Eloge de E. Follin prononcé...de 1868
Messieurs, la solennité qui nous rassemble est une fête de famille. Nous y convions nos anciens amis, nous proclamons nos collègues nouveaux, nous résumons, pour le publie et pour nous-mêmes, le travail de Tannée; puis, après une séparation de quelques instants, nous nous trouvons encore réunis dans un banquet où règne cette cordialité sincère qu’engendrent Testime et l’affection.
Le plaisir serait sans mélange-si le programme ne rènfermait trop souvent une part de deuil, et si, comme Tesclave du repas antique, Tun de nous n’était chargé de montrer ici même une placé vide, à la table un siège inoccupé.
Si récente que soit notré fondation, si restreint que soit notre nombre, et bien que, pour la plupart, nous entrions ici pleins de jeunesse, le trépas nous a si cruellement frappés-
que nous ne suffisons pas à ensevelir nos morts ou, du moins, à leur donner la sépulture morale — l’éloge académique — qui marque leur place dans le répertoire de l’intelligence humaine*
Malgaigne n’a fait parmi nous qu’une apparition bien courte il est vrai, mais il fut si grand, mais il a joué un tel rôle dans notre chirurgie contemporaine, que le moindre côté de son génie multiple et encore incomplètement connu suffirait amplement à une dissertation qu’un jour ou l’autre il faudra bien écrire.
Deux membres fondateurs de la Société, chirurgiens consommés, célèbres dans les fastes de l’enseignement libre, que les plus jeunes d’entre nous ont eus pour maîtres, les plus âgés pour émules et amis, dont nous avons maintes fois écouté la parole avec recueillement et profit, Michon et Robert, n’ont point encore eu d’éloge officiel.
Velpeau, cet étonnant vieillard, qui, un demi-siècle durant, a écrit, professé, discuté et agi, sans repos et pourtant sans lassitude apparente, peut-il attendre longtemps le témoignage de notre respectueuse admiration ?
Livrerons-nous à un injuste oubli le nom de Debout, qui, sans chaire, sans hôpital et sans autre tribune qu’un journal estimé, a cependant enrichi notre œuvre de documents patiemment et savamment recueillis ? Devons-nous laisser refroidir la cendre de Follin et de Foucher, aimés ici comme des frères, rameaux coupés en pleine sève, au milieu d’une carrière déjà pleine de résultats acquis et plus riche encoi’c d’espérances assurées? de Laborie, enfin, le dernier tombé.
foudroyé en quelques jours, au moment ob il apportait à nos travaux le complément le plus utile t
Hélas ! vous le voyez, celui qui devait entonner aujourd'hui l’hymne funèbre avait le triste embarras du choix. Votre-ordre du jour funéraire est si chargé que, pour plusieurs années encore, il BOUS faudra, à semblable anniversaire, porter le crêpe à notre bras et le deuil sur notre front. Puisse, du moins, la liste ne plus grossir et quelque trêve nous être accordée 1,
Contraint d’opter entre tous ces morts regrettés, plusieurs motifs m’ont conduit à vous parler de Follin. Dans une autre enceinte, à coxtp sûr, on célébrera Michon, Velpeau et Maîgaigne ; ailleurs, on a déjà payé tribut à ce dernier. La vie de Robert a été jadis esquissée. Debout, Foucher et Laborie peuvent attendre l
Follin n’a siégé qu’un jour à l’Académie de nsédecine; il a mis le pied sur les degrés de la chaire professorale sans pouvoir les gravir; quelques mois de vie lui ayant manqué, son nom ne retentira ni dans le grand amphithéâtre de l’École de médecine, ni sous les voûtes du Sénat médical. Nous avons été assea heureux, au contraire, pour le posséder longtemps, pour voir grandir sa renommée, pour apprécier son talent et son caractère; à nous donc le devoir et l’honneur de donner à son nom les lettres de créance pour le royaume de l’immortalité. Pour moi, d’ailleurs, l’occasion est unique ; vos votes bienveillants me font quitter le secrétariat et transmettent à un esprit débeat la mission de parler des morts. Lfr progrès que je fais dans votre hiérarchie me rencL
fier, mais il ne me consolerait point de laisser à un autre ,le soin de décerner la louange à celui qui, dans le milieu médical, fut mon plus ancien, mon plus fidèle, mon plus sincère ami.
Il est, d'ailleurs, une chose que seul je puis dire, car, par bienveillance ou dans la crainte de manquer aux convenances, mon successeur la pourrait taire : la position brillante et enviée que j’occupe depuis quelques jours appartenait, sans conteste, à Follin. Si je n’en suis pas indigne, plus encore que moi il la méritait. J’ignore si j’ai usurpé mon titre, mais je déclare hautement, et à ma grande douleur, ne le devoir qu’à une catastrophe prématurée. J’am'ais voulu tenir de tout autre ce précieux héritage j j’aurais, de grand cœur, attendu plus longtemps mes nouveaux insignes, et je les déposerais joyeusement aujourd’hui pour revoir à mon côté celui qui, avant moi, les avait si vaillamment conquis.
Et quel autre pourrait mieux vous dire ce qu’était Follin? Le 1" janvier 1846, nous nous vîmes pour la première foisj nous ne nous sommes depuis presque jamais quittés. Notre liaison, vite et facilement conclue comme c’est l’ordinaire à la vingtième année, loin de s’affaiblir avec le temps, est devenue chaque jour plus étroite. Pensées intimes, projets d’avenir, tendances sociales et scientifiques, j’ai tout connu, car nous n’avions pas de secrets l’un pour l’autre. Si donc le talent, l’inspiration, la verve, me font défaut, si je ne laisse point de mon vieil ami un splendide portrait, au moins suis-je assuré de tracer l’histoire fidèle de sa vie, l’écrivant avec vingt années de souvenirs ineffaçables. Nous sommes aune époque où.
comme tant d’autres choses, le but et l’esprit des éloges académiques doivent changer et changent en effet. Il ne s’agit plus, comme autrefois, de composer des morceaux littéraires àforme solennelle, où, à propos d’un homme, on faisait le tableau d’une époque, l’histoire d’une découverte ou l’analyse d’un sentiment, et nous ne devons plus, comme Vicq d’Azyr, insérer dans chaque discours un chapitre de psychologie humaine.
Quittant la sphère des abstractions morales, il faut modestement nous contraindre à prendre des observations anthropologiques, et, dans le récit véridique de la vie d’un des nôtres, exposer, avec la série de ses actes et de ses œuvres (qui, en réalité, ne sont que des symptômes), l’étiologie et le mécanisme de ces œuvres et de ces actes. Ainsi arriverons-nous à la connaissance des lois générales qui président à la formation des grands hommes et à l’évolution des hautes destinées.
Entrevue depuis bien longtemps, mqis rarement appliquée, cette théorie des éloges académiques n’a point encore prévalu. Prendre l’observation d’un maître illustre comme s’il s’agissait de décrire un végétal ou un vertébré, un typhus ou un cancer, paraît, tout d’abord, un procédé exorbitant et sacrilège, un attentat à l’auguste dignité du génie, et, cependant, c’est la vraie marche à suivre, la seule efficace, la seule féconde, parce que l’homme, en tant qu’être organisé, ne saurait être fructueusement étudié que par les voies et moyens de la méthode naturelle.
Mais, pour décrire exactement, il faut avoir vu et observe
5 oi-mêrae, avoir vécu dans le même milieu, traversé les mêmes courants, en un mot être contemporain. Un homme jeune comprendra difficilement un vieillard, et, sans doute, le jugera mal; la réciproque est plus probable encore. Il semble encore bon que le narrateur ait été Tami du défunt, car si un indifférent ou un adversaire honnête peuvent apprécier loyalement ses manifestations extérieures, jamais ils n’auront été assez initiés à sa vie pour deviner les moteurs qui l’ont dirigée. Entre l’homme tel qu’il est et tel qu’il paraît, la différence est parfois énorme; certaines existences sont des énigmes et offrent les plus bizarres contradictions. Celui-là seul peut expliquer le problème qui possède toutes les données, comme le mathématicien a besoin de connaître toutes les forces pour calculer la résultante.
Il est à craindre, sans doute, qu’obéissant à son cœur, l’ami ne dissimule les défauts, n’exagère les mérites et ne devienne, volontairement ou non, apologiste quand même. Mais l’orateur qui jugera le mort sans l’avoir connu et sans l’avoir aimé a-t-il donc plus de chances d’être impartial? sera-t-il mieux à l’abri de l’erreur?
Laissons donc parler le contefijporain et l’ami. Imposons-lui seulement le respect de la théorie nouvelle; exigeons qu’il prenne pour guide suprême la vérité et ses rigueurs. Rappelons-lui que l’histoire est aussi inviolable que la science, et que si la réprobation frappe quiconque frelate les faits scientifiques, elle atteint non moins justement l’infidèle historien.
Connaissant ces devoirs, adoptant sans réserve ces principes,
j'esquisse sans embarras une biographie facile, car il suffit de racbntet une vie qui, sans cesser d’être brillante, a toujours été simple et honnête, calme et sereine, jusqu’au jour néfaste où le destin l’a tranchée.
Je commence mon récit à l’époque où j’ai connu Follin. C’était, je l’ai dit, au premier jour de l’année 1846.11 arrivait à l’hôpital Saint-Antoine, interne de première année. Ses autres collègues, Charles Bernard, Bavasse, Morvan, le rigide Breton, étaient de seconde ; moi-même de troisième. Nous étions donc tous ses anciens, et vous savez que dans les rangs de l’internat cette minime distance a quelque valeur. Cependant, sans secousses et à notre insu, les rôles changèrent. Au bout de quelques semaines,Follin était devenu le chef, le mentor de notre petite salle de garde. Nous l’aimions et nous l’écoutions; nous acceptions de plein gré une domination qu’il ne songeait point à nous imposer; mais nous le proclamions librement notre supérieur, car son succès futur ne nous paraissait pas douteux.
C’est qu’eri effet, à un âge où souvent on est bien frivole encore, il avait cette maturité précoce, cette sagesse, cette fermeté, ce jugement sûr, qui ont depuis caractérisé si nettement sa vie, c’est qu’il avait déjà une direction bien arrêtée, un programme complet; c’est qu’alors que nous cherchions encore notre voie, il était entré de plain-pied dans la sienne et y marchait sans hésitation.
Il avait vingt-deux ans ; les sujets distingués arrivênt à l’internat parfois une ou deux années plus tôt ; mais FoUin ne s’était pas hâté, il avait pris sa première inscription en no-
vembre 1842, puis il avait fréquenté les hôpitaux et les salles de dissections ; en 1844, se sentant prêt, il avait gagné la place d'externe, au bout d'un an celle d'interne, économisant ainsi le temps que dépensent les concours frustes. Même lenteur calculée pendant le reste de sa vie. Car il n'ambitionnait nullement le titre de prodige et connaissait à fond le secret d'éviter le déchet des forces.
Préparer de longue main et savoir attendre, fut la devise qu'il adopta dès son début.
Il faut convenir qu’il entrait dans l'arène avec les qualités les plus rares. Dans ces charmantes fictions qui font la joie de notre enfance, on nous dépeint un berceau entouré de génies bienfaisants; chacun d'eux apporte au nouveau-né un présent, une force ou une vertu. Plus tard, nous ne croyons pas plus à l'intervention des bonnes fées qu’à l'influence des bonnes étoiles, mais nous reconnaissons sans peine que cèrtains êtres privilégiés possèdent en naissant les aptitudes congénitales les plus heureuses et les gages les plus certains d'un avenir fortuné.
Né à Harfleur le 25 novembre 1823, Eugène Follin était de cette race normande qui, sans doute, pousse trop loin parfois le culte de l'intérêt personnel, mais à laquelle on ne saurait refuser la puissance, la ténacité, l'activité, la prudence et surtout une intelligence parfaite de la tactique sociale.
Follin possédait ces attributs dans les limites où ils sont désirables et sans l'exagération qui en fait de tristes défauts.
Appartenant aune famille distinguée, il n’avait eu nul effort
à faire pour atteindre l’orbite où il devait graviter dans la suite.
Fils unique, espoir du nom, il avait été sans cesse l’objet des soins les plus tendres et de la sollicitude la plus attentive.
Son père était mort de bonne heure ; mais il avait gardé sa mère, femme remarquable, qui, non contente de lui avoir transmis par hérédité ses propres vertus, prit à tâche de lui donner la seconde vie, c’est-à-dire une mâle éducation, sans faiblesse, sans préjugés, sans croyances puériles avec le culte sacré de l’indépendance et de l’honneur. Les premiers succès de son fils furent la récompense de son abnégation; fière de l’homme qu’elle avait formé, elle a quitté la terre, il y a quelques années à peine ^ assez tôt pour ne point pleurer la mort de son noble enfant.
Une honnête aisance permit de ne rien épargner pour l’instruction de Follin, qui, à aucune époque, ne connut la gêne et les privations. Certes, l’histoire compte par centaines les hommes parvenus aux sommets en dépit de la misère ; mais combien d’autres, non moins vaillants, sont obscurément tombés sous les coups de cette mitraille ! Certes, l’opulence est mauvaise pour les jeunes gens qu’elle détourne du travail et qu’elle entraîne à de fâcheux écarts; mais, en revanche, quelle liberté d’allures et d’esprit pour celui qui ne redoute ni le froid de l’hiver, ni les soucis du jour, ni les préoccupations matérielles du lendemain!
Les qualités physiques ne faisaient point défaut à Follin; il était de haute taille, athlétiquement bâti, robuste et peu sensible à la fatigue ; le corps un peu pesant peut-être, mais non
sans majesté. D’ailleurs, un ample crâne avec un large front, et puis un grand œil bleu, doux et tranquille, qui.regardait en face et s’animait parfois d’un éclat singulier. De plus, sobre et d’une conduite régulière; aucune passion brutale ne le tyrannisait; pourtant, bon compagnon, aimant le rire et la gaieté, et dans nos folles réunions de jeunesse.payant joyeusement son écot.
Nous étions émerveillés, surtout, de son étonnante capacité pour le travail. Sa lampe brûlait avant le jour et s’éteignait tard dans la nuit ; jamais on ne le trouvait inactif. .
Plus d’un nouvel interne, heureux d’un premier succès et fatigué par le concours, pense tout d’abord à se réjouir et à se refaire; pour quelques-uns même le repos dure un peu trop longtemps. Follin ne s’arrêta pas pour si peu ; trois jours après son installation à l’hôpital, il reprenait ses livres et le chemin de l’École pratique-; c’est qu’il visait déjà plus haut.. Dès. le mois d’avril il prenait part au concours d’aide d’anatomie, l’un des plus malaisés mais des plus décisifs de la carrière chirur-. gicale. 11 serait arrivé d’emblée, s’il n’avait eu pour compétiteur Paul Broca, le plus rude des concurrents.
La défaite était honorable ; elle marqua la place de Follin, qui fut aisément nommé l’année suivante.
Bientôt après, il remportait la médaille des internes de première et de seconde année, puis entrait à la Société anatomique avec son premier essai dans la littérature médicale.
11 y racontait l’histoire ô-’un anévrysme de la crosse de l’aorte avec oblitération des troncs aboutissant à la veine cave supérieure et
d’une partie de celle veine {Bull, de la Soc. anal., t. XXÏI, p. 365), L’observation était bien prise et suivie de commentaires intéressants sur l’oblitération de ce gros vaisseau, de laquelle on ne connaissait alors qu’un petit nombre d’exemples.
Ce travail valut à son auteur l’honneur d’être aussitôt nommé membre du comité de publication.
C’est encore en 1847 que Follin vous fit sa première communication. 11 est tout à fait exceptionnel qu’un interne de seconde année aborde votre tribune pour son propre compte. Plus d’un, sans doute, est retenu par la timidité, et puis le jeune homme qui prend la plume a le désir un peu puéril, mais assez naturel, de se voir bientôt imprimé. La perspective d’attendre un rapport longtemps, sinon toujours, détourne de nous les jeunes écrivains comme les modestes travailleurs de la province.
Ces considérations n’arrêtèrent point Follin, qui voyait de loin, comptait sur l’avenir et sentait bien qu’aucun de ses efforts ne serait perdu. Il vint donc vous lire l’observation curieuse d’une communication entre l’artère brachiale et les veinesprofondes du pli du bras. Cette variété rare de l’anévrysme artério-veineux avait été signalée déjà par Pouydébat et Voillemier, mais son histoire laissait beaucoup à désirer. Le fait nouveau, rapproché des deux autres, permettait à Follin de poser des conclusions plus précises.
L’opuscule, très-favorablement jugé par la commission, fut inséré dans vos Mémoires, et c’était un honneur insigne. Michon, dans son rapport, signale explicitement le mé-
rite, la sagacité, l’instruction, de son jeune confrère. C’est qu’en effet on est frappé, en lisant les premiers essais de Follin, d’y trouver déjà les qualités foncières qui caractérisent tous ses travaux ultérieurs, et que l’on ne rencontre, de coutume, que dans les productions substantielles de l’âge mûr.
Les années qui suivirent ne furent pas moins fécondes. 1848 était arrivé, la jeunesse était en ébullition, et l’on s’occupait fort de politique, dans les salles de garde autant qu’ailleurs. FolHn depuis longtemps accusait les opinions les plus radicales; il salua donc avec enthousiasme le principe républicain ; mais, comme toujours, son inébranlable bon sens le préserva des écarts, des excentricités, des exagérations, en un mot de ce vertige dont plus d’un cerveau médical fut atteint. 11 ne fut le lendemain ni plus ni moins démocrate que la veille, et poursuivit sa route, n’ayant de la fièvre endémique d’alors que de courts et rares accès. Il parlait fort librement, mais ne fut chef d’aucun club, ne harangua point la multitude, ne fonda pas le moindre journal, et ne laissa à la postérité aucune profession de foi compromettante ou ridicule. Son penchant réel pour les questions politiques et sociales ne l’empêcha pas de conquérir, à la fin de l’année, la médaille d’or des hôpitaux, récompense très-honorable, mais aussi fructueuse, puisqu’elle donne deux années supplémentaires d’internat. En outre, il contribua puissamment à la fondation d’une nouvelle tribune pour la science française.
Il est une chose bien digne de remarque : les mouvements
révolutionnaires, qui troublent si profondément le repos des cités, sont loin d’être nuisibles au progrès et à la marche des sciences. L’activité et l’exaltation ne se rencontrent pas seulement dans la rue et dans la zone politique, elles gagnent également la sphère scientifique. La révolution française a enfanté des soldats incomparables, mais aussi des savants de premier ordre. 1830 notis a fourni, en même temps que des artistes et des littérateurs d’élite, des médecins qui, pendant trente ans, ont illustré notre Faculté. Le mouvement de 1848, quoique avorté, a momentanément galvanisé la jeunesse et lancé dans le tourbillon scientifique des jeunes hommes qui, sans lui peut-être, auraient paisiblement et sans éclat tracé leur modeste sillon. Tout le monde, à cette époque, voulait faire quelque chose d’utile et sortir de l’ornière en cherchant de nouveau, ne fût-ce que pour dépenser son ardeur.
Au mois de mai 1848, plusieurs médecins et naturalistes, positivistes de nom ou du moins de fait et de tendances, se réunirent pour former une société dans le but d’étudier, avec des vues d’ensemble et par les voies de l’observation et de l’expérimentation, les phénomènes qui se rattachent à la science de la vie, à la biologie, tant normale que pathologique.
Ce n’était pas une société d’anatomie pathologique, ni une société de pathologie. Les fondateurs poursuivaient essentiellement l’étude théorique des êtres organisés à l’état normal. Ils ne partaient pas de la médecine, mais y arrivaient ; laissant, d’aillejirs, au génie de chacun le soin de tirer des études