PREMIÈRE PARTIE
Ne nous arrêtons point à rappeler que les aïeux de Pascal étoient anoblis, depuis un sièele et demi, pour leurs services dans l'administration publique; imitons ici un grand orateur louant l'un des plus illustres capitaines des temps modernes : comme lui J laissons l'usage de faire un mérite de la naissance à ceux qui ont besoin de compter scrupuleusement les titres de leur héros pour relever sa gloire, et de remplacer ce qui manque à ses qualités personnelles, parcelles de ses ancêtres. Il est moins indifférent de remarquer que Pascal dut à son j i re les premiers fruits d'une éducation sage et raisonnée , et qu'il n'eut jamais d'autre maître. Heureux les rnfansqui trouvent, dans l'exemple et les préceptes d'un père instruit et vertueux . les véritables leçons dont ils ont besoin ; qui reçoivent de cet instituteur naturel , que nul autre ne peut remplacer , CCH soins vîgilans et soutenus , que ^incapacité , ou d autres devoirs à remplir , empêchent trop souvent les pères de donner eux-mêmes {a)> Etienne Pascal, versé dans les sciences exactes, vit les
savans de sa patrie , rechercher son amitié. Leurs entretiens journaliers et un commerce épistolaire très-étendu, leur dormaient une part dans tous les progrès que les sciences faisaient à cette époque chez les nations les plus instruites. Les savantes conférences d'Etienne Pascal et de ses amis éveillent l'instinct géométrique du jeune Biaise : un enfant de dix ans vient s'intéresser aux objets des hautes méditations qui occupent les premiers Géomètres de l'Europe.
Pascal père , portant des vues saines et judicieuse* dans l'éducation de ses enfans , attaché à une méthode dictée par la nature et sanctionnée par l'autorité de l'expérience; sachant que, dans les hommes ordinaires, la mémoire et la sensibilité précèdent la raison et le jugement ; bien éloigné de soupçonner la trempe du génie de son fils , destiné par la nature à la plus étonnante des exceptions , Etienne Pascal veut que son élève , livré d'abord tout entier à l'étude des langues et des lettres , n'entreprenne celle des sciences que lorsque son esprit, formé par l'âge , l'observation et la réflexion , aura acquis la force et la maturité nécessaires pour soutenir les laborieux exercices du raisonnement (b). Il pense qu'il faut sans cesse étudier la mesure des forces intellectuelles des enfans , et ne rien exiger d'eux quï passe cette limite ( i ). Il craint encore qu'un goût trop précoce pour l'exactitude géométrique n'étoufle dans leur germe le sentiment et l'imagination , et n'empêche dès-lors son jeune fils de trouver aucun attrait dans les arts et les lettres.
Ces réflexions sont sages sans doute ; mais quand la nature s'occupe de former ces génies extraordinaires
(i) « Sa principale maxime , dit M.me Pe'rier , e'tait de tenir toujours » cet enfant au-dessus de son ouvrage. » ( Vie de M. Pascal , par M.me Périer , sa sœur. )
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qui doivent faire Pétonnement ou Padmiration des hommes , elle semble abandonner toutes ses lois: sa marche trompe tous nos raisonnemens : la nature alors s'écarte autant de ses voies accoutumées, que le grand homme qu'elle veut créer doit différée de ses semblables.
Le jeune Pascal reçoit avec douleur la défense de s'occuper de Géométrie parmi les études qui lui sont prescrites. ïl veut du moins connaître Pobjet d'une science qui mérite de captiver l'attention d'hommes si distingués , et vers laquelle il se sent si fortement entraîné lui-même. On lui en donne une définition telle qu'on croit devoir la donner à un enfant ; il ne lui en faut pas davantage : il va créer lui-même à l'écart cette Géométrie qu'on veut lui cacher. La nature révèle à cet enfant le secret de la philosophie des sciences ; il sent le besoin d'une langue spéciale, qui , fixant ses premières idées , lui permette de s'élever à des idées nouvelles ; il a recours ace puissant artifice dulangage qui soulage l'attention, et conduit par degrés aux notions générales et collectives. Ce jeune entendement reproduit l'intéressant phénomène delà création des méthodes philosophiques, regardée comme Pune des plus belles opérations de l'esprit humain.
Pascal se fait une nomenclature géométrique. Les / premiers axiomes de la science s'offrent à son esprit; il s'appuie sur leur certitude et en poursuit les conséquences ; il avance de vérités en vérités , et s'ouvre ainsi lui-même le chemin suivi par les grands Géomètresdel'antiquité. Il arrive à ce théorème (i) devenu fameux par la mesure qu'il a donnée de ce qu'a pu faire une fois l'esprit d'un enfant livré à ses propres forces. Il contemplait sans cloute avec délices cette vérité nouvelle qu'il venait de trouver , lorsque son père le prit en faute O désobéissance digne d'ad-
(i) La 3z.ème proposition d'Euclidc*.
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mira tion ! Quels moyens de justification la nature a ménagés au coupable! comme elle s'est chargée de le faire absoudre ! L'enfant Géomètre , interrogé par son père sur le fondement de sa dernière démonstration , revient sur un théorème antérieur ; et ? de l'un à l'autre , rétrograde avec ordre le long de la chaine de ses découvertes , jusqu'aux axiomes d'où il
est parti Ne cherchons point à peindre l'étonne-
ment , le trouble , l'agitation , le bonheur et les larmes d'un père à la vue d'un tel spectacle ! Etienne Pascal , dit-on , en fut effrayé d'abord , et il est aisé de le concevoir. Dès-lors toute défense est levée : le jeune Pascal peut se livrer sans obstacle à l'étude d'une science qui lui appartient à si bon droit. En reprenant dans Euclide la route qu'il a devinée luimême , il n'a pas besoin de guide ; et bientôt il peut siéger avec honneur dans ces mêmes assemblées dont on avait voulu l'exclure , mais auxquelles il s'est fait tm titre si légitime, (c)
Quatre ans seulement s'écoulent , et Pascal fait voir un autre phénomène. S'élever, dans les sciences, à quelque haut point de vue d'où l'on puisse embrasser d'un coup-d'œil une foule de vérités qui se rangent comme autant de rayons autour d'un centre unique , qui se groupent comme de simples accessoires auprès d'une vérité primitive et fondamentale , c'est là une prérogative qui n'appartient qu'aux esprits d'un ordre supérieur ; elle atteste une raison forte et étendue qui, dans ces sublimes spéculations, retrace quelques vestiges de la lumière éternelle d'où elle est émanée. Les annales des sciences nous en offrent quelques rares et beaux exemples. Il paraît que le jeune Pascal avait envisagé les sections coniques sous un rapport général , en les considérant comme de simples accidens d'une seule courbe qui se modifie de diverses manières , et que par ce moyen il avait entrevu et mis à découvert leurs principales analogies. Cette.
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méthode de tirer , en quelque façon , d'une mèrne source, les propriétés communes ou spéciales de ces courbes , qui n'est qu'un jeu pour l'analyse moderne , ce procédé n'est point sans difficultés dans la marche purement géométrique , où l'œil de l'esprit doit se porter sur chaque détail, où la pensée doit s'arrêter sur chaque fait avec une connaissance raisonnée , et se rendre un compte actuel de toutes les combinaisons qui s'opèrent entre les parties de l'étendue. On en jugerait mal, si l'on assimilait cette marche à la méthode puisée dans les artifices de cette analyse algébrique qui conduit le philosophe, infailliblement et comme par la main , au but qu'il se propose ; méthode qui , plus savante, pour ainsi dire, que le Géomètre lui-même , redresse les questions qu'il a mal posées , en montre le coté faible ou en dévoile l'absurdité ; qui va saisir, à finsu du calculateur , des vérités ou des faits ignorés , liés à un même point de vue, les lui présente en un seul faisceau, et lui fournit le moyen d'en apercevoir tous les rapports.
C'est à seize ans que Pascal compose ce Traite des Coniques , où il rassemble tout ce que les anciens avaient écrit sur ces courbes ; d'un seul théorème fondamental il déduit , avec élégance et sans effort, quatre cents corollaires , qui comprennent toute la théorie donnée par le premier Géomètre de la fameuse école d'Alexandrie , par cet Apollonius de Perge , dont les œuvres , qui ont passé pour classiques, aux yeux de la docte antiquité , sont encore admirées , étudiées et commentées par les savans de nos jours (d).
Mais que ne devons-nous pas attendre désormais de cet esprit de force et de lumière qui anime toutes les facultés intellectuelles du jeune Pascal , et qui va croître encore avec lii^e , après avoir débute par de tels essais ? Occupé des moyens de soulager les cal-
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culateurs, Pascal trouve, dans ses méditations, cette étonnante Machine Arithmétique (i) dont on a tant parlé , et qu'on admire , en effet, d'autant plus , qu'on en examine et qu'on en découvre mieux le mécanisme. Le principe sur lequel elle est fondée , est un trait de génie, et son exécution esta la fois un chef-d'œuvre de combinaison et de persévérance. On ne sait ce qui doit le plus surprendre , dans un jeune homme de dix-neuf ans , de la sagacité que suppose la conception de cette machine , ou du miracle de patience qui a pu la mettre à fin. Quelle est donc cette puissance surnaturelle du génie , qui imprime à un être matériel , assemblage inanimé de quelques pièces de bois et de métal , la faculté d'obéir à la volonté aveugk qui le met en action ? On dispose la machine selon la nature des opérations que l'on doit faire ; une première impulsion suffit : ô prodige ! c'est la Machine qui calcule pour nous ; et quelques tours d'aiguille nous donnent les résultats les plus compliqués dans leur génération , sans le moindre concours de notre intelligence (e) !
Les recherches se pressent , les travaux se multiplient , les découvertes se succèdent avec rapidité ; comment suffirons-nous aies décrire? Quel regret de ne pouvoir nous arrêter à chaque circonstance , et de mettre un frein à notre admiration ! Ne retrouverions-nous pas le génie de Pascal dans l'invention de ce Triangle (2) , dont le caractère original et
(ï) Dans une lettre au chancelier Seguier, e'crite en 1645 , Pascal nous apprend que c'est aux longues opérations de calcul qu'il avait à exécuter relativement aux emplois de son père en Normandie, que lui vint la pensée de sa Machine Arithmétique.
(2) Je n'ai pas cru devoir m'astreindre minutieusement à l'ordre des temps , dans l'exposition des travaux de Pascal : l'ordre des matières m'a paru le plus naturel à la fois et le plus avantageux ; d'ailleurs , j'aurai peu de transpositions à faire , et la vie de Pascal , remplie de maux et de souffrances , a été malheureusement si courte pour les sciences, les lettres et la religion , que ce »'«àt pas la peine de distinguer les époques.
l'admirable
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l'admirable fécondité ont obtenu le suffrage unanime des Géomètres (/) ? Ne retrouverions -nous pas le même génie dans cette première pensée de la théorie des Probabilités , de cette analyse magique qui dévoile les mystères de l'avenir, impose au hasard des lois invariables et enchaîne les caprices les plus bizarres de la fortune (g) ? Ne le retrouverions-nous pas encore dans ces divers Traités , dignes , comme tous les autres travaux de Pascal , d'intéresser la postérité la plus savante , et dont malheureusement le plus grand nombre est perdu (h) ?
Mais des objets d'un autre ordre appellent nos regards et vont porter notre admiration à son comble: passons aux célèbres problèmes de la Cycloïde (/).
L'œil peut suivre dans l'espace le chemin que parcourt le clou d'une roue en mouvement ; les Géomètres ont fixé cette trace fugitive , et la courbe qu'elle donne et dont ils ont déterminé les lois , a reçu le nom de Roulette ou de Cycloïde. Cette courbe est l'une des plus Curieuses qui aient excité l'attention des Géomètres. On l'a comparée à la pomme de discorde, à cause des débats ou des vives contestations que chaque point de sa théorie a fait naître parmi les savans. La découverte de ses propriétés a formé une époque remarquable dans l'histoire des sciences, par la variété des mcidens et par la diiliculte des problèmes.
Galilée remarque la Cycloïde (1) , et trente ans après , faire de cette courbe est encore inconnue à cet homme de génie, aussi grand Géomètre qu'habile observateur de la nature , qui fut peut-être I»' premier fondateur de la saine physique et le véritable précurseur de Newton (//). Galilée propose le problème de faire de la Cycloïde (2) au savant Cavalleri , qui
(1) Kn 1609.
(2) En 1640.
iS Éloge
échoue dans cette recherche, malgré les secours qu'il peut recevoir de sa belle et féconde méthode des indivisibles , sur laquelle Pascal doit lui-même s'appuyer. Torricelli le résout après la mort de son maître ; et Viviani , autre élève de Galilée , trouve les tangentes de cette courbe. Mais ce sont les Géomètres français qui ont donné la solution primitive de tous les premiers problèmes de la Roulette.
Pascal ne traînait , depuis sa jeunesse , qu'une vie îanguisante. Ses infirmités aggravées de plus en plus par ses travaux et par les suites d'un funeste accident auquel sa fragile existence a failli succomber , le privent bientôt du sommeil (/). Quoiqu'il ait renoncé depuis quelque temps aux sciences profanes , pour se livrer tout entier à l'exécution d'un grand dessein qu'il médite , les problèmes les plus importans sur les propriétés delà Roulette se présentent à son esprit pendantses cruelles insomnies; il s'y laisse insensiblement entraîner, soit pour tromper , en quelque manière, ses souffrances , soit que l'ascendant de son génie mathématique l'emporte malgré lui dans ces profondes méditations. 11 envisage les problèmes de la Cycloïde dans toute leur étendue (i).
Il est des surfaces qui, par la nature des lignes qui les terminent, font le désespoir du Géomètre cherchant à établir la mesure exacte de l'espace qu'elles renferment ; et cependant , la connaissance de ces surfaces est le premier élément nécessaire pour arriver à celle du volume des corps dont ces lignes primitives sont
(i) Pascal entreprit de déterminer les solides de résolution qu'engendrerait un segment limité par une ordonnée quelconque parallèle à la base , et tournant soit autour de l'ordonnée , soit autour de l'axe ; l'aire et le centre de gravité de ce segment ; le centre de gravité des solides qu'il décrit et ceux des segmens de ces solides coupés par des plans passant par l'axe de révolution ; l'aire et le centre de gravité des surfaces de ces solides ; enfin , la mesure et les centres de gravité de la courbe môme et de ses parties. ( Problemata de Cycloide , etc. Tome V , des œuvres de P:.scal , pages i35 et i36 j et jtiist. de la Roulette , jbid. page 169 ).
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comme la racine. Voici l'une des merveilles de la science: le Géomètre saisit cette surface élémentaire , être d'autant plus étonnant , qu'il n'a qu'une ombre d'existence , et que 1 imagination qui le produit , le dépouille en même temps de la réalité : le Géomètre promené ce fantôme dans l'espace , le long de la voûte qu'il lui assigne, lui fait produire l'image d'un corps revêtu de toutes ses Cormes extérieures : et cette génération miraculeuse relevé à la fois et la nature et la capacité des dimensions offertes a nos regards, (e n'est pas tout. Le Géomètre considérant, dans le corps dont il a détermine fetendue, le poids particulier de ses diverses parties, les en prive à son gré, pour en charger un point unique et indivisible qu'il sait démêler parmi tous les autres; il commande à ce point d'obéir au y lois qui maîtrisent la masse entière: et ce centre imaginaire, veriiable néant , pure abstraction de l'esprit , devient docile à la voix du philosophe, et se soumet fidèlement à la marche qui lui est tracée , comme si le corps lui-même n'existait plus et que lui seul en eût pris la place.
Ces prodiges qu'enfante le pouvoir du génie, il ne les réalise pas toujours avec la même facilite. Il est des lignes , des surfaces, des volumes où de pareilles recherches semblent arrêtées par des obscurités impénétrables. Tels étaient . aux yeux des plus grands géomètres, lesse^mens delaCycloïde, les solides engendres dans difierens sens par cette courbe, et les diverses parties de ces solides. Ces questions d'une profonde Géométrie étaient les plus dilliciles que l'on se fût encore proposées; elles l'étaient sur-tout à une époque où la Géométrie dt^s courbes était encore priver des admirables secours de cette analyse transcendante oppuyee suc desa vantes erreurs qui se compensent ellesmêmes, méthode étonnante de calcul , capable de dompter les dimculti s les plus rebelles de l.i science, dont elle a change la face; qui, imitant la pi issauceda
20 Éloge
la nature lorsqu'elle montre à notre imagination effrayée, l'échelle descendante des élémens de la substance corporelle, décompose de même la grandeur , en poursuit jusqu'aux derniers atomes, les tient, en quelque façon , suspendus au bord du néant , pour continuer l'examen de leur rapport jusques dans leur évanouissement même; et qui, après avoir enchaîné, avec des liens habilement disposés, ces êtres incompréhensibles qui échappent à la pensée sans pouvoir échapper au calcul, commande à la formule miraculeuse de leur restituer l'existence qui semblait les avoir abandonnés , et les reproduit tout-à-coup dans toute la plénitude de leur ensemble , dont elle fait connaître la loi ignorée jusqu'à ce moment.
Ici, il fallait, avant tout, par l'invention de méthodes spéciales , ouvrir une route inconnue dans les mystérieux abîmes de l'abstraction. Ces efforts semblaient être le terme de la puissance de l'esprit humain. Quelques nuits de douleurs suffisent à Pascal pour trouver à la fois et les moyens et les résultats cherchés, pour démêler avec netteté les plus savantes combinaisons que l'imagination , dans toute sa force, ait jamais pu concevoir. Il ne songe point à publier ces beaux fruits de quelques réflexions poursuivies au travers de tourmens à peine supportables ; seulement il en parle à un ami qui le détermine à les écrire, et qui , de concert avec d'autres personnes , forme le louable projet de faire tourner ces découvertes au profit delareligion.On a attribué ces vues à Pascal luimême; mais la candeur et la simplicité de son ame universellement reconnues , nous commandent de rejeter la pensée d'une orgueilleuse présomption de sa part ( m ).
Il est donc vrai que l'envie ou l'esprit départi ne manquent jamais de se donner les plus tristes soins pour obscurcir l'éclat d'un nom qui les offusque ! Mais ne craignons rien pour la mémoire de Pascal : sa
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grande image ne s'élève que plus rayonnante et plus pure au-dessus de quelques nuages impuissans qui ne sauraient l'atteindre.
Les problèmes de la Cycloïde sont proposés au monde savant; un prix est promis à chacun des deux premiers Géomètres qui auront satisfait aux conditions prescrites (n ).
Alors florissaient en Europe le grand Descartes , Fermât, Huygens, Roberval, Sluze, Wallis, Wren , Schootten, de Wïtt, Van - Henraët , de Beaune» Ricci , Hudde, le P. Mersenne , le P. Lalouvère et une foule d'autres géomèlres distingués : âge brillant des sciences et de la philosophie, qui peut s'honorer de tous ces noms à la fois, et des belles et nombreuses découvertes qu'ils rappellent ( o ) !
Plusieurs de ces hommes célèbres, sans toutefois prétendre au prix, attaquent quelques-unes des questions proposées sur la Cycloïde , et trouvent des résultats plus ou moins intéressans (p ). Deux seuls Géomètres, le P. Lalouvère et Wallis, entrent expr< arment dans le concours, mais leurs efforts sont impuissans : ils ne peuvent atteindre au but, et les prix ne sont point décernés (</ ).
Pascal publie ses problèmes après l'expiration du terme qu'il a fixé; ils excitent l'admiration des Géomètres, et Wallis lui-même en témoigne la plus vive I satisfaction au savant Huygens. Les différentes parties dont se compose le travail de Pascal sont un monument immortel de la force de son esprit , de la clarté frappante de ses idées, et de la manière heureuse et facile dont il manie en maître les matières géométriques de la plus haute difficulté. L< 9 méthodes qu'il emploie dans qes sublimes théories touchent de pies à l'analyse différentielle el intégrale; et l'on a pense avec raison , que si Pascal eut accordé quelques instans encore à la Géométrie, il allait ravirai' Allemagne
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et à l'Angleterre la gloire de pouvoir se disputer cette
mémorable découverte (r).
Lorsque Pascal étonnait le monde savant par ses travaux géométriques , déjà son nom était inscrit avec le même honneur dans les annales de la physique , où i! ne sera jamais oublié.
L'air atmosphérique sans cesse présent autour de nous, cet aliment nécessaire à la vie de tout ce qui respire , ce fluide dans lequel nous sommes plongés, n'était cependant guères connu que de nom, même parmi les plus illustres philosophes. Cette branche de la physique était restée dans les ténèbres dès l'origine de la philosophie {s ) L'opinion universelle de l'horreur de la nature pour le vide , était depuis plus de deux mille ans en possession des écoles et y régnait en souveraine , paisiblement et sans contestation. Tous les efïëts qui dépendent de la pression de l'air , sont expliqués par de vaines subtilités et par des mots illusoires : l'horreur du vide donne même la raison d'autres phénomènes importans : c'est par l'horreur du vide, que Galilée , l'oracle de l'Italie, explique l'adhérence des molécules dans les corps solides. 11 est réservé à Pascal d'anéantir cette vieille erreur philosophique : il va opérer en cela l'une des plus grandes révolutions qui jamais aient eu lieu dans l'empire des sciences. Qu'on nous permette de crayonner rapidement cette intéressante découverte : elle mérite toute notre attention. Galilée avait connu la pesanteur de l'air, il l'avait même comparée à celle de l'eau : mais il n'avait pas soupçonné Ja cause de l'ascension des fluides dans ces canaux où il voyait une puissance inconnue les soulever et les suspendre contre leur propre poids. On sait que des fontainiers de Florence, ne pouvant élever l'eau à plus de trente-deux pieds , consultèrent Galilée sur la cause de l'obstacle que la nature opposait à leurs efforts. L'intérêt et l'honneur de
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la philosophie, a-t-on dit, exigeaient une prompte réponse : l'oracle de l'Italie ne pouvait rester muet. Galilée répond que la nature n'a , pour s'opposer à la formation du vide, qu'une force limitée et mesurée par le poids d'une colonne d'eau de trente-deux pieds. Mais Galilée a l'esprit trop juste pour ne pas reconnaître bientôt toute la faiblesse de son explication: il a quelque regret à sa réponse, et il laisse à son disciple Torricelli le soin de discuter le phénomène et d'en rechercher le principe.
Celui-ci écarte une partie du voile qui cache une cause si long-temps ignorée; il fait une judicieuse application de ses conjectures au plus pesant des fluides connus, et le fameux tube de Torricelli, premier type du baromètre , est acquisà la physique et prend place parmi ses plus utiles appareils. Mais Torricelli n'a que soupçonné la vérité ; sa mort l'empêche de consommer la découverte, et ses conjectures n'ont pas d'autres suites.
Pascal ayant eu connaissance des expériences faites en Italie, se saisit du tube de Torricelli en homme de génie ; il répète et varie les expériences. Il fait le vide au-dessus du fluide du réservoir, et l'autre colonne se précipitant au niveau de la première, il se confirme dans la pensée que la suspension antérieure dans le tube est l'effet de la pression de l'air dont il vient de priver la colonne correspondante : telle une balance recouvre l'équilibre , dès que l'un de ses bras est soulagé de l'excès du poids qui l'entraîne. Il fait voir en outre que la hauteur du mercure augmente ou diminue en raison des variations qu'il ménage dans la pression de Pair (ij. Cette expérience capitale, qui
(1) Pascal , dam l.i lettre à M. Parier , où il invite celui-ci à faire l'expérience du Puy-de-Dôme , nous apprend qu'en travaillant .'< v»n premii i opuscule , dont QOQi parlons ci-apres , il avait la pensée de la prcieJOP do 1 air , mais qu'il n'osa pas encore mettre cette cause en avant, iaute d'expériences assez convaincantes.
s4 Eloge
appartient toute entière à Pascal, lui assure tous les droits à cette grande découverte. Il imagine encore et fait avec une même intelligence une foule d'autres expériences aussi neuves que décisives, dont il donne connaissance au public, et qui font une grande sensation dans toute l'Europe savante (/ ).
Bientôt, occupé des conjectures de Torriceîliet du résultat de ses propres observations, travaillé par cette fermentation secrète du génie, qui domine les hommes nés pour les découvertes, pressé du désir de mettre la vérité dans tout son jour, Pascal conçoit la belle expérience du Puy- de-Dôme ; il veut , par cette expérience définitive, résoudre tous les doutes et toutes les difficultés que ses premiers essais ont fait naître ( i ). ïl propose donc l'expérience de Clermont, qui est faite une année après , avec tout l'appareil et tous les soins convenables , et en présence d'un grand nombre de témoins éclairés.
C'est un spectacle toujours digne d'attention et offrant le plus vif intérêt, que celui de l'homme entouré des moyens d'attaque qu'il s'est créés lui-même , armé des instrumens de la science, se mettant en présence de la nature, et se disposant à lui ravir, soit par surprise, soit à force ouverte, quelques-uns de ses grands secrets. Tout est préparé pour l'entreprise, conformément aux vues de Pascal, et la nature va être réduite à. s'expliquer enfin nettement sur la cause d'un si grand nombre de phénomènes.
On observe le baromètre au point le plus bas que peut offrir la viile de Clermont ; on le porte sur la cime de la montagne , et le mercure, fidèle aux lois de l'hydrostatique, descend de plus de trois pouces, en vertu de la diminution du poids dont il est dé-
(i) Pascal pensait lui-même que les partisans de l'horreur du vide trouveraient encore quelques ressources pour expliquer le phénomène du mouvement du mercure mis en jeu par la combinaison de deux tubes adaptés l'un à l'autre.
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chargé. On met l'instrument en expérience à diverses stations sur !e chemin de la montagne, et par-tout l'argent fluide obéit avec la même précision àl'action de la colonne atmosphérique ( 1 ).
La nature confirme d'une autre manière cette première loi du fluide aérien , et en dévoile en même temps une seconde. Quelques pouces d'air sont renfermés librement dans un ballon au bas delà montagne ; cet air privé de communication au-dehors , développe son ressort à mesure qu'on s'élève, arrondit les parois flexibles de sa prison : et fait, pour s'en échapper, un effort d'autant plus grand, que la pression extérieure lui oppose moins de résistance. Le rapporte-t-on dans les régions inférieures de l'atmosphère ? le fardeau toujours croissant qu'on luiredonne à soutenir , le comprime par degrés , et rétablissant peu à peu l'équilibre autour de lui , le force de rentrer dans ses limites primitives, et restitue à son enveloppe sa première souplesse.
Pascal veut jouir lui-même à Paris , autant que les circonstances peuvent le lui permettre, de cette réponse tranchante que la nature, interpellée par le génie , vient de lui donner. Il porte le baromètre au sommet de plusieurs édifices très-élevés , et il obtient avec justesse les effets qu'il a prévus (u ).
Ainsi est dissipée cette antique illusion de l'école , qui s'est opposée à un si grand nombre de découvertes en fermant les voies à l'expérience, et élevant une sorte de barrière enchantée entre la nature et Ihomme: le fantôme disparaît, la pesanteur et le ressort de l'air sont reconnus pour toujours, et la physique est renouvelée (i> ).
(1) Pascal invita son beau-frère , M. Périer , lf i5 novembre 1647 » ^ faire (■♦•tic expérience : d eUe enl lieu le 1 9 septembre de l'année mil .«nie. On ir<u»\u trois pouces une ligne et demie , de différence dans la hauteur
<ln mercure, entre b station du jardin dd .Miuuncs de Lleiui'jni, et au sommet dt lu uioi.tagne.
26 Eloge
L'un des premiers résultats que Pascal voit découler des effets qu'exerce la pression de l'air dans le tube de Torricelli , est la faculté de faire de ce tube un instrument de nivellement : conséquence remarquable , digne d'un esprit supérieur qui saisit les rapports avec
Eromptitude, et embrasse d'un coup-d'œil les nomreux effets d'une cause féconde dont il entrevoit surle-champ toute la richesse. Cette belle idée de Pascal , accueillie d'abord avec intérêt par les physiciens, est suivie dès-lors avec constance. La théorie de l'air , éclairée d'un jour nouveau , s'étend rapidement ; la loi du décroissement de la densité de ses couches successives est calculée; la diminution de pesanteur des molécules, en raison de leur éloignement du centre, est évaluée; le rapport fondamental entre la hauteur de la colonne aérienne et celle du mercure dans les stations barométriques est établi : on varie les expériences; on remarque les anomalies; on en recherche les causes ; en vain celles-ci paraissent-elles vouloir se soustraire à l'œil des observateurs , on les poursuit avec obstination ; on étudie dans les effets les moyens de remonter à leur source ; on atteint enfin jusqu'aux derniers élémens qui concourent à modifier la longueur de la colonne mercurielle dans les circonstances données. Des formules savantes deviennent la fidèle expression du phénomène traduitdans la langue du calcul avec tous ses détails. Ces formules résistent d'abord long-temps aux efforts des physiciens armés de tous les moyens de l'observation et de l'analyse ; mais ils se donnent d'avance des résultats rigoureusement constatés ; et les cherchant ensuite avec la formule, ils forcent celle-ci d'accuser elle-même avec exactitude jusqu'aux moindres degrés de correction dont elle a besoin ( i ).
(i) C'est ainsi que la théorie des nivellemens barométriques , aperçue par le génie de Pascal , savamment ébauchée par lialley et Newton ,
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C'est à l'aide rie ces fruits admirables de la science, que ces hautes éminences du globe, qui se dérobaient à toutes les opérations géométriques , peuvent être mesurées aujourd'hui par le voyageur même qui les visite, et que, muni du baromètre, devenu le plus portatif des in <t rumens , le passager peut lire, à chaque point de sa route , sur l'échelle de son tube , la hauteur dont il s'élève lui-même au-dessus de la surface des mers, et dessiner ainsi la ligne sinueuse qu'il décrit relativement à un niveau déterminé : service immense rendu désormais à la physique, à l'histoire naturelle, et sur- tout à quelques branches du service public ( x ).
Entraîné , par la nature de ses recherches, à s'occuper de l'équilibre des liqueurs, Pascal porte dans l'hydrostatique cette vive lumière dont il frappe d'abord tous les objets qu'il soumet à ses observations. Il commence par le fameux paradoxe déjà démontré par Stevin et Galilée, que les liqueurs contredisant , pour ainsi dire, les lois de la gravité , en obéissant à la gravité même , peuvent produire des phénomènes directement en opposition avec leurs propres masses: que quelques molécules d'eau étendues sur une large base et élevées en filet presque invisible ( 1 ) , peuvent contre-balancer les plus grands poids; tandis qu'un immense volume de fluide dont la base est réduite à quelques points, perd toute sa pesanteur. Pascal rend ces merveilles sensibles, par la diversité de ses appareils qui en varient et répètent la démonstration. Mais une preuve de fait ne suffit pas à un esprit comme le sien : une loi susceptible d'être soumise à l'épreuve
amrliore'e par le! vues de Bradley et de Marer , et plus encore pnr celles rlr I)t*lur , a reçu ses plus grands perfectionnement de MM. Puyfaîl . Ramond et Laplace , et une facilite* d'application qui ne laitM fhu rien | dfsuer à la suite des travaux de MM. Pietct , DiOt , OlUnatis » d'Au-
buisson , etc.
(0 Pourvu qu'il ne soit pas capillaire.
28 Éloge
du calcul ne peut présenter aucun mystère à ses yeux. Complétant les preuves imparfaites données avant lui , il dévoile la cause du phénomène par toutes les formes de raisonnement qui peuvent l'établir avec le plus de rigueur et de clarté. Cette vérité fondamentale de la théorie des fluides lui donne l'idée ingénieuse d'envisager un vaisseau plein d'eau comme une machine de mécanique propre à la multiplication des forces.
Passant ensuite en revue tous les principaux faits de l'hydrostatique, il épuise, en quelque façon, cette branche intéressante de la physique, et donne aux philosophes, dans ce travail lumineux, un nouveau modèle du genre d'observations et de discussion qu'il faut employer envers la nature , pour l'étudier avec fruit (y).
Je me suis imposé le devoir de revenir un instant en arrière pour considérer Pascal dans sa manière de procéder à la recherche de la vérité; méthode importante à observer dans la marche d'un esprit favorisé d'une telle pénétration. La vie des hommes de génie ne serait rien pour nous ; le bel exemple que la nature les charge de donner au monde serait perdu, si nous négligions de faire auprès d'eux les études qu'elle semble nous prescrire. C'est sur la route qu'ils ont suivie dans leurs travaux, que se trouvent les sources des plus utiles leçons dont la philosophie puisse enrichir ses doctrines. Et peut-on rien contempler de plus intéressant que ces utiles spéculations de ia raison cherchant elle-même sa propre règle ?
Pascal part des opinions reçues et les regarde comme certaines, tant qu'il ne se présente aucun motif assez fort qui lui fasse une loi de les abandonner; il tient à ses doctrines, mais sans opiniâtreté; il les préfère d'abord aux nouvelles, seulement parce qu'elles ont à ses yeux une autorité de plus, celle de l'assentiment universel; il pense que s'il faut se défier de la raison
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humaine, c'est sur-tout à legard des systèmes qui n'ont pas encore subi l'épreuve critique du temps et de l'expérience : il exige qu'ils produisent leurs titres de certitude. Il est prêt à se rendre à l'évidence: mais , pour ne pas s'exposer à prendre pour la vérité, une nouvelle erreur souvent pire que la première , il ne recule qu'avec réserve ; de peur d'abandonner le terrain avec imprudence, il le dispute long-temps, et il ne met bas les armes que lorsqu'il lui est démontré qu'il défendait un mauvais poste.
Comme Descartes , Pascal oppose un doute salutaire au prestige de l'erreur ; mais tandis que le doute de Descartes se reporte en arrière et s'exerce sur le passé . celui de Pascal , au contraire , se dirige sur l'avenir , et prend pour objet les réformes qu'on propose : l'un discute les anciennes maximes, avant de les admettre; l'autre tire de l'examen des nouveautés, le jugement qu'il faut porter sur les idées reçues.
Descartes veut que la raison, dans la revue sévère qu'elle fait et dans la discussion des idées et des principes, n'admette que ce qui est, à ses yeux, marqué du sceau de l'évidence. Pascal , de son côté, prétend que l'évidence seule a le droit d'attaquer notre croyance aux systèmes établis, qui peuvent être des erreurs sans doute, mais qui peuvent aussi avoir quelque fondement dans les motifs qui les ont fait admettre et qui en ont prolongé l'existence.
Ne craignez point que le doute de Pascal > protecteur des anciennes maximes , favorise le règne des préjugés et de l'habitude : essentiellement observateur, il cède peu à peu la place à une conviction raisonnée; il ne sacrifie point les vérités nouvelles a L'autorité des vieilles erreurs. Pascal dit expressément et à plusieurs reprises que si l'on ne doit pas se départir légèrement des opinions transmises par l'antiquité , niais seulement lorsqu'on s'y trouve obligé par des preuves invincibles, ce serait une extrême faiblesse d'en faire le
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moindre scrupule dans ce cas, et qu'on doit avoir plus de vénération pour les vérités palpables, que d'obstination pour les maximes régnantes.
Il est difficile que l'homme qui se croit ou se sent assez fort pour peser à la balance de sa raison les opinions de tous les âges , ne soit tenté de substituer ses vues personnelles à celles qu'il rejette; de-là l'esprit de système qui renaît de son propre tombeau, avec toutes ses illusions et toute sa puissance ; d'autant plus fort, qu'il se prend alors lui-même pour la vérité si long-temps attendue , et qu'il se croit fait pour remplacer toutes les opinions qui l'ont précédé. Mais Pascal se fait remarquer parmi les plus illustres fondateurs de cette philosophie observatrice qui, laissant là tous les vains systèmes, s'est bornée à interroger la nature, a ouvert le chemin à tant de brillantes vérités , et a répandu en si peu de temps des torrens de lumière sur l'horizon des sciences (z ).
Eminemment conservatrice, la méthode de Pascal ne détruira jamais rien d'utile ; sauvegarde naturelle des anciennes vérités, et n'opposant aucun obstacle aux lumières nouvelles, le caractère important qui semble la distinguer, est de garantir ainsi la certitude des senti mens qu'elle embrasse. Enrin, elle est d'un usage permanent , elle est de tous les temps et de tous les lieux, elle convient à tous les âges de la philosophie , parce qu'elle est indépendante de ce qui est fait et de ce qui reste à faire.
Nous avons maintenant à considérer, dans cette première classe des travaux de Pascal , un genre de mérite qui , bientôt appliqué à d'autres sujets, nous fera voir l'auteur du Traité delà Roulette s'élancer en maître dans une autre carrière et s'y placer au premier rang.
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