devait donner à un si beau génie, la richesse d'un tel sujet !

Qui ne sait pas combien l'intérêt de ces grandes choses est en effet secondé et soutenu par l'intérêt du style? Qui n'a pas remarqué comment Pascal , maîtrisant le pinceau du langage , avec un talent connu de lui seul , répand sur son expression ces teintes si naturelles et cej^endant si énergiques , qui conservent à la pensée la même vie qui l'anime à l'instant où elle reçoit l'être dans le sein du génie ? La pensée de Pascal sort toute empreinte de cette vive lumière qui luit dans son ame , comme on voit briller ces substances resplendissantes qui portent par'-tout avec elles Téclat des rayons du soleil dont

68 Éloge

elles sont imprégnées (s). On dirait que la majesté des Livres saints a passé dans l'es écrits de ce grand homme. Embrassant toute Tétendue de3 Ecritures, saisissant toute leur liaison , y suivant d'un regard rapide et sûr l'enchaînement des faits et de la doctrine , Pascal paraît au moment de briser le sceau divin qui couvre une partie de ces pages mystiques, et près de nous en révéler les redoutables secrets.

Dans tous les temps on avait vu de ces hommes qui, vaincus par les passions terrestres, et troublés bar les austères préceptes d'une Reh'gion dont Tinîiexible loi ne compose jamais avec nos vices , voudraient trouver quelques motifs de doute contre une doctrine importune qui les condamne ; bientôt l'incrédulité s'élève du fohd de ce cœur corrompu, et vient demander à Tesprit, des sophismes pour se convaincre elle-même et s'atifermir , et des armes J)our combattre, La Religion affligée prévoit avec douleur les blessures profondes que doivent lui laire un si grand nombre de ses propres enfans, dans les jours de scandale , de licence et de dissolution. Pourra-t-elle préparer des moyens de défense contre les attentats de l'impie? Où trouvera-t-elle un bras qui la protège, un appui qui la soutienne? Quelle est la voix qui élèvera son éloquence audessus de toute l'éloçiuence des hommes , et qui , dans des siècles éblouis de leur vaine science, parlera aux sophistes avec toute l'autorité du génie et da talent?

Cest à Pascal que la Religion s'adresse : « Prends, ^ lui dît-elle, cette plume heureuse et savante, que *> je dirigerai dans tes mains, et que nul ne maniera » jamais avec la même habileté. Décris, d'un trait i> fidèle , l'image de l'homme , qui ne se connaît ti point lui-même ; ose la lui présenter dans son >i effrayante vérité ! Réduis au juste la mesure de t> ses forces , fais-lui toucher de toutes parts les

dePasc4i>. 69

'i^ bornes de ses facultés ; dépeins ses qualités sublimes » dans toute leur excellence, et mets à nu sa déplo- » rable misère. Porte le poison de l'inquiétude au » milieu de ses coupables jouissances ! Jette leffroi » dans son ame trompée ! Un réveil affreux , mais *> salutaire, agitera ses sens et dissipera sa funeste » léthargie. Alors peut-être il chercnera la lumière » dont il éprouvera un pressant besoin. Tu lui feras *> voir la main divine empreinte sur lui-même , «> prête à le foudroyer pour jamais dans les abîmes ^ creusés par la souveraine justice, ou à le soutenir » dans ces combats de quelques jours , dont une » éternité de gloire doit être la récompense. Tu » indiqueras la source des erreurs et du mensonge ; » tu dérouleras les annales d'une Religion aussi an- » cienne que le monde, qui vient éclairer Thora me » dans ses ténèbres, dissiper ses doutes et lui offrir ï^ le remède approprié à tous les maux de sa con- «> dition. Tu lui exposeras Tliistoire de sa chute , » Texplication de sa double nature, de ses viles 3» passions et de son amour du souverain bien , sa f> haute destinée et les moyens de l'accomplir. Tu » multiplferas les preuves puisées à la fois dans son » être et dans les Ecritures; tu résoudras toutes les 3> difficultés et démasqueras tous les sophismes ; tu » consommeras .••.«•••• » Non ; les voies de Dieu déconcertent notre esprit. La suprême sagesse n'a pas voulu qu'un homme achevât cette grande et belle démonstration des vérités saintes. Le sort de la Religion est d'être combattue jusqu'à la fin des temps; ce triomphe contre une perpétuelle contradiction fait sa gloire : une nouvelle attaque serait inutile après la défaite : attaquer de nouveau la Religion , c'est la défendre. Dieu veut aussi laisser quelque mérite à la docilité de sa créature, à la soumission de sa foi. Son dessein, dit Pascal, est moins de perfectionner l'esprit que la volonté : mot

70 Éloge

prc^fond , (juî exprime à la fois l'essence et l'objet de la Religion chrétienne, et son admirable conveîiance aux, vrais besoins de l'homme. Qu'il suffise à celui dont le cœur est droit, de savoir qu'il trouvera ce qu'il cherche , et que l'esprit rebelle soit confondu ! Si vous ne voulez être aVeuglé par les Livres divins, ah ! n'y portez pas une main sacrilège et l'œil profane de l'impiété ! mais ne les ouvrez qu'avec le désir de vous instruire. Jésus-Christ les a montrés, ces hommes dont le cœur s'est appesanti, qui ferment l'œil pour ne point voir tet l'oreille pour ne point entendre, parce qu'ils redoutent la fin de leur illusion et tremblent d'être guéris ( i ).

Quelques Sages de l'antiquité , il faut en convenir, ont fait de beaux efforts en morale et en philosophie , et se sont élevés à des résultats digues de re- 3iiarque , par la seule puissance de leur raison. Mais nul n'a porté aussi loin que Pascal l'étude de l'homme naturel : nul n'a professé avec tant de supériorité cet amer et sublime mépris de la nature humaine corrompue ( 2) , et cette noble et franche admiration des restes de sa grandeur : nul n'a su définir l'homme tout entier , parce que nul ne s'est avisé de combiner ensemble ses deux conditions extrêmes ; de tirer les moyens d'éclairer ses contradictions , dû sein de ces contradictions mêmes ; de puiser dans ces épaisses ténèbres une clarté propre à les dissiper : aucun n'a découvert des vues si nouvelles et si nombreuses : aucun n'a réuni tant de lumières à tant d'éloquence : enfin , privés du flambeau delà foi , ni les uns ni les autres n'ont pu tracer à l'homme

(i) s, Mattliieu, c. jciii, i5,

(2) n y>a des critiques qui , trompes apparemment par la froide et pro^ fonde ironie de Pascal , lui ont attribue , avec Tair du mépris » les maximes de Hôbbes sur les bases de la justice. Dirons-nous q«*iU ont seulement feint de se ménfrendre sur la pensée de Pascal ? Mais quelle iustification, qit9 celle de défendre leurs lumières aux dépens de leur bonne foi !

DB P A se A L; 7t

sur la terre, son unique chemin pour arriver au but. Allez , divins feuillets , lignes sublimes , traits immortels ! allez d'âge en âge étonner la raison de l'homme par le spectacle de la hauteur où elle a pu s'élever un jour! Au milieu de la nuit orageuse dont les passions couvrent le monde, brillez comme un rayon de la céleste lumière aux yeux de celui qui cherche le rivage , et montrez-lui les écueils et le port (/) !

Pascal n'a point entrepris en philosophe vulgaire , un imposant tableau d'une sagesse purement spéculative ; travail stérile, exécuté dans la seule vue d'ajouter aux richesses littéraires un nouveau chefd'œuvre, et de procurera son auteur un peu plus de célébrité : le trésor des grandes beautés qu'il a répandues dans son ouvrage, était dans son cœur ; l'onction et l'énergie de ses paroles étaient l'eflet de son entière persuasion : voilà les sources de la véritable éloquence. Non , les seules forces du plus beau talent , les ressources les plus fécondes de l'art ne peuvent aller jusques-là. Aussi Pascal nous donnet-il , dans sa conduite personnelle , l'exemple vivant de toute sa philosophie.

Voyez , dans la vie privée de cet homme , l'accomplissement journalier et rigoureux des grandes et belles maximes qu'il a développées avee tant de chaleur dans quelques-unes de ses pensées. L'attention continuelle dont il accompagne toutes les circonstances de sa situation , les soins vigilans dont il environne chacun des actes de sa volonté , le font marcher à grands pas dans les sentiers de la perfection morale , et bientôt il porte toutes les vertus chrétiennes jusqu'à l'héroïsme (u).

Sans cesse frappé du néant dePhomme, il oppose Wiumilité la plus profonde à ces mouvemens de l'orgueil qui agitent même les araes les plus simples ; il épie ces mouvemens avec constance, pour les étouf-

fer à Tinstanfe même : toujours en garde contre les surprises d'un ennemi d'autant plu3 à craindre , qu'il réussit mieux à se déguiser (^).

. La pratique de cette grande vertu , la plus dlfEcile peut-être à garder , le prépare à Texercice de toutes les autres. Elle le condijit d'abord à cette simplicité de cœur , d'où naissent , à leur tour , tant d'autres vertus angéliqnes, que le Christianisme seul pouvait faire connaître ; à cette simplicité que le Sauveur du monde rendait sensible en nous proposant pour modèle la naïveté des en fans ; aimable comparaison qui, nous mettant sous les yeux Tinno-cence du premier âge , semble nous rappeler , par cette image touchante , l'innocence primitive d'où l'homme est déchu , pour nous engager à y remonter , en quelque manière , par nos efforts (:r).

La simplicité de Pascal l'entraîne à cette abnéga* tion généreuse qui , subjuguant une nature perverse et révoltée , étouffe le vil et dur égoïsme , porte riiomme à rompre tous les liens terrestres qui captivent son ame , à se sacrifier tout entier à la loi de Dieu et à l'exécution de sa volçnté. Elle lui inspire ce renoncement aux superfluités , qui commence par un combat pénible contre une foule de besoins imaginaires menaçant l'homme de privations insupportables , et qui finit par un noble mépris de tous ces objets incapables de remplir son cœur.

, C'est ainsi que l'homme , détaché successivement de tout ce quj est indigne de ses affections , dépouillant l'une après l'autre les imperfections de sa nature , se purifiant au creuset de l'austérité , s'élève du fond même de sa bassesse , dans le sein de Dieu , et y va puiser les rayons de cette charité divine qui éclaire l'ame , l'embrase d'un feu céleste , et lui donne une autre vie : nouveau foyer de vertus actives , qui ne peuvent plus se concentrer dans le

dePascâl. 73

eœur de l'hotnme , mais qui répandent au-dehors la céleste odeur de leurs parfums et prodiguent les bienfaits d'un zèle infatigable.

Pascal exerce avec une ardeur soutenue ces vertus par excellence , dont il a si bien dépeint le beau caractère , et dont il développe avec tant d'ame les incomparables effets. Les privations ne lui coûtent rien pour soulager l'indigence ; se confiant , pour son compte , à cette Providence qui n'oublie pas le plus petit insecte , il a remarqué, dit-il , que quelque pauçre que Von soit , on laisse toujours quel^ que chose à sa mort. Qui ne l'admirera pas aban?donnant à quelques malheureux sa propre maison devenue l'asile du pauvre , pour sauver le danger du déplacement à un enfant moins souflrant que lui 1 Qui ne l'admirera pas arrachant au péril de la séduction , la jeunesse , l'innocence et la beauté , et n'épargnant rien pour assurer à la fois le succès et le secret d'une si belle action ? Qui n'admirera pas en lui ce sacrifice douloureux de la nature , c^ mouvement sublime de la véritable charité , que l'esprit du siècle calomnie parce qu'il ne le comprend

Î)as ; qui , d'une part , entraîne Pascal à combattre a douceur du vif attachement au'il a pour ses proches et pour ses amis , et lui inspire , d'un autre côté , le généreux désir de détacher les autres de lui-même ? Il immole à son Dieu ce retour de sentiment qui a tant de charmes pour les âmes tendres , soit pour laisser dans son cœur et dans le cœur d'autrui un libre essor à l'amour divin , sans lequel sont mortes toutes les autres vertus , soit

Ï)our épargner à ce qui l'entoure les inutiles doueurs d'une séparation prochaine et assurée.

Comment décrirais-je cette longue patience au milieu des maux si grands cjuî ont traversé toute sa vie? cette héroïque résignation aux peines de tout genre , qui lui fournissent un sujet de félicitation à

74 Éloge

Taspect des fausses joies du monde , oô îl croît voir l'effet d'un déplorable aveuglement ? enfin , ce courage surnaturel qu'il montre sur son lit de mort , trompant les accès des plus vivips douleurs par les derniers élans d'une charité qui ne s'éteint qu'avec sa vie (y)?

Ajoutons à ce faible portrait d'une grande ame , les traits dont Pascal s'est peint lui-même. ** J'aime , » disait-il , la pauvreté , parce que Jésus-Christ l'a » aimée. J'aime les biens , parce qu'ils donnent le » ijioyen d'en assister les misérables. Je garde la p fidélité à tout le monde.. Je ne rends pas le mal w à ceux qui m'en font. J'essaie d'être toujours » véritable , sincère et fidèle à tous les hommes. » J'ai une tendresse de cœur pour ceux que Dieu » m'a unis plus étroitement, ooit que je sois seul , » ou à la vue des hommes , j'ai en toutes mes ac- » tions la vue de Dieu qui doit les juger , et à qui » je les ai toujours consacrées. Voilà quels sont mes » sentimens fi). »

Ce sont ceux du vrai Chrétien , et Ton ne voit rien à y ajouter pour compléter la grandeur morale de l'homme qui , docile aux mouvemens de la grâce divine , se perfectionne lui-même par les nobles efforts de la vertu : spectacle le plus beau qui puisse s'offrir à nos regards dans la nature entière , et que la Religion chrétienne seule peut donner dans toute sa sublimité , parce qu'à elle seule il appartient d'inspirer la vraie sagesse , par la grandeur des motifs qu'elle leur donne pour * base : sagesse épurée , que ne souille point le venin de l'orgueil , étrangère à toute spéculation de vaine gloire ; état céleste d'une ame toujours en présence de l'éternité , et pleine d'indifférence pour cette

(i) Supplément aux Pensées de Pascal Voye» aussi la Vie de Pascal , par M.™« Périer.

dePascai. 75

immortalité d'an moment que donnent les hommes sur la terre ; sagesse enfin crue Ton voit briller de tout son éclat dans l'ame ae ces véritables grands hommes , qui , non moins érpinens en sainteté qu'en lumières , font , comme Pascal , avec un rare courage , un usage universel et constant de toutes leurs facultés et de tous les dons du Ciel pour accom*plir leur tâche parmi leurs semblables. Les voilà , ces hommes dont la mort est précieuse aux yeux du souverain Maître , parce que tous leurs jours ont été pleins , non des frivoles mtérêts d'une vie qui n'est plus , mais pleins de ces œuvres qui ont amassé des trésors pour l'éternité. Us peuvent dire avec une. sainte assurance à l'Auteur de toutes choses , en retournant à lui : « Voilà les talens que votre toute- » puissance m'a confiés , et voilà l'emploi que j'en » ai fait. »

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