NARCISSE MICHAUT, XXI
lettres et en droit. M, Sarcey conclut qu'il avait affaire à un petit étudiant à peine échappe de rhétorique. Il respira. « Il paraît que ce jeune homme n'appartient pas à notre chère et glorieuse École, » Nouvel article, le 2j, sous forme de lettre à M. Deschanel qui prenait en ce temps-là les bains de mer à BeuT^eval, contemplait la lune après son dîner, et avait signalé à M, Sarcey les clairs de lune d'Homère, plus une coquille des compositeurs du journal:
Aut videt, aut videre putat per nuhila lunam. M, Sarcey reproduisait donc l'épître de M, Deschanel, racontait comment le voisinage de l'Océan lui avait donné jadis l'amour d'Homère, et insérait en outre le billet de Michaut dont il avait lu et transcrivait trop vite la signature. C'était, cette fois, Michaut, licencié es lettres, étudiant en droit. Le quiproquo s'embrouillait ainsi d'une façon désespérante. Notre ami d'envoyer une longue justification, bien précise, à M. Sarcey, avec tous les points sur les i, et précédée d'un télégramme : « Erreur préjudiciable continue. Recevre:(^ lundi lettre rectificative à insérer dans premier numéro. » Hélas! l'imbroglio s'aggrava encore I Un anonyme, « maître répétiteur, licencié es lettres y>, avait, entre temps, réclamé près du spiri-
Je n'analyserai point, dans cette notice, la thèse doctorale de Michaut sur /'Imagination '. La thèse latine, ingénieuse, mais un peu rapide, était consacrée aux Bibliothèques chez les anciens^. Z^^r^mier de ces ouvrages fut débattu asse^^ vivement au sein de la Faculté de Nancy. Il contient en effet plusieurs vues très-personnelles , dont certaines inquiétaient quelques-uns des juges, par exemple, V abandon
* De rimagination, étude psychologique, Paris, Germer- Baiîîiére.
* Paris, Thorin. Il publia, à la même époque^ en collaboration avec M. Paul Dumont (Paris, Hachette), un recueil de versions latines choisies en vue du baccalauréat. Ce recueil, par la variété et le choix intelligent des textes, semble supérieur à V espèce du candidat vulgaris. Cest surtout aux maîtres quHl peut rendre des services.
Je n'analyserai point, dans cette notice, la thèse doctorale de Michaut sur /Imagination \ La thèse latine, ingénieuse, mais un peu rapide, était consacrée aux Bibliothèques chez les anciens^. Z^/^r^mier de ces ouvrages fut débattu asse:(^ vivement au sein de la Faculté de Nancy, Il contient en ejffet plusieurs vues très-personnelles , dont certaines inquiétaient quelques-uns des juges, par exemple, V abandon
» De rimagination, étude psychologique. Paris, Germer- Baiîîiêre.
^ Paris, Thorin, Il publia, à la même époque y en collaboration avec Af . Paul Dûment (Paris, Hachette), un recueil de versions latines choisies en vue du baccalauréat. Ce recueil, par la variété et le choix intelligent des textes, semble supérieur à V espèce du candidat vulgaris. Cest surtout aux maîtres qu'il peut rendre des services.
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résolu de la doctrine de V idéale entendu au sens platonicien, (a Le râle de V imagination créatrice dans l'art, c'est d'ajouter à la nature ces éléments de beauté, d'en retrancher ces causes de laideur, c'est, en un mot, de concevoir l'idéal qui n'est que le réel diminué de tout ce qui peut âter quelque chose à sa valeur expressive et enrichi de tout ce qui peut y ajouter. ... » La théorie de Michaut sur l'art était fort libérale, et d'autant moins aristocratique, t Comme il n'est point d'objet si vil qui ne puisse reluire dans un rayon de soleil, il n'en est pas aussi que l'idéal ne puisse embellir et transfigurer. Les magots même, qui choquaient si fort le noble goût de Louis XIV, ont une beauté qui vient du sentiment de calme, de bonheur domestique qu'ils expriment. C'est une belle chose, Xénophon se plaisait déjà à le faire remarquer, c'est une belle chose que des marmites bien rangées et bien luisantes; c'est une belle chose que des couvertures pliées avec soin, des meubles propres et commodes. Tout cela, disait-il en vrai Grec qu'il était, tout cela semble véritablement former un chœur. N'est-ce pas aussi une belle chose que de bons Flamands tranquillement attablés autour d'un pot de bière, calmes jusqu'au fond de l'âme ? Le feu qui gronde dans la haute cheminée, les spirales
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de fumée qui, des grandes pipes de porcelaine, s'élèvent au plafond noirci, les amples buffets chargés de vaisselle d^étain, les causeries des vieilles fileuses, le tic-tac de V horloge, la chanson des chats endormis, tout cela ne forme-t-il pas une harmonie paisible, un chœur, comme disait l'homme d'Athènes ; et n'est-ce pas encore T idéal, V idéal au moins d'une vie dépourvue d'idéal? »
Le mérite de Michaut, dans sa recherche sur une question qui peut paraître vieillie, est d'avoir soumis cette faculté délicate, ondoyante et diverse de l'esprit, l'imagination, à une méthode rigoureuse d'observation scientifique, méthode que les psychologues contemporains pratiquent chaque jour plus résolument, pour le plus grand avantage de leurs travaux. « fe n'ai pas hésité a faire mon profit des découvertes de la physiologie toutes les fois que cela m'a semblé utile. Dans un livre traitant des choses de l'âme, il sera donc asscT^ souvent question de nerfs, d'hémisphères cérébraux, de tubercules, etc. La chose aujourd'hui ne surprendra personne, ce qui montre combien, durant ces derniers temps, les relations des psychologues avec les physiologistes se sont améliorées.
« Certes, il ne viendrait aujourd'hui à l'esprit
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d'aucun physiologiste de déplorer Vintolérance et la tyrannie des philosophes ; tout au plus gémissent-ils de leur aveuglement et de leurs préjugés. Mais il nen était pas ainsi vers i8)0, et pour s\n convaincre, il suffit de relire Broussais Maintenant
que la physiologie, arrivée à l'âge viril, est devenue moins intolérante en devenant moins hardie, rien n empêche son ancienne rivale de lui tendre la main. Nulle vérité n'en saurait contredire une autre, et si les savants se querellent souvent, les sciences sont toujours d'accord. Personne ne doit donc avoir peur des vérités dont une science voisine peut s'enrichir; les erreurs seules ont raison de craindre la lumière qui les fait mourir. Si nul spiritualiste ne sent ses convictions ébranlées par ce fait incontestable que les sensations ont leurs organes dans le corps, d'où vient que l'on éprouverait quelque répugnance à admettre qu'il en est de même pour les autres faits psychologiques? Les beaux travaux des Flourens, des Magendie, des Millier, des Leuret, des Gratiolet, des Claude Bernard, des Vulpian, des Luys, n'ont rien qui puisse effrayer les philosophes. Bien plus, ceux-ci doivent y applaudir, et la meilleure manière d'y applaudir c'est d'en profiter. Descartes, Maie-