‹ Eloge de Blaise Pascal, accompagné de notes historiques et critiques;Chapitre 5 sur 5 · N O T ES · texte numérisé non relu

N O T ES

à l'histoire et à. la morale des anciens; Theurense ingënbitë de son style et de ses expressions lui tint lieu des véiitables ressources que la langue lui refusait pour un ton trop nouveau' pour elle. 11 eut le singulier mérite d'écrire mieux français, que ceux qui devaient venir immédiatement après lui. Cai'^ sans nous arrêter au chef de cette risible FUiade française., à Ronsard, que Boileau à signalé d*un trait de. son pinceau, nous pouvons observer que Montaigne , qui apporta , il faut en convenir , dans la langue française, un naturel, une abondance et une énergie inconnues avant lui; Montaigne, qui avait,

Sour ainsi dire , sucé le latin avec le lait , pour qui la langue es Romains était la langue maternelle , et qui passait d ailleurs la plus grande paiiie de sa vie dans le conunerce des anciens ; nous pouvons , dis-je , observer que Montaigne dut nécessaire* ment répandre sur sa diction une teinte particulière , et faire j en quelque façon , rétrograder la langue française vers Tune de ses premières sources. Mais, s- il en retarda le. génie, combien n'en angmenta-t-il pas la puissance et les richesses, et quelle admirable fécondité ne prit-elle pas sous sa plume originale et facile !

Malherbe opéra une autre réforme , en créant Tharmonie et élevant déjà quelquefois sa poésie à une décence, à une gravité dont la langue française pamssait tout-à-fait incapable; il commença à l'épurer et à montrer l'heureux effet d un choix judicieux dans remploi des mots*

On vit ensuite Balzac et Voiture faire les premiers efforts pour élever la prose, du ton naïf, bouffon ou commun, qui lui restait, à une expression plus grave et plus soutenu^. Mais la langue ne recueillit pas sur-le-champ tout le fruit que. cette innovation «alutaire devait produire aans l'avenir ; elle perflit alors ses grâces naturelles, son simablç et fertile licence ^ises formes libres et ingénues , et n eut rien d abord pour remplacer tant d'avantages. Elle n'avait encore, acquis aucune de ces heureuses qualités qui devaient en faire le langage de la raison, de l'éloquence noble et mesurée, de la philosophie et de la discussion; l'interprète de la politesse, de la finesse, de Tesprit le phis délicat, et , si l'on veut, de la plus aimable légèreté. A ses charmes antiques et gracieux, succédèrent un style ampoulé et péniblemerd spirituel, des grâces étudiées dans les constructions , de la roideur dans les mouvemens ^ des atours ajustés avec effort, un apprêt toujours visible, des recherches convenues et non déguisées , semblables , si l'on me permet cette compa^ raison, à ces couleurs empruntées dont on se compose ouverten^ient un teint factice^ comme article reçu dans u,ne parure de céréj^pnie. * ,

Il Wt fbVitéfois rendrç justice à Bàlzkè : il se ]^rèéitAt àvë^ km style déjà bien châtie fonr lé içmjps; il nous montre léâ Premiers essais d'euphonie dans la prose ; il y a de Tésprit dani ses Lettres ; il donné de lîhtërfî et de ràçrëinent à des çhosei très-ordinalrès ; souvent fear la fârme des expressions, quèlqnc-î fois par d*heu reusés ^imilituaes^ par dfes r^pprochémens pu deé. citations, il relève des dëfails communs dé i^ yiç pVivëe, dèé circonstances personnelles, dés faits parficuliçys qui ne pai(^issent uauciinç vàfëu.r. Mats il pousse presque toujours trob loin la recherchie çt il tombe dans Tafif^ctàtion ; ' ^1 'a irecouii trop so\)vent à une ërudUîôn d placée dans les petites choses:; rhistoire^ la mjtbolo*^ie, les philosophes anciens inteirieniienl sans cessç au milieu dé gueli^ues niaiseries. Cëtàit^jé ]è sais^ Tesprit de s^ri siècle : on sa^uyaît au barreau, dit Vdltàire^ Bur lautorité des Docteurs çt des Pères de rfiglîse , tàhdî^ qu'en <ihàire oh citait QVide et Virgile. Mais c'est jpSay^r u ^ ^ibut un peu fort à cçt è^pr^t bien évidemment faux, que

gacc^inifirlér dans une Lettre de Quelques lîgnes , Henri-ierandfSifàèéfue/les Grâces, Juste-Lipse, Mallierbe, etc., et de trouver^ à propos de quçluues. bagatelles de soc^ëtë, \t înoyen'de îparler de Flore , du pnnîemp^t dû spleit» ae Martial ,^ de Vénôs, d'En ëe, de la LJbye, de Vii^ilê, de Cësar. dfe Çlëojpâfre, des Muses, d'Apollon , de fiacçhus , et de citer encbrû pkr-dessûs lètoiit'des vers làtihs et tpscaAs^

Voiture donpe quelques çxernples de grâces Vëellês et d'hç»re]ise8; plaisanteries ; maïs il fatigue par ses pérpëttiels hiàifri,çaux jÈtJt 7)àr des ipëtàphores absurdes, qu'il k la cbâstaiice dé soutenir iTàns u|ie suite de vjngt LéUces adrç'séëéfs i la Wm^ j>ersoni](é. .^

VéiifhdusrâsTtâe,ù,niversël qtiVxcitait alors cet âA>its 3e l'es- ^r|t, que poiis. trouvons maintenant sidëplaçë,.dtfestç ëofxfbieâi te vr^i goïit ëtait encore îjghorë.pTous efa ju|;eon8 j[)rincibàlement; ^n Hsanf ^es ëcritssi vàhtës à cette ëpoque, par Feftet que produit /sur nous cet ei^plbi îmmoderë de coinrpàraisoùs,',^ ciantithèsè^ et d^terijellés ^pl'aUantefies , ^ur-tôtit d^ns tei çbrhplimens, q^l finissent par ress^m'bl^r ^ .des bouffon n'irt^; lors même cjuc raqtèurVéByiVç le plus, de ' liiointrer i^'it'|îâirlë très-affirrhativemént, .,.,..

Tel èsl^l'ëlSat oh Pascal a frot^vë F51 l^ngtfç'ffiCp^^îsié,.

(bj Bnlii^ant ces auteurs toujotîi^ ^iiiiidl^s , toiii sfe tôîjiiiirielixtaient si fort pour feire de rçsprît dans iiiie Lettre, et pour donner au genre ë^istdlairt^ prédisëmfntTésfjèce de caractère j^ui lui sied te inoins , on rit Aelk tdrtufe oii ifs 6e 'iftetfaiêtft', '^ar-tôut -quand il Vagissait de iSnir; rien de phispIàtsAht (fàk ^ y^ië^^ de leur» efforts pour ^ener, |>ar quçlc^iiç'^txr't^o^4

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N o t É s, ^ io5

VNU '^ inattefadu , une foi-mule triviale àt clrilitè (dont I4 tiiiUitë est une affaire cboveoue) qni faisait , à là àuite de tant Vie belles phrases, la cDuie la pln^ biaise. Pàâ^csil é'slffVanchiisait, ipiv^ lihe noble aisance, de ièi q'sàjg;^ ptiëril d'e^oii temps, Ai

Erëpàrèr dé s\ loin une ^i^iiitûrè ; et ised lettres n'en ^(iiiekit ni l'oiiis àgrëabl^à ; ni moiils respecta ènses. (c) Homère se^bble oonâidéifr qtieïdttlëibis U Destiner comme là volonté étemèHe du Aiaitt^ dfe uièut , volonté (Juë îîfe chef s\iprêinc de YOlymj^ hé pouvait éfaan|er IdÎTftrtme , ftiàîs 'doht il çodvait ijetardèr ràcçoni^)lÎ85f meut; d'autres fois , ïe chantre d*A<*hî11é sêiViblfe admettre uù Destin p!ii*s fort que îupifck Bësidd'e faiisait du Deistirt tin iêtré à li)art , Ris de t^ TSmt Pindare sdulmet le iJésinn 'à la tbute-bulsfeincfe 'de Jupiter; fSicftyre; Ovîdfe étjd*iiVtVeà J^ôèiçk^dmëttâfeÀt tiiié Oèstirtée qiil

Ït tputfe 1k sVcté îôiiiqiVe Vôuiîhettâïent Je moïide entier à U '*alîifïté, fa.plus forfe dt toti^es leà volonté, ^Ogemebt iAitaità- We dfc l'éternéVte ï^rovîdence. Vk6(>h dllalte/cioy^it au Dèstift tt à unfe sbrt'e'deS^'rôvîàence ttjul à la fors. L'AcàdJmïe iSoAfoi^ Jfeît'cçs d«ûi 'choses. Détôocrite, ttératiitfe et le Lj^c^è cbïiSidé. tifeM (fans ië Destin nn^e cattfeé des évèhetnèns tèltèiA'ent lïé- (fesisairë, cTue'rlîeh ne pouvait d^feuWé ^ ï&rcèr.'te p0rtiâae nt ri^'!irigU«î ps 'le t)Mih de la lOivînitt : ïè sjrstè^è de 6e\\$ It'oîe isfi/r fà dfôpàsiVio'^ ffeiiiëllë ^t 'héèës'siAi^e dès ^û^e's e'st 'fpséz &vltHix. ^feïfiîcuiîens hiSimt^ieni ta lité^të dé rhomme , H faisaient de % 0èstim^è urfè ^3ivîi6itë iraa'ginlaîre. Sèlài^ Chry^bpe , ïe t0iïh dëferinïnàîl lèîs kdUân^ sàris •n'^éeSSÎté, pMè<(ik^. em ôbÀfdnda'nt Difeu 4t ik Destïnéç, kd^tîettàit ïé vK^VôrViy-V.-aîtei qtfe Pliitavqtie.

ïi è^Wïitlïe'^èiWéfer^uk àbstiraeiWv^nfei àèl'X8W<»6^è (dont tes nrétentions datent de la plus haute antiquité), qiii ffbûvVft'ft^A ^*e 'i^hiçîtn'd^ btfi^ éciït 'dU«s rai^feîoi. des fâfifes,-* diiî lie voWft dahs fe AA i^bilé qû0 lè^gj^fad tiWè tfts'tfektfnfeB ht/iiiainîis'fee iléràûlkrft'à *Sès jrcux-

Vi^HKa bitfte 'étiéMe â'iitie *Rcflfgloh toute %fttfée iiir Yh\u ftfeîUë 'Wlâ tfbHrïfô, "Rerfgidh'f^tii ^ridà tbù^fe iés Aùdes ra^nnabies tendantes à augmenter le bien de la âô'ciét'é , qui ^rdbîftfc bottes 'celles làr bù Thbmm^ ài/b'rétiâ à mièiik édn- ^ÎH^ 'tés aeètïbWs-, tfa^ts '^iii ^iyddamne tà rèïMéiïhVs ihyîj8créf& , imi r^jiroa^e ^r-lbut 1& Sràïà'e^ &?spufes *el *Iès Va&lotfs'dul 'inafclferft 1^'letfr 'itiït^ : lés^sf^^s •pr^édéptés'iaë mtk^m^i^i tfiVlrfè\i^féHt yrétfëriufés ^USéiMesfûVïMàiA ^^ïk "^^^ yéstto^n ; Mfe Kt^r ^«t^it elté^iftiMë ïa*

Googk

Io6 N.OTES*

voir , 4 la naissance du Monde , tous les mmix de la terre et le malheur des générations , naître à la fois de Torgueil et d'une téméraire et coupable curiosité ; elle leur avait défendu de soumettre à Fexamen de leur trop faible intelligience , des mystères impénétrables pour elle, et leur avait prescrit d'adorer en silence tout ce qui s élevait trop au-dessus de leur vue. La Taison , mieux instruite de son impuissance ^ leur conseillait tine sage réserve ; et la foi leur oroonnait la soumission.

A J)ieu ne plaise que j'aie la pensée de blâmer ici Tétude importante des grandes vérités du Christianisme , la connais*, éance approfondie des Ëcrîtures et des Saints Pères , cette érudition précieuse et raisonnée , puisée dans les auguste» inonumens de la Religion , véritable lumière de TEglise , nécessaire aux Ministres de la doctrine sacrée pour chasser les ténèbres de Terreur , pour éclairer les esprits incertains , nour veiller sur TArche Sainte , pour conserver la pureté ae la croyance : vaste dép6t de faits et de préceptes , crexemples et de leçons, propre à fournir dans les circonstances convenables^ une instruction appropriée aux Fidèles de tous les ran^s , et des armes toujours prêles k combattre Tincrédulité ! A Dieu ne

Slaise (jue je prétende désavouer cet examen et cette analyse es actions humaines , cette étude des causes infiniment vaiiées qui les déterminent ou les modifient', et qui en établissent le caractère ; cette anatomie du cœur de Thomme social , qui pénètre dans ses d.erniers repÛs : recherches que rendent indis-pensables les nuances infinies de la nature et les rapports compliqués de la société , d'où procède une si grande diversité dans les.mouvemens de Tame , dans le développement des passions , dans les relations . mutuelles des hoipmes , dans la mesure de leurs obligations ! Je crois, seulement qu'il faut déplorer les inutiles efforts d'une vaine curi(>sité , précisément parce qu'ils prennent Ja place des solides étudf s et. des œuvres litîlês. ....

Çe\ Plus d'un lecteur pourrait être bien aise de trouver ici Sur 1 objet de ces fameuses querelles théologiques, quelques détails qui les dispensent de recourir à des ouvfages quW né lit. plus. C'est pour les satisfaire que nous allons donner un récit abrégé des principales circonstances relatives k l'affairé du ïansénisnie. .

Ba'ïus j, Docteqr de.Xouvain, avait ayancé sur la Grâce etli Triàéstination , quelques propositions qui furent condamnées par pie y, en i567- H ^ava^t, enseigné, ei»lr*u*'c* maximes «ombreuses , ces points' fondamentaux : « Que dans Fétat » d'innocence de 1 homn^e ,.jes grâces et les mérites étaient un » droit attaché à cette innocence , une dette de' la justice d*

Notes. 107

»^' Ddea'^; qu'en vertu du pëché originel , Thomme ëtait devenu » incapable de' tout bien quelconque , et ne pouvait produire i» une seule action qui ne fût un péché ; enfin , que , dans » Fordie de la rédemption , les bonnes œuvres sont méritoires » par leur seule et propre nature , en leur simple qualité M d'obéissance à la loi. » Cette doctrine et toutes les conséquences oui en résultent furent condamnées ultérieurement par un bref ne Pie V , du i3 mai 1669 , et par une bulle de Grégoire XIII9 4u 29 janvier 1679, à laquelle Baïus se soumit.

Le Jésuite Molina et dautres théologiens avaient établi U Science moyenne et le Congruisme , qui étaient des hypothèses particulières , au moyen desquelles ils croyaient pouvoir expliquer de quelle manière la Grâce divine concourt avec la liiberté dans les étions morales de l'homme. Ces doctrines fiirent altaquéiss par les disciples .de saint Thomas d'Aquin ; les Papes Clément VIJI et Paul V ayant fait de vains efforts ]]k>ur concilier les deux partis ; ce dernier leur avait oi*donné le silence et la paix.

Corneille Jansen., ^^êque d'Ypies, renouvela dans son trof^ fameux Augustinus , quelques-unes des propositions de Baïus ^ dont on ne s aperçut p^s dabord ; Tauteur mourut avant 1^ publication de son livre ; il lavait soumis sans restiiction à l'autorité du St.-Siége, et il répéta dans son testament les mêmes protestations d'une déférence absolue et complète aux décisions de i'Ëglise et du Souverain Pontife. Le cdlèbre Abbé de St-Cyran, Du. Verger de Hauranne, prôna le livre de son ami ; \e^ Solitaires de Port - Royal regardèrent cet ouvrage comme contenant la véritable doctrine de saint Augustin ad^ mise par TEglise entière , touchant la Grâce et le Libre Arbitre» Ce livre avait déjà reçu, dit-on , le. suffrage d'un Archevêque de Hollande , de vingt Docteurs , tant de P^^ris que d'autres lieux , de nlusieurs Abbés et Doyens de Cathédrales , d'un grand nombre d'£cclésiastiques séculiers , du Supérieur de l'Oratoire , et des plus anciens Professeurs de la plupart des Ordres Religieux.

Les Jésuites de Louvain se déclarèrent les premiers contre Jansenius^ dans, quelques Thèses publiques; les Docteurs de l'Université répondirent; mais, en 164^, Urbain V'III fulmina une Bulle contre V Augustinus. Les partisans de Jansenius prétendaient que la Bulle ne les condamnait pas plus que les Jésuites eux-mêmes , puisque le Pape défendait également de soutenir comme d'attaquer le livre de flansenius et les Thèses des Jésuites, le t^ut.spus peine d'excommunication : Et^^prce^ sertim defendendi aut impugnandi librum dicti Jansenii , fel thèses patrum Societatis Jesu»

ï^s tbbkes prirent en l^anee une autre tôttrtktiiie. Le CâdKfiai flfe Hicbètièn cohfÎA le soin d'examiner et de ocanbattre ÏAvgusm h'fmh k tItXferij ïhéfAàfpA de Paris , doi?teur ée Sorbonnty eè gtii iiil ëfisaitie évéqtié dé VA^res. Les Jésuites, dont la doctrine Itàft tcénsitti^ dàtls ÏAugustinus et Tayait iéjk été piiis d'une

8IÎS à Loavain , périrent «ne part très-vive dans cette affaira^ àbert prêcha eontre Je livre de Jansetaitls, et accosa Taotenr tfcV}na^^nte -hérésies. €>st alors que pàriireat successivement hi première et îa skcortde Apologie fibur Jansèm'us. Les qusi^ Htm \xêrésitf& ramehiées d'aboi^ k douze, se réduisirent à cittq ^ (Râtënt Hb id'risétA^s : tt Voièi ces ciWcr propMtio(DS qui ont tant fôft de t^tt : ^ "^ -^ . ^

' M 1.^ 11 y â de^ toMtirratifletnetis de <K«u qui sont twypossâUes. à'de^ hàtnûteh jnste^s*etfbfçafkyt de tes a<5coinf>iir SebHi la ùesure 6ë lèViV» 'ftiTccs présentes j »il leur ïnanqiie iftèâve la gvâee qut teérf- irti danTnerait la pos^ibîÛtéw

» -2.'' Wv^ H'^âft âe 'hatut^ teinhé^, .où ut résiste ^Mneis â ia grâce.

^ ». 3;*'ï)îin^ le tt*tttê 'état, «toittlwfe , foui- «nëiiter et démé- Wër, h'k'pUs besoin 4 'ti^ U^rté exempte déBéeessité; il loi KhOà d'ttnfe Wberté tfièttrpte -de contrainte, ^

^ 4.'' Lés Seiïii > PélkgiéM adafetiaîent 4a nécessité d^one ^hài^t jn*é(f'ét^onte'pùuT totites les bonntrs ceuvl^s, même poufc fe boWmendément de ^ fdi ; et ils étaient hère

bérétîiitfes ett e^

8^ ii*îk j>ënsâlent c|tie cette ^râce étklt telle que la volonté de Hottitié ijîôuVaflt s!y soumëtfrfeou y résister.

» iS.^'C est une wii&ùr Serûi-Tëiàgienhe 4» éife que Jj^sus^ TîbVbt ôctt toôrt pour tous 'les licfttfmes, 0% (ju^il ait veirsé «on •saojj poiir'etfx.»

tt i> jùiffét r&{9, ^lést^nq proposMie^kis jRircM dénoncéeè tlà'fâèuîté'dè l^îTtis 'pat îe^hdic *è <*ttfe Faculté, qui les )fkliéllenfa Skns dësifeniefc-'ni IWe^'r tri -le trvre ôii il ka evail Jiti^s.^La^abiilté cotifmlt pour rexàftién d;e ces >propcfeilieiie,|, iftfe'd^pûtîitib^ qui'enfit une censure. Soixante et dix sfXoeteura appelèrent comme d'abus au Parlement contré VAasembléB, dtt Jttfeifller juillet ; 'le PaflettxeWt se 'protiofa<:a centrera âécision Iles (téi>Utés et, orddnnra que tout aemit iregai^ oomme nol^ ■jlVénli.

'Les udvfersslîiies de 7^nset«fu9 -firent tédiger , At^n , par Vks^^qke ideVabres^'ttffe Lettre qu'ils firent aîjfner par* un grand iToibbfe de iPréhts et qu'ils *adres»$reiit au Pajie ItuKwent X^ "l^bUir'lui'démisnder'lacondâmelàtion pure et simple des etiiq ^hypOshions. 'D'aiîtrés EVéMés écrivi^nt au Souvenfin Pen-*- Tiïe^dfe'ile ptbdobcerilu'én tféferminaàft le sens dans leqoel eee propositions pouvaient être condstiftebleak^JDeaDooleiiCB ftuant députés de part et d'autre i JRoinç*

ht l^lit>é itftt$j| loB^-truri^p» 4-e«trer eii (Iii^u|$i99^ si^r ^ tnatièfes , dans la crainte de renpuveiçir ^n^Uleoiei^t |eft %or «ienives disputes et de IrqiiMer U p^i^ d^ TEgiise^ Les iiaqsé^ nistes prétendent qulU deuuadfei^dt 4ix^$ept fois audience i •ans l'obtenir ; ils voulaient entier efi çpuft^reqcfs régl^| avec leurs adversaires* Us fûrefit eufii) ei^t^ndus, le lQ^i^ .i653^ pardevant une Congrégation et«i| pré;»euce du P^p^t

L'orateur chargé de porter 1» p^*ole din^^^ 1^» <^iP^ P'^^P^ têitioDs dans un écrît a (cois colonoef , oh ii Ut^'d^t tgUfr â - tour oe qu'il appelait le sens Ç^lvimsfe ^t Liffl^fùs^ de chaque proposition , le seps d^ U (Trdirs pffic^fc tjt d^ |4 PréJesiitfaiiott gratuite , qu'il assuO^U (^tr^ PSiui de $• ^Ur gustin , et qu'il déclarait soutenir ef|||)^(^nt de ^épu>nti^«r ff conformité a la foi de TËglise ; 4uliV Je fi$n4 Pélç^i^n 4 Sêrtii-Pélagiêm ^ qu'il attribuait Âux ftdm^^r^ d^ ^^ns^iiqfi Un autre député plaidsi la cause de la G^Ai^ %ffi^^$% è^ l'éfulk ic Molinisme ooiome toocbanl selon liii #u PjSii^glfipi^^f et au 5emtr>Pé|agiaoisaie^

Le Pape accorda des éloges (Mil^ ox^jip^n e| I^^r t^pigp^ beaucoup de satisfaction ; mais incontinent ^près U i^^ 4pflf?f pas moios la Bulle du Sx œ^ , qui pQndamna Jlescinq p^qpqr aitions pomme kérétiques , sans diftin^^tion d au^nn 9tq&i jl^ œéines députés qui avaient souteim ces .pi;p positions, reçuf^n^ i leur départ de nouvelles marqn«$ îe CQOfid^ratiQn d^ ia f^ai^ Au, Pape^'qui lear donna sa bénédiction et fev' a^cor^^i ^HH\^^ lis y des indulgences. 11 déclara n'avoir poipt ^n^^ndu ^94^^^ â la «doctrine de S* Augustin ni d« S* Tboma^^ cpp^e^n^Ci^ jf l^rdfis efficace^ mais que, 4e leur aveu, Jes pr.opp^i^ip.n.s éia/4 ausceptibles de plusieurs sens , elles d^vaii^nt ^Ifc pof7d.Hmr nées Y puisqu'il y fn avait au moins up #pqs l^^el ellçs t^nr fdaient à rbérésie.

La Bulle lut unirecsdlement acceptée , <et les Jançé^i^ti^.f Àtk^xài , s*y aott«ij«nt comme les autres. Cf^uv^i ppl toujoj^f;^

Srotesté que si 1^ propositîoiia avaient nn . sans h^^fpdoix^^ s les rejetaieâii sous ce rappoii ; mais que te .sens q^'.iW l^f attribuaient était conforme a la d^^çtr/of ^ â« Augustin ,«t de ilCgiise oatkolique ; et ViOÎci leur raisonn.eni^iitt résumé dp^ ia diiL-^septième Lettre de Pascal » au ?• Annai : « Qu fl.a^^ > aius n a enseigné q«e la Gritfi:* effiç^fie (sjp.utenye paf* ;5* Anr- » gttstia , par S. Thomas , Jas Coneiji^ At toute la tra4iùpn )^ M* et 9 e^ ce pas, U na poifit dWreurs t ou il a enseigna ip^i;^ j> obotse , et f en ce cas ^ il c'a point .4^ dé^iiiseu^ » ; Les jansénistes conàinuàcent ,dP9P de ^9n\i^}f^^î U 49(^rinf de JaAseiiius ^ «a Régnant que l^s prpf^ositjon^ poi^daïQtié^

iio Notes.

n'ëtait pas le sien. C'est à ce sujet que naquit la fiuuebM distinction àp fait et du JroiV.

L'Abbë de St-Cyran , ami de Jansenius ^ avait désapprouvé quelques démarches du Cardinal de Richelieu ; il avait censuré le Catéchisme de Luçon ; il avait combattu les opinions des Molinistes sur la. Grâce ^ et attaqué les ^Jésuites dans plu* sieurs de ses écrits. Le grand Arnauid , disciple de Du Verger^ let fils d'Antoine Arnauid qui avait plaidé en faveur de TUniversité de Paris contre les Jésuites , et qui avait écrit contre leur rappel en France , le Docteur Arnauid avait fait ki cri^ tique de quelques principes attribués aux Jésuites sur far Communion ; dans sa Mpnde pratique des Jésuites , il avait ridiculisé les décisions de leurs casuistes. D'une autre part , les Port-Royalistes avaient donné de Tombrage à l'Autorité. U ne fallait plus qu'une occasion pour faire éclater contre f^ort - Royal un orage qui grondait sourdement; elle se présetita*

Les Solitaires de cette maison ^avaient conservé quelques relations avec le célèbre Coadjuteur de Paris ; on prétend qu*à ce sujet le Cardinal Mazarin 9e réunit aux Jésuites contre- les intérêts de Port-Royal. Quoi qu'il en soit, le Cardinal-Ministre convoqua une assemblée de trente* huit Evéques, qui eut lieu le 26 mars i634- Cette Assemblée déclara que les proposi» fions étaient dans le livre de Jansenius , et que le sens dans lequel, elles étaient condamnées était le sens même de V auteur* Cette déclaration fut envoyée à tous les £ vaques du Royaume ; ^n en fit part au Pape, en l'informant du refus que plusieuils faisaient ae croire à ces deux points. On dressa un formulaire exprimant une «croyance expresse à, ces deux articles. Ce formulaise éprouva de grandes résistances. Le Pape^ Alexandre VII donna une Bulle , le 16 octobre i656 , qui confirmait celle d'Innocent X , et censurait ceux qui prétendaient que les cinq propositions n'étaient pas dans Jansenius, et qu'elle» n'étaient-

iias condamnées dans le sens de l'auteur. Ensuite le Roi statua, e 23 avril i66i , ,roblîgation générale de signer le formulaire arrêté par l'Assemblée du Clergé. Tout le reste ^st assez connu* Penaant ces démêlés, les écrits s'étaient. multipliés de part et d'autre. En i655, avait paru la Lettre à un Duc et Pair du Docteur Arnauid : on y lisait cette proposition ,que St» Pierre offrait dans sa chute l'exemple d'un Juste à qui la grâce , sans laquelle on ne peut rien , avait manqué» L'auteur avançait de plus qu'il n'avait point trouvé dans Jansenius les cinq propositions condamnées. Cette Lettre mit la Sorbonne dans une grande agitation. Arnauid se défendit avec son éloquence ordinaire ; mais sa manière, bonne pour des Théologiens pu des Pbilô- '.sopbes ^ paraissait peu pcopre à réussir auprès au public ; oa

Notes. ut

Mt recoure à Pascal, qui écrivit à ce sujet la première Lettre de Louis de Montalte à un Provincial de ses amis ; elle parut le a3 janvier i656. Malgré le succès prodigieux de cette Lettre, la censure du Docteur Arnauld n*eut pas moins lieu le 3i du même mois ; Arnauld fut exclu pour toujours de la Sorbonoe, et ses deux propositions furent condamnées. Pascal venait de termioer, le 29 janvier , la seconde Lettre » qui traitait de la Grâce suffisante^ lorsqu'il apprit que la censure d^Arnauld était décrétée ; il écrivit la troisième Lettre , qui roule sur cette censure , et qui est i la fois un chef-d'œuvre de plaisanterie et de raisonnement ; elle parut le g février. Le aB du même mois, il publia la quatrième Lettre, ob, en traitant de la Grâce actuelU des Jésuites , il commence î examiner les principes de morale de quelques-uns de leurs auteurs , ce qui forme ensuite le sujet de toutes les Lettres suivantes*

(J) Les diverses situations de Thomme dans la société sont innombrables ; la vicbsitude des choses modifie et renouvelle sans cesse les rapports d'homme i homme ; les mœure et les lois publiques varient de peuple à peuple , de génération à génération; les devoirs prives , les obligations extérieures. 4;hangent d*objets et de nature; et cependant il y a une morale étemelle , qui est une pour tous les temps , pour tous let lieux f pour tous les hommes : lumière de justice ^ semblable au soleil du monde qui éclaire la patrie glacée du Lapon comme les régions brûlantes du noir Africain. Ces principes généraux , fi'ils sont justes , doivent fournir des conséquences prochaines ou éloignées , capables de s'ajuster à toutes les circonstances de la vie et d*y porter la règle précise des actions humaines. Maia rignorance ou les passions peuvent obscurcir cette lumière naturelle : elles peuvent donner une fausse direction aux mouvemens du cœur ; elles peuvent affaiblir ou faire taire cetts^ voix intérieure qui est Texpression de la vérité. Un même acte peut se reproduire sous une foule d'aspects; il peut être détér^ miné par une infinité .de caisses , environné tour-à-to^r d'uo9 multitude d'accessoires divers , d'où il reçoit son mérite , sa méchanceté ou son indifférence. La singularité d^un cas , sa nouveauté , sa complication peuvent faire nîdtre le doute , e€ rendre incertaine l'application des lois ordinaires de Véquité.

Il n'appartenait qu au flambeau de la Religion chrétienne d'éclairer ce labyrinthe de difficultés , et d'y^ conduire le mo-p

ses préceptes à l'homme de tous les climats ^ de tous les âges ^ ie toutes h» conditions j-à tous ie« degrés de dvilisation, à

Ii^ :^^ a T p §;

tQUtiBf j[|î9 ferme? fl« e;o^Y,çf i^pmpnt ; et, d^ps chacune i^ ê^

çircop^jL^ÇC|p3 , à tputes les ^ù^i^tioiis <i^e la yie; cest elle qui

ié$Qat 4vejD çef^tuj^e toijs l<53 pioW^gae^ de la cond^i^ite privtî^

è^ puiligu,é.îje))Iiaisli;ç du jj^pctuaifE, chargé de la r-edQutabUj

fbnç^ior^ dU pjése^ Jle$ dctijôp? eJiWpienaées des hommes à |§

^^l^^)Cp 0e );3i |M?tiçç jtj^yinç , trpuve dais les JUmièfes quU à

"" ! sQurçe abpp^^iite ain^iruction , touàlesse-^

bJesoj.n dans ^e$ JMgemeî/s. 3i Les casuïstes n V

îfdu de vue ce fauai propic^ que la ÇeJigîp]tt

nf: jep^9 Ip^ys ^^cx^içip^ , (Qujoiirs cooforpes a

jS^LnteM 4e If ur^^ugi^ste ministère, p'snix^iej^t

t fii^i pfit èifç désavoua p^ la ju^icç uu^vér-^

op ra^çjn,

. <# ) Ç^V'? ^«t^.^ épiiv^ip diip Pa^fcal , ^oé 4 ^yàpt Jfçujt, ^y^p

le talenr nécessaire, eût aspire a l'esecutiop d'un chef-d'îjeuvjrfs

^e),tme lej Pjpyinfipifi^ } c;Ç V'ie^t pâ* été trop jpour lui dV,nô

yie l)»y^^^jire tojujte'eptière consacrée ^ iMtù/iç des prjécçpte;? ^

de^ ç>;ai5^j(jU iwpd/èle^. J^^s 1^ ^çtet de ^^sca^ ^'^tait pas dai^f

4^s ^:ejs|^urj:<é$ oJr^inajf?^4^ Tari; (es hominçs de génip qui npps

çul.dp.pi^ It^ jli^remim mprfèlés d^ns cUjaque'g^^^ ii'oiit pa^

Ç9]i;i^ul^ë dï^ j^(es, Us^es oxdfaup^:,Ui^ élé Pascal dans l.ftrt

d'écrii;e , i;9^toe jdfV»? .1^? ^W'^^f j ^!^^ 4«i"? ^P P îppjljB.^ii'li À pvii^é Us Wiais bupjcip^s du goiy:, ûô^ç^tii %V^it lj[oa^v.ë l4 j^^e^ de là CféôméOlie. .Cette y^iye luj^lè,r^ qu^ ëcj^irait liniédeur ^e jspn, esprit , lui piontrait, e;i tbwt , ceit^ çopabW^iSpn^e ^^ppQriti* ^îu çp,9^u^ Aa j^furïiecft^qnî )ul don-

l\èrejqnçç|t ^ce ^rj3{Xk^ Ixomi^e. If rie ppii^ ^li^ JregVjfe et ^fi^PO. â^tef^tipp fur ^uc^U JÇW^t i .sans Jle J^ratpp^ir^ jppur ^in^i dir.e 4 p,s .riii^q^ 4iViWLe|i;c ^e ssl raii^ , gyi ^le lui .mqijt}:aient s^pu^ to\ifes {ç.s %Q^ ^et Xvii ep a^couvrai^^t 4ès di^U(Us 1/s'a plus çaç|u^s* . .

Pi^j(^l Av^U .r|^^(^i jàql',ljyrt ,^e,f5ar^^ ^«Jx ^p^^s et de

fiCen (atreiçRi^ér: 4p/i4PSPPWîW^ PM^M® ^K** «e 1^

ireriy çt,de4ajpuis^çce4ia'ra^ jaujçl jij^ïqyel.U.POus

rérijè^â rJ[iu.m4J^,fllUe^isV ,il .c^^^ re^qurçes^^t

rinflu^noe dujtebig^gf .; ..^t il^^ j^t^vpi^ , [p^r T/çp^mple ;de sa bluipe, .iH^,a9[îi peat^Ier J^ ;PPJKW ^S^r'P^?** f^i^? *rec jiabil^&

'^ 1^ q^tarel , -^t-il , mi ce ^\^i jipu? rayit : pn aif»^. à^trouyjer lin liopime dari^^tip^ajiitewr , JfifiPJflus flw'up a^té^y dans un boinmé. tïe p^içl goiflt ^àq.s *ljps olîj^e? j^'x^^^ .et bU

carres qflé:«»,îr^ttVf;i:?^

on

Notes. ii?5

ott sVlèvc pour y arriver et Ton s'en éloigne* Celui qui peint les passions ou les sentimens avec vëritë, aous monti'e moins son bien que le nôtre , et cette communauté d'intelligence nous porte à aimer celui qui nous la fait sentir. Il faut quelquefois masquer la nature, mais seulement dans les occasions convenables. L'éloquence a besoin d'agrément, mais il faut que cet agrément soit tiré de la vérité. 11 y a un modèle de beauté qui résulte du rapport entre notre nature et les choses qui lui conviennent : c'est ce modèle qu'il faut connaître. S'il y a un certain ordre pour fesprit , il y en a un autre pour le cœur. La véritable éloquence se tire bien plus de Tame que des préceptes de fart Cependant il y a aussi un art de s'introduire dans lame î il faut trouver, d'un côté, celte correspondance nécessaire entre fesprit et le cœur de ceux à qui Ion parle , et de l'autre , les pensées et les expressions dont on s« sert ; on a besoin de faire une étude profonde du cœur hi * main , afin d en connaître tous les ressorts. Nous devons nous mettre à la place de ceux qui doivent nous entendre, et faire fessai sur nous-mêmes des moyens que nous voulons era-

Î)loyer, pour juger des effets que nous aspirons à produire sur es autres. 11 est important de se mesurer à la nature des choses : ne pas trop élever ce qui est petit , ni rabaisser ce qui est grand. 11 ne suffit pas qu'une cbose soit belle, il faut encore qu'elle soit complète et mise à sa place. L'éloquence est une peinture de la pensée ; elle doit se conformer à son modèle. Il u'est point nécessaire de dire des choses toujours nouvelles : la, disposition des matières fait tout , c'est à celui qui les place le mieux. Ce sont Its paroles qui donnent à la pensée toute sa noblesse. Quand on trouve des mots répétés , et qu'essayant de les supprimer, on gâte le discours, il les faut laisser; cette répétition n'est pas un défaut : il n'y a point de règle universelle. Les antithèses forcées ressemblent aux fausses fenêtres que l'on fait pour la symétrie. Les digressions doivent être placées à propos pour soulager l'attention et pour délasser l'esprit ; hors de- là, loin de le reposer, ^les le fatiguent et le rebutent.

C'est ainsi que Pascal parcourait toutes les parties de l'art, qifil en approfondissait tous les secrets , qu'il en démêlait toutes les règles, au moyen de ce tact lidèlc dont la nature l'avait favorisé. Au lieu de celte rapide analyse de quelquesunes de ses vues, j'aurais bien préféré, pour le plaisir et l'avçintage du lecteur , de donner textuellenuînl ces réflexions dana les termçs mêmes de Pascal , si l'espace me l'eût perniis.

Pascal pouvait-il être insensible aux véritables beautés de la poésie ? On a cru pouvoir l'inférer de quelques passages tirés de ses Pensées. Mais peut-éire est-il raisonnable de suspendra

«on jugement, si Ton considère avec quelle justesse il saiit marquer la différence qui règne entre les objets de sentiment et ceux de raisonnement, et }a diversité de caractère des facultés capables d apprécier les uns et les autres. D ailleurs , qui connaît 1 a-propos et la destination des réflexions isolées qu on a pu recueillir là-dessus F Qui peut savoir précisément ce quil entendait par cette poésie qu'il ne croit pas devoir ménager ? Les expressions et les images qu'il cite en exemple , appartiennent tout juste à cette manière ampoulée qu'il a eu le courage de mépriser au milieu de l'admiration universelle : « Je hais f dit-il , les mots d'enflure. » Ces figures dont il se moqiige sont prise» parmi Toripeau dont se décoraient les poètes du temps, et ce sont précisément les mêmes que le grand Despréaux a couvertes un peu plus tard d'un riaicule ineffaçable , lorsqu'armé du fouet de la satire, il vengeait les intérêts du goût en purgeant le Parnasse français de tout le clinquant qui y trompait encore l'œil abusé de ses contemporains (i). Cette jeune personne que Pascal nous montre couverte de miroirs et de chaînes de laiton , n'est - elle pas Temblême très-exact , l'image la dIus fidèle de cette poésie guindée et chargée de vains ornemens.,^i jusqu'alors avait capté tous les suffrages? Quels étaient les chefs-d'œuvre qui pouvaient lui révéler le génie poétique de sa langue ? Quelques - unes des Pièces de Corneille qui avaient déjà paru ; mais qu^étaient les Poètes français avant Corneille , Malherbe seul excepté ? Si toutefois Pascal a réellement eu peu d'estime pour les beaux-arts, ce

(i) « On ne sait ce que c'est que ce modèle naturel qu'il îxa\ imiter ; » et faute de cette comtaissaoce , on a invente de certains mots biz«rres , » siécie if or , meiveUU de nos jours , Jatahlaurier , bel astre , etc. , et » on appelle ce jargon , beauté poétique. »

Encor si pour rimer , dans ma rerve indiscrète , Ma Muse au moins souffrait une froide ëpithète » Je ferais comme un autre , et sans chercner «i loin , J'aurais toujours des mots pour les coudre au besoin. *

Si Je louais Pliilis , en miracle jéconde , Je trouverais bientôt , à nulle autre seconde, Sx je voulais vanter un objet nompareil , Je mettrais à l'instant , plus beau tfue le soleil. Enfin , parlant toujours d'astres et de merveilles , De chefs-^ œuvre des deux , de beautés sans pareilles , Avec tous ces beaux mots souvent mis au basard ^ Jepoucrais, ett*

B0ILXA.U» Sot, 2.

N T E^. tîS

qoi* semblerait indiquer un mot qui lui est ^chapp^ en pssant, sur ia Peinture , il faudrait pardonner à un homme d un goût êi pur d avoir vécu dans un siècle oii les grands et véritables cheft-d'ceuvre des arts ëtoient encore ignorés ou méconnus , et où il ne suffisait pas d'enfanter des merveilles , mais oh il fallait encore créer un public capable de les juger. Peut-être aussi pourrait-on considérer ce jugement de Pascal sur la Poésie, s'il en faisait en effet peu de Cas, comme une sorte d'opinion, systématique, adoptée sur parole dans le commerce de ces hommes graves dont la morale austère ne voyait dans le tangage des Muses y que celui des passions terrestres , et un moyen de plus de les peindre et de les exciter.

(^) Ne dissimulons point quelques reproches qui ont été fait» SLUX ProsHnci aies sous le rapport littéraire : quel est Tonvrageu que la critique n'a pas attaqué ? En est-il a ailleurs un seul où elle n ait absolument rien à reprendre ?

On a prétendu que ces Lettres pèchent quelquefois par défaut

d'élégance et d'harmonie; qu'on y trouve un trop grand nombre

d'expressions familières et proverbiales qui paraissent manquer

' de noblesse ; et Ton a cité des traits que l'on a assuré n'être ni

d'assez bon goût , ni d'assez bon sens.

Je ne ferai aucune difficulté de convenir du premier point- On trouve en effet dans les Provinciales quelques phrases construites avec un léger embarras 5 on en trouve d'autres où un concours un peu dur de consonnes qui se frappent et s'entre-choquent les unes les autres , étonne tout-à-coup l'oreille au milieu d'un flux rapide et coulant qui la charmait par son murmure flatteur et varié. Quelquefois aussi l'oreille se sent • heurtée par la rencontre immédiate de plusieurs syllabes de même ^n. Peut-être ces défauts d'harmonie paraîtraient - ils moins graves , si l'on pouvait lés juger d'après l'opinion de Cicéron , qui accorde au style simple certaines négligences , telles qtfë des hiatus, et qui va même jusqu'à les prescrire. Je ne déciderai point si cette tolérance , ou plutôt cette règle , admise par un si grand maître de l'art, est précisément applicable ici ; mais je pense du moins qu'il faudrait peut-être examiner si les passages qui ont pain manquer de deux qualités qu'aucun écrivain n'a pu constamment réunir , si oes pas* dages sont ceux qui / par leur objet, exigeaient le plus de perfection dans le style, et si, Pascal s'est oublié dans les sujets de quelque importance.

Quant au ton de familiarité et de simplicité-, je ne vpis pas pourquoi il n'aurait pas dû le prendre à propos , dans la forme d'écrit qui s'accommode le mieux de tous les genres de style; je vois Moins encore quelle fortune il aurait pu faire en

ii6 Notes.

traitairt en style académique le contrat Mohatra et autres bouffonneries de ce genre. Après tout , que veut-on dire par un style toujours noble ? Exiger qu'un auteur qui parcourt des sujets très-variés fût toujours monté sur des échasses, ce serait méconnaître la loi du naturel et du vrai , première règle ds lart d'écrire.

Descrîptas striure vices ^ operumque colores*

HoBAT. Be ArU FoeU

« Il y a, dit Fénelon , une fausse politesse semblable à celle » de certains provinciaux qui se piquent de bel esprit : ils n'oseut n rien dire qui né leur paraisse exquis et relevé; ils sont'tou- 3» jours guindés , et croiraient se trop abaisser, en nommant ^ les choses par leurs noms ( i }• *>

La véritable éloquence ne consiste pas dans labus des richesses : ou cesse d'êti-e éloquent dès-lors qu'on Test toujours. Des beautés, quoique réelles , qui se succèdent sans interruption , s'eâacent les unes les autres , et il n*y a plus rien de saillant que les défauts ; un efiét qui se soutient sans relâche', n'est plus de l'effet, c'est une belle et pénible uniformité. Tel est, si je ne me trompe, le vice principal de la manière de Thomas : il ne dit absolument rien avec simplicité ; il relève sans exception toutes ses idées , ou par le tour, ou par le choix et l'alliance des mots ; par la symétrie de sa phrase , ou par une antithèse; par quelque rapprochement, par un trait d'érudition, ou par une comparaison : le plus petit membre de ses périodes «st régulièrement une figure de Rhétorique. On est d'abord frappé d'admiration, à la vue de tant de brillans éclairs qui se multiplient de plus en plus; on est ébloui^ mais, à force de Tétre , on finit par ne plus rien voir , sinon les taches ou les inadvertances de l'orateur, quand il lui en échappe. Thomas a moins de défauts réels qu'on ne paraît le croire : s«8 défauts sont plutôt négatifs , si l'on peut s'exprimer -ainsi; sou éloquence trop savante est surchargée de beautés. £n mêlant parmi ces richesses des détails naturels , simples , doux ou gracieux dans une proportion convenable, il y aurait, à mon

(i) Second Dialogue sur l'Eloqueuce.

Is enim est eîoquens , dit Cicéron , <jui et humilia suhtiliter , et mediocrîa

temperate potest dicere,.,, Is erit igitur eîoquens , ut idem illud iteremus ,

qui poterit parva summissè ^ modUa temperate ^ magna graviter dicere

^arrqtiones credibiles , hoc historico , sed prope quotidiano sermone expU^ latœ iiilucidé»

Orat. 100 , 101 ,124.

Notes; 117

«vis , de quoi faire vingt orateurs d'un grand mérite. L'esprit veut être repose pour admirer : rien ne le fatigue plus et ne tue plutôt le sentiment de l'admiration , que la nécessité d*admirer toujours. Louons donc Pascal d'avoir si bien connu cet art heureux , de passer du graine au doux , du plaisant au sévère» Mais tout cela est devenu extrêmement trivial ^ et) ai honte, pour les grands critiques des Pronnciales , de le répéter ici.

Pendant que nous sommes sur cette matière , qu'on me permette encore une observation. J ai toujours cru remarquer deux genres d'éloquence qui diffèrent autant dans leurs effets que dans leurs moyens. Je me figure une sorte d'éloquence qui s'empare de lamesans réserve, une éloquence telle que l'auditeur ou le lecr teur, entraîné par la force des choses^ne voit ni le lieu, ni Je temps, ni les circonstances , ni l'orateur qui lui parle; éloquence d'autant plus digne de ce nom , qu'elle nous porte à attribuer tout le succès qu'elle produit, à la nature du sujet dont elle nous entretient , à la bonté de la cause qu'elle vient d'exposer ou de défendre. Cette éloquence ^ tellement maîtresse de Tart dont elle use , qu'elle n'en laisse pas percer la moindre trace , serait propre peut-être à faire naître quelque sentiment du beau idéal de l'orateur : c'est à ce genre qu'appartient la manière de Démosthène, de Pascal et de Bossuet.

Il en est une autrequi, jalouse de montrer ses richesses^ ks annonce sans déguisement , et met tout le soin possible à cacher son sujet sous le brillant attirail dont elle Tenvironne* Ici, le- style ne marche qu^avec nombre et cadence, entouré d'une pompe magaiiiquement prépaiée^ toujours appuyé sur l'équilibre des phrases qu'il ajuste régulièrement deux à deux , ou trois à trois : une constante symétrie d'idées , de mots ou de construction , répand sur sa route un ordre, une mesure où l'esprit peut jouir à chaque instant du mérite , de l'exactitude et de la proportion. Les périodes sont si bien alignées , contrebalancées et découpées , que le premier membre suffit pour faix'e entrevoir déjà tous les autres. Les fleurs aliondent, mais toujours semées avec méthode \ par-tout on peut voir à déco^ivert et admirer le travail de l'ouvrier. Je n'ai pas besoia de citer des modèles.

Pour ce qui est du défaut de sens et de goût, reproché à Pascal , il me semble qu'on n'a. pas été heureux dans les preuves qu'on en a données; on parait avoir ignoré, pour les unes, qu'un écrivain polémique doit quelquefois recourir à des traits de caractère et à cette sorte d'argumens que l'école appelle ad hominem : or ^ ce n'est sûrement pas là que Pascal a le plus mal réuÂsl » et l'on a oublié ^ quant aux autres , qu'il

Ti8 Notes.

parlait k des Théologiens. Pascal, manquer de sens et de goût ! C'est là du moins un étrange paradoxe , qui aura bien de la peine à s'établir. Les traits qui ont déplu aux critiques ne seraient-ils point au contraire de nouvelles et excellentes preuves de ce goût épuré et de cette justesse de sens dont Pascal a fourni d'ailleurs tant d'exemples P

Est-il vrai enfin que la crainte d'être accusé d'impiété l'ait obligé d'émousser ses plaisanteries? Qui est-ce , je le demande , qui ne sera pas étonné de cette critique au moins fort singulière P Quel est le bon esprit qui préfère le fiel et Tâcreté d'une satire mordante , à ce ton d'urbanité, à cette plaisanterie ingénieuse et délicate , à cette fleur d'attictsme , qu'il est si difficile de rencontrer et qui plaSt tant aux véritables gens de goût.

Et qu'on ne dise pas que le fanatisme de l'admiration nous aveugle et nous cache des défauts qu'il n'appartient , assuret-on , qu'^ des esprits petits et froids de ne pas apercevoir ou de dissimuler. Une franche admiration est ce qui porte le moins à la partialité : la sincérité ne peut s'allier qu'avec la justice , elle n'a point d'intérêts secrets qui dictent ses jugçmens. La froideur et la petitesse ne peuvent être , que je sache, les caractères d\ine haute estime ; et il y aurait vraisemblablement plus de petitesse et de froideur à s'appesantirsur des remarques puériles , et à rechercher minutieusement quelques taches lé-

{ères parmi les nobles traits de la physionomie d'un grand lomme* , .

( z ) Ce bel ouvrage de Pascal est , dans son ensemble , d'un goût parfait et d'une facture achevée. On n'y trouve plus aucun vestige du phébus , de la contrainte , des concetti qui défiguraient les écrits antérieurs. Les Frovinciales , différentes en ce point des bons ouvrages ordinaires de littérature, qui ne

{profitent qu'aux connaisseurs , passèrent 'Sous les yeux des ecteurs de toutes les classes, et contribuèrent à épurer, ou plutôt à former le goût général : elles rendirent le public diificile , et forcèrent les écrivains de soigner leurs productions. En manifestant un si grand n^ombre de ressources ignorées; en dévoilant un nouvel ordre de beautés dont on n'avait pas même eu le sentiment , cet ouvrage régénéra la langue , et il ne fut plus permis , sous peine de ridicule ^ d'écrire avec la plume précieuse des auteurs les plus admirés jusques-là.

On a dit que Pascal trouva l'art difficile de placer le ridieule i coté de limage du crime, sans que l'horreur que Tun excite, empêche de rire de l'autre ; on a dit que ce que les ^provinciales offrent de plus étonnant, c'est que dans un long <Mivrage de plaisanterie sur des matières tbéologiques , il n'y

Notes 119

ait peut - être pas un seul mot de mauvais goût ( i ) ; on a dit que Fauteur a montré le talent peu commun de disposer les transitions dans la succession des sujets les plus disparates , 8àns jamais heurter Fesprit , sans donner jamais la moindre secousse à l'attention du lecteur. On aurait pu ajouter qu*il a presque toujours eu le talent bien plus grand de donner le faractère et le mérite de Funité à une masse de sujets divers et incohérens, traités Fun après Fautre, quoique rassemblés dans une même lettre; car un fil continu et les transitions les mieux ménagées, ne suffisent pas toujours pour constituer Funité.

Fin bes Notes de la deuxième Partie*

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