‹ Éloge de Messire I.S. Lesieur Désaulniers [microforme]Chapitre 7 sur 8 · SA LT ASS · texte numérisé non relu

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par …xn guide que je lui imposerai. Or il y a au Collége où il étudie un professeur qui, à raison de son caractère sacerdotal, de la haute intelligence et des connaissances variées qui le distinguent, serait pour lui un Raphaël qu'il aurait lieu de bénir au retour. Mon fils pourrait-il mieux compléter son éducation que par un voyage aux lieux les plus célèbres de l’ancien monde, dirigé par un tel maître ? Et je donne en même temps à celui-ci le moyen d'augmenter le trésor de ses propres connaissances et d'être par là même plus utile à la maison dont il est membre et à la jeunesse d'élite qu’il instruit.

Sans doute il fallait doubler les frais du voyage projeté. déjà très dispendieux pour un seul. Mais la généreuse mère ne culcula pas devant les avantages quise présentaient à elle: le voyage fut arrêté ; il s'est accompli et il a réalisé toutes les espérances. fl faut avouer qu'il y a eu là une conjonction plus rare encorc que celle de certains autres ; une mère intelligente, capable de former un tel projet, une fortune permetiant de le réaliser, un jeune homme riche, disposé à se laisser guider en tout, et un prêtre savant, éminemment propre à lui faire tirer de ce voyage les fruits les plus avantageux. Cn sent avec quelle joie M Désaulniers accepta la proposition qui luiaété faite. Ila conservé toujours une reconnaissance pleine de vénération pour la noble dame dont Ja munificence a été si grande à son égard, sentiment auquel toute la maison s’est associée, parce qu'elle a été enrichie des connaissances que son professeur a

acquises pendant ce voyage,

M. Désaulniers a visité presque tous les pays de l'Europe. Ilest allé dans des contrées où peu de voyageurs canadiens ont dirigé leurs pas, notamment en Espagne, en Autriche, en Prusse, en Pologne, en Turquie, en Grèce; il a touché l'antique Egypte ; surtoutila parcouru la Terre Sainte, visitant les sanctuaires les plus vénérables, joignant dans ce pélérinage, aux recherches du savant, la satisfaction des plus pieux sentiment qu’une vive foi peut tnspirer à un prêtre.

Le temps manque pour parier en détail de ce voyage, si plein d'intérêt pour ceux qui l'ont accompli et peur ceux qui en ont entendu rappeier les impressions. M. Désaulniers a écrit chaque jour des notes assez détaillées qui montrent l'étendue de ses connaissances et son esprit d'observation. Il est profondément à regretter qu’il ne les ait pas revues et mises dans une forme qui lui eut permis de les livrer au public; elles eussent fait un ouvrage qui aurait offert à de nombreux lecteurs de l'instruction et de l’agrément.

He l v FA Pendant son absence en 1853, M. Désaulniers EL, avait été élu Supérieur du Séminaire. Il a exercé If / :

té cette charge durant six années, se montrant plein de

(l sollicitude pour les intérêts de la maison, et sachant | s’attirer l'affection de ceux qui étaient confiés à ses I} soins, à cause du dévouement dont il leur donnait des Ë Pr'euves. Qu'il nous suffise de rappeler ici d’une manière générale qu’il a rempli les devoirs que sa

dignité luiimposait, Ilserait trop long d'entrer dans le détail et l’on sait que les faits qui peuvent avoir lieu dans une semblable administration ne sauraient, à moins de circonstances extraordinaires, présenter un caractère bien saillant. Il nous faut passer à un évènement qui a fait paraitre M.Désaulnieurs sur un théâtre nouveau pour lui, et où les qualités de son à intelligence et de son cœur ont brillé de la manière Ja plus honorable.

Un prêtre doué d’une certaine éloquence populaire, avait acquis une grande influence sur la population catholique du pays. Il avait prêché partout la tempérance avec un succès éclatant. Il avait fait adopter ses idées à M. Désaulniers, qui lui vint en aide dans les paroisses voisines pour la croi- Sade qu'il avait entreprise contre un vice malheureusement trop commun. Frappé comme les autres de la parole entrainante et du zèle, 1u moins apparent, de celui qu'on appelait l’apôtre de la tempé.

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rance, il s'était chargé de rédiger une adresse, pleine d'éloge et de remerciements, qui lui fat présentée à St. Hyacinthe.

Cependant on commençait à trouver de l’exagération et même de la violence dans le langage du prédicateur en vogue. D'une autre part, des rumeurs peu favorables au caractère sacerdotal de cet homme se répandaient dans le clergé et excitaient la défiance. Celui qui en était l’objet se renferma pendant quelque temps dans une congrégation religieuse ; il reparut ensuite passagérement dans les chaires du Diocèse de Montréal; puis on apprit qu'il s'était retiré aux Illinois, où il évangélisait une colonie de canadiens établis dans ces lieux. Bientôt à son appel un certain, nombre de compatriotes quittent leur pays et vont grossir le troupeau dont il avait la direc tion. La confiance qu’on avait en celui dont les prédications avaient eu un si grand succès en Canada, lui donna un empire absolu sur ceux qui étaient réunis autour de Iui............. ….Tout-à-coup le bruit se répand qu'il a été interdit et même excommunié par son évêque, qu'il est en rébellion ouverte contre son autorité, et qu'il a entrainé dans le schisme les Canadiens auprès de qui, il exeçait le ministère. Peu après cette rumeur reçoit une confirmation qui la rend incontestable, et detoutes parts on est forcé d'admettre,en la déplorant la chute du prêtre en qui on avait cru reconnaitre un caractère apostolique.

Maintenant, celui-ci était-il perdu sans ressource ? N'y avait-il pas moyen de le ramener au devoir, on du moins d'ouvrir les yeux de la population assez

nombreuse qui partageait sa défection? Fallait-il

‘laisser toute une coionie canadienne perdre sa foi et donner un douloureux scandale ?

Mgr de Montréal qui avait cru pouvoir permettre “au malheureux prêtre de se charger du ministère sacerdotal auprès de ses compatriotes établis aux Illinois, chercha, dans la sollicitude du zèle ardent pour la gloire de Dieu qui le dévore, le moyen de rémédier au malheur sur lequel tous les catholiques de ce pays gémissaient..…...Il chargea un des plus -dignes prêtres de son diocèse, qui avait été un bienfaiteur signalé à l'égard du prévaricateur, d'aller tenter près de jui un effort pour lui faire abandonner la voie dans laquelle il courait au précipice. En même temps il jeta, dans le même but, les yeux sur Mr. Désauiniers qui avait été son condisciple et son ami, et il pensa que dans le cas où l’auteur du schisme ne se rendrait pas, nul ne serait plus propre à lutter victorir usement contre lui, que le Supérieur du $éminaire de St. Hyacinthe dont la science et l’habileté étaient si connues. Celui-ci sentit ae suite tout ce -que l’œuvre qu’on lui proposait avait d'important et pouvait présenter de difficultés. Connaissant les antécédents et le caractère de celui vers qui on l’envoyait,il n'avait guères d'espoir de changer ses dispositions : 1l s'attendait donc à un comhat dont il ne pouvait prévoir les circonstancc:s et l'issue, mais qu’il -savait devoir être très pénible. Mais appelé par l’'Evèque de Montréal et son propre Evèque à donner une preuve de son dévouement sacerdotal, il se mit

au dessus de tous les obstacles, et confiant sa cause à Dieu, il partit généreusement.

À peine rendu sur les lieux, il vit que son ancien “confrère n’était plus qu'un aposlat qu'il s'agissait, aon d'essayer de ramencr à la vé rité, meis de démas- “quer et de combattre ouvertement. Il le trouva maître des esprits; il sentit qu'il fallait bien des efforts et du travail pour les lui arracher ; il savait qu'il aurait à lutter contre des préjugés déjà enracinés, et centre un adversaire capable de se servir pour le “c6mbat des moyens des moins légitimes. Toutefois ä n’hésita pas un instant à s'imposer le sacrifice. Lui “qui n'avait jamais connu les travaux du ministère Cüria], il accepta ainsi, en pays étranger, la desserte d’une paroisse où il y avait une assez forte population. Le voici à l’œuvre, remplissant avec zèle tous les devoirs du pasteur à l'égard de ses paroissiens, et attaquant le schisme avec la plus grande énergie. :Par la clarté desa parole, la solidité de sa doctrine -€t la force de son argumentation il fit comprendre la nature de la constitution de l'Eglise, l’obéissance due à l'autorité épiscopale, ct les tristes résultats de la funeste position où se mettaient ceux qui, coupables -de désobéissance, encouraient la sentence terrible de l’excommunication.

Il parlait en chaire tous les dimanches sur ces sujets, et à chaque fois il avait la consolation de voir af: certain nombre de schismatiques venir à ses pieds abjurer leur erreur. Outreses instructions publiques, 1l avait presque chaque Jour des conférences privées avec quelques uns de ceux que la parole du prêtre “apostat avait entrainés dans sa chute ; illes éclairait “et presque toujours, il venait à bout de les convaincre

que c'‘lait un devoir pour eux de se séparer de lui et de reconnaitre l'autorité épiscopale. IL fallait certes du courage à ces hommes et une parole 6loquente et favorisée de Dieu à relui qui le leur imspirait, pour qu'ils pussent en venir à cecacte solennel de l’abjuration d’une erreur soutenue d'abord avec opiniâtreté, s'avouer coupables et dignes de la cersure que l'autorité ecclésiastique avait portée, et demander humblement et publiquement d'en être absous.

Nous ne pouvons entrer dans plus de détails sur les travaux de M. Désaulnisrs à Bourbonnais ; il nous suffit de dire qu'ils ont 6t6 cnuronnés du plus glorieux succès. Sans doute, il n'a jas éteint totæement le schisme, et le zèle éclairé de ses successeurs a eu lieu de s'exercer d’une manière très-méritoire et très-honorable pour eux. Mais le coup mortel était porté : l'influence si dangereuse de l’apostat a été anéantie, et la foi d'un grand nombre de nos compatriotes a été conservée, grâce au dévouement, aux travaux et à l'intellizsence de celui qui alors portait le titre de Supérieur de cette maison: le ciel lai en donne la récompense et les hommes doivent en glorifier sa mémoire.

Ce n'est pas seulement aux Illinois que Ïà parole

sacerdotale de M. Désaulniers s'était fait'entendre avec éclat et avait produit des effets salutaires. Sins. avoir toutes les qualités de l’oratear,il était un prédicateur qu'on écoutait avec un vif intérêt, surtoui dans les circonstances où les grands sujets qu'il avait:

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à traiter lui avait fait apporter une préparation particulière. Deux fois la ville de Montréal applaudit à son éloquence, à la célébration de Ja fête nationale, et à la cérémonie funèbre qui eut lieu en l'honneur des défenseurs de l'Eglise morts à Castelfilardo. Il 2 souvent préché dans les Campagnes ; il savait rendre sa doctrine intelligible à tous, et il avait quelquelois des accents pathétiques qui remuaient les cœurs. Il a surtout fait goûter sa parole Gans les prédications qu'il a faites ces années dernières aux exercices du Jubilé.

-Son sujet favori était l'Eglise et son chef. Animé

d’un grand zèle pour défendre l’établisssment sacré

contre lequel les portes de l'enfer ne doivent point prévaloir, ct l'autorité du Vicaire du Christ qui en

“est la pierre fondamentale, il s'attachait à rféuter ] ,

toutes les erreurs qui les atfaquent, et à inspirer à eur égard, aux fidèles qui l'écoutaient, cet amour dontil était pénétré lui-même. Il s'est fait, avec

‘raison, un mérite d'avoir travaillé pour cette ézlise,

qui est le prix du Sang du Curist, hors laquelle il

“est point de salut, et dont on ne repousse jamais «Mhiluence dans l'ordre moral, intellectuel et social,

sans les plus funestes résultats.

La cause du successeur de St. Pierre a été l’objet des derniers accents qu’il ait fait entendre an public. Notre ville est encore sous l'effet des émotions de ce Jour. Six de ces jeunes citoyens tous élèves de cette

“nalsOn, s'arrachant aux bras de leurs parents qu'ils

daïssaient tout en pleurs, disant un douloureux Mieux à de nombreux amis, excitaient l'admiration

publique par un dévouement qui les portait à allerse condamner à tout ce que la vie de soldat a de dur et de pénible, à s’exposer à de cruelles blessures et même à trouver la mort sur le champ de bataille. C'était au chef de l'Eglise qu'ils allaient ainsi offrirleur sang; ils étaient là rénnis dans le sanctuairepour faire agréer au Dieu mort pour eux et dent le-- Pape est le représentant sur la terre, la généreuse résolution qu'ils avaient prise et recevoir de lm la: grâce de l’accomplir avec fidélité. IL fallait une pa-role qui fut l'expression des sentiments publics à leur égard, et qui fut pour eux un enseignement et uné bénédiction. Cette parole s’échappa du cœur de M.Désaulniers en accents dignes de la circonstan-ce; elle impréssionna vivement les jeunes Zouaresettout l'auditoire. L'émotion de l’crateur se commu-- Ë niqua à ceux qui l’écoutaient, des pleurs furent versés. Hélas! deux mois après, dans le même sanctuaire, d’autres larmes furent répandues : c'était sur les restes mortels de celui, dont au jour que j'ai rap—-pelé, on avait entendu la voix éloquente.

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