‹ Éloge du docteur de Grateloup de BordeauxChapitre 2 sur 4 · KUE MONSIEL'R-LE PRINCE, 22, CI-DEVANT PLACE DE L’ÉCOLE DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

KUE MONSIEL'R-LE PRINCE, 22, CI-DEVANT PLACE DE L’ÉCOLE DE MÉDECINE

:Vê

Un devoir professionnel qu’il m’était impossible d’ajourner, m’obligea de faire un voyage le jour des obsèques de M. Grateloup, me priva conséquemment de dire quelques mots sur la tombe de notre confrère, et d’entendre les discours très-remarquables qui furent prononcés par MM. Ch. Des Moulins, Dabas et Levieux. Celui de M. Dabas, le seul que j’aie pu lire sur une copie prise dans la Guienne, fit une vive impression, me dirent quelques assistants d’élite, car le doyen de la Faculté des Lettres de Bordeaux, cet habile interprète, cet ingénieux critique des poètes, des orateurs, des historiens et des philosophes grecs et latins, fut élégant, spirituel, sympathique, heureux d’expressions, heureux de style, heureux d’attitude et de sensibilité. Toujours éloquent quand il parle, il eut, ce jour-là, l’éloquence du cœur, des larmes dans la voix, et cette voix brisée par l’émotion, par les sentiments douloureux qui l’oppressaient au moment de se séparer pour jamais d’un ami, de l’homme pour lequel il avait toujours eu un respect filial.

Que dire après M. Dabas, si autorisé et d’une si grande autorité? Et comment oser publier les quelques

phrases que j’avais écrites pour la lugubre cérémonie, alors que ma voix est inconnue, impuissante, que ma plume est inexpérimentée, et que je ne possède aucune des qualités requises pour m’élever à la hauteur d’un sujet si excellemment traité dans le discouTs tumulaire de l’éminent professeur de littérature ancienne? D’ailleurs, pour écrire un pareil éloge, il faudrait réunir les talents d’un panégyriste éloquent, d’un littérateur plein de goût, d’un naturaliste éminent, d’un médecin distingué. Or, ces mérites réunis sont une chose trop rare pour qu’on puisse les rencontrer chez un homme d’une valeur au moins équivoque à ces divers points de vue.

Quoi qu’il en soit de mes légitimes appréhensions, l’attachement dont le docteur Graleloup m’avait donné de si fréquents et de si solides témoignages, et la confiance dont il m’honorait, seront mon excuse.

Page 1