L’ÉLOGE DE XAVIER RICHAT
(i) Xavier Bichat, fils de M. Bichat, médecin et maire, avant la révolution, à Poncin en Bugey, était né, le 11 novembre 1771, à Thoirelte en Bresse, où seîsparens possédaient des propriétés et séjournaient quelquefois. Xavier fut élevé à Poncin , dans son enfance, puis au collège de Nantua : la profession de son père, et un goût inné pour l’étude de l’art de guérir, le dirigèrent à Lyon, en 17g i ou 1792. Après le siège de cette ville, il vint à Bourg et y suivit l’hôpital ; c’est dans ce champ d’observations variées et nombreuses que se développa de plus en plus le génie qui devait l’illustrer. 11 quitta Bourg pour se rendre à Paris où il'fut accueilli et jugé par le célèbre Desault. L’emploi du reste de sa trop courte vie fut digne de son grand maître ; et ses ouvrages ont inscrit ineffaçablement son nom dans les fastes de la science.
Thoirette fait actuellement partie du département du Jura; mais cette réunion, postérieure de près de vingt
ans , à la naissance de Blchat, ne peut enlever à la Bresse et au Bngey l’honneur de l’avoir vu naître et élever sur leur territoire. {Programme des prix proposés par la Société démulatîon et (TagricultuTe du département de VAin^ pour Vannée et années suivantes^
(2) Cette division était tracée d’avance dîHis le programme que nous venons de citer.
€f En invitant les concurrens à ne pas se circonscrire dans les détails biographiques et historiques sur la vie et les travaux de ce célèbre médecin, la Société estime que l’un des principaux buts de l’hommage à offrir à sa mémoire, doit être de faire connaître, et apprécier l’influence des productions de son génie sur les progrès de la science dans laquelle il a ouvert une grande et nouvelle carrière, et d’indiquer les résultats, tantimmédiats que présumables, de cette influence. »
( 5 ).« C’était un usage établi dans l’école de Desault, que certains élèves choisis se chargeassent de recueillir, chacun à son tour , la leçon publique , et de la rédiger en forme d’extrait, qu’on lisait après la leçon du lendemain. Un jour que Desault avait disserté long-temps sur la fracture de la clavicule , l’élève qui devait recueillir ces détails se trouva absent; Bichat s’offrit pour le remplacer. La lecture de son extrait causa la plus vive sensation. La pureté de son St J le, la précision et la netteté de ses idées, l’exactitude scrupuleuse de son résumé, annonçaient plutôt un professeur qu’un élève ; il fut écouté avec un silence extraordinaire , et sortit, comblé d’éloges, xouvertd’applaudissemens réitérés. A peine Desault cût-il appris l’anecdote que
je viens de raconter, qu'il fut impatient de coanaitre Biçhat.; et, dès les preœtiers entretiens, il jugea avec tant de sagacité, ce qu’il devait devenir un jour, qu’il ne.balança pas à lui offrir sa maison et à le traiter comme son fils , le destinant à lui succéder dans sa réputation. ?> ( Buisson , Précis historique sur Bichat.')
( 4 .) Hippocrate forme rédueâtion médicale de Thessalus , son fils , et de Pdlybe, son gendre ; et il les envoie dans lés différentes parties de la Grèce porter le fruit de so.n expérience à ses concitoyens ; voilà un exemple que i’Hislofre de fart à religieusement conservé. L’écdle de Boéfbâavé dut à des exemples analogues une partie de son imihense célébrité. Ce grand homme semblait doué cPiin instinct particulier qui lui révélait lè mérite. C’est sur sa fécommandation que Linné fut accueilli par M. Clifiort, possesseur d’un riche jardin", à Hartécarap , où il demeura plusieurs années, et publia plusieurs ouvrages. Hâllér était allé à Leyde pour entendre Boerhaave i il en fut reçu avec tant de bonté, qu’il passa docteur dans cette école à F âge de rgans. Fothèrgbill, qui fut pendant long " temps le médecin le plus renommé de Londres, et 'sur la tombe duquel oh écrivit ces mots : Ci-gii le docteur Fblherghill^ qui dépensa deuoo-ceni ~ mille guinées (cinq miflions) pour le soulagement des malheureux ^ ne dut peut-être sa réputation qu’aux encouragemens et à laprotèciion qu’il reçut de Mohrô, à Edimbourg. Mais l’exemple le plus frappant est celui de William Hunter. D’abord élève de Cüllen, qui le reçut chez lui,, à^amilton, et d’Alexandre Monro ^'quMe protégea, à Edimbourg , il pfrlve à Londres, avec la simple recomraandatioir d’un
libraire : mais ce libraire était chargé de recueillir toutes les éditions connues d’Horace ; et celui qui lui avait donné cette commission était le célèbre accoucheur Douglass. Huntèr se présente sous les auspices d’Horace , et il est . reçu avec la plus grande amitié par Douglass . Un an après , son protecteur vient à mourir, et il reste chargé de l’éducation de son fils. Voilà la première occasion de sa haute réputation et de sa fortune. Les exemples de ce patronage médical, sans-intérêt et sans népotisme , sont plus râres peut-être en France que partout ailleurs. Celui de Desault à l’égard de Bichat, est le plus saillant que je connaisse ; cependantil n’est point d’art dans lequel il soit plus nécessaire. C’est dans l’exercice de la médecine pratique surtout qu’on peut appliquer ce vers célèbre :
L’amitié d’un grand homme est un bienfait des dieux.
( 5 ) « Ce marbre, dédié à la"mémoire des citoyens De- » sault et Bichat, a été posé pour attester la reconnais- » sance de leurs contemporains , pour les services qu’ils » ont rendus, le premier à la chirurgie française dont il M est le restaurateur, le second àla médecine qu’il a enri-;
» chie de plusieurs ouvrages utiles, et dont il eût agrandi le » domainesi rimpitoyàble mort ne l’eût frappé dans sâ « treritè-unième année. » '— 2 aaût 1802.
Telle est l’inscription, gravée sur une plaque de mar- ' bre , incrustée dans le mur, à gauche, du vèstibule de ; rHôtel-Dieu de Paris. C’est aux soins de Corvisart, dont le nom mérite, à tant de titres , d’être associé à ces deux ; noms célèbres, ‘ qu’on doit ce monument honorable de justice et de reconnaissance publiques. « Bichat, écrivaitil au Premier Consul, vient de mourir sur üîi chauïp de
balaille qui compte aussi plus d’une victime ; personne ^en si peu de temps , n’a fait tant de choses et aussi bien. »
(G) «Livré depuis quelque temps à l’étude de la médecine , puis à la pratique des hôpitaux , je n’ai plus dû. considérer la chirurgie que comme une base essentielle de toutes les connaissances médicales, que comme un moyen important d’analogie dans une foule de cas difficiles , et que comme un guide sans lequel le médecin marcherait au hasard. » (Biehat, discours preliminaire des œuvres chirurgicales^ 2® et 3 ® édit.)
(7) Desault mourat le i®"^ juin 1795, à Tâge de 5 i ans.
(8) Immédiatement après la mort de Desault, Biehat termina le dernier volume du journal où ce grand chirurgien consignait les résultats de sa pratique j mais il sentit bientôt qu’il devait élever à son maître un monument plus digne de lui, et plus propre à répandre s^ doctrine dans toutes les classes de lecteurs. A la vénération que lui inspirait la mémoire de Desault, se joignit la reconnaissance qu’il devait à sa veuve, et sans doute aussi le désir de se faire d’abord connaître au public à l’abri d’un nom dont la renommée était colossale. Il rédigea donc avec soin, quoique avec beaucoup de promptitude, les œuvres chirurgicales de Desault , dont les deux premiers volunaes parurent en 1798, et le troisième en 1799. On a dit que le style en était négligé à cause de la précipitation avec laquelle cet ouvrage fut composé. J’avoue que cette négligence ne me paraît pas aussi sensible que dans beaucoup d’autres ouvrages du même genre, pour lesquels on n’a pas fait la même remarque. La clarté, la précision, l’énergie en rendent la
eclure toujours facile et intéressante. Le discours préliuiînaire et l’éloge de Desault, qui sont en fêle du premier volume, me paraissent aussi bien écrits que fortement pensés.
Les modifications que BIchat fit subir aux procédés de Ilesaull, dans la seconde édition de ses œmres , avalent été exposées dans trois mémoires insérés dans le volume II du recueil de la Société médicale d’émulation, pour l’an 6 (1798). Llles tendaient à perfectionner le trépan, à simj^fier le bandage pour la fracture de la clavicule, et le procédé pour la ligature des polypes.
Bicbat n’avait d’autre but, en exposant ses propres idées, que de simplifier ces opérations, persuadé, d’après Ilesault, que retrancher un instrument d’une opération , c’estlui ajouter un nouveau degré de perfection. Cette idée présida sans cesse à la rédaction de son travail qui ne présente rien d’inutile, rien de surabondant, u Tel est, disaitil , l’état actuel de cet art, que l’érudition y devenait superflue. Tout est fini de ce côté: cent plumes retracent chaque jour ce que cinquante avaient emprunté, avant elles , de vingt autres elles-mêmes copistes. Cherchez-vous dans nos modernes un point de pratique? n’espérez pas le trouver sans avoir péniblement parcouru dix pages de ce qu’on ne fait plus, pour arriver à dix lignes de ce qu’on doit faire. Partout les formes se multiplient, le fond reste le même. Ke vous en étonnez pas ; les unes appartiennent au vulgaire, l’autre est l’attribut du génie. » {peuvr. chii . dise, prél.") Dirait-on que ce passage est écrit depuis vingt- ^piatre ans ?
(9) Un des caractères principaus de l’influence que
Gi
Bichal a exercée sur là physiologie est , à mon avis, la séparation complète de cette science d’avec les sciences physiques; je ne veux pas dire parla que cette séparation ait été uniquement son ouvrage ; sans doute, Hippocrate, Van-Helmont, Stahl, Bordeu , Haller, Barthez, Brown, etc., avaient rattaché les phénomènes vitaux à une puissance vitale particulière ; mais le vitalisme n’a été bien établi que par Bichat, Sa théorie, quoique défectueuse sous quelques rapports , est si simple ,. et son langage si clair , qu’on ne peut désormais presque pins s’entendre si d’on ne s’en sert, alors même qu’on veut y en substituer un autre. C’est cette clarté, qn’on trouve dans tous les écrits de Biçhat, qui a si rapidement popularisé sa doctrine; et c’est le défaut contraire qui a nui aux .ouvrages de Barthez. On pourrait en effet revendiquer, en faveur de ce dernier; la gloire que j’attribue ici à Bichat ; maïs, comme l’a trèsbien observé BI. Çoutancèau, dans son excellent article biographique sur Brown, :« Barthez étaitpèu lu , et il n’a jamais faitécole hors de Montpellier. » Ce qui le prouve ^ c’est que, Ion g -temps après la publication 4 es Elétnens de la science de Vhomme ^ les idées naécaniques étalent encore assez àia mode. L’école de Paris'conservait quelques partisans de la théorie boerhaavienne, et, à Montpellier même, oh.vitparaître une hosolégiej fondée sur les nouvellés idées chimiques -du-temps. Dépiiis-Bichat , quelles théories mécaniques se sont élevéésj? Lés essais malheîi- • reux de Beddoè's , en Angletérrè-;'de-Prochaska - et de Girtannér ,en Allemagne, prouvent nssez qu’elles ne font pas fortune à l’étranger ; et, malgré tout le talent de M< Magendie, je doute fort qu’elles reprennent quelque faveur en France, /a note 2g)..
(lo) En disant que Bichat ne voit plus rien au-delà de la sensibilité et de la motilité (* (**) ), je ne parle que des phénomènes purement physiologiques. La suite du discours prouvé assez que Bichat admet des phénomènes d’un ordre supérieur , et que , malgré ses belles recherches sur les tissus élémentaires, il ne trouvait pas, dans le tissu nerveux, la faculté de vouloir , de comparer et de juger , comme l’y ont trouvée quelques physiologistes de nos jours , après Cabanis. Voici, à cet égard, sa profession de foi : « Le cerveau n’est qu’un intermédiaire à l’âme et aux nerfs, comme les nerfs le sont aux muscles et au cerveau ; le principe qui veut, agit d’abord sur cet organe , lequel réagit ensuite. » (Anatomie générale, système musculaire). Dans cette théorie, la volonté est une cause d’excitation du cerveau, et non le résultat de cette excitation. Cette doctrine paraîtra tant soit peu arriérée à quelques auteurs modernes; mais enfin , il n’est pas donné à tout le monde de voir clairement le cerveau sécréter des pensées, comme le voyait Cabanis ; et moins encore, de le voir digérer des propriétés, comme l’a probablement vu M. Rostan, qui vient 'de découvrir cette nouvelle espèce de digestion . Après avoir donné cette explication qui nous a paru
(*) Bichat a donné le nom de contractilité à la faculté de se, mouvoir , parce que la contraction est le mode le plus générâl de mouvement. Cependant ü y a des mouvemens qui paraissent être plutôt de dilatation que de contraction ; ce sont ceux qu’on attribue au tissu érectile (voyez la note 19) et que Bichat avait reconnus luimême dans ses Recheréhes physiologiques p. 90. Le nom de motilité me. paraît par conséquent plus propre, puisqu’il est plus général.
(**) Cours élémentaire d’hygiène, tome II, p. '
nécessaire, il ne serait peut-être pas inutile d’examincf en détail les objections et les modifications qui ont été faites à la doctrine des propriétés vitales ; mais cette discussion nous entraînerait trop loin. Bornons-nous à l'examen de celle qu’on répète avec le plus d’assurance et d’affectation.
On a voulu frapper de réprobation cette théorie, en disant qu'elle tend à personnifier des abstractions, et on a représenté les propriétés vitales comme des êtres logés dans l’intérieur des organes, dont ils seraient totalement indépendans. MM. Magendie, Bégin , Georgel, Bostan , etc., ont répété à l’envi cette accusation contre la théorie de Blchat. Echo de ces différens auteurs , M. Sclpion Pinel a cru devoir la répéter encore dans une notice placée en tête d’une nouvelle édition de VAnatomie générale. « On a lieu, dit-il, de s’étonner que Blchat, avec cette indépendance d’opinion qui le caractérise, ait si souvent reproduit dans VAnatomie générale ces vieilles idées qui, pendant deux mille ans, ont traîné sur les bancs des écoles, ces mots àe forces vitales., de propriétés pîfuZes, abstractions qu’il semble prendre pour des réalités, et auxquelles il donne une existence à part, et fait jouer un si grand rôle dans l’économie animale. »
Il y a dans ce para graphe autant d’erreurs que de phrases. Les mots de propriétés vitales traînant sur les bancs depuis deux mQle ans : voilà certes une singulière découverte de M. Sclpion Pinel ! Blchat donnant une existence a part à ces abstractions, c’est-à-dire, isolant les propriétés vitales de la matière vivante, est une invention non moins singulière. Blchat dit partout : que la sensibilité est inhérente à la matière organisée , comme l’élasticité, la gravité sontinhéreriies à la matière inorganique. S’est-on ja-
mais avisé de séparer l’élasticité de la matière, et de lui donner une existence à part ? M. Pinel fils va plus loin encore, puisqu’il ajoute : « Cependant, depuis long-temps, on ne reconnaissait, et l’on ne doit plus reconnaître qiie d eux choses dans l’organisation : structure et fonctions d’organes. « J’en demande pardon à M. Pinel ; mais l’esprit humain est ainsi fait, qu’il ne peut pas se contenter de cela ; et nous ne pouvons pas faire que notre esprit ne soit pas tel qu’il est. Or , l’idée de causalité est en lui, elle lient à sa nature ; c’est une des formes essentielles de sa manière d’être. C’est de cette forme de notre entendement que résulte l’ordre de nos idées surtout ce qui peut être le sujet de nos connaissances. Si vous ne voyiez que structure et fonctions d’organes, vous ne verriez que des phénomènes isolés , que des mouvemens individuels , sans ordre et sans liaison ; vous n’auriez jamais de science. Si Newton n’avait vu dans les corps célestes que de la matière et du mouvement, il n’eût rien compris, que dis-je , il n’eût pas même songé au système du monde. Mais il y vit de plus Taîtractioii et la loi suivant laquelle elle s’exerce ; et le mécanisme de l’univers fut expliqué. Ce n’est pas qu’il ait supposé dans la matière une propriété, existant par elle-même, indépendamment de cette matière; personne n’a jamais songé à lui faire un pareil reptoche , et à le taxer d’ontologie. Le mot & attraction a été pour lui un signe à l’aide duquel il a exprimé l’idée qui était dans son esprit, et non pas un être distinct de la matière. Tousles physiciens conçoivent aujourd’hui la chose comme il la concevait lui-même , et ils riraient bien si on les appelait des ontologistes qui réalisent des abstractions.
Bichat a parié de sensibilité et de contractilité, absolument de la même manière que les physiciens parlent d’é-
lasticité, d’attractioû, etc. Lisez ses Recherches physiologiques et ses Considérations générales, et, à tout moment, vous le verrez revenir à cetfe comparaison. Pourquoi donc lui faites-vous un reproche qui serait excessivement ridicule adressé à un physicien ? Quand je dis que \z. contractilité animale préside mouvemens des muscles, n’est-ce pas comme si je disais que Vattraction préside aux mouvemens des planètes ? Et si vous m’accusez de faire de la contractilité un être à part, distinct des muscles, existant indépendamment de ces organes, nedevez-vcuspas m’accuser aussi de faire de l’attraction une entité distincte des planètes ? Si celle dernière accusation est absurde, la preniière ne l’est pas moins. C’est cependant l’accusation qui retentît sans cesse contre Bichat. ^
Bichat a répondu d’avance par ce peu de mots : « Le cahos n’était J' que la matière sans propriétés ( comme M. Scipion Pinel vèut nous la faire voir); pour créer l’univers, Dieu la doua de gravité, d’élasticité, d’affinité, et de plus , une portion eut en partage la sensibilité et la contractilité. » ( Consid. gén. p. xccxv. )
(i i) On a fait à la division de le vie, en oie animale et vie organique, un reproche analogue à celui auquel je viens de répondre, relativement aux propriétés vitales. Non contens d’accuser Bichat d’avoir créé des êtres , auxquels il n’a certainement jamais songé, les mêmes auteurs lui reprochent d’avoir méconnu la liaison de tous les phénomènes vitaux, pour étahlirune division, je ne dis pas arbitraire, mais absurde, dans le sens qu’ils semblent y attacher. « Bichat, ditM. Georget, sépare tous les phénomènes ^e la vie générale en deux vies qu’il appèie, l’une, vie de relation ou extérieure ; l’autre, vie intérieure, organique, etc. Mais
« e’est ufle mauvaise division: d’abord, comme le dit » très-]uslemenl M. le professeur Chaussîer, il n’y a qu’une » vie générale; il n’y â pas deux vies.'» » Voilà une belle découverte de M. Chaassier:' ou je me trompe fort, ou l’hommage qne M.Georget rend ici à ce professeur célèbre, ressemble beaucoup à une épigrammé; comment en effet peut-ori faire sérieusement un pareil reproche f Lorsque Bicbaî définit la vie, Vénsemhle des foncthm qui résistent à la mort, parle-t-il là de deux vies? Lorsqu’il ajoute, après quelques réflexions : « Telle est la. vie, coxsidébée DANS SA TOTALITÉ ; examinée plus en détail, elle nous offre DEL^ MODIFICATIONS remarquables;» n’explique-t-il pas son idée avec toute la clarté possible ? Et que penser d’un grave auteur, qui vient nous dire très-justement ; Il n’y a qu’une vie générale ; il n’y a pas deux vies ?
Il est vrai qué Bicbal a donné le nom de vie à chacune de ces modifications-, mais quand même cette expression métaphorique serait vicieuse en elle-même, est-il permis de la travestir par un jeu de mots en une opinion ridicule , lorsqu’elle a été si bien définie et expliquée dans les passages que nous venons de citer? M. Magendie n’a pas commis une pareille Inconvenance 4 il blâme la division de Bicbat, mais il ne la travestit pas.^Sâ critique néanmoins ne me paraît pas très-fondée. « Cette distinction des deux vies est dangereuse, dit-il, en ce qu’elle tend à faire isoler des phénomènes qui ont entre eux la plus étroite liaison , qui se rapportent à un but commun, et qui souvent sont produits par des moyens presque eu tout semblables. Pourquoi rangerais-je parmi les organes-de la vie animale l’appareil musculeux qui fait passer le bol alimentaire de la bouche dans l’œsophage , et parmi ceux de l’autre vie celui qui le fait marcher du cardia jusqu’à l’anus ? L’action
da premier appareil n’esl-elle pas en rapport avec la nutrition aussi bien que faction du dernier ; et l’appareil musculeux de l’œsopliage n’a^l-il pas sur un corps qui nous est étranger aussi bien que celui de la langue et du pbarinx ? Les mouvemens de la mastication diffèreiit-ils , pour le but, de ceux que nous venons d’indiquer Pet, quant aux moyens d’exécution , l’action musculaire n’y joue-telle pas encore le rôle principal?»
Tous les faits, cités par M. Magendie, à l’appui de son objection, sont vrais ; mais M. Gerdy a déjà prouvé que son raisonnement conduirait à uiie confusion singulière. En effet, tout se correspond , tout s’enchaîne dans la machine animale ; et s’il n’était pas permis d’isoler les phénomènes qui se rapportent à un but commun , il faudrait les étudier tous à la fois, parce que tous s’enchaînent et tendent au même but, qui est la conservation de l’individu et celle de l’espèce. Ainsi, par exemple , si vous ne voulez pas que je sépare l’appareil musculeux intestinal de l’appareil musculeux masticatoire , parce que l’action de chacun de ces appareils est également en rapport avec la nutrition; je vous dirai, à mon tour, en suivant votre idée , que vous ne devez pas séparer de l'appareil masticoire l’appareil musculeux brachial, parce que celui-ci étant nécessaire à la préhension des alimens, est en rapport avec la nutrition comme les deux autres ; mais l’action des muscles du bras se rattache à l’action nerveuse du plexus brachial ; le plexus brachial à la moelle épinière, la moelle épinière au cerveau ; celui-ci établit avec tout le système les rapports les plus intimes. Il faudra donc tout savoir avant de s’occuper d’une fonction quelconque ; et, avec un pareil système, il n’y a pas de raison pour que l’on sache jamais rien, Yollà où conduit un principe d’abord
spéëîenx, ifiaîf à’ùné'a^ïication évidemment impossible.
Il faut donc etabRr dés divisions sous-peine de ne plus s’entendre ; et îèxi-én 'ccmnaîs pas^de plus belle , de plus simple, de plus féconde-que cëlleétàbîïé’.par Bicbat
Sans duute ; elle n’est pas exempte'de ;'défauts ; et l’pn tr-ouvé des^ exagérâtibns et dés pafadnxés dâiîs l'es Üec^ercfe sur /u Vfe p nïâis la noté suivante fera voir que si Bi-^ chat s’est trompé quelquèfôisj il a presque toujours reconnu ^s erreurs,-^eta manifesté l’intention de les corriger. I;
■ (i Uy On Rt,' en' tête^ dé ia’lroisième' édition' ^ts Reché?dhëspliydslo^iques surlavie èt'suFlamort. un avis ainsi conr çti : « Ê’âUteur devait faire à la première partie de'ce’ttè nouvelle édition, quelques àugmenta'tions importantes• Certains articles , présentés avec des modifications , auraient pàru plus complets et enticKis dé plusieurs vues nbuvéllés. On y aurait trouvé un traité'sur la beautéy considéréè sous les rapports pbysiôlo'giques. I>ans 'tiii séçond volume, les principes' pbysiologiqUés éussent été' appliqués à la rUédecinè ; et lé inême ordre que l’on avait suivi, en considérant les fbnétions dans l’état sain ; aurait servi à considérer ces fonctions dans'l’état de maladie. La mort de l’auteur a privé le public de ces avanfagés , et no us . oblige à faire rëparaîtrè l’ouvrage tel qu’il était dans son origine. Nous avèris cru fcèpendant devoir à la mémoire dé Blchatdé faire conhailre les intentions qu’il avait eues, et qu’il avait eornmencé à éxécuter. »
(i 3 ) Les modifications que Bicbat devait faire subir à certains articles aaraîéîil' porté sans doute sur les exceptions que présenté la sÿmét'rîè des organes, leür barmonie ôu ièür dîscordàncé d’action", sûr quelques pafâdôi'és rë-
lalife à rhabltuàe.j:;éftfi,tt- sur ibéoric des,. passions et^du j«gemeïit. ,Ce4oé^^SSc^ecpierS af lkles;ttie papaissent être les ,plas dékctueuxJer l’QUvragev :lby<e|t gpe le, cerveau n’est jamais affe^Miâaûss'ks passions/:.<ïtie:.les gi'ganes^e îa vie interne ien sont - le siège unique , qu’ellesLn’pnt jamais leur origine ni leur, terme dans les divers organes de iâ;vîe animale / etc, La justesse du jugement; y est reprér sentée comme résultanl-de l’égalité et de rbarmonie d’atrtion desldeux hémisphères çérébraùx> .^loiLà^i saM contre^ dit , une extension abusive de la division physiologique a.doptée-par BIchat, . Mais .ces exagérations ;Sjuffisent,-elles pom’justi%Ç(|e i-eprpçhe qu’on luifait d’avoir méconnu la liaison'de‘îous Jeyphénpmèmes entre eux ? c’est ee gu’pn voir dans" l^nole suiyante. - . ■ . ,
Mf .Boisseaur.a;.très-hlen observé à- M.. Mag.epdie que rpuY-rage, auquel çet habile physiologiste vient d’ajouter dgs notes étaità proprement parler , ua traité de J'inlîuence que Iqgoeur. ^ le poumon et le cerveau exercent -l’un sur i’autre , .et, surtout l’organisine ; et, par çpnsé- -guept, sur,, laJiaisoa des deux vies. Quelques citations fe^ronb connaître la justesse .de robseryation de M; Boisseau.
; « Quoique une foule de. caractères les distingue (les » deux vies), leurs fonctions principales s’enchaînent ce- » pepd^t d’une manière réciproque. Ce mode d’influence, ;.?> xe, lien des dçux vies^, paraissent spécialement exister M entre le cerveau d’une part, pour l’animale, le poumon }> ou le cœur d’une autre , pour l’organique. L’action de ». l’ua de ces trois organes est essentiellement nécessaire , » à celle .des deux autres. Quand l’un cesse entièrement « d’agir, les autres ne sauraient continuer à être en acli- .» vile. etc. » Lt ne croyez pas que ce soit là une idée
jetée en passant.pouc, éviter .quelques otjecliojas.; :toules \es Recherches, SUT la mort ;ae ien&eal qu’à prouyer^cette union intime j cette dépendance réciproque des^organes , cet enchaînement de leurs phénomènes. Bichat y, revient à toùt moment dans les considérations qui précèdmt l’anatomie générale.' te Tel esti’enchaînement dès deux vies j »- dit-il,Iqufci’itrie ne penï;g.aère.,èlre altérée sans i'aiitre • et ailleurs .r « tout s’endiaîne , tout selie dans^l’écOno- » mie animale. Nous vivons bien au-dehorS et au-de- » dans d’une manière disiinclfe ; mms une vie ne peut se « eonservér én totalité indépendamme-nt dé l’autre ; aussi,
JJ quoique les -fonctions soiept étudiées abstraciiyenmnt ,
» IL FAUT TOUJOURS AVOIR. ES TpEUbUR ENCRAINEÈIEKT « lorsqu’on les considère toutes sbimilanément en exer- M cice. » C’est par là qu’il termine ces belles considéra- , lions générales, afin qu’on ne les perde pas de vue dans le cours de l’ouvrage, afin qu’on ne soit pas tenté dé lai faire le reproche auquel je réponds.
(i 5 ) Je suis moins que tout autre,,,peut-être, disposé en faveur des expériences, sur les animaux vivais. Les phénomènes de là vie sont bien difficiles à observer et à reconnaître sur des êtres qu’on fait perh ammilieu des tortures ; et les angoisses de la douleur représentent bien mal le cours ordinaire des choses dans l’élat de santé. Mais si tous les seçrels de l’organisme ne sont pas susceptibles d’être éciarcis par les vivisections , il est des phénomènes qui ne peuvent être connus que parce nioven d’investigation.- tels sont ceux qui ont été le sujet dee^ expériences de Bichat. En effet, dans ses expériences.sur la mort , il ne cherche pas tant: à connaître l’état naturel des .fonctions en iesdénaturant par la douleur, qu’à déterminer comment elles se
dénaturent par r«ffejLde certains agens. Conçues de cette inanîère,.cës expériences n’indiquent jamais que ce qu’elles doivent réellement indiquer : voilà l’immense avantage delà seconde partie des Rech.erchesphysiologiquesi\Aj tous les faits s’enchaînent régulièrement;, tous sont naturels et vrais, parce que le but que se proposait rexpérimenlateur n’est point hors de la portée des expériences^ Quant à la qualification à!assommetirs que l’on a donnée à ceux qui cultivent la physiologie expérimentale'^ elle est trop injürieùsé pour mériter une réfuïâtîënf ce langage ne convient ni à la di^gnité de la science ni aux égards que se doivent entre eux ceux qui la cultivent. 0n peut voir , au resle^ dans la préface des rèchei-ches Le Gallois sur le principe de la vie ,-les raisons qui-'ju^fiént pléinemént lés expérimenta-^ téùrs.- - ’ - ■ . . .
(i6) C’est un préjugé assez généralement répandu, qu’il faut être vieux pour être bon médecin : nulle part il n’élait plus à propos de relever celte erreur que dans l’éloge de IBichat. C’éstkluiisürtout qu’on pourrait appliquer ce pas- , sage de Ticq-d’Azir : « Combien cetteqèunesse , dont oh 1 se méfie tant, n’â t’élle pas opéré de prodiges? Combien : est féconde cette chaleur qu’elle met à tout; Infatigable'él "généreuse, elle ne'recueille que pour -répandre. S’âgit--il d’enseignement ? par combien de moyens lè jeûne homme, que de grands talents y appellént-y frâppé ’à-lâ-^fois l’altention de son auditoire ! Comme bn aimé le contraste de son savoir avec son âge , et celui de son ardeur àVeb sa modestie î sa mémoire est riche en images que. son imagination embellit. Son discours est plein d’enthousiasme ; il ne récite pas , mais il peint. Avec quelle pfeffèetion il expose l’enchaînement des connaissances acquises ? ,Avec
Çielie force il poursuit Terreur ! Avec quel respect ü prononce les grands noms, même ceux de ses contemporains ! Tenvie n’a point encore pénétré dans son cœur !... « Ecoutons Zimn ae rmann, dont les aperçus sont toujours pleins , de finesse et de profondeur. « Il ne faut pas être âgé, nous dit-il, pour être habile dans un art qui demande plus de génie que de temps ; celui qui n’est pas, à trente ans, bon ministre, bon général, bon médecin , ne le sera jamais. » Terminons par un trait saillant, extrait d’un ouvrage trop peu connu. « Le général des troupes de Charles-Quint reprochait autrefois à François de Bourbon , qu’il avait la barbe trop courte pour le combattre. Ce jeune brave, qui le défit, lui répliqua que chez les Français les barbes ne tranchaient et ne combattaient point, mais les épées seules. Dans les maladies, la barbe du médecin ne guérit de rien, mais bien son jugement et sa capacité, m (Besançon, Les Médecins à la censure , entretien 5 . )
( 17) Coscbvvitz, professeur à Halle , avait cru découvrir un nouveau conduit salivaire derrière la langue ; Haller, à l’âge de dix-neuf ans , prouva, dans sa thèse inau gurale, au moyen de planches, que ce prétendu conduit n’était qu’une veine.
(18) C’est dans les cours d’anatomie, que Bicbat commença en 1797 , qu’il annonça d’abord la découverte des membranes synoviales, que Clopton-Havers avait pris •pour des glandes. En 1798 , il en fit l’objet d’un mémoire qui fut inséré dans le tome II du Recueil de la Société médicale d’émulation. Ce fut là le prélude àa Traité des mem- Iranes, comme celui-ci fut le prélude de M Anatomie générale.
(ig) L’anaijje desjti5S!is oli,jâim aoatoi niqües A èà ^ôrganes est, sans aucun doute, îa découverte la plus ori^ ginale de Uichat. C’est une de ces idées dont tout le monde reconnaît la justesse au premier coup-d’œil, et que chacun s’étonne de n’a'voir pas eue le premier.,Bichat â eu raisoij de dire qu’elle aurait sur la pathologie comme sur la pratique médicale la plus heureuse influence. A peine fùî-ellé publiée, que Pinel s’en servit pour pecfectionner sa Nosographie ; ainsi, l’ouvrage où Bicliat avait puise l’idée de son beau travail, fut le premier qui en reçut la salutaire 1 influence. Les améliorations successives de la Nosographie I philosophique ont donc été un effet immédiat delà publicaf tion de VAnatomie générale ; et si M. Pinel a , pour ainsi i dire, ouvert la carrière à Bichat., Bichat, à son tour, â consolidé la gloire de M. Pinel. - ,
Telle était dü moins l’opinion générale de la France et de l’Europe, lorsque Broussais, exhumant un ouvrage presque inconnu, grâces a la. diffusion et à Vobscurité qui y régnent, de l’a^èù même deM. Broussais, est venu nous apprendre que John Hunier avait, le premier , signalé le siège de certaines phlegmasies-, que M. Pinel n’avait fait qu’une heureuse application de ces idées à son cadre nosologique , et que Bichat s’en était emparé pour composer son Anatomie générale, Nouvel Examen, tom. I. p. sqa. tom. ît. p. 4-72' ) Ainsi, d’un trait de plume, celui qui se dit le disciple, le continuateur de Bichat, ravit à son maître et à la France la gloire d’une découverte fondamentale dans les sciences physiologiques. Bien n’est plus étrange que lès-subtilités sur lesquelles il se fonde pour trouver dans l’ouvrage de Hunier l’analyse des tissus et la classification des phlegmasies, suivant la méthode de M. Piagî; il nous
parle d’inflammatioa des cavités circonscrites, ët d'infiainmation des canaux excrétées ( t; II. p. sgB et 299. ), et il croit trouver là le germe de la. Nosographie philosophique ét àeVj^natomie géuéralé. Il faut être bien clairvoyant pour reconnaître de pareilles décôuverïes dâris Tbovràge de John Hanter ; màis'ne-fàüt-il pas êtré^ aussi bien aveugle pour ne pas voir tout ce qu’une semblable prétention a de ridicule ? :
Cette injustice de la part de M. Broussais ne nous empêchera pas jde remarquer qu’il a donné lui-même une grande et utile extension aux principes de Bichâf dans son .Histoire des plilegmasies chroniques , où il a considéré i'infiammation dans presque tous les tissus ; mais il nous sera facile de démontrer, dans une autre note, qu’il a quitté la rouie tracée par Biehal' v en généralisant Irùp sa théorie de l’irritation ; et qu’il a considéré la pathologie sous un jour tout-à-fait contraire aux vues et aux principes exposés dans VAnatomie générale ; enfin , que cétix qui, en suivant la doctrine moderne, croient marcher tout simplement dans le même sentier que Bichat, marchent au contraire dans une direction oblique qui ne peut les conduire à aucun but assuré. Blais n’anticipons pas sur ce que nous avons à dire plus loin ; revenons aux tissus élémentaires qui composent nos Organes. -
Au milieu des appîaüdissemens universels avec lesquels. l’analyse des tissus a été reçue, quelques voix se sont élevées pour blâmer ces distinctions qu’on u présentées tomme arbitraires et peu naturelles. BI. Lordat a souvent accusé Bichat de trop isoler les éiémens organiques, et de négliger ce que ce professeur appelle la physiologie du système total. {Conseils sur la physiologie.') D’autres l’ont blâmé d’avoir trop attaché d’importance aux tissus et
et pas assez aux organes, sous.prclexle que les maladies attaquent bien souvent un organiC' en totalité j et ne se bornent pas à un tissu simple. Ce reproche est injuste, car Bichat a parfaitement signalé l’écueiloù ^exagération de ses principes pourrait entraîner. « -Niexagéroiis pas cependant, dit-il, cette indépendance.où les tissus d’un organe sont les uns des autres, sous le rapport, des maladies : la pratique nous démentirait. Nous Verrons le système cellulaire être souvent une voie de communication.,' non seulement d’un tissu à l’autre dans le même organe , mais encore d’un organe à son, voisin. Ainsi, dans beaucoup de maladies chroniques, toutes les parties du même organe s’altèrent peü-à-peu, et à l’ouverture du cadavre, la totalité de,cet organe vous paraîtaffectée, quoiqu’un seul de ses tisjsu,s l’ait été primitivement. Dans le cancer au sein, une petite glande roulait primitivement sous le doigt ; à la fin, tous les tissus glanduleux , cellulaire, cutané même sont . confondus en une masse commune et cancéreuse. Le cancer de l’estprnac, des intestins, de la verge, etc., présente la même disposition,. ., Pour peu que vous ouvriez de cadavres, pour la même maladie chronique, et à différentes époques , il vous sera facile de vous convaincre; de la vérité de cette assertion , savoir : qu’un tissu étant d’abord affecté djans un organe communique peu-à-peu son affection aux autres, et que ce serait mal juger du siège primitif que de l’estimer par les parties où il a Heu, à l’instant où l’on exnmine le sujet. Dans les maladies aignës, souvent la continuité suffit pour déterminer des symptômes divers.dans les tissus qui ne sont pas affectés, La tunique péritonéale étant affectée, on vomit, on tousse, on expectore même quelquefois beaucoup quand la plèvre est malade, etc,, etc, ( Consid. gén. p. Ixj. ) En voilà plus qu’il
n’en faut pour prouver qnel-iofluence delà distincûcn des tissus sur la physiologie et la pathologie, source féconde de résultats imporlans , ne saurait offrir aucun inconvénient, si l’on sait se contenir dans les limites tracées par Bichat, Il faudrait parcourir ici-toutes les monographies , tous les traités de physiologie etde pathologie publiés depuis, VAnatomie générale, pour fairO apprécier Finfluence que cet ouvrage a exercé sur l’étude et les progrès de l’art de guérir; ce travail ne saurait faire i’ohjet d’une simple noter nous nous Bornerons donc à faire connaître quelques-unes des modifications que l’on a tenté d’introduire dans la classification des tissus. ' ; ;
Bichat en avait fixé le: nombre à vingt-un , qui sont le cellulaire , le nerveux de la vie animale , le nerveux de la vie organique , l’artériel, le veineux, celui des exhalans, celui des absorbans, l’osseux., le médullaire , le cartilagineux , le musculaire de la vie animale , le musculaire de la vie orgariique, le muqueux, le séreux, le synovial , k glanduleux, le dermoïde, l’épidermoïde, le pileux. •
Ces ving-uQ tissus ont été réduits à dix-sept par MM. Richerand et Dupuytren, et à i8, en y ajoutant le tissu érectile, d’après le tableau qu’en a donné M. Blagendie ; mais on ne s’est pas arrêté là, Dumas n’en admit que quatre ; et de nos jours, l’étude des tissus primitifs est livrée en Allemagne à des distinctions qui paraissent dégénérer en subtilités scolastiques. BL "Walther n’en compte que trois, BI, Blayer veut bien en admettre sept; Mi J. F. Mcckel parait se perdre dans les globules qui constituent les élémens primitifs de tous les soKdes. En général, toutes ces distinctions subtiles apprennent fort peu df chose, et sont fondées sur des observations microscopiques souvent iliusoires. Sans faire le même reproche aux divisions ce la
fibre éîémenlaire indîque'e par Haller ét Blümenbàch, en fibre cellulaire, fibre nerveiisè, fibre musciijàire. auxquelles M, Chaussier a ajoüfé la fibre albugiïiée , et que M. Bourdon.a reproduites sous le nom de tissu ceîîulàir;e,' tissü musculeux , lissa nerveux et tissu fibreux , nous-dircns, avec M. Béclard, que ces divisions sontinsbffisanles > si elles représententies tissus secondaires ou systèmes organiques, et trop multipliées, si elle's n’expriment qûê Ife's formes élémentaires primitives. • : a;;
• (^o) Bicbat déclare que la nature de chaque tissu èst ignorée ÇConsid gén- p. îxxxij), et qu’il faut s’en tenir, par conséquent , a l’examea de leurs formes èxietieuréS,' et des 'différënces qu’ils offrent dans les résultats dëlèur-anàlÿsé chimique . M. Bréschet lui fait un reproehe de èetfè résérve. Bicbat a ntîi, suivant cet auteur, àrânaîomie paihologiquë , en s’élevant avéc force contre l’àbus ët rinutiiité^dë letude de la stnïclBfe intime de nos organes ; et c’est vers céltë étude que doivent se diriger désormais rms travaux. Sans doute, ce serait un très-bon moyen de perféctioBuêr la science, que de découvrir ce qui se passe dans Fintimitë' de nos parliés. Mais, jusqu’ici, toutes lés- actions moléculaires nous ont échappé ; et je crains bien qùe le mode d’altération intime des organes ne soit pas plus facile à découvrir que le mode d’organisation intime de chaque tissu. Au temps où la physique et la chimie éta ien encore au berceau , on cherchait à connaître le mode decomhinaison chimique des corps ; et l’on soutenait hardiment que, dans l’union d’un acide avec un alkali, les molécules acides étaient armées de pointes qui s’engrainaient dans les porosités des molécules alcalines. Ce n’est pas alors que la chimie à fait des progrès.
(ai) La distinction des maladies , d’après les tissus qu’elles affectent, est portée, dans le moment actuel, à un tel degré, qu’on doit craindre plutôt resagératipn que ia négligence . C’est en effet sur cette distinction que repose celle ^de toutes les nuances d’irritation admises par M. Broussais. Ce n’est pas ici le lieu de discuter ce point im-^portant "de pathologie; j’ai répondu dans la note 19 à ceux qui accusent Bichat d’exagéralipn , je ne puis donc entreprendre ici de justifier ceux qui s’en rendent coupalies. ' ......
(32} Celse disait qu’il doit y avoir dans un médecin certaine qualité qui ne peut se nommer, ni même se bien comprendre. • . C’est ce je ne sais <juoi qui faisait la différence que Martianüs apercevait entre lui -même et Galien, et ç.e pourquoi il lui dit, à Rome , en le rencontrant : « J’ai lu le pronostic d’Hippocrate comme toi , pourquoi donc- ne puis-je pas pronostiquer comme toi ? « Cette force, que ParaceIse.oherçbâit dans les astres ,. et Lentiilus dans les onguens, est ce génie qu’ils n’avaient pas. (Zimmermann. De rexpérience.)
(aS) Chercher dans les phénomènes morbides des faits propres à éclairer. Fhisîoire des phénomènes physiologiques , voilà un mode d’investigation qui reparaît à chaque page de l’anatomie générale. .Chaque tissu y est considéré dans l’état sain et dans l’état de maladie. L’histoire de rinüammatîôn phlegmoneuse se lie à celle du tissu cellulaire ; les anévrismes servent à distinguer les différentes portions du tissu artériel ; l’étude du système séreux se lie à celle des hydropisies ; et les phénomènes des névroses
éelaircisserit l'hisloire du tissu nerveux des deux vies. Ici, ces différentes modifications morbides qui composent chaque organe servent d’argumens pour établir la théorie des sympathies ■ Là, c’est la pathologie tout entière , qui sert de caractère distinctif aux sciences physiologiques. C’ést dans cette altération accidentelle des forces vitales, altération qui n’a rien d’analogue dans les forcés physiques, que nichât trouve une nouvelle preuve de la différence essentielle qui sépare les corps inertes des corps vivans. {ComiÉ^. gén. p. liij). On voit par là le rôle iittmense qu’il fait jouer à la pathologie, dans l’étude des phénomènes physiologiques, M. Lordat regarde cette application comme le movea le plus fécond en heureux résultats; etM, Magendie luimême vient de placer l’observation clinique au-déssus des expériences sur les animaux vivâns pour le perfectionne^ ment de la physiologie.
(24.) Ceci demande une explication sans laquelle pn ne manquerait pas de crier à l’ontologie et de m’accuser moimême de personnifier les propriétés vitales. J’ai asséz dit, dans la note 10, comment je concevais ces propriétés pour ne pas y revenir ici. Un mot suffira donc pour éclaircir mon idée. Quand Descartes demandait de la matière et du mouvement, il ne demandait pas deux corps distincts pour les réunir l’un à l’autre; il savait fort bien que le mouvement n’est rien sans la matière dont il n’est qu’un état, qu’une modification. Sa phrase doit donc être regardée comme métaphorique, et je ne pense pas qu’on entende autrement la mienne.
(26) « Le dernier élève qu’enfanta l’école fameuse de Leyde> le célèbre Saadifort l’a dit à l’un de vous (Bichat
vivait alors, mais cette prédiction ne devait point être accomplie) : dans six, ans, votre Bichataura passé notreBoerhaave « {Biscouts de Halle à la séance publique de l'école de médecine, le i 5 brumaire an XI ). Si Pon considère l’immense réputation qu’obtint Boerhaave, de son vivant, on pourra dire sans doute, aveeHallé, que la prédiction de Sandifort ne devait pas être accomplie v mais si l’on compare ce qui restera des travaux de Bichat, à ce qui reste de ceux de Boerhaave , la pensée de Sandifort n’était pas une prédiction. ,
(27) « Il était facile de prévoir qu'un homme aussi infatigable , aussi peu soigneux de ménager ses forces, ne pousserait pas loin sa carrière. De tous côtés , on le lui prédisait ; et les fréquentes affections gastriques qu’il éprouvait depuis quelque temps l’avertissaient. de modérer son ardeur pour le travail. Tout était inutile. Dans les plus grandes chaleurs de l’été , il visitait continuellement les : pièces d’anatomie pathologique qu’il avait soumises à la macération , pour ses expériences , et s’exposait avec le courage le plus téméraire à leurs émanations infectes. Un jour, qu’il en avait ressenti plus vivement l’influence , un accident acheva de déterminer chez lui là maladie que tant de causes avalent préparée. Il tomba, en descendant un escalier de l’Hôtel-Dieu; et la commotion légère, causée par cette chute , lui fit perdre connaissance pendant quelques inslans. Revenu chez lui avec peine, il passa la jnuit assez péniblement ; mais le lendemain , un violent mal de tête se déclara. Il voulut cependant faire la visite de ses malades comme à l’ordinaire. L’extrême fatigue qu’il en ressentit lui attira un évanouissement qui l’obligea de se
mettre au lit. Calmé-d’abord par les sangsues qu’il se fit appliquer à la tète , il parut n’avoir plus à craindre les accîdens de la.chute; mais, sur-le-champ , l’appareil des symptômes gastriques se manifesta au plus haut point d’intensité. Une tendance continuelle à l’assoupissement fut le triste prélude des phénomènes ataxiques qui survinrent au bout de quelques jours, et auxquels il succomba le 3 thermidor an X (22 juillet 1802) quatorzième jour de la maladie. M. Corvisart, médécin du gouvernement, et Lepreux, premier médecin de l’Hôtel- Dieu , lui avaient donné les soins les plus assidus. « (Buisson. Précis hisior.)
(28) ■« Il faut l’avouer , la nature est repoussante lorsqu’on la montre revêtue de ces formules minutieuses où chaque organe ne se présente à vous que géométriquement entouré d’angles, de faces , de hords , etc. Qu’importent d’ailleurs ces détails descriptifs exagérés ? La physiologie n’en tiré aucun secours , puisqu’elle ne's’occupe que des rapports généraux. Les fonctions d’un muscle sont-elles moins connues, quoique ses filets artériels et veineux ne soient pas scrupulensemenl eomplés.? Ce mode de description est évidemment étranger aux progrès de la médecine. On pourrait croire qu’il avance ceux de la chirurgie; mais examinez chaque opération, vous verrez 1 instrument respecter les troncs , intéresser indifféremment les rameaux ; vous verrez les principales saillies des os guider la main qül réduit une fracture ; mais leurs légères surfaces, leurs inégalités ne lui fournir aucune indication. Desauit avait reconnu cette vérité ; il eût brisé lui-même l’édifice qa’ii avait péniblement élevé, s’il eût continué l’eii-’ geignement. » (Bichàt. Ahat, descrip. dise, préli)
(29) On pense assez généralement que les idées M. Broussais ne sont que le développement de celles de Bichat; M. Broussais lui-même tâche d’accréditer cette opinion pour donner plus de poids à ses principes. Il dit que la véritable médecine ne commence qu’à l’anatomié générale ; il écrit que « le noyau de la seule doctrine raisonnable a toujours existé dans l’école de Bichat » ; (Jour, urdo.') etc ; et il part de là pour établir sa doctrine , qu’il appelé exclusivement physiologique. Or, c’est précisément le vice de sa physiologie que je signale, à l’endroit du texte auquel se rapporte cette note ; voici en effet comment il continue la théorie de Bichat. Celüi-ci admet deux propriétés vitales bien distinctes, la sensibilité et la conlracrtililé} M- Broussais ne voit dans les tissus organisés d’au-r tre propriété apparente que celle de se raccourcir. Dèslors, la contractilité est une propriété vitale , et la sensibilité ne l’est pas. Bichat ne voit pas autre chose dans la matière organique que les deux propriétés indiquées plus haut. M. Broussais ne s’arrête pas là : M place au-dessus de la contractilité la chimie mante , le phénomène le plus reculé qm FRAPPE NOS SENS, et qui n’est cependant que l’instrument invisible , IMMATÉRIEL de la force vitale. Ainsi, tandis que Bichat s’arrête aux deux phénomènes les plus simples, les plus évidens de la yie , M. Broussais crée deux entités hien distinctes qui ne sont que des êtres imaginaires. Ce réformateur n’est donc pas sur le même terrain que Bichat ; il dénature sa physiologie par une exagération qui la rend chimérique et ridicule. Nous verrons plus loin qu’il a fait la même chose pour la pathologie .
M. Magendie nous paraît errer dans un sens contraire .
Les efforts que Bichat a faits pour séparerla physiologie de la phy sique lui paraissent nuisibles à la science ; suivani
lui, Bichat n’élait pas un juge compétent, il n’avait pas assez ae données sur les sciences physiques , pour eh réprouver l’usage; tout aû plus ettt-ilpü affirmer qü’on en avait fait jusque là une mauvaise application , etc. (iVbfes sur les recherches physiol.')
«A quelle occasion M. Màgèndîé fait-il tous tes reproches à Bidiat ? c’est à l’instant où cei: auteur dit que lés lois vitales, sans cesse variables dans leur intensité, leur éhérgîè , leur développément, passent souvent àveC rapidité du dernier degré de prostration au plus haut point d’exaltâtioh ; s’accumulent et s’affaihlisâent tour à tour dans les organés, et sohf éxiîdséés à chaque instant a de nombreuses rëvointions sous rînfluéncé dés causés les plus îégérés ; q\ié is sehsîhîlité éhahgé sans cèssé de propoétioh- dans la même paftié organique et dans la ihêniè masse de matière; qù’appliquées aux actes de la vie, lès mathématiqùes he péüvënt“jàmais offrir dè'fô'rmutëh générales^;' que caïfculér la forcé d’un muscle , îa vMéssé du san'gjia qüâhtité d’air êntrant lfenslé'poumon, c’estl)âïir SUir Un sahië naoüvânt Un édîficè solide par lûî-mêmè , haais qui tbtühë MêhtÔî faiite dé hases assurées . Bîchàt ajouté qUê dé l’ahâîÿsé ffé Funné , de la salivé , dé la bile , fé'süiîé la chimie ahîmalé , mais non la physib'&^üe ; qué l’inVfàhiîîté des forces vîtarés a été i’éhuëii où sont venus dcKpHér tô'us lés calculs dés physiciens médècms dés siécrespassés; et que lés variations hâSitüèï&és dçs^ffiiîdë& vïvahs gui derivénl de cëîté instabilité^ pÔOTrâiéhtïuéh êlre'uh ôljstaéié hoh mô&s réel àiîk analysés des chiînlsïés 4 nedecihs de nos jours. Ilxôhclu't en disaht^qïïèTa sciêhcé corps' hrg^âiîisés doit éfi-é traitée
d’une inahiêré toute differente de cellés qui oht les corps inorganiques pour objet ; eî qu’il fàufraitj pour ainsidire,
y employer un langage différent ; car la plupart des mots, dît-il, que nous transportons des sciences physiques dans celle de l’économie animale on végétale , nous rappellent sans cesse des idées qui ne s’allient nullement avec les phénonaènes de cette science . »
a Aussi long -temps que l’on n’aura pas démontré le con traire de toutes ces assertions, on sera contraint de reconnaître que Bichat s^est naontré le digne successeur de Stahl et de Bordeu, en repoussant l’application indiscrète de la physique et delà cliimie à la physiologie 5 et que, si Bornées que fassent ses connaissances en chimie et en physique, il a très-bien vu , à la fois , la stérilité et le^ inconvéniens de l’explication de tous les phénomènes de la vie par les théories chimiques et physiques. J’ai dit l’application indiscrète^ parce que Bichat n’a jamais eu l’inten- ■ tion de bannir la physique de la théorie de ja vision , ni de •elle des mouvemens organiques naanifestes, et parce que lui-même a trop accordé à la chimie dans la théorie de la respiration et des effets du sang noir et du sang rouge dans le cœur et le cerveau. ?> (Boisseau. Joum. univ.')
( 3 p) Tous les ouvrages de Bichat ne sont que le développement de cette vérité qu’il avait énoncée avèc tant de précision dans l’éloge de Desault. « Que sert tonte description anatomique si elle n’est un ternie de comparaison entre la santé et la maladie ? Si, par l’harmonie de l’une , elle ne nous rend plps sensibles les désordres de l’autre ? L’étude des lois de la nature n’est pour nous qu’une ioroduction à celle de leurs dérangemens.
( 5 i)«Bichat avait posé , dans les prolégomènes de l’anatomie générale, l’idée mère que, parmi-les lésions crga-
îiiques qu’on obsei-ve , les unes sont analogués à ceftaib# tissus déjà existans dans l’économie animale , tandis qucf d’antres sonî absolument étrangères à notre organisation; ce qui établit deux grandes classes qu’on retrouve dans toutes les méthodes proposées depuis ; mais ce grand pbysioiogiste , qui créa, pour ainsi dire, en paâsant, l’anatomie pathologique, qui en fit même des cours pendant deux années J n’écrivit rién sur cette science. La mort le surprit avant qu’il ait pii nous donner l’ouvrage qü’it projetait. Quelques années après , MM. Dupuytcen et Laennec publièrent presque simultanément, chacun, un projet de classification d’anatomie pathologique ; il s’engagea entre eux une discussion polémique, pour savoir lequel avait autorité sur l’autre. »
K Quoi qU’îl en soit, toUs les deüt ont porté îâ connaissance de cétte scîencejbien plus loin que l’auteur du traité des membranes. On peut les regarder comme ceux qui lui ont fait faire en France lè plus de progrès; et bien qu’lîs aient annoncé tous les deux, il y â plus de six ans , Un traité sous presse ., aucun n’a rièn publié de semblable. {ReCi gén. de la Société de médecine de Paris^ t. Ivij, p, 545 ).
M. Mérat écrivait ceci, en rendant compte de VEssai sur Vanatomie pathologique pàr M. Crùveilhièr, publié en ï8i6. Mais cét essai ne doit-il paà être regardé comme acquittant en partie la promesse dëM. Dupuylren Pet si M. Laennec n’a pas publié de traité spécial sUr cette partie , son bel ouvrage de VAuscultation iuédîate nous paraît offrir une compensation fort avantageuse puisque ici l’étude des symptômes maniiestés pendant la vie se lie intimement à l’examen des altérations organiques , reconnues après là mort.
(Sa) Stahl avait comparé la matière médicale aux étables d’Augias ; et, depuis ce grand homme , personne n’avait osé y porter la main. Bichat donna le premier signal des perfectionnemens qu’elle a subies de nos jours. « Incohérent assemblage d’opinions elles-mêmes , incohérentes , dit-il, elle ést peut-être de toutes les sciences physiologiques celle où se peignent le mieux les travers de l’esprit humain. Que dis-je ? ce n’est point une science pour un esprit méthodique; c’est un ensemble informe d’idées inexactes, d’observations souvent puériles, de moyens illusoires, de formules aussi bizarrement conçues que fastldleusement.assemblées.... Otez les médicamens dont l’effet est de stricte observation , comme les évacuans, les diurétiques, les sialagogues, les anti-spasmodiques, etc. ; ceux , par conséquent, qui agissent sur une propriété vitale déterminée ; que sont nos connaissances sur les autres ? » (Coiîsid. gén. p, xlvj) • C’est pour rectifier ces connaissances qu’il commença, à rHôtel-Dieu, ,une série d’expériences sur les substances médicamenteuses. « Il les administrait d’abord isolées, puis combinées une à une, deux à deux , etc. pour en observer les effets simples ou composés. Plus de quarante élèves , attachés à sa suite , le soulageaient dans cé travail qu’il dirigeait toujours par lui même ; et, chaque jour, il rendait compte, dans les cours qu’il faisait du succès de ses recherches . » (Buisson. Précis hktoiiqus ).
( 33 )' On peut voir dans lé Formulaire pour la préparation et Vemploi de plusieurs nouveaux médicamens, réceniment publié par -M-. Magendie , les acquisitions qu’a faites de nos jours ja malière médicale. 3ans doute, toutes les pré-
paralions dont il y est questionne sont pas des xnédicamens précieux ; mais il en est quelques-unes qui sont de véritables richesses pour la thérapeutique, et qui nous donnent les moyens de combattre avec avantage des maladies autrefois au-dessus des ressources de l’art.
( 34 ) « Quand les ppinmns qup. l’on professe sur un ordre d’idées ^elconques deviennent la cause et les armeS dés partis, dit de Staël, la haine, la foreur, la jalousie, parcourent tous les rapports, saisissent tou .3 le? côtés des objets en discussion^ agitent toutes- les ^e.s.ti(|i)s qui en dépendent ; et, lorsque les passions se retirent, la raison yâ recueillir, au milieq, du champ bataille, qqejqties débris utiles a la recherche de là yépité . » Cette pensée s’applique parfaitement à l’époque médicale actuelle. Les principes fondamentaux de la science, remia ep discussion, sont envisagés sous toutes ks faces -, toutes lés questions importantes sont agitées dâqs tons, les sens ; et, ,en lisant les écrits , ou en écoutant les paroles auxquelles gette djs-* cusslon.^onhelieu^.qn voitbien que les passions pe sp sont pas encore retirées.
Èri attendant ce moment, qui n’est pas peut-être anssi éloigné qu’on ppupait Ip croire, nous avons payé notre tribut à la science , en soumettant à une discussion impartiale lés principales questions de pathologie, agitées dans, lés cours de M, Broussais ■^. Comme nous ne pouvons eqr. trér ici dans lés détails, nous nous bornerons à faire, jqjr comment M. Broussais s’est écarté, en palholdgiê, du chemin tracé par Blchat, comnac nous l’ayQns f^it noté aq, pour la physiplogie. .
- Ypyez X^xposiWn de là doctrine médiéalè STe M'Æ'roussats, dont nous avons déjà publié vingt-quatre articles dans la Gazette âë santé, années 1821 et i822<
« Les lois vitales, suivant Bichat, sont tellement modifiées , changées, je dirais presque dénaturées par les affectiong ijaprhifiques , que nous ne pouvons plus alors partir des phénomènes connus de l’animal vivant pour rechercher ceux de l’animal qui meurt. Il serait nécessaire pour cela de sayoir Ce que c’est que cet état intermédiaîre à la santé et à la mort, où toutes les fonctions éprouvent un changement si remarquahle , changement qui, varié à l’infini, produit les mnomhrahles variétés des maladies.» p. i53. )
M. Broussais ne part pas du même principe. Pour lui, les,phénomènes de la vie ne sont jamais qu’exaltés ou diminués. » La santé ne s’altère que parce que les excîf ans extérieurs ont cumulé l’excitation dans un point, pu parce qu’ils ont manqué à l’économie. » {^Nouv. prop. 62.)
Voiià dans toute sa pureté la sthénie et l’asthénie de Bro\yn ; le laxum et le strictum de Thémison. Il est vrai que M. Broussms ajoute un troisième mode d’altération qui arrive : lorsque » l’économie a été stimulée d’une manière qui répugne à l’exercice des lois vitales. » (Ihid.') Mais, outre que cette répugnance des lois vitales pour certains agens ( les poisons ), n’a rien de commun avec la spécificité, consacrée par la doctrine de Bichat, le peu d’influence que M. Broussais lui attribue , dans l’histoire ultérieure des maladies, prouve assez qu’il n’en a parlé en principe que pour s’en servir dans l’occasion comme d’un échappatoire. ■
La dichotomie médicale, la doctrine de la sthénie et de l’asthénie -pure et simple est tellemeut inhérente à sa ruanièrede considérer la pathologie, que M.Bégln s’est attaché à démontrer, qu’il n’y avait rlen âespéciai dans les maladies, et que M. Boisseau a cru devoir avertir M. Broussais qu’il ne devait rien y avoir de spécifique dans sa doc-
Irîne. Cependant telle est l’évidence des faits, telle est la nécessité de reconnaître dans les maladies autre ctose que force et faiblesse ^ exaltation et diminution, que M. Broussais lui-même, quoiqu’il commette celte erreur dans le fait, ne veut point l’avouer en principe. Ainsi, tantôt il assure que sa doctrine n’exclut point les spéc^iques ( Journ. unw. tom. VIII, p. i5i et i 52.); tantôt,il dit qu’ily a des agens qui répugnent aux lois vitales ; tantôt, il admet que l’irritation morbide peut être dénaturée. ( Joum. unw. ) Malgré toutes ces restrictions , il est vrai de dire que M. Broussais ne reconnaît en fait que des maladies sthéniques ou asthéniques , que des stlmulans ou des affaiblissans : c’est là toute sa pathologie. J’ai donc eu raison de dire qu’elle était contraire à l’esprit de Blchat, qui répète dans scs considérations générales le passage des Recherches physiologiques , que nous avons cité plus haut, d’une manière tout aussi expressive. » Non seulement c’est en plus ou en moins qu’elles pèchent ( les propriétés vitales), mais elles sont encore dénaturées. Des diverses modifications que la sensibilité organique et la contractilité insensible peuvent éprouver, naissent dans les plaies et les ulcères la diversité de suppuration, dans les glandes la diversité de sécrétions, dans les surfaces exhalantes la diversité d’exhalation. Donc, il faut que les médicamens, non-seulement diminuent ou augmentent chacune des forces vitales : mais encore la ramènent à la modification naturelle dont elles s’était écartée. » ( Consid. gén. p. Ij. ), Voilà la doctrine des spécifiques bien manifestement admise par Bichaf', et, malgré la défaveur et même le ridicule qu’on a voulu attacher à ce mot, cette doctrine doit reparaître encore avec tous les avantages d’une théorie fondée sur l’observation la plus exacte des faits. Yoilà la condamnation
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légitime de toutes les doctrines exciusivera^dans lesquelles on nous représente les phénomènes pathologiques comme toujours identiques avec les phénomènes physiologiques ; où l’on ne voit que force ou faiblesse , tension ou relâchement, irritation ou ah-irritation. C’est la réfutation pleine et entière de cette dichotomie médicale , qui nous représente toutes les maladies comme de simples degrés d’un même phénomène, et qui, tantôt avouée hautement, tantôt éludée par toutes les subtilités de la scolastique, devient ridicule à force d’être absurde.
( 35 ) Quoique la doctrine de M. Broussais embrasse toute la science médicale, j’ai voulu signaler plus particulièrement dans ce paragraphe la question des fièvres , qui en est la plus importante. Cette question est jugée, si l’on en éroit les partisans de la nouvelle réforme ; je me garderai bien de les contredire , je ferai Seulement deux observations : la première , c’est que le siège des fièvres n’est pas aussi rigoureusement fixé qu’on pourrait le croire, puisque les élèves les plus distingués de M. Broussais diffèrent d’opinion avec lui sur ce point; la seconde, c’est que M. Broussais , qui se glorifie tant de cette découverte , a dit quelque part : « Je pense que si Bichat eût osé attaquer les fièvres essentielles, la révolution que nous désirons aujourd’hui serait déjà faite : Je sais de bonne part qu il n’a été retenu que par des considérations personnelles. « Si M. Broussais savait cela , pourquoi donc a-t-il écrit la phrase suivante : m Dans quel ouorage a-t-on consigné que les fièvres essentielles rentreraient un jour dans la classe des phlegmasies ? » Il est des choses qu’on peut apprendre ailleurs que dans des ouvrages ; et il est fort commode de les lorsque le maître meurt à trente ans.
( 36 ) » La modestie, a-t-on dit depuis longtemps , est toujours la première vertu des grands hommes : Bichat justifia cette maxime. Peu fastueux dans ses promesses, il se proposa seulement d’aller toujours au-delà de ce qu’il avait annoncé. Lorsqu’on 1797 , ü entreprit pour la première fois un cours d’anatomie, il se contenta d’un local étroit et peu commode, ne supposant pas qu’un grand nombre d’élèves àdt le suivre. Il n’établit point de laboratoire , et se borna à de simples démonstrations ; mais déjà, il y mêlait des dissertations physiologiques assez étendues; il multipliait les expériences sur les animaux vivans, dans la vue de vérifier et de déterminer exactement le point d’où il devait partir pour découvrir des faits nonveaux. « (Buisson, PreaWzwf. )
C’est ici le moment de répondre au reproche qu’on lui a fait de n’avoir pas nommé les auteurs anciens ou contenaporains dont il empruntait les idées.
Je ne sais qui, le premier, a accusé Bichat d’avoir profilé des travaux de tout le monde , et de n’avoir cité personne, Cette accusation a pu, dans le temps, satisfaire quelque amour-propre ; mais je m’étonne qu’elle soit encore répétée tpus les jours, malgré l’evidence des faits. En effet, le nom de Bichat se rattache à trois grandes idées qui dominent toute la science de l’homme- La première est l’histoire des propriétés vitales, ou l’histoire du vitalisme; il en rapporte sans cesse les premiers élémens à Stahl, à Van-Helmont, à Bordeu, à Vicq-d’Azir, à Barthez, et à toute l’école de Montpellier-( Consîd. gén, p. 38 ,39 et suiv.). La seconde est la division des fonctions en intérieures et extérieures, ou animales et organÿjue$ ; il en trouve l’origine dans Aristote , Buffon et Grlmaud (£oc. cü. p. 100.). La troisième est l’histoire des tissus élémentaires ;
tout le inonde sait avéc qu’efle candeur il avoua, dans le Traké des membranes, qu’il en avait trouvé le germe et puisé l’idée dans la Nosographie de M. Pinel. Ce ri’est donc point dans les idées fondamentales que Bichat a négligé de citer les auteurs dont il adopte les principes: s’il l’à fait dans quelques idées de détail, ne doit-on pas l’attribuer plutôt à la rapidité de ses travaux, et au peu dé temps qu’il pouvait donner à la lecture. » Plus accoutumé à obrserver qu’à lire, Bichaf ignorait absolument certaines découvertes, et, dans plusieurs occasions, il éilttoutle mérite dé l’invention, quoique avant lui les vérités qu’il annonçait n’eussent pas été absolument înconnüés.( Buisson, Préci? Jiist.')
( 3 ’j') Vojezles Eloges de Pic^né par Lepreux ^ Husson, | Levacber-de-la-Feulrie, mais surtout le Précis Mstoriqüé, | par Buisson , écrit d’un style élégant et pur , et rempli dé î détails'très intéressans ; il est placé ën tête du troisièrUé vol. de VAnatomie descriptive. Le discours prononcé par Halle, à la séance publique dé l’École de médeciaé , sa biographie par MM. Ghaüssier et Adelon , celle par M. 1 Boisseau, etc. sont aussi très-remarquables.
( 38 )' Gë voeu a été rempli au-delà de nos espérances-'iLe 5 sèptéinbre iSia, la Société d’émulation et d’agriculture, beHés : lettrés ét arts du département de l’Ainy atena^ soas
(*) Dans la préface des Rapports du physique et du moral, Cabanis se plaint de ce que quelques écrivains ont cru pouvoir s’emparer de plusieurs de ses idées eu négligeant d’jndiquer leur source et, à l’instant même , il dit en note:; « Au moment où je corrige cette feuille et ce passage , j’apprends la mort du citoyen Bichat ; cet événement aiissi funeste qu’inattendu... etc. » Jamais reproche ne fut fait avec plus de délicatesse, mais j’ose dire aussi avec moins de justice : je laisse aux juges impartiaux à décider ce que Bichçtt 9 pu prendre dans l’ouvrage de G^aph'
ia présidence de M. le Préfet, une séance publique et solennelle pour décerner le prix qu’elle avait proposé. M. le . docteur Cabuchet a fait le rapport sur le concours. La chaleur avec laquelle il a parlé deBichat, a fait reconnaître en lui un de ses élèves , et tous ses élèves ont été ses amis.
Le prix a été décerné à l’auteur de l’Eloge ayant pour épigraphe: Vita hrevis ...
En terminant son rapport, M. Cabuchet a émis le vœu, qui est depuis longtemps,dans la pensée detous les admirateurs de Bichat, de voir un monument public élevé dans notre pays à sa mémoire. Cette idée heureuse doit être accueillie avec faveur par tous les amis de la science , avec ' transport par les compatriotes de Bichat. L’ame s’élève à la vue du monument que le reconnaissance a érigé au génie : toutes ces formes animées, sous lesquelles la gloire se présente, transportent les hommes d’espérance et les enflamment d’émulation. {Courrier de VAm ^ 7 septembre 1822 . )
Nous partageons bien sincèrement les sentinlens exprimés par M. Cabuchet et par le rédacteur du Courrier de VAin , nous ajouterons , avec un journal de la capitale, que les compatriotes de Bichat ne seront pas les seuls à con- ^ courir à une résolution si honorahle, et que tous les amis des sciences et de ia gloire nationale s’empresseront d’y participer, du moment qu’ils connaîtron^l^^H^^tjons présentées aux souscripteurs.