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M. Désaulniers était dans un âge où il pouvait en-core laisser espèrer de lui bien des services. Sx constitution était forte ; à le voir, on aurait dit de luii le mot des anciens : mens sana in corpore sana. Mais: il faut le dire ; il faisait peu de cas des prescriptions de l'hygiène ; on lui reprochait de ne pas prendreassez d'exercice. Aussi vit-on avec Joie, à part les. autres motifs qui faisaient apprécier ce cadeau, ledon d’un magnifique billard que lui firent sesanciens élèves. (C'était une généreuse expression de ieurs sentiments respectueux et reconnaissants,. qu'il accepta avec la plus vive gratitude et qui lui causa une forte émotion. Il se plaisait au Jeu, de soi utile à la santé, auquel on lui avait donné l’occasion de se livrer. Ce fut, hélas! dans la salle: même où 1l prenait cet exercice que se manifesta et d’une manière alarmante le symptôme de la maladie qui devait l'enlever. Le 30 avril de l’année der-nière, il venait de prendre son déjeuner; il s'appro-chait du billard, quand il tomba tout à coup à la renverse en perdant connaissance. Cette syncopene dura que quelques instants, mais elle suffit pour établir un pronostic des plus facheux. On le sent, il eut à prendre alors des précautions et à suivre lerégime qu'un habile et dévoué medécin lui pres-crivitt Au bout d’un certain temps l'alarme qu'il avait éprouvée semblait être bien affaiblie chez lui!:
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il se sentait assez bien; on paraissait aussi dans la maison se rassurer à son égard. Il voulait reprendre le travail, et il avait dessein de faire un traité de phi- Josophie selon les doctrines de St, Thomas, qui tut le développement de l'abregé qu'il n'avait mis entre les mains de ses élèves que provisoirement. La Providence ne lui a pas permis de s'occuper beaucoup de cette œuvre; elle lui en a inspiré une autre qui fut un maguifique complément des services que la maison a reçus de lui.
:: La destinée future de cette institution pré- [4 occupait fortement l'esprit de M. Désaulniers. Il se demandait si un florissant aveuir lui:
était réservé. Il l’espérait, purce qu'il lui |
semblait que la Providence avait manifesté à son ÿ égard une bienveillance toute particulière, Le zèle : et la générosité admirable du vénérable prêtre qui Û l'a fondée ; la faveur dont dés son origine elle a joui | | auprès du public; les élèves nombreux qui sont k
venus y recevoir l'éducation ; le äcveloppement qu’elle a fait prendre à la localité cü elle est placée ; le siége épiscopal qu’elle a fait surgir ; la bienveillance que le clergé lui a témoignée par des donations gé-k néreuses, et par ie grand concours de ses membres à toutes ses fêtes solennelles ; l'appréciation des ser: -vices qu’elle a rendus exprimée par le gouverneament, dans les allocations libérales dont il l’a gratiÿ fiée, et dans les visites qu’elle a reçues de Lord Ayl- K -mer, lord Gosford, lord Sydenham, lord Elgin, et sir ñ Edmund Head, qui lui a amené son Altesse Royale, «te Prince de Galles ; les 200 prêtres, 25 religieux, et
4 évêques sortis de son sein ; le terrain si magnifique et si étendu où l'institution est assise, et le grand et bel édifice qu'elle occupe; ce passé et ce présent étaient aux yeux de M. Désauiniers le gage d'un glorieux avenir pour cetts maison par le bien qu'elle ferait à la société. Il y voyait les hantes études s’y développer de plus en plus, et la science s’y cultiver avec succès pour enrichir de ses fruits, plus nécessaires aujourd'hui que jamais, un grand nombre de membres du sacerdoce ct de citoyens appelés à agir sur les destinées du pays. Il se flattait que les saines doctrines auraient toujours ici des dé fenseurs habiles . dans des hommes qui auraient pu acquérir de vastes et profondes coï.naissances, et que ce Séminaire servirait ainsi efficacement la cause de la vérité, qui aujourd'hui doit lutter contre tant d'adversaires : telle était l'espérance de M. Désaniniers.
D'un autre côté il sentait que la dette qui pèse sur Ja maison, quoiqu'elle ne soit Pas au-dessus de ses ressources, était un obstacle à des améliorations qui dans l’ordre matériel et scientifique seraient reclamées par le but auquel cette institution aspire; et puis il voyait des limites s'opposer à son action et au développement de sa prospérité. A cet aspect, il conçut l'idée d'assurer à ce Séminaire une fondation qui lui permit de réaliser les espérances qu'il entretenait à son égard.
Il savait combien la maison était chère à un grand nombre de membres du sacerdoce qui savent appréeler tout ce que de tortes études, animées de l'esprit catholique, peuvent avoir d'influence salutaire sur
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les destinées religieuses du pays, Il crut qu'un nouvel appel fait à leur générosité, et à leur intelligence des besoins de notre société, serait favorablement accueilli. Il forma un plan tellement hardi qu'on ne croyait qu'à un succès fort restreint et que son espérance était qualifiée de chimère. Mais il comptait sur le cancours du ciel, toujours favorable à tout ce qui peut servir à étendre l'empire de la vérit£. Sa santé était devenue chancelante ; l:s voyages le fatiguaient bear coup: la demande qu'il se proposait de faire pouvait paraître importune et exorbitante, et amener un refus, qui tout raisonnable qu'on le supposât, ne jaisserait pas de lui être pénible. Qu’importe? Il s'agit d'assurer l’avenir de l'institution qui lui est si chère et qu'il croit appelée à servir S'en efficacement la religion et la patrie. Il part commo älexandre, avec l'espérance, et bientôt il revient, pouvant dire comme César, veni, vidi, vici. Non, le dernier mot est de trop ; il n’y a pas eu de victoire, parcequ'’il n’y a pas eu de combat. Ce zèle si prononcé pour l'éducation qui fait la gloire de notre clergé et le rend si cher au peuple ; cet intérêt bienveillant que, comme ïil a déjà été dit, nombre de membres dn sacerdoce portent à cette maison, et l'influence personnelle de M. Désauiniers, objet d'une si haute et affectueuse estime, tout cela faisait qu’il n’a guère eu qu’à exposer le but et les motifs de sa demande, pour que là, où c'était possible, un généreux acquiesceir ent lui fut donné. Sans douie des circonstances dues à divirses causes peuvent empêcher ceux qui unt montré une intention si bien-
faisante d’en venir à l'effet, du moins pour tout Ie montant souserit ;mais il y a tout lieu d’espérer qu'avec le temps, il y aura pour cette institution une fondation qui lui permettra de faire à la société le bien qu'ont en vue ses directeurs.
La plus vive reconnaissance sera toujours attachée dans cette maison au souvenir de ce bienfait; les directeurs du Séminaire s’estiment heureux d'offrir une expression de ce sentiment en transmettant aux élèves qi sesuccèderont dans cet établissement les traits de ceux qui ont droit au titre de ses Fonda:teurs. Déjà la galerie de ces bienfaiteurs insignes de l'institution esi commencée ; elle sera due à un artiste de ce pays dont la main, habile à employer le pinceau et la plume, sait reproduire les traits des autres sur la toile et exprimer ses facultés intellectuelles dans ses écrits.
Mr. Désaulniers avait senti dans les voyages qu'il a faits pour le but que nous venons de rappeler, que sa santé n’était plus la même:ila laissé échapper des paroles indiquant qu'il pressentait qu'il n'avait pas à compter sur de longs jours. Dans l2s mois de Février et de Mars, l'oppression de sa poitrine était plus marquée ; certaines menaces de syncoje avaient eu lieu. Le lier Avril ilse trouva plus malet le lendemain il quitta le Séminaire pour aller se remettre aux soins si dévoués des Sœurs de l’Hotel-Dieu : la maladie ne parut pas prendre d’abord de caractère alarmant. Mais le 5 Avril, Dimanche des Rameaux, les membres du Séminaire furent éveillés à 3 heures.
du matin par un messager qui leur portait ces mots : M. Désaulniers est mourant, il vient d’être administré. En effet vers 2 hs. une crise s'était manifestée chez lui ; il avait peine à respirer ; sa parole était embarrassée ; le danger était imminent, M. Désaulniers put se confesser et 1l reçnit l'Extrême Onction et pen après le viatique. Dans la journée ii y eut un peu de mieux ; la parole du malade fut plus dégagée, et elle lui permit d'exprimer des sentiments de foi, d’'humilité, de patience et de résignation qui firent l’édification de ceux quiles entendaient. Il put nous recevoir, nous ses élèves, pendant quelques instants ; il nous adressa quelques mots qui nous allèrent au cœur et il put voir à notre émotion quelle était notre affection à son égard. La nouvelle du danger où il se trouvait jeta la consternation dans la ville ; les plus honorables citoyens allèrent le voir ou s'informer de son état Sur le soir une nouvelle crise se déclara: tous croyaient qu'elle allait lemaucrter: Les deux ivèques, les membres du Séminaire, ies Peligieuses de j Hôtel-Dieu et de la Présentation et quelques-uns de ses amis laïcs, étaient là autour de lui attendant au milieu des larmes et des prières, le moment fatal. Mais une réaction ne tarda pas à s'opérer ; un mieux sensible se manifesta ; le lendemain matin on croyait presque à une guérison Pendant toute la semaine sainte on put se bercer d'une espérance que le medécin pourtant ne semblait pas partager autant que les autres. Le jour de Pâques, M. Désaulniers paraissait, comme nous le disions, ressuscité. JIlélas! dès le lendemain des symptômes reparurent qui
ramenérent les craintes. Cependant aucun danger immédiat ne se manifestait. M. Désaulniers se laissait aller à des espérances de rétablissement ; toutefois il renouvelait de temps à autre son abandon à la volonté divine. La journée du 21 Avril fut très fatisante pour lui, car il reçut beaucoup de visites. Absolument rien cependant n annonçait une crise. Le lendemain matin, vers 5: M.ie Supérieur me *% fit appeler et il me chargea d'aller m'informer comment M.Désaulniers avait passé la nuit.Je me rendis à l’'Hàtel Dieu.et je f'appai à la porte de sa chambre,je l’entendis me dire d'entrer ; il était assis sur son fauteuil. Il exprima sa surprise de me voir; il me dit qu'ilne voyait pas pourquoi on s'était donné la peine d’envoyer chercher de ses nouvelles. “ Je suis bien, ce matin, me répondit-il, j'ai passé une bonne nuit, mon oppression est disparue, je n'ai pas été encore si à mon aise.” Je ne pus m'empêcher de trouver en lui un airun peu étrange ; à mon retour au Séminaire, je dis à M. le Supérieur que je craignis qu’il ne se fit illusion sur son état. Quelques minutes après, jallais avec mes confrères assister à la messe de communauté. On chantait à ceite messe, Nous remurquâmes avec quelque saisissement que !e chant avait tout à coup cessé à l’orgue, un peu après l'élévation. Au moment où le dernier Evangile finissait, nous vimes M. le Supérieur s'avancer vers la balustrade, et sa voix émue nous fit entendre ces désolantes paroles: Le malheur auquel nous nous
* M. Laberge qui déclamait cette partie de l'Eloge.
attendions estarrivé! La mort vient de vous enlever le professeur qui, à un si haut degré, était l’objet de votre estime et de votre affection, et qui était la gloire de cet établissement. Pleurons sa perte et prions pour lui.” Nous récitèmes immédiatement le Deprofundis au milieu de larmes abondantes.
Aussitôt après que je l’eusse laissé, M. Désaulniers s'était rasé lui-même, ce qui a paru l'avoir fatigué beauceup ; puis se sentant affaibli, il exprima le besoin de prendre quelque nourriture ; mais à peine eut-il commencé à manger qu'il s’affaissa sur son fauteuil en poussant un fort soupir. Le prètre vénérable qui demeure à l’Hôtel-Dieu, dont il est le bienfaiteur insigne, était dans une pièce voisine, il l’entendit : :1l accourut à Iui,il vit immédiatement qu'il se mourait ; il lui donna l’absolution qu’il parut recevoir avec connaissance, et quelques instants après il expirait.
M. Désaulniers était âgé de 56 ans, 4 mois et 26 jours. Il était dans la 39e année de son enseignement dans la maison.
Après tout ce que nous avons dit, nous n'avons pas besoin d'exprimer ia douleur que nous avons ressentie : elle doit se mesurer à l'appréciation que nous avons faite de ses qualités et de ses services. Et nous nous hâtons de le dire, cette appréciation elle n’est pas seulement la nôtre, elle est celle du public ; nos regrets sont les siens, il a rendu à la mémoire de notre illustre professeur un hommage plus glorieux que celui que nous venons de lui offrir.
Mgr. l'Evêque de St. Hyacinthe a fait chanter dans sa cathédrale, deux jours après sa mort, un service pour le repos de l'âme de M. Désaulniers. Un grand concours où se remarquait toutes les notabilités de la ville y exprimait l'estime générale dont il était l'objet. Toutes les sociétés de la cité assistaient au service et elles formèrent un magnifique cortège au corps du prêtre vénéré qui fut reconduit solennellement au Séminaire, Cette maison asn apprécier avec une vive gratitude cette démonstration que la ville et la paroisse de Notre-Dame de St. Hyacinthe ont bien voulu faire en l'honneur de celui «ont la perte leur était si sensible, et qui avait provoqué cet hommage par l’enseignement qu'il a donné à nombre d'élèves, maintenant citoyens distingués de St. Hyacinthe, par les prédications qu'il a fait entendre avec des fruits de salut dans les deux paroisses, et par l’intérèt qu'il a toujours manifesté à tout ce qui pouvait controuer à ia prospérité de la ville qui était devenue son séjour.
Aux funérailles quionteu lieu quelques jours après, la haute estime dont M. Désaulniers était l'objet s’est exprimé de la manière la plus éclatante. Dans notre chapelle, étaient réunis pour lui rendre les derniers devoirs 4 Evêques, plus de 150 prêtres venus des divers diocèses de la province, les représentants de toutes les congrégations religieuses, d'honorables juges, des membres du Parlement, d'autres citoyens distingués et nombre d’anciens élèves decette institution. Monseigneur l’Evêque de Montréal s’était chargé de prononcer lui-même
l'oraison funèbre du digne prêtre quiavaitsi bien servi lareligion ; uneindisposition l'ayant empêché de le faire, Mgr. l'Evèque de St. Hyacinthe a rappelé avec sa parole éloquente les mérites divers de eelui qui était l’objet de cette grande solennité funéraire. À cette gloire rendue a la mémoire de M. Désaulniers par le concours qui a eu lieu à ses obsèques, il faut ajouter l'honneur qu’elle a reçu par les adresses de condoléances remplies des éloges les plus flatteurs présentées par la Ville de St. Hyacinthe et la paroisse de Notre-Dame, par plusieurs autres paroisses qui ont entendu ses prédications, et par le Cercle Littéraire et l’Institut Médical de Montréal.
En même temps les journaux du pays ont publié des notices nécrologiques de M. Désaulniers avec une appréciation des plus honorables de ses qualités éminentes et des services qu'il avait rendus à notre société ; ils ont déploré sa perte comme un malheur public. On le voit donc, le clergé etles citoyens de la patrie se sont associées à nos sentiments, M. Désaulniers a été l’objet d’un deuil national.
On a parlé d’un monument à ériger à sa mémoire ; des ouvertures ont été faites à ce sujet aux directeurs de la maison ; mais le lieu où reposent ses restes ne le permet pas dans son étatactuel. On le sait ; une chapelle à d'assez grandes dimensions doit s €lever au dessus de notre cimetière. C’est le complément du plan qu'avait dressé M. Désaulniers pour la construction de cet édifice. Il exprimait souvent le désir qu’il avait de voir s'élever ce sañctuaire, dont le besoin est si vivement senti. Le clergé a
déjà souscrit mille louis pour cette œuvre. Avee les ressources que la maison pourra acquérir un pen plus tard la chapelle se bâtira ; elle couvrira les restes de notre vénéré fondateur et ceux lu membre de cette maison qui a tant fait pour elle. Puisse-t-elle s'élever bientôt comme un monument glorieux en leur honneur !
Ces hommages, que nous avons rappelés, rendus de toutes parts à Ja mémoire de M. Désaulniers sont bien honorables pour son nom; ils sont en même temps une consolation pour ce Séminaire: mais ile nous paraissent aussi renfermer un enseignement qu'il nous faut recuillir.
Qu'est-ce qui a fait le mérite et la célébrité de l’homme distingué dont le public et nous déplorons la perte? C'est l’enseignement qu'il a donné dans ses classes de philosophie et de théologie, dans les lectures publiques, dans sa mission de PBourbonnais, dans les chaires où il a parlé. Quoiqu'il ne fut pas dénué d’éloquence et que dans certaines circonstances il ait su parler au Cœur, cependant ce qu’on écoutait en lui volontiers, c'était la doctrine qu'il offrait à l'intelligence de ses auditeurs, et qui par ia force avec laquelle il l’affirmait, la netteté avec laquelle il l’exposait et Ja solidité des raisons par les. quelles il en démontrait la vérité, faisait une profonde impression snr les esprits. Oh! qu’elle est donc précieuse et utile la science qui répand un enseignement salutaire dans la société ! Et qu'il im: porte à celle-ci de voir se former dans son sein des
Œ ï È ee à; s:
re
“hommes dont l'intelligence soit ornée de connais-
sances profondes et étendues dont ils puissent enrichir les autres. En divers endroits s'élèvent des chaires, ou plutôt des trétaux de pestilence, où sont
enseignées des doctrines malsaines qui flétrissent les
intelligences, affaiblissent la foi, corrompent les mœurs, altèrent les nobles qualités du caractère national et préparent à notre pays les destinées de ces sociétés qui ne vivant plus à la lumière de la révélation, s’en vont à la décadence, présentant le triste spectacle de populations dégradées et prenant de plus en plus les habitudes et les mœurs des êtres sans raison. Toute erreur tend à abêtir ceux auxquels on la fait adopter. Eh bien ! il faut des hommes qui sachent lui opposer ce qui fait la vie intellectuelle, morale et sociale, la vérité, Dans tous les ordres et connaissances humaines il faut que la voix de cette vérité se fasse entendre avec une autorité qui assure son empire; dans l’ordre religieux par une exposition lumineuse des dogmes catholiques, et une défense vigoureuse de la foi contre les attaques de l’hérésie et de l’incrédulité ; dans l’ordre philosophique par la réfutation de tant de systèmes erronnés et un enseignement où la raison montre ses théories en harmonie avec la révélation ; dans l’ordre littéraire, par des doctrines qui ramènent le œoût si déplorablement égaré à l'amour du beau, qui ne peut être que la splendeur du vrai, et à l'admiration de tout ce que lareligion a inspiré au génie; dans l’ordre historique par des travaux qui, sur ce qui
tient à l'Eglise surtout, rectifient les faits et en fassent
sortir la preuve que cette institution du Christ n'a produit que des fruits salutaires et que, partout où la religion a exercé son empire, le bien s’est fait; dans l'ordre social, par un exposé des vrais principes qui doivent le régir et des avis qui mettent en garde contre les égarements funestes, par lesquels doit périr tout peuple qui cherche une autre civilisation que celle dont la croix est l'étendard.
Oui la société a besoin d'hommes qui lui rappellent sans cesse la vérité sous ses divers rapports ; c'est à elle, par ceux qui dans l'ordre religieux et civile la dirigent, à s'intéresser à ce que Îa science ne manque pas à la propagation et à la défense de ja vérité.
Et nous, n’aurons nous pas notre leçon à tirer de ces scènes douloureuses et solennelles dont nous avons été les témoins? Ah / celui dont la voix s’est si souvent fait entendre dans cette maison nous donne par l'honneur même que la mort lui a fait rendre un salutaire enseignement : De functus adhuc loquitur Il vous dit à vous, chers confrères, qui avez encore à fréquenter les classes de cette institution, et à nous qui dans les carrières diverses ou la Providence nous appellera, auront pendant encore longtemps à être des disciples et non des maîtres, il nous dit : Aimez la science : puisez la à des sources pures,comme celle qui découle dans cette maison, afin qu'elle vous préserve vous-mêmes des funestes effets de l'erreur et qu'elle vous donne le mérite et l'honneur de pouvoirrendre à la société, le service essentiel qu’elle attend de vous, celui de maintenir les saines doctri-
nes qui font sa vie et sa prospérité. Qui de nous serait indocile à cette leçon que l'exemple a si glorieusement soutenue en la personne de celui de qui nous la recevons ? Désormais plus encore qu'auparavant nous ferons nos efforts pour enrichir nos intelligences des connaissances diverses qui sont la matière de l’enseignement qui nous est donné ; notre goût pour l'étude sera plus prononcé, parceque nous en apprécierons mieux les avantages ; notre reconnaissance sera plus vive pour nos parents bienaimés, qui par leurs sacrifices nous font jouir de cet inestimable bienfait de l'éducation, et pour les maitres qui nous forment à la science qui convient à l'esprit et au cœur. ncourageons-nous dans nos travaux par la noble espérance d’être les défenseurs et les apôtres de la vérité. Tressaillons de joie à la pensée, que si nous ne so es pas appelés, com me quelques-uns de nos géneicux confrères, à servir l'Eglise par la valeur du soldat, je dirais plutôt, l’h£roïsme du martyr, nous pouvons être pour elle des zouaves dont elle apprécie les services, par la défense dont nous soutiendrons ses doctrines et ses institations, à laide des armes scientifiques et littéraires à l'exercice desquelles nous nous sommes formés en ces lieux. Il nous sera doux de contribuer ainsi à maintenir dans notre société cette religion qui a éclairé notre enfance et notre jeunesse en nous donnant les plus pures joies, et qui en nous promettant les éternelles récompenses, nous a déjà fait comprendre qu’ici-bas même le bonheur se trouve dans le devoir accompli.
L'éducation que nous avons reçue, elle nous per mettra aussi, dans une certaine mesure, de rendre à notre hien-aimée patrie, dans l'ordre purement civil, des services de divers genres. Sans doute l'industrie, le commerce, une habile exploitation du sol peuvent taire couler des flots de richesse qui feront sa prospérité matérielle: l'art militaire lui donnera de généreux défenseurs ; mais ne doit-elle pas aspirer aussi à l'honneur de posséder des hommes qui brilleront dans les sciences et les lettres, et qui entretiendront chez elle l1 connaissance du vrai et l'amour du beau ?
Quelque restreintes que soient pour nous les limites où nos espérances de servir la religion et la patrie doivent se renfermer, animons nous du désir de leur dévouer lefruit de notre éducation. Prenons donc la résolution de travailler à éclairer dé pius en plus notre intelligence des lumières de la science, c'est à-dire de Ja connaissance de {a vérité.
Oui, connaître de plus en plus la vérité pour nous perfectionner nous-mêmes; nous rendre habiles à défendre, à propager la vérité, pour augmenter le bonheur des autres, quetel soitle vœu formé par uotrecœur ence moment. Ce serale plus digne hommage que nous puissions rendre à celui dont
l'enseignement a été une glorification de la vérité qui a fait rejaillir son éclat sur lui-même.