DE M. RÉCAMIER. XXXVII
un type de grâce et de distinction, un symbole d’inaltérable douceur et d’inépuisable bonté.
Mais déjà j’aurais du dire que c’est à sa mère que M. Récamier donnait la première place dans ses souvenirs d’enfance ; c’est sur ses genoux qu’il apprit à lire, et comme c’était une femme d’une grande piété, elle ne s’était point bornée à cultiver ce jeune esprit, elle avait aussi parlé à son cœur et jeté dans son âme les premières semences de ces sentiments religieux si vifs et si profonds qui ont marqué toute sa vie.
Des bras de cette tendre mère, le jeune Récamier avait passé sous la direction du respectable ecclésiastique dont nous venons de parler et qu’on aurait pu appeler le Fénelon de la famille ; puis on l’avait envoyé au collège des Joséphistes, à Bellay. Les études y étaient fortes et bien dirigées : la bourgeoisie du Bugey et de la Bresse y envoyait presque tous ses enfants. Anthelme Récamier s’y lia d’une étroite amitié avec Anthelme Richerand, fils comme lui d’un notaire du pays, et qu’on citait parmi les élèves les plus distingués.
Richerand était de cinq ans plus jeune que Récamier. Celui-ci se montrait plus soumis et plus docile, grâce sans doute aux salutaires enseignements de sa jeunesse; Richerand, doué d’une merveilleuse facilité, avait plus de goût pour les lettres et donnait plus d’élégance à ses compositions. Ces deux jeunes gens devaient se retrouver plus tard à Paris.
En 1792, M. Récamier quitta le collège de Bellay. Il rentrait dans sa famille avec une foi religieuse plus vive encore peut-être et plus ardente qu’aux jours de son enfance. Quand vint le moment de choisir une profession, commeil n’était guidé quepar le désir d’être utile à ses semblables, il se décida pour l’art de guérir, et obtint de ses parents la permission d’aller faire de premières études à l’hôpital de Bellay, sous un chirurgien estimé nommé M. Gonet, puis à l’hôpital de Bourg.
Je viens de dire qu’au collège de Bellay le jeune Récamier avait rencontré le futur auteur des Éléments de physiologie ; à l’hôpital de Bourg il va trouver parmi ses condisciples un timide et gracieux jeune homme, qui devait être une des gloires de la France, Xavier Bichat, à peine âgé de vingt et un ans.
On était alors en pleine révolution. Bichat dut se rendre à Lyon pour y suivre les leçons de Marc-Antoine Petit, en qualité d’élève de l’Hôtel-
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Dieu ; Récamier, atteint par la réquisition, se fît attacher au service de sanlé de l’armée des Alpes, comme chirurgien auxiliaire de troisième classe. Son corps d’armée devait garder la frontière et repousser les Piémontais; mais la ville de Lyon s’étant mise en pleine révolte contre la Convention, sa division, commandée par le représentant Dubois-Crancé, fut dirigée sur la ville rebelle pour en faire le siège.
Notre jeune chirurgien se trouva ainsi dans les rangs des soldats républicains, pendant que Bichat, enfermé dans la ville, prêtait les secours de son art aux malheureux assiégés.
Mais après la reddition de la place, M. Récamier, pour ne pas être témoin des atroces vengeances que Collot-d’Herbois et Fouché allaient exercer contre ses infortunés habitants, se hâta de quitter sa division pour aller au port de Toulon prendre du service dans la marine militaire.
Cette nouvelle carrière semblait convenir de tout point à M. Récamier; il n’était point de ceux qui avaient pris les armes pour la cause de la liberté politique ou de l’égalité civile, mais il voulait l’indépendance de son pays, et il se sentait heureux d’échapper à la guerre civile, pour aller au-devant des ennemis de la France : son âme patriotique en était exaltée.
C’était par la voie du concours que les jeunes chirurgiens obtenaient de l’avancement dans l’armée de mer ; après quelques mois passés dans l’hôpital de Toulon, un concours s’étant ouvert, M. Récamier se mit sur les rangs, et fut nommé premier aide-major à bord du Ça ira , vaisseau de 80 canons.
Il semble que la mer avec son rude métier était une école par laquelle devaient passer presque tous les hommes d’avenir; c’est à la même époque et de la même manière que les deux plus grandes illustrations de la médecine et de la chirurgie militaires devaient commencer leur glorieuse carrière.
Larrey, à peine âgé de vingt et un ans, venait d’être admis à lTiôpilal de Brest, et quelques mois de service après, il s’embarquait en qualité de chirurgien-major à bord de la frégate la Vigilante. Broussais passe également quelques mois dans ce même hôpital de Brest, puis il monte à bord de la corvette l' Hirondelle, en qualité de chirurgien de seconde classe. C’était sur l’Océan qu’ils allaient naviguer; M. Récamier, enfant des Alpes, allait faire ses premières campagnes sur la Méditerranée.
Les vaisseaux ennemis couvraient cette mer : une let tre que M. Récamier écrivait à son père en date du 23 vendémiaire an iv fait connaître que le Ça ira , à peine sorti du port de Toulon, fut attaqué par cinq bâtiments, le chirurgien-major fut tué au milieu du combat. M. Récamier recevait à fond décalé les blessés, qui, dit-il, descendaient par vingtaines et qui bientôt furent au nombre de trois cents ! C’était un spectacle affreux, ajoute le jeune chirurgien; mais ce qui nous consolait, c’était de voir l’état dans lequel nous avions mis l’escadre de nos ennemis. On était près du golfe de Spezzia , la masse des blessés fut mise à terre. M. Récamier, retenu prisonnier, dut rester avec eux et remplir les fonctions de chirurgien-major; transporté ensuite à Olmela, en Corse, il y organisa tout un service de santé. Une grave épidémie s’était déclarée parmi les prisonniers, lui-même était tombé sérieusement malade; à peine convalescent, on le vil reprendre son service : jeune, plein de zèle, secourable comme il l’a toujours été, on venait de toutes parts le consulter. Quelques paroisses s’étaient meme réunies et avaient offert de lui assurer un traitement fixe s’il voulait s’établir dans le pays ; mais M. Récamier avait d’autres devoirs à remplir, il se devait à sa famille et il songeait à la science» Témoin d’une épidémie meurtrière, il avait recueilli de nombreuses observations, et bientôt après, ayant été échangé contre un chirurgien-major anglais, il soumit son travail au jugement du conseil de salubrité navale de Toulon. Ses services venaient de le faire passer de la troisième classe dans la seconde ; mais quatre années s’étaient écoulées depuis son départ, il savait que la santé de son père était gravement altérée, cette circonstance le décida à quitter définitivement le service, et en juillet 1796 il revoyait ses chères montagnes.
M. Récamier ne passa guère plus d’une année chez ses parents. Les écoles de santé instituées par décret de la Convention à la date du 1/lfrimaire an m avaient acquis une grande célébrité ; celle de Paris jetait le plus vif éclat, M. Récamier alla s’asseoir sur ses bancs et suivre les leçons de ses professeurs. L’enseignement y était distribué en douze cours à chacun desquels étaient attachés un professeur titulaire et un professeur adjoint. Le nombre des élèves était limité à 300, désignés sous le nom d ’élèves de la pairie , et divisés en trois classes : les commençants, les commencés et les avancés.
M. Récamier se fit inscrire au nombre des élèves vers la tin de