‹ Éloge du baron Hippolyte LarreyChapitre 2 sur 4 · SOCIÉTÉ DE CHIRURGIE · texte numérisé non relu

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commenl s’en réjouir? de Paris, Isaure écrit que sa mère est très mal; Hippolyle répond en annonçant l’état du père, et ce lut, pendant plus d’une semaine, entre les deux enfants désolés, un échange de lettres où chaque jour le cercle se rétrécit de la sinistre certitude. On saigne cinq fois Dominique qui veut, malgré sa faiblesse, continuer son voyage; il gagne Toulon ; il en repart le 16 et s’évanouit dans les bras de son fils; le 17, il est Aix; le 18, à Avignon où les forces diminuent encore; le 21, il se sent mieux, et, malgré de vives prières, il prend le bateau du Rhône pour Lyon ; il y arrive le 24 et meurt le 25, à 9 heures du matin ; à 5 heures du soir, le même jour, une lettre d’Isaure annonçait à Hippolyte la mort de sa mère. Une dernière amertume était réser\'ée aux orphelins : Dominique Larrey voulait être enterré à l’infirmerie des Invalides, au milieu des gloires impériales ; Soult répondit par un refus : la vieille haine de Bautzen ne désarma pas devant la mort.

La gloire a son envers qu’elle réserve, dit-on, pour la famille : l’admirable héros que fut Dominique Larrey, ce bras, ce cœur prêt à toutes les tâches, cette âme ardente et généreuse fît porter aux trois êtres charmants qu’il adorait, sa femme, sa fille et son fils, le poids d’une autorité écrasante. Certainement, l’individualité d’Hippolyte eût été plus originale et frappée d’un coin plus net si, pendant trente-quatre ans, son initiative n’avait pas été brisée par les inflexibles arrêts de son père. Lorsqu’on regarde, au Louvre, dans la salle des Sept cheminées, les portraits des deux Larrey, le Dominique de Girodet et l’Hippolyte de Pérignon, placés côte à côte sur la cimaise, on s’inquiète en songeant aux heurts possibles entre deux êtres si dissemblables. A voir le front volontaire, le menton violent, la physionomie dominatrice du père, on tremble pour Hippolyte, pour son ingénuité naïve et sa délicate bonté.

Ces deux morts mirent en détresse l’àme du jeune Larrey; il se réfugia dans le travail; il avait ses leçons, ses élèves. Il fut nommé membre de notre Société et l’accueil qu’il y reçut fut si empressé que, au bout de trois années, il en était nommé le président; en 1850, l’Académie de médecine lui ouvrit ses portes et il échangeait sa chaire de pathologie contre la chaire de clinique chirurgicale. Pendant cette période il publia ses travaux les plus estimés, sa monographie sur l’adénite cervicale, son mémoire sur le trépan et ses recherches sur les plaies de la vessie. Il voulut reculer les

limites de la conservation dans les traumatismes; mais, à l’époque où il la prêcha, sa croisade était stérile. Opérer ou ne pas opérer, le résultat était le même : la mort à brève échéance. Depuis, l’antisepsie, la doctrine de la conservation systématique est devenue féconde; nous l’avons érigée en dogme et je professe que dans les écrasements des membres, il faut s’abstenir : jamais d’amputation traumatique, telle est ma formule intransigeante. Le blessé, que l’intervention tuait parfois, guéri et dans de meilleures conditions, car la nature, {)lus avare dans ses procédés de réparations, .sacrifie moins de tissus que la plus parcimonieuse de nos e.xérèses.

Dien qu’il fût décoré de la croix de Juillet, la chute de Louis- Philippe n’éveilla chez Larrey ([ue des regrets médiocre.s. La Républiciue eut d’abord ses sympathies, puis il accueillit avec enthousiasme l’avènement de l’Empire. Nous qui ne pouvons oublier les proscriptions de son aurore, la guerre funeste de son couchant et la patrie mutilée, nous comprenons pourtant l’ardente admiration d’Hippolyto Larrey : il faut compter avec la reconnaissance et les souvenirs de famille. Au siège d’Alexandrie, son père avait couché, au bivouac, à côté do Bonaparte, tous deux recouverts par le même manteau, et, depuis, il avait suivi sa fortune des Pyramides au départ pour Saint-Hélène; lui, Hippolyte, à sept ans, il avait vu le grand homme s’arrêter devant lui et lui flatter la joue. Par la lecture des Mémoires et Campagnes et par les récits de son père, il avait vécu l’épopée impériale; il avait été accueilli par Madame Mère, il avait vu Joseph, et sa séduisante fille, la comtesse de Survilliers; il connut Louis et voua un culte à la mère du nouvel empereur, à la reine Hortense dont il s’entretenait souvent avec sou charmant biographe, Julie Junot, duchesse d’Abrantès.

Napoléon III lui témoignait une amitié déférente : il en fît son chirurgien et, comme Corvisart était son médecin, on aurait pu se croire encore aux Tuileries de 1808 quand Napoléon 1®' avait auprès de lui, et aux mêmes emplois, un Corvisart et un Larrey. Dès le début du règne, Hippolyte invoqua la clémence impériale pour le grand sculpteur à qui l’on doit, parmi tant d’œuvres maîtresses, la statue de Dominique Larrey, érigée dans la cour d’honneur du Val-de-Gràce : David d’Angers, ardent républicain, fut, au coup d’Etat, incarcéré à Vincennes. Hippolyte court chez l’empereur qui commue la prison en exil. L’artiste se réfugie à

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Bruxolles, mais le climat y éprouve sa santé délabrée; Larrey multiplie alors les démarches et les mène avec une telle délicatesse, il ménage si bien la dignité de son ami, que David d’Angers, d’une fierté presque susceptible et dont les convictions n’avaient pas désarmé, crut pouvoir rentrer en France.

En avril 1859, Larrey fut nommé chirurgien en chef de l’année des Alpes et partit pour l’Italie avec l’état-major du grand quartier ■général. Il y fut digne de son père : à Magenta, il était des ambulances de première ligne ; à Solférino, où il reçut la croix de commandeur de la Légion d’honneur, son cheval. Tony, blessé au poitrail, allait s’abattre quand Napoléon lui-même prévient Larrey du danger qu’il court. Larrey raconte qu’après la bataille, il fut chargé de remettre la croix à un blessé, au fusillier Breillac, qui avait tué, d’un coup de bayonnette, un général autrichien et rapporté, au camp, son épée et son chapeau à plumes. A l’ambulance, le chirurgien pique la croix à la chemise de Breillac et lui demande comment il remerciera l’empereur. « Eh bien, répond notre homme, dites-lui beaucoup de choses de ma part. » Pendant cette campagne, le chirurgien en chef put voir les manquements de l’intendance ; ses idées sur l’autonomie du service de santé étaient faites et il commença cette lutte de plus de vingt années, mais où il eu l’honneur de porter le coup triomphant.

Un dernier malheur de famille avait frappé le baron Larrey. Isaure mourut du mal (}ui devait plus tard emporter Hippolyte. La pauvre femme, dans les dernières années de sa vie, n’élait plus la douce, la charmante, la sensible Isaure dont la beauté avait fait s’incliner le grand Napoléon, dans une revue, en 1815. Son caractère s’était aigri ; elle occupait, dans le ménage, la place que « la pauvre mère de douleurs » n'avait plus la force de tenir; il fallait résister aux volontés du père, et elle y prit quelque raideur; puis elle devint vieille fille, souffrit de voir fuir la jeunesse sans mari et sans enfants; enfin, elle fut toujours un peu jalouse de l’affection de son frère qui, tout jeune, distingua chez elle ces inquiétudes de cœur et, pour calmer ses craintes, lui écrivait de bien naïves lettres : « Aujourd’hui je viens à toi, à loi seule et presque sans papa ni maman. » Mais ces tristesses et ces nuages étaient passagers ; le frère et la sœur s’aimaient profondément et lorsque Isaure, enfin apaisée par son mariage avec le D' Uérier, médecin on chef des Invalides, fut emportée après un an de souffrances.

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la douleur fut grande pour Hippolyte désormais isolé dans la vie.

Du moins, il continuait l’ascension de sa brillante carrière. En 1858, il quitte la chaire de clinique chirurgicale et la sousdirection do l’Ecole du Val-de-Gràce, incompatibles avec les fonctions de médecin-inspecteur. Il préside l’Académie de médecine en 1863 et en 1867 il remplace Giviale à l’Académie des sciences; il succède à Maillot comme président du Conseil de santé des armées ; il était commandeur de la Légion d’honneur et avait reçu des cours étrangères presque autant de croix qu’un diplomate ; enlîn l’emj)ereur lui continuait sa ymissante amitié. Au camp de Chàlons où il l’accompagnait tous les ans, Larrey soupçonna, dès 1865, l’existence d’une pierre dans la vessie ; le tableau clinique était complet et pour affirmer le diagnostic, il ne manquait que le heurt de la sonde métallique sur le calcul. Au retour, une consultation eut lieu avec Nélaton et Jobert de Lamballe, mais Napoléon s’opposa à toute exploration se souvenant des soulTrances qu’un simple cathétérisme lui avait fait endurer à Vichy. La pierre grossit, la cystite s’aggrava et la néphrite survint. Telle est la vérité sur cette maladie qui suscita de si retentissantes polémicpies.

Désormais, le baron Larrey n’eut plus de sécurité auprès de son malade ; en 1869, il accompagna l’impératrice en Corse. Il devait aussi la suivre à l’inauguration du canal de Suez ; mais, dans un bal offert par les ofliciers de marine sur le pont du vaisseau qui ramenait l’impératrice à Marseille, il eut la vision des splendeurs que préparait l’Égypte à la souveraine de France, encore dans l’éclat de sa radieuse beauté : ce cortège d’artistes, de savants, d’officiers accourus pour ces fêtes uniques, dans la lumineuse contrée ; puis il songea tout à coup à l’empereur vieilli, soucieux, accablé par un mal qui s’aggravait sans cesse au milieu d’intolérables crises. Non ! sa place n'était pas dans ces festins et ces bals, parmi les adorateurs du soleil levant, agenouillés devant la future régente; elle était à Paris, auprès de son malade qu’il aimait et, pour obéir à ce sentiment rare, il déclina le fastueux honneur do suivre l’impératrice.

L’année suivante éclate la guerre inexpiable. Larrey est nommé chirurgien en chef de cette armée qui, par une dérision cruelle s’appelle l’armée du Rhin; il rallie le quartier général à Metz; il assiste à la bataille de Borny, se rend au camp de Chàlons, erre plusieurs jours, à la recherche de Bazaine; il est enfermé à Mont-

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médy que rcnnemi bombarde ; il en sort, gagne la Belgique et rentre à Paris avant l’investissement. L’empereur était prisonnier, l'impératrice et le prince impérial en fuite, l’Empire renversé. Le Gouvernement de la Défense fait Larrey chirurgien en chef de l’armée de la capitale; pendant la Commune, il remplissait les mêmes fonctions à Versailles. A l’entrée des troupes régulières dans Paris, les insurgés allaient mettre le feu à sa maison de la rue de Lille, lorsqu’un d’eux apprend qu’elle appartient à Larrey; il se rappelle avoir été soigné par lui au Val-de-Grâce ; il arrête ses compagnons, leur conte la douceur et la bonté du médecin et c’est ainsi (jue furent conservés les œuvi’es d’arts et les collections précieuses dont nos Musées ont hérité. En 1872, sonna l’âge de la retraite; Larrey était encore en pleine vigueur, on pourrait dire en pleine jeunesse, et, pour marquer le regret qu’il avait à se séparer de lui, le ministre de la guerre le promut à la dignité de grandofficier de la Légion d’honneur.

C’est le baron Larrey de cette époque, le baron Larrey d’après sa retraite que notre génération a connu. On le voyait à la Société de chirurgie, à l’Académie de médecine, au palais Mazarin, toujours présent, toujours exact, aimable, souriant et d’une politesse vraiment extraordinaire. Si nous en croyons la statue du Val-de- Gràce, il ressemblait à son père ; il était petit comme lui, mais de taille bien prise et d’épaules robustes; sa tête, un peu grosse, était encore ornée des cheveux admirables de sa jeunesse, souples, bouclés et maintenant d’une blancheur de neige; un front haut et •large, des yeux noirs doux et bons, un nez grand et de lignes pures, une bouche bienveillante, un teint d’une « pâleur superbe » donnaient à sa physionomie une très rare distinction. Sa figure attachait le regard et les étrangers, de passage dans nos sociétés savantes, demandaient tout d’abord le nom de ce beau vieillard dont « les gestes, la démarche, la façon de parler étaient, nous dit Bianchon, d’un soldat, d’un savant et d’un gentilhomme accompli. »

Bon, obligeant, affable, courtois, il était de conscience droite et détestait l’injustice; il osa refuser à l’impératrice l’avancement trop rapide d’un protégé et la souveraine lui en garda rancune. Dans une lutte académique où nous étions engagé, nous le vîmes résister aux instances d’une princesse issue des Bonaparte. Vertu bien rare, il admettait qu’on fut honnête dans un autre parti que le sien. 11 vécut de sa médiocre aisance et ne chercha jamais

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la fortune. Cette tenue morale, cette obéissance à de hautes règles n’enlevait rien à sa bonne humeur. Il aimait les histoires gaies et conte, dans ses Mémoires, (ju’un oflicier qui sacrait et jurait à l’ambulance, en fut réprimandé doucement, par une jolie sœur'de charité. — Et qui êtes-vous, crie le soldat, pour me parler ainsi?

— Je suis, répond la sœur rougissante, je suis la fille du Seigneur.

— Ah ! vous êtes la fille du Seigneur ! Et bien, voulez-vous m’aider à devenir son gendre?

Hippolyte Larrey ne fut point un « déraciné » ; il était né à Paris, mais d’origine pyrénéenne ; il revenait souvent prendre contact avec la terre des aïeux. Le village, où deux plaques de marbre signalent la maison des Larrey, Buudéau, marque la fin de la vallée de Campan, là où elle s’évase comme une immense coupe d’émeraude en avant de 13agnères-de-Bigorre. Heureux pays que Virgile eût chanté comme un autre Tempé sous le ciel changeant du Sud-üuest, avec ses prairies veloutées, ses peupliers tremblants, ses fraîches oseraies, ses ruisseaux d’irrigation gais et lumineux dans une herbe toujours renaissante. Ils sont puisés au jeune fleuve qui vient de naitre de la confusion des trois gaves de Tourmalet, de la Séoube et de l’Esponne ; ainsi formé, l’Adour ondule, se brise sur les rochers roulés, puis son eau glauque se ramasse et saute en cascade pour se résoudre en poussière d’argent dans un entonnoir de verdure, tandis que, au premier horizon, l’Arbizon et le pic du Midi de Bigorre se dressent dans toute leur gloire.

A vingt ans, lors d’un premier voyage, il y avait encore trouvé quelques débris de sa famille ; plus tard, quand la vieille tante Geneviève fut morte, il lit, de la maison paternelle, un asile pour les enfants du village. Par un testament daté de Sainte-Hélène, Napoléon P'' avait laissé cent mille francs à Dominique Larrey « le plus honnête homme de l’Empire » ; mais l’empereur s’était exagéré sa fortune et tous les legs durent être réduits; Lai’rey ne toucha que quarante-trois mille francs. Napoléon III ne voulut pas laisser eu souffrance les générosités de son oncle et « sur sa cassette », il parfit les cent mille francs. Hippolyte Larrey ne garda rien de cette somme inattendue et, avec une générosité qu’on n’a pas assez louée, il arrangea sa maison pour la donner aux pauvres après l’avoir dotée d’une rente suffisante.

En 1800, il fut conseiller général du canton de Beaudéan et il

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le resta jusqu'à la guerre. Au Seize Mai, il se présenta contre l’un des 363 et devint député de Dagnères; il siégea dans le groupe de l’Appel au Peuple. Aux élections suivantes, les conservateurs crurent habile de lui substituer Paul Fould et M. Constans fut élu. Du moins, son passage à la Chambre fut marqué par le vote de la loi sur l’autonomie du service de santé. On sait quelle humble place occupait jadis le médecin dans la hiérarchie militaire. Mais lorsque Dominique Larrey eut créé les ambulances volantes où le médecin affronte les mômes dangers que les soldats, cette inégalité devint odieuse : celui qui est aux mômes périls, doit être aux mêmes honneurs, et l’assimilation des grades fut un premier progrès; plus important, fut l’autonomie du service de santé jusqu’alors subordonné à l’Intendance. Hippolyte Larrey prit cette cause en main. Son discours à la Chambre emporta les dernières résistances, et la réforme fut votée.

Nous voici en 1878. Le baron Larrey était septuagénaire et sa vieillesse menaçait d'être bien isolée dans son foyer désert. Un bonheur lui survint, digne de sa bonté et de ses nobles sentiments. Gomme membre du Conseil de l’Ordre de la Légion d’honneur, on lui soumit le dossier d’une jeune fille qu’on nommait déjà : l’héroïne de Pithiviers. Les généraux avaient signalé dans plusieurs ordres du jour et, à défaut de croix, Gambetta avait marqué d’une mention honorable, la vaillance de cette enfant de vingt ans qui, au milieu des Prussiens, hôtes imposés à sa maison, avait osé dérober les dépêches allemandes par un fil de ter sur un appareil Morse, les faire traduire et les envoyer, à travers les lignes ennemies, jusqu’aux chefs de notre armée de la Loire. Elle eut le sang-froid, la présence d’esprit, le courage de mener à bien, pendant dix-sept jours, cette redoutable entreprise qui sauva nos troupes, à Gien, d’un désastre irréparable. Elle fut dénoncée, ari'êtée, condamnée ; elle allait être exécutée lorsqu’elle fut graciée par Frédéric-Charles.

Après la guerre, la jeune fille reprit avec sa mère son modeste emploi dans les télégraphes, tranquillement, sans bruit, sans fanfares autour de son nom. Mais (juand la France put enfin respirer et drosser le bilan de l’Année terrible, au milieu des fautes, des erreurs, des trahisons, des déroutes, on vit surgir des actes d’héroïsme et de dévouement ignorés jusqu’alors de la foule. Le décret du gouvernement qui convertissait en médailles militaires les men-

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lions honorables de Gambetta mit, tout à coup, en vive lumière l’héroïne de Pithiviers et, dès ce jour, son nom fut populaire; d’une voix unanime, on réclama pour elle la croix de la Légion d’honneur; le baron Larrey la vit, elle et sa mère, et fut séduit par le charme le plus pénétrant, celui d’une àme supérieure qui s’ignore elle-même, d’un cœur qui se dévoue d’un élan spontané et parce que telle est sa nature. Nous vénérons les vertus conquises par une lutte incessante contre d’égoïstes instincts, mais combien plus de séduction ont les grâces natives qui s’épanouissent sans etï'ort comme la fleur du malin. La nouvelle légionnaire était de cette race élue ; elle fut héroïque, comme elle est bonne ; son cœur le veut ainsi.

Son parrain dans la Légion d’honneur fut le baron Larrey ; elle devint pour lui la tille la plus obstinément et la plus tendrement dévouée. Dans notre France ironique, nous croyons plus à l’amour tout court qu’à l’amour paternel et le bruit du mariage du baron Larrey avec sa filleule avait été si souvent annoncé qu’il était pour beaucoup une certitude. Mais les intimes savaient bien que seuls les sentiments de tille et de père les unissaient l’un à l’autre. Gi’àce à elle, les dernières années de son parrain ont été bénies : il passait ses soirées avec elle et sa mère à raconter les jours héroïques. Elle connut bientôt, dans leur intimité, le grand Larrey, la douce Laville, la tendre Isaure, le petit chevalier dont elle suivait, dans ces récits quotidiens, la belle et régulière ascension. Et si, aujourd’hui, j’ai pu vous esquisser, les traits des deux Larrey, je le dois à la mémoire tidèle de cette tille d’adoption.

Hélas! elle put épancher trop tôt le dévouement qui la tourmentait. Le baron Larrey dont la vigueur, à quatre-vingt-sept ans, était devenue légendaire reconnut, un jour, les atteintes du mal qui avait emporté sa sœur. Il lutta quelque temps; il paraissait à l’Académie, plus blanc, plus pâle et les traits affaissés, mais toujours avec son grand air noble et bon; puis il se retira à Bièvre avec son incomparable inlirmière qui, sous la direction des professeurs Guyon et Potain essaya d’atténuer les douleurs dont souffrait son cher malade, il fut stoïque et vit arriver la mort avec sérénité; un prêtre voulut l’assister; il le reçut avec bienveillance mais refusa son ministère : — « J’ai toujours, lui dit-il, suivi la ligne droite sur les traces de mon père dont l'image m’a guidé à travers la vie. » — Il s’éteignit, le 8 octobre 1805, dans la chambre où était

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morte, cinquante-trois ans auparavant, sa mère bien-aimée. Ses funérailles furent dignes de lui et nul de nous n’oubliera la cour d’honneur du Val-de-Grâce, la foule recueillie sous les froids rayons d’un ciel d’automne, les soldats en armes, les flammes des lanciers, les roulements des tambours voilés de crêpe, la chapelle tendue de deuil, les trophées de drapeaux au faîte des colonnes et, sur les marches du large péristyle, en face du catafalque couvert de fleurs, les orateurs retraçant la noble vie du fils en évoquant le souvenir du père, le grand Dominique Larrey, là, debout sur son piédestal.

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