‹ Éloge de M. TrousseauChapitre 2 sur 3 · J. BÉCLARD · texte numérisé non relu

J. BÉCLARD

identique, la médecine est surtout un art, et il se proclamera artiste. M. Trousseau est artiste en effet; il l’est à un haut degré. Ce qu’on acquiert par le travail, chacun y peut prétendre. A ce que donne la nature, le temps ni la patience ne peuvent rien. Là où manquent les routes tracées, la pénétration du médecin se montre dans tout son jour. Que de nuances fugitives, insaisissables pour qui ne sait pas voir, indices révélateurs pour un œil exercé ! Merveilleusement doué par la recherche, le chien, avec une sûreté qui lient du prodige, découvre la proie sous le buisson. En médecine, il n'est pas impossible de prévoir, et il est des degrés dans la clairvoyance. La valeur personnelle de l’observateur ne va pas au delà.

Ne vous y trompez pas messieurs, la médecine agissante, la médecine pratique est un art en effet, mais un art d’application. Cet art suppose une science ou il n’est rien. Lorsqu’il réalise son idéal sous une forme sensible, le véritable artiste, l’artiste créateur, n’est point guidé par le travail de la pensée ; l’expression de son idée est pour ainsi dire immédiate, il obéit à une sorte d’intuition dont il n’a pas toujours conscience. Les hasards d’une rencontre, un éclair de l’imagination peuvent illuminer son génie. Alors qu’il semble s’ignorer lui-mèine, le médecin n’est jamais complètement libre. S’il se décide, ce n’est qu’après avoir choisi, et dans son choix, il y a toujours quelque chose qui répond à l’idée qu’il s’est faite de ce qui est utile. Il mêle ce qu’il sait à ce qu’il voit ; d’autant mieux inspiré qu’il sait davantage.

Le besoin de rattacher le précepte pratique à une conception raisonnée de la maladie, M. Trousseau le ressentira comme un autre. Dans ses livres, dans ses leçons, que de vues nouvelles, que d’aperçus pleins de finesse, que de rapprochements ingénieux ? Et, ce n’est pas seulement la tradition du passé, c’e.sl la science actuelle, la science présente qui s’impose à ce facile esprit. En y regardant de près, on retrouve l’impression du moment et comme le reflet du milieu qui l’entoure. Parfois même, vous le verrez épris d’une théorie hasardée à laquelle il prêtera l’appui de sa parole. D’ailleurs, aimant mieux manquer de constance que de sincérité, toujours vous le trouverez disposé à reconnaître son erreur. On peut dire qu’il est resté fidèle au portrait qu’il traçait lui-même dans un de ses premiers écrits : «Bien des gens, dit-il, naissent avec

un espril qui ne se rend jamais à la vérité ; une fois qu’ils ont adopté une idée, ils la gardent et la conservent, comme s’il y avait honte à s’être trompé, comme si dans la science que nous cultivons nous n’étions pas toujours à l’école. »

C’est par l’expérience clinique que M. Trousseau était devenu l’un des plus grands médecins de notre âge : il la plaça toujours au premier rang. S’il n’est point de praticien sans la clinique, la science médicale n’en a pas moins sa vie propre et indépendante. A chacun sa lâche Tel fait d’expérience aujourd’hui confiné dans le cabinet du savant, demain dominera la pratique. Un nerf est divisé au cou d’un lapin, les vaisseaux de l’oreille se dilatent, la température s’élève; et voilà, du même coup, les circulations locales, les congestions, les épanchements et jusqu’aux phénomènes, encore si obscurs de la fièvre, éclairés d’un nouveau jour ! En plus d’une occasion, M. Trousseau s’est montré sévère pour les recherches du laboratoire. Ce n’étaient là, passez-moi l’expression, que des boutades passagères, revanches, sans amertume, de ses espérances déçues. Aux séductions qui l’avaient égarées, il était prêt à succomber encore.

En 1839, après un brillant concours, l’un des premiers souvenirs de nos études médicales, M. Trousseau était entré à la Faculté. Douze ans plus tard, M, Chomel, ami fidèle d’une dynastie proscrite, refusait un serment que réprouvait sa conscience, et M. Trousseau échangeait l’enseignement de l’école pour la chaire de clinique de l’Hôtel-Dieu devenue vacante.

Transmettre ses impressions par la parole, telle était la véritable mission de M. Trou.sseau. Le plus vif attrait de ses leçons, c’était bien moins sa parole sonore, claire, toujours élégante, que la manière dont il voyait les choses, le tour qu’il donnait à ses idées, la façon dont il les exposait. Improvisateur plein de fécondité, il s’abandonne, il se prodigue, il dépense sans compter, et ce n’est pas ce qui lui avait le plus coûté qu’on aimait le mieux à entendre. Il prend à son gré les Ions les plus divers avec une rare souplesse; tous les dons de sa riche nature sont ici à leur place et doublent de valeur. Ses descriptions sont des peintures saisissantes, et sous son riche pinceau, les nuances du coloris qui sont les grâces de la parole n’enlèvent rien à la force de la pensée.

jr. BÉCLAK».

« J'ai refait aujourd’hui, de cinq manières différentes, écrivait Voltaire à Frédéric, un petit passage de la Henriade, sans pouvoir jamais retrouver la manière dont je l’avais tourné, il y a un mois. Qu’est-ce que cela prouve? qu’on n’a jamais précisément la même idée deux fois en sa vie et qu’il faut saisir le moment heureux. » Le moment heureux dont parle Voltaire, voilà, messieurs, le triomphe de l’orateur. L’écrivain n’a d’action que sur ceux qui lisent et dans le calme de la pensée le lecteur se défie : maître du moment, l’orateur s’empare do ceux qui l’écoutent ; cette conquête une fois faite, le reste devient facile.

IS’oubliant pas que le professeur a mieux a faire qu’à donner sa mesure, et qu’il doit instruire avant tout, M. Trousseau prenait de préférence ses points de comparaison dans l’expérience de tous les jours. Habile à mouler sa phrase sur les contours de la réalité, il recherchait souvent l’expression familière, et ne reculait pas au besoin devant la vulgarité de l’image. Passé maître dans l’art de placer des louches brillantes, il excellait à surprendre ou à réveiller l’atlenlion. Son geste saccadé, la manière, trop accentuée pour les oreilles délicates, dont il soulignait parfois ses mots, étaient ici plutôt des mérites que des défauts et gravaient profondément les choses dans l’esprit.

Pendant plus de quinze ans, les leçons cliniques de RL Trousseau ont alimenté notre presse médicale. Peu de temps avant sa mort, il les réunissait sous le litre de Clinique de l’ Hôtel-Dieu, dans un livre qui restera comme l’écho de son enseignement.

C’est ici, c’est à l’Académie, que, plus libre d’allure, le talent de M. Trousseau s’est montré sous toutes ses faces. Durant les dix années qu’il a passées parmi nous, il est peu de discussions auxquelles il n’ait pris part. Son entrée en scène était souvent marquée par quelque chose d’imprévu, parfois même de paradoxal. Il était de ceux qui pensent qu’on n’obtient tout ce qu’on peut qu’en cherchant à obtenir plus encore, et il dépassera le but pour le mieux atteindre. Un jour, il affirmera que la congestion cérébrale passagère regardée comme le premier degré de l’apoplexie, n’est le plus souvent qu’une attaque d’épilepsie; une autre fois, il dira que la fièvre puerpérale n’est pas une maladie propre à la femme et qu’on la rencontre aussi chez l’homme.

Vous n’avez pas oublié la discussion qui s’éleva, il y a peu d'an-

nées, à l’occasion d’un mémoire sur le tubage de la glotte, et dans laquelle il retraçait de main de maître l’histoire, toute française, du traitement du croup. Au début même de sa carrière, M. Trousseau s’était trouvé en face de cette affection redoutable, l’effroi des mères. Il avait vu de pauvres petits êtres, tout à l’heure 'encore pleins de vie, se débattre tout à coup dans les angoisses d’une mort inévitable. Il avait gémi de son impuissance. Knhardi par l’exemple de, Bretonneau son maître, éclairé plutôt que découragé par des tentatives infructueuses, il obtint, en 1830, un premier succès, bientôt suivi de plusieurs autres. Ouvrir à l’air extérieur une voie nouvelle, en divisant la trachée, telle était l’opération que la médecine empruntait à la chirurgie. En tournant l’obstacle devant lequel les efforts de la respiration se consumaient impuissants, en rappelant l’air dans les poumons, tout n'était pas fait, sans doute, la maladie n’était pas guérie ; mais la mort imminente était conjurée, l’art ne restait plus désarmé, et l’on pouvait encore se confier au temps, ce grand médecin de l’enfance.

L’exemple deM. Trousseau ne rencontra d’abord que de rares imitateurs.Quand les esprits furent bien pénétrés de cette vérité que l’opération n’est point un danger, et que l’issue favorable de la maladie, autant du moins que le croup n’est pas au-dessus des ressources de la médecine, est surtout une œuvre de soins éclairés, la trachéotomie ne tarda pas à prendre place dans la pratique commune. Vous ne serez donc pas surpris du soin avec lequel M. Trousseau s’est efforcé d’en tracer les règles.

Il revient souvent sur ce sujet, et il entre, à cet égard, dans les détails les plus minutieux. 11 fixe le moment précis auquel l’opération doit être pratiquée; les qualités physiques de l’atmosphère dont il faut entourer le malade ; la forme et les dimensions du conduit méJi|jy^ue qui doit maintenir béante l’ouverture artificielle de la trachée ; la nature et la disposition de l’étoffe dont on doit entourer le cou de l’enfant pour remplacer, autant que possible, les parties supérieures des voies respiratoires que l’air ne traverse plus. En médecine, dit-il luimêrne, il n’est pas de petits moyens, et nulle part ce qu’on pourrait appeler l’habitude expérimentée n’est aussi nécessaire.

J’ai tenu à rappeler ici ce que je regarde, si je ne me trompe, comme

ih J. BiceiiAR».

l’œuvre la plus durable de M. Trousseau. Quand noire génération aura disparu, quand de cet enseignement qui nous a charmé, il ne restera plus qu’un souvenir, moins que cela, l’ombre d’un souvenir, ce qu’il a fait d’utile demeurera toujours vivant.

Laissez-moi vous redire une simple histoire qu’il aimait à raconter : « J’étais mandé, dit-il, avec MM. Blache, Guersant et deux autres mé-* decins, chez un sculpteur renommé de Paris dont l’enfant se mourait du croup; cet enfant était dans de telles conditions qu’aucun de nous, même ceux qui étaient tes plus osés, ne voulait tenter une opération : nous avions la certitude presque complète que l’enfant mourrait quoi qu’on fît. Je fus chargé par mes confrères de porter de tristes paroles à la mère; je lui dis que le péril de son enfant était extrême : elle ne l’avait que trop bien compris. J’ajoutai, sur ses instances, que je ne croyais pas qu’il fût permis à la médecine d’intervenir utilement, qu’il y aurait bien une opération, mais que dans le cas particulier, cette opération présentait tout au plus une chance sur mille. A ces mots, la malheureuse mère se jette sur la porte, la ferme, s’y appuie, et se tournant vers nous avec un accent de sublime colère ; « Vous ne sortirez pas d’ici que l’opération ne soit faite! »M. Trousseau la fît; aujourd’hui l’enfant est devenu un homme.

La trachéotomie conduisait M. Trousseau à la thoracocentèse. Pratiquer une ponction à la poitrine, donner issue aux liquides épanchés qui compriment les poumons et menacent la vie en s’opposant au jeu de la respiration, tel est le procédé opératoire que M. Trousseau propageait parmi nous en le perfectionnant.

Cependant de grands événements s’étaient accomplis. La révolution de Février venait, en l’élargissant encore, de donner au principe de la .eouveraineté populaire une consécration nouvelle, et conférait à une seule assemblée, issue du suffrage de tous, la mission de fonder la République. M. Trousseau se présenta devant les électeurs du département d’Eure-el-Loir. Au mois d’avril 18/|8, il était élu représentant du peuple et allait s’asseoir au sein de l’Assemblée constituante. Sa vie politique fut de courte durée. M. Trousseau n’était pas d’humeur à compromettre, par une ambition mesquine, une réputation justement acquise; encore moins pouvait-il consentira se confondre dans la foule des serviteurs de tous les régimes. Quand le général Ca-

vaignac descendit du pouvoir, il l’accompagna de ses regrets et reprit parmi nous, aux applaudissements de ses amis, le rang qui lui appartenait (1) .

La renommée de M. Trousseau avait depuis longtemps franchi l’enceinte de l’école. De bonne heure, ses confrères reconnurent en lui un maître; de toutes parts, ils faisaient appel à son esprit pénétrant, net, judicieux, fertde en ressources. M. 'frousseau rendait à chacun ce qui lui appartenait; il le faisait avec chaleur, avec élan. Combien de noms modestes son enseignement a mis en lumière; avec quelle habileté il mettait en œuvre les idées d’autrui, et comme il savait en rehausser la valeur !

11 en est qui feignent de tout savoir et ne peuvent souflrir qu’on les trouve en défaut : M. Trousseau avouait ingénument son ignorance. Comme le philosophe Arislip[)e, interrogé par Denys sur ce qu'il venait faire à Syracuse, il aurait pu répondre : « Donner ce que j’ai et recevoir ce que je n’ai pas. » Il était professeur de théraiieutique à la Faculté, lorsqu'il vint un jour frapper à la porte d’un externe de son service ; « Mon ami, lui dit-il, je viens vous demander des leçons d’histoire naturelle et de chimie. » Les leçons durèrent trois ans. Le professeur apprit la botanique et la matière médicale. Aujourd’hui, l’élève (‘i) enseigne avec éclat dans la chaire de son maître.

Dans la haute position qu’il occujiait, M. Trousseau eut à subir les atteintes de la malignité envieuse et jalouse; il y fut toujours aussi indifférent qu’il l’était à la flatterie. Les injustices de la critique le lais-

(1) M. Trousseau prit plusieurs fois la parole. L’Assemblée était à peine constituée qu’il monta à la tribune pour défendre les prérogatives de la Chambre dans ses rapports avec la commission du Pouvoir exécutif. Plus tard, il demanda que l’Assemblée nommât elle-même, pour une fois seulement, le premier magistrat de la République. « L’émancipation d’un peuple, disait-il, ne se fait pas d’un seul coup: il a besoin d’une éducation politique.... Élu après nous, retrempé dans une élection plus récente, êtes-vous sûrs que le président ne sera pas tenté de lutter contre notre propre pouvoir î »

En novembre 1848, dans la discussion du budget, M. Trousseau plaida la cause des membres de l’Académie de médecine. Il demandait, au nom de la dignité du corps médical, que les académiciens de la rue des Saints-Pères fussent traités comme ceux du quai Conti. « Je commence par déclarer, disait-il, que je ne suis pas membre de l’Académie. » — Oui, mais vous le serez, répondit un interrupteur. La motion n’ent pas de suite.

(2) M. Gubler.

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saient calme, souriant, impassible. On eût parfois désiré qu'il se montrât moins facile au pardon et à l’oubli.

S’il m’était permis de soulever le voile délicat dont se couvrait sa générosité, j’aurais à vous citer de nobles traits. Gomme moi, vous seriez ému au récit de ses attentions louchantes : il a voulu qu’elles fussent ignorées; je croirais offenser sa mémoire en les révélant.

« Nous ne gagnons rien à vieillir, disait-il presque au début de son enseignement, dans un discours de rentrée; quand nous commençons à ne plus acquérir, nous perdons chaque année quelque chose. Heureux, ajoutait-il, ceux qui comprennent les avertissements de l’âge ! » L’engagement qu’il avait pris avec lui-même, il le remplit simplement quand il crut le moment venu. Encore plein de force et de vigueur, à peine âgé de soixante-deux ans, il demanda, il exigea sa retraite; laissant à de plus jeunes le soin de continuer son œuvre. Rare exemple de sagesse et qui trouvera peu d’imitateurs.

Sa santé, cependant, ne tarda pas à fléchir. Depuis quelque temps, l’extrême pâleur de son visage semblait annoncer quelque grand désordre intérieur et faisait naître parmi nous de funestes pressentiments. Quant à lui, affaibli mais non troublé, il semblait n’avoir rien perdu de sa sérénité. Il céda pourtant aux sollicitations de sa famille cl de scs amis et consentit à quitter Paris. Un court séjour au bord de la mer parut le ranimer un instant. Mais la maladie dont il était atteint prit bientôt un caractère plus alarmant, et il comprit à des signes qu’il ne pouvait méconnaître, qu’il n’avait plus qu’à mourir. Calme et résigné, il attendit le moment suprême avec la fermeté du sage. Sa force d’âme no se démentit pas un seul instant, et il supporta, sans une plainte, les lentes approches d’une mort cruelle. Le 23 juin 1867, il rendait le dernier soupir.

M. Trousseau restera comme l’une des grandes figures médicales de notre temps. S’il n’a pas eu le génie qui découvre, il a eu celui qui applique. Les heureux hasards de son éducation médicale s’ajoutèrent aux dispositions naturelles qu’il avait reçues en partage. Une rare vivacité d’impression, une grande finesse perfectionnée par l’étude, le don de tout voir et de tout prévoir, le rendirent habile à saisir et à fixer ce qui se laisse difficilement atteindre, et plus habile encore à en dégager les préceptes pratiques. Il demeura pénétré de celle pensée, qu’à une

tl.OGE DE M. TROUSSEAU.

époque de Iransilion comme la noire, le médecin n’a rien de mieux à faire qu’à s’abriter aussi bien que possible dans l’édifice médical inachevé. Tout entiers aux labeurs du jour, les hommes comme M. 'frousseau sont, de leur vivant, plus utiles peut-être que les autres; mais la mort leur enlève davantage.

Après le naufrage des doctrines et des systèmes, retremper notre science aux sources de la médecine traditionnelle, tel était le premier besoin. Cette œuvre à laquelle M. Trousseau a consacré la meilleure [lart de sa vie est devenue moins pressante. Déjà des lueurs nouvelles se montrent à l’horizon. Le souffle de l’esprit moderne a dissipé de séculaires erreurs : les lois immuables du monde physique nous ont livré leurs secrets. En présence de l’admirable harmonie qui gouverne toutes choses, qui donc oserait dire que le monde organique est seul livré au hasard? Cherchons donc, cherchons sans relâche les lois naturelles qui le régissent.

La physiologie et la pathologie ne sont que les deux points de vue d’une science plus générale qui les contient l’une et l’autre : la biologie. Avant les Sloll et les Sydenham, il y a les Harvey et les Bichat. Et à côté de ces favoris de la destinée, individualités brillantes vers lesquelles se tournent tous les regards, songeons aussi aux vaillants ouvriers de l’avenir, travailleurs obscurs, perdus dans la nuit à la recherche des voies nouvelles que d’autres parcourront en vainqueurs. La raison commune est le produit des efforts de tous, et c’est ainsi que grandit et s’élève le génie de l’humanité.

Bornée par les servitudes de la sensibilité, notre connaissance des choses restera toujours incomplète. Si la vie est un mystère que l’ardente curiosité du médecin ne pénétrera jamais tout entier, il a du moins la consolante espérance d’en prolonger la durée et d’en adoucir les épreuves. Il se souvient qu’un jour, jour mémorable, l’homme, qui ne peut ni rien créer ni rien détruire, a conquis le divin pouvoir de faire naître à volonté la chaleur et la lumière et qu’il est ainsi devenu le maître de la terre. Le médecin n’a pas la folle ambition de suspendre le cours des nécessités naturelles, ni d’arracher à la mort celte créature périssable, marquée du sceau fatal dès le berceau; mais, nouveau Promé- Ihée, il aspire, lui aussi, à dérober le feu du ciel !

J. BÉCIiARD. — ÉLOGF DE M. TROUSSEAU.

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