‹ Éloge de C. Alp. RobertChapitre 15 sur 15 · AD'TE · texte numérisé non relu

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lation ; il se releva donc. D'ailleurs il avait à cœur de montrer ce qu'il valait et quel Homme on avait systématiquement repoussé. À défaut de chaire, deux tribunes lui restaient : l'hôpital et l’Académie. Son adjonction à la savante compagnie datait de 1849 : elle avait été préparée de longue main par des communications nombreuses et importantes qui, depuis 1835, avaient valu à leur auteur l'honneur insigne de figurer quatre fois déjà sur les listes de présentation. |

J'indiquerai sommairement les principales lectures :

1835. Luxation incomplète du fémur, en bas et en arrière de l’ischion.

1836. Restauration de la paupière inférieure et de la joue presque entièrement détruites par une pustule maligne.

1840. Inflammation des follicules muqueux de la vulve.

1842. Oblitération de la pupille consécutive à l’iritis, et guérie par un procédé particulier.

Résection des os du coude ; mécanisme des mouvements après la guérison.

1841. Chute du rectum; nouveau procédé opératoire.

1844. Fractures du col du fémur par pénétration.

1846. Traitement chirurgical des atrésies de Piris, etc.

Si je donne cette liste au courant de la plume et sans appréciation détaillée, c’est que je veux indiquer seulement comment Robert comprenait les candidatures et les cultivait. En 1846, la sienne devint très-sérieuse. A celte époque, il se trouvait déjà face à face avec M. Malgaigne qui l’emporta; mais les vingt-trois voix

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décernées à Robert au premier tour semblaient le désioner pour la prochaine élection : il fut en effet nommé en 1849, lorsqu'une vacance fut faite par la mort de Lisfranc. C'était un bel héritage à prendre que celui du fondateur méthodique de cette médecine opératoire qui fera la gloire du dix-neuvième siècle en général, et de notre pays en particulier.

La lutte fut si vive et marquée par de si bizarres incidents, qu’il n’est pas sans intérêt d’en retracer les péripéties. Les appelés étaient nombreux, mais une décision de l’Académie avait restreint à six les candidats présentés et classés simplement par ordre alphabétique.

Au scrutin de 1846, les trois compétiteurs qui avaient obtenu le plus de voix étaient MM. Malgaigne, Robert et Vidal (de Cassis).

En 1849, Vidal se retire : MM. Larrey, Maisonneuve et Nélaton sont présentssur la liste ; mais une candidature nouvelle a surgi, redoutable par le talent de l’homme, par son immense popularité et les amitiés vives que lui valait son aimable caractère. À la vérité, l’illustre spécialiste de l’hôpital du Midi n'avait en médecine opératoire proprement dite qu'un mince bagage; mais les sympathies et les besoins de l’Académie n’y regardent pas de si près, et la barrière des sections n’est pas toujours infranchissable.

C'était le 8 juillet; malgré la chaleur, il y avait quatrevingt-huit votants: Robert tout d’abord réunit trente-six voix, M. Ricord trente-deux, M. Larrey dix-neuf. Quelquesretardataires arrivent, second tour avec quatre-vingtonze votants : quarante-trois suffrages pour Robert, qua-

cs E rante etun pour son antagomiste, sept pour M. Larrev.

Les candidats se serraient de près ; il n’y avait pas encore de majorité. Un troisième tour de scrutin ralliant les voix égarées, semblait devoir terminer tout; iln’en futrien. Quatre-vingt-neuf membres étaient à leur place: M. Larrey conserve une voix, et les noms de Robert et de Ricord retentissent quarante-quatre fois devant les échos étonnés. Cela ne s'était pas encore vu depuis la fondation de l’Académie. En l’absence de tout précédent, le nouveau ballottage est renvoyé à quinze Jours. Rendez-vous général assigné au ban et à l’arrière-ban des amis pour le 47 juillet. Nouvelle difficulté; le scrutin n'avait élé ouvert qu’à trois heures et demie. Deux académiciens pressés avaient déposé leur bulletin dans l’urne et s'étaient esquivés. Là-dessus, grand bruit, débat fort animé; pour éviter toute illégalité, nouvelle remise de l'élection à la séance suivante. Celleci fut décisive : quatre-vingt-neuf votants; Robert obtint neuf voix de majorité.

Je vous laisse à supputer les lettres et les rencontres, les marches et les contre-marches qui remplirent ces vingt jours, sans compter les visites préparatoires et les visites de remerciments. À quelques jours de là, je causais avec Robert des épisodes de sa nomination; ce n'était rien moins qu'une odyssée, je vous assure :1lrécapitulait, moitié en plaisantant, moitié en regrettant les heures perdues, le nombre de visites officielles à mettre au compte de ses candidatures. Depuis 1835 1l en avait tenu note; elles s'élevaient à 1400 environ! Certes jamais la statistique n’a mieux servi à relever un abus criant. 1400 visites, à une heure l’une dans l’autre ! On ne consacre guère au

travail effectif que quatre heures par jour, donc une année entière passée sur le pavé, tout le temps nécessaire pour écrire une œuvre durable et transmettre honorablement son nom à la postérité.

On ne songe pas sans effroi au temps prélevé sur l’existence d’un homme officiel par ces démarches regrettables à tant d’égard ; 10 pour 400 peut-être de la fleur de la vie sont gaspillés de la sorte.

Internat : visites ; prosectorat, professorat, agrégation: visites ; académies, décoration : visites; visites toujours, se multipliant comme le carré des hauteurs. Et ce n’est pas encore tout : prise de possession légitime : visites; revendication du droit : réunion de corps et visites ; luttes contre l'intrigue et les prétentions outrecuidantes : réunion de corps, audiences et visites. (C’est une hydre à cent têtes qui dévore le temps, ruine le pauvre et n’enrichit personne.

Et l’on s'étonne qu'au début, quand on marche sans ces sottes entraves, on soit lièvre ; et que plus tard, les pieds embarrassés, on devienne tortue!

Mais ces visites, dira-t-on, nul n’est contraint de les faire ! C’est vrai; mais il paraît que sans elles on court grand risque de rester à la porte. Ceux-là donc sont responsables qui les reçoivent et non ceux qui les font. Grand bénéfice pour la science le jour où cet impôt disparaîtra.

Si cette protestation me paraissait inutile, je n’en aurais pas fait l'objet d’une si longue digression : wfopie aujourd’hui, réforme naturelle demain. Voilà mon dernier mot.

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Mon dessein n’est pas, je vous l’ai déjà fait pressentir, d'analyser en détail les diverses publications sorties de la plume de Robert, et vous me permettrez de ne point vous fatiguer par une sèche énumération.

Il est à propos cependant d'apprécier succinctement l'étendue, le caractère et la portée de l’œuvre; elle n’est pas considérable et remplirait à peine quatre volumes in-8°, si l’on en réunissait les fragments épars. J’ai dit les causes principales de cette stérilité. Robert n’a pas composé de gros livres ; il aurait voulu les faire lui-même, surtout ne pas livrer à la publicité de ces ouvrages indigestes où l'erreur pullule à chaque page, où la science est odieusement frelatée, et qui de la saine érudition ne possèdent que la livrée trompeuse. Il n’a publié que des monographies, des thèses de concours, des rapports et des observations cliniques. Le tout rédigé correctement, avec sagesse et bonne foi. |

La chirurgie classique lui a fourni ses principaux sujets, et il s’est efforcé d’épuiser dans des mémoires successifs quelques questions favorites qu’il avait méditées dans sa jeunesse; nouvelle preuve de cette persévérance que j'ai mise en relief il y a quelques instants. Je citerai donc ses travaux sur les fractures du col du fémur, sur les luxations de l’épaule, sur les maladies de l'iris, la fistule lacrymale et l’oculistique en général, qu’il avait approfondie avec Sanson, sur les rétrécissements de l’urêthre, les maladies utérines, les polypes naso-pharyngiens, les hémorrhagies traumatiques du membre supérieur , les amputations partielles du pied, le cancer, etc.

S'il n’a pas révolutionné la chirurgie, son nom restera

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néanmoins attaché à des questions modernes qu’à lui seul il à presque épuisées, telles : les varices artérielles du cuir chevelu, lhypertrophie de la parotide, la diphthérite des plaies , l’hypertrophie chronique des amygdales chez les enfants, cause si commune de débilitation générale, enfin cet écoulement aqueux oublié depuis Béranger de GCarpi et Cotugno, et qui constitue pour certaines fractures du crâne une si curieuse complication.

À l’Académie, Robert payait largement de sa personne; il faisait des rapports consciencieux, témoin celui qui fit décerner le prix d'Argenteuil à Reybard, mort de la mort des braves médecins, d’une piqüre anatomique. Ce travail est le fruit de deux ans de recherches cliniques.

Du haut dela tribune de la rue des Saints-Pères, il prit une part active aux discussions sur les kystes de l’ovaire, l’ostéomyélite, les déviations utérines, l’amputation à la suite des plaies d’armes à feu, etc.

Qu’ai-je besoin de dire le rôle qu’il a joué dans notre société? Nos Bulletins sont plus éloquents que je ne pourrais l’être. Il vous présida en 1848, devint honoraire il y a trois ans, mais ne nous priva Jamais de ses lumières ni de ses conseils plus précieux encore.

Très-versé dans les questions de thérapeutique, et partisan dévoué de la chirurgie conservatrice, il n’affectait ni dédain ni enthousiasme pour les remèdes nouveaux; il les jugeait seulement, et nous à laissé, sur les agents curatifs internes ou externes, une foule de notes et de rapports pleins de bon sens et d’esprit pratique.

IL était cependant bien éloigné de cette immobilité fâcheuse, de cette tendance réactionnaire, de cette préten-

tion à l’infaillibilité qui caractérisent tant d'hommes distingués arrivés au seuil de la vieillesse. Tout au contraire, Robert, qui aimait sincèrement la jeunesse, s’intéressait beaucoup au sort des idées nouvelles. Un novateur sérieux qui se présentait à lui était sûr d’être écouté et favorablement accueilli ; il lui facilitait l'entrée de l'hôpital, et au besoin, quand l'intérêt des malades n’avait pas à en souffrir, ilautorisait des expériences publiques. C’est ainsi qu’à son arrivée à Paris, M. Bozeman, à peu près ignoré chez nous, reçut dans les salles de l’'Hôtel-Dieu l’hospitalité chirurgicale, et put nous montrer ces procédés de suture délicate et efficace à l’aide desquels tous les chirurgiens d'aujourd'hui guérissent réellement la fistule vésicovaginale.

Même accueil à l’ophthalmoscope, au laryngoscope importé par M. Czermak; en un mot à toutes les découvertes dont l’art moderne s’est enrichi. Du reste, il ne se contentait pas d'approuver du geste et de la voix, 1l se mettait lui-même à l'ouvrage : dépourvu de fausse honte, il appelait publiquement à lui les nouveaux adeptes, et faisait bravement son apprentissage sous leur direction. Ainsi se comporta-t-1l, par exemple, à l’égard de l’ophthalmoscope et du microscope.

C’est à propos de cet instrument que Robert a fourni la preuve la plus éclatante de sa libéralité scientifique. Il avait toute sa vie étudié le cancer et les tumeurs qui lui ressemblent ; aussi, grâce à la rectitude de son Jugement, il ne se dissimulait pas l’obscurité profonde qui régnait sur ce sujet. On en était, il y a vingt ans, au même point que Boyer, Bayle et Laennec, et l'on vivait sur la fameuse

triade anatomique. Les divisions et subdivisions tracées d’après les caractères extérieurs et les dénominations tirées de la comparaison du tissu morbide avec tous les légumes du potager et les ingrédients culinaires, n'avaient fait qu'’augmenter le gâchis.

Une lueur sortie du cerveau de lillustre Müller semblait devoir illuminer ce chaos. MM. Lebert et Ch. Robin, secondés plus tard par quelques jeunes chirurgiens, recueillaient le rayon venu d'Allemagne, et le dirigeaient sur le champ vaste de la clinique. D’abord les maitres encouragérent cet exercice qu’ils considéraient comme un amusement sans portée. La puce est curieuse à voir vingt fois amplifiée; 1l n’y avait donc pas de mal à regarder les tumeurs. On alla plus loin, on accabla les micrographes de besogne; on leur envoya pièces sur pièces, et on leur demanda des notes détaillées. Tout allait bien jusque-là; mais lorsque la lentille interrogée se permit par hasard de ne point confirmer les diagnostics portés, et de prouver que les cliniciens pouvaient se tromper quelquefois, le scandale fut grand et la résistance se révéla soudaine et obstinée. On avait largement usé le temps des micrographes et on l’usait encore; mais dans certains services on les trompait à plaisir; on les raillait durement, quand on ne les insultait pas. Il y aurait sur cette période quelques pages bien curieuses à écrire.

La mèche était près de la poudre; le procès s’ouvrit à l'Académie de médecine, peu préparée malheureusement à l’instruire et à le juger en connaissance de cause. La micrographie moderne n’y comptait pas un représentant. On sait comment s’engagea le débat; ce fut à propos d’un

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rapport très-court de M. Jobert sur un encéphaloïde du testicule guéri par la castration. On allait passer à l’ordre du jour en approuvant les conclusions, lorsque Robert, sans préméditation, fit remarquer qu’un fait si rare mériterait d’être encadré. Ces quelques mots suffirent pour enflammer la mine. Je ne rappellerai pas les phases de cette discussion célèbre où pendant plusieurs mois Robert, presque seul, soutint le choc de ceux qui, s’avouant ignorants, désiraient être éclairés, et de ceux qui niaient résolüment la valeur des applications du microscope à la clinique. En tête de ces derniers se trouvait, on s’en souvient, M. Velpeau, qui de sa main puissante avait tracé autour de la question un cercle étroit, disant à la science : tu n'iras pas plus loin.

Robert appréciait, par expérience, les enseignements de la micrographie; mais au début de la campagne il n'était point micrographe : fidèle à sa maxime de ne point condamner sans entendre et parler sans savoir, pendant trois mois durant, il alla s’instruire avec ses propres yeux chez MM. Ch. Robin et Broca, ou près de moi-même. Quoiqu'il eût affaire à un contradicteur dès longtemps préparé, ilse défendit avec bonheur; il défendit surtout la cause du progrès et celle de la Jeunesse qui lui en a su fort bon gré.

L'acte d’incrédulité qui avait provoqué le débat n'était pas d’ailleurs hors de saison; en effet, si je n'ai pas été trompé par de faux rapports, faciles du reste à rectifier, l’encadreur n'aurait eu rien à faire, car le malade au testicule succombait à la récidive, avant la fin même du conflit académique.

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À traiter un sujet favori la plume ne se lasse guère, il pourrait en être autrement de votre attention et de votre bienveillance que je mets à l'épreuve depuis plus d’une heure. Je passerai donc rapidement sur quelques derniers faits.

Chevalier de la Légion d'honneur en 1845, après vingt ans de fonctions publiques, Robert fut promu, en 1860, au grade d’officier de l’ordre ; sa boutonnière ne portait pas d’autres insignes.

En 1839, après quatre ans de séjour, il quitte l'hôpital de Lourcine pour Beaujon, où 1l reste dix-neuf ans et laisse de touchants regrets.

En 1856 il eùt dù prendre le service de la Charité, mais son droit ne fut pas reconnu. En 1858, enfin, 1l rentre à l'Hôtel-Dieu et y professe la clinique libre, non toutefois sans rencontrer de mesquines oppositions.

Le 1° janvier 1862 il subit la loi de l’âge et quitte ses fonctions sans se lamenter. Il ne se targuait pas d’une éternelle jeunesse, et quoique son œil füt encore sûr aussi bien que sa main, il fit de bonne grâce place aux autres. Dans sa sagesse 1l ne voulait pas d’ailleurs exposer à tous les yeux l'invasion et les progrès d’une décadence intellectuelle et physique à laquelle nul n'échappe. L’administration lui décerna le titre de chirurgien honoraire.

Dans ces dernières années, l'Académie de Belgique lui fit parvenir un diplôme de membre correspondant.

En 1856, appelé, après un stage prolongé, à remplir la chaire d'anatomie de l’École des beaux arts, ileut l'honneur de présider cette école en 1861. Là comme partout, il rendit de grands services et contracta d’illustres amitiés :

professeur ou administrateur, il a marqué son passage par une période de prospérité que ses collègues n'ont pas oubliée.

En 1836, en vertu d’une coutume antique dont j'aurais eu plaisir à vous parler plus longuement, Robert, par délibération du conseil municipal de Luzarches, était nommé chirurgien consultant du modeste hôpital de cette petite ville.

J'en passe peut-être, mais que ferait un titre de plus, n’en ai-je point assez dit pour que chacun sache comme furent remplies quarante années de cette noble vie?

Robert, doué d’une bonne constitution, jouit longtemps d’unesanté prospère. Il supporta bravement les premières fatigues de la carrière, échappant tant bien que mal à cette chlorose que provoquent souvent l’hôpital, lamphithéâtre, le lever matinal et le coucher tardif. Il acceptait sans se ménager des occupations au-dessus de ses forces. En 1835 sa santé reçut une atteinte grave. On était aux vacances, et comme de nos jours les services chirurgicaux étaient en grand désarroi.

Titulaire à Lourcine, Robert remplaçait encore Sanson à la Pitié, Breschet à l'Hôtel-Dieu. Trois services chaque matin. Un jour, baigné de sueur, il se refroidit; il s’ensuivit une violente attaque de rhumatisme articulaire. La guérison longue à obtenir parut pourtant complète. Les membranes cardiaques ne semblaient pas envahies. Néanmoins la terrible diathèse était désormais installée; de temps à autre des manifestations arthritiques le prouvaient clairement : c'était un exanthème sévissant tous les hivers sur les poignets et les avant-bras; des lumbagos

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aigus à retour fréquent, des sueurs nocturnes continuelles, profuses, dont la suppression troublait subitement la santé générale ; de plus un embonpoint précoce ; enfin du côté du thorax, des troubles vagues dont la nature fut longtemps méconnue, et qu’en l'absence dé signes stéthoscopiques précis on attribuait à des accès d'asthme.

Pour ma part je suis persuadé que dès le début on eût pu dire: |

Hæret lateri lethalis arundo.

L’eau qui tombe goutte à goutte use le marbre, jugez donc quelle'influence funeste durent exercer sur un organe prédisposé et peut-être lésé déjà, ces émotions morales déprimantes, tombant tous les jours et sous toutes les formes, depuis les revers de fortune et la perte dé plusieur$ enfants jusqu'aux désenchantements amers et aux déceptions du concours. Évidemment le cœur fut lentement miné. Les grands médecins ne sont pas toujours les mieux soignés, on les explore moins bien qu’un pauvre diable à lPhôpital. Sous prétexte d'asthme, Robert fut envoyé aux eaux du Mont-Dore, Le régime y est mauvais, la cure très-fatigante, le chmat irrégulier et le pays difficile. L'effet fut désastreux, Robert en revint frappé à mort : un œdème considérable occupait les membres inférieurs, l'oppression était extrême, la parole éteinte, le cœur distendu outre mesure, le foie et les viscères énormément congestionnés, une dyspepsie flatulente trèspénible, tout révélait l’imminence du danger.

Les plus célèbres praticiens, Andral, Gendrin, Rayer

et d’autres, visitérent le malade et donnèrent leur avis. Le mois de septembre commençait ; le repos, des soins attentifs, une température douce et égale amenèrent un soulagement notable. Robert, depuis quelques années avait disposé dans un faubourg de Versailles une charmante pelite retraite où il allait respirer l'air pur et se reposer des fatigues du jour. Quelques semaines passées dans ce réduit tranquille firent merveille, On put croire un instant que l'hygiène et la thérapeutique auraient raison du mal ou du moins en ajourneraient l’œuvre destructive. M. Trousseau le visita plusieurs fois, lui prodigua ses soins habiles ct surtout le rassura de la façon la plus charmante : notre pauvre patient semblait renaître. Mais la lésion cardiaque était toujours là, et l’illusire consultant ne nous laissa jamais d'espérance ; il ne comptait que sur une rémission qui fut de courte durée. En novembre tous les symptômes graves reparurent formidables, incoercibles. Robert revint à Paris, y subir une horrible agonie. Pour comble de malheur, la tête fut la dernière à s’embarrasser. Il se vit doncmourir, et presque jusqu’à la dernière heure s’imposa la mission de souffrir eu silence et de consoler sa famille éplorée.

Comme toutes les luttes qu'il avait soutenues durant sa vie, celle-ci fut cruellement opiniâtre ; comme autrefois son esprit, son corps se défendit à outrance, et la mort, hélas! n’eut pas la victoire facile. Tout fut fini le A décembre ; Robert avait un peu plus de soixante et un ans.

A Versailles, pendant la trêve, la porte s’ouvrait devant quelques amis : J'étais du nombre et pus contempler avec admiration la manière dont un juste se prépare à

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« quitter laterre. Jamais on ne verra sérénité plus grande, philosophie plus calme, résignation plus douce, piété plus simple. Il nous parlait sans amertume du passé, à peine du présent, jamais de l'avenir; sentant bien en luimême que tout était fini. L'homme public n'existait plus; nous étions en face de l’homme intime drapé dans sa grandeur morale. La bonté, l'amour, la justice, la probité formaient autour de son front pâle une couronne resplendissante.

Robert, il est à peine besoin de le dire, aimait les joies de la famille et pratiquait les vertus du foyer : il adorait ses enfants ; il avait souhaité longtemps élever un fils, ce vœu ne fut pas exaucé. Mais 1l lui fut donné de réunir à son chevet de mort tous les dévouements et toutes les tendresses. Ce fils si désiré il l’avait trouvé dans la personne de son gendre; aussi, à l'automne de sa vie, pouvait-il répéter avec joie : |

Laissez venir à moi mes petits-enfants.

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