Éloge de M. Récamier
Ce n'est jamais sans émotion ni sans trouble qu’à chacune de nos solennités je me vois appelé à l’honneur de porter la parole devant vous; mais si je ne puis me défendre de cette inquiétude alors même que j’ai à vous parier d’un de ces laborieux, de ces sages praticiens qui, après s’être soumis à de longues études et s’être fortifiés-par de continuelles et attentives observations, se sont élevés dans les hautes régions da la science pour y trouver une gloire modeste, mais incontestée, de combien de difficultés et d’écueils ne dois-je pas me trouver environné, aujourd’hui que j’ai à vous entretenir d’un de ces rares génies qui, pour accomplir des choses tantôt grandes et tantôt étranges, ne s’inspirent que d’euxmêmes, apôtres de vérités- et quelquefois d’erreurs, qui semblent obéira de puissants et mystérieux instincts, et arrivent ainsi à une gloire qui reste éblouissante pour quelques-uns, mais qui, pour d’autres, demeure incertaine, obscure et contestable !
Déjà peut-être vous avez compris, messieurs, que c’est de M. Récamier que je veux vous parler, de cet esprit supérieur et inégal qui, pendant près d’un demi-siècle, semblaprendreàtâche d’étonner et de déconcerter ses contemporains par l’élévation et l’instabilité de ses théories, par l’éclat et le désordre de sa parole, par la singularité et l’audace de ses médications.
M. Récamier a laissé parmi nous des traces trop profondes et trop personnelles pour que sonnom puisse tomber dans l’oubli ; il a droit au tribut de louanges qu’exige toute grande célébrité. levais donc rappeler quels ont été les fondements de la sienne ; je dirai par quelles vues soudaines et lumineuses, par quels savants et ingénieux procédés, serévélait en lui cet heureux don du ciel qu’on appelle invention ; je montrerai quelle
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était la prodigieuse, l’inépuisable fécondité de son esprit; mais en même temps je ne pourrai me dispenser de parler de cette imagination ardente et fougueuse, qui trop souvent dominait ce grand praticien et le poussait à d’inexprimables hardiesses.
Plusque personne, peut-être, j’aimais et j’admirais ce rare assemblage de brillantes facultés, mais je ne puis oublier qu’ici je parle au nom d’un grand corps, gardien des saines doctrines, et qu’avant tout je dois maintenir les droits de la vérité, de la raison et de la science bien comprise.
M. Récamier, je le dis dès à présent, a été un homme excessif; je me hâte d’ajouter qui ne l’a été que dans le bien, ou du moins dans ce qu’il croyait être le bien : de sorte que s’il m’arrive d’avoir à déplorer quelques égarements, je pourrai toujours louer du moins la pureté et l’excellence de ses intentions ; aussi, messieurs, ai-je la conviction que rien de ce qui sortira de ma bouche ne pourra blesser les sentiments de ceux qui ont conservé pour la mémoire de M. Récamier une pieuse estime et une iusie vénération.
Né à Cressin, petite commune située près de Rellay, dans le département de l’Ain , le 6 novembre 1774, Joseph-Claude-Anthelme Récamier appartenait à l’une de ces familles qui sont l’honneur et l’orgueil d’une province.
Son père était un notaire d’un esprit distingué, d’un profond savoir et d’une haute probité.
Son grand père, le docteur Grossi, proto -médecin des rois de Sardaigne Victor-Amédée et Charles-Emmanuel, s’était fait en son temps une vaste réputation par l’étendue de ses connaissances et les succès de sa pratique.
L’église avait eu ses représentants dans cette famille ; c’est un oncle paternel du futur médecin, l’abbé Récamier, curé de Yillebois, qui fut son premier précepteur.
L’esprit et la beauté devaient aussi se mettre de cette parenté, comme pour en rehausser l’éclat: on sait que le célèbre auteur de la Physiologie du goût} Brillat-Savarin, appartenait à la famille de M. Récamier, et que plus tard une alliance y fit entrer cette belle personne qui, dans sa reite de l’Abbaye aux Bois, était restée pour ses nombreux amis comm