POLAR MORE
molestie repoussait et que son cœur de Prêtre, voué à l’accomplissement du devoir, comme à un acte facile et commun, ne comprenait pas et trouvait absurde.
Aussi, n’eussions-nous jamais tent, lui vivant, de raconter ses sacrifices. ‘@l ne fallait rien moins que cette occasion de sa mort, qui le met au dessus de nos misères et de nos indiscrétions,pour nous engager à retracer, en traits rapides et imparfaits, une ébauche de cette pure et grande figure.
Nous ne prétendons pas élever dans ces quelques pages un monument qui réponde à ses grands services ; ce monument est ailleurs, nous l'avons dit, et a de meilleures assises que celles que nous pourrions lui donner ; il est élevé dans le cœur de ceux qu'ila aimfs et qu’il a dotis de ses bienfaits.
En parlant de ces hommes aussi grands et aussi complets que nature, l'écrivain, quel qu'il soit, ne peut avoir pour but ‘que dé les donner en éxemplé. Ils ont laissé dans la vie une trace lumineuse ; la voie qu'ils ont suivie et é argie est restée grande ouverte, et ils semblent
nous appeler à y entrer pour marcher sur leur trace et remplir notre devoir de citoyen et de chrétien.
M. le curé Charest, naquit à Ste. Ann?
de la Pérade, le 21 février 1813 et avait ainsi 63 ans à sa mort. Il était fils de feu M. Antoine Charest et de Dame Marie Aune Marchand. Il eût plusieurs sœurs et frères,dont l’un a résidé dans St. Roch, et est mort, il y a quelques années, à Beauport, M. le Dr Charest, qui a laissé la réputation d’un médecin éminent et d’un citoyen honorable,
Il était le parent de Mgr. Laflèche, évèque des Trois-Rivières et comptait dans sa famille cinq neveux qui servent Dieu dans le sacerdoce.
Sa famille était composée de cultivateurs aisés, dont les ancêtres venus de la Bretagne en ce pays, avaient transmis à leurs descendants, les vertus de la vieille terre Armoricaine : la persévérance, la simplicité des mœurs, la foi naive dans le culte religieux, le respect profond des traditions. Ces familles de cultivateurs dont sont peuplées les eampagnes du :
Canada sont,'en vérité, la moëlle de notre nationalité,
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Ils possèdent la force, la virilité, toutes les sortes de courage requis dans la pour suite des durs travaux des champs et pour faire face aux épreuves de leur posit'on ; leur vie est faite de devoirs, ils ne s’en plaignent jamais, ils ont la force et la largeur d’épaules nécessaires pour les porter gaiement, quelque rudes qu'ils soient. Lorsque le devoir du jour est accompli, ils se retirent, au soir, dans l'intérieur de la maison quireproduit l'inté:
rieur des vieilles fermes de la Bretagne et de la Normandie, et près de l'âtre flamboyant, on devise simplement et l'on prie sincèrement.
Les enfants qui grandissent dans ces milieux bénis,éclairés par la foi, le courage et le bon sens,apprennent vite a connaître la vie par son côté sérieux et à s'armer fortement pour en conjurer les périls.
Quelque ignorants qu'ils soient de la science, ils acquièrent deux choses qui suffisent à leur bonheur et que, le plus souvent, les grands penseurs ne possèdent pas, savoir : l'amour du devoir et la foi qui conduit leur esprit dans une voie sûre,
L'enfance du Révéreni Curé Charest s’écoula donc entre les champs, le foyer de la famille et l’'humble Eglise du village. IL prit dans l’air libre et lumineux du dehors, l'énergie corporelle ; il reçut dans l'atmosphère desa famille, simple'et croyante, dans les lueurs douces qui partent du cœur d’une mère, comme d’un chaud foyer, la bonts et la pitié; du temple lui vint la paix de l’âme, c’'est-àdire la foi qu il garda sans efforts. Cette foi, malgré les études, les leçons des rhéteurs, les épreuves et les énervements de la vie éclaira son âme d’une lumière aussi
pure et vivace au déclin de sa vie qu’à :
son enfance.
L'enfance a parfois des aperçus sur Ia vie, qui décident de la destinée de l’hornme fait. L'avenir, comme une forêt dans laquelle on penêtre par le couchant, semble jeter son ombre sur elle et la rend grave et refléchie ; l'enfance cherche d'avance la voie où elle s'engagera dans cet avenir et s’y décide rapidement. Il ya
de ces décisions sérieuses prises par l’en-
fance qui semblent une divination ; c’est comme un rayon de grâce qui descend de Dieu sur une âme privilégiée.
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Avant même de commencer ses études collégiales, M. Charest était décidé à entrer dans le sacerdoce. C'était sa destinée. Une force mystérieuse l’emportait vers le sanctuaire.
I1 était dans la disposition de son âme aimante et tendre, de penser à l'avenir et d'y choisir la position qui lui perm't de mieux déployer son aile d'ange, de dépenser avec plus de profit pour son prochain l'affection dont il se sentait pénétré pour lui.
Devant cette décision prise et exprimée avec toute la détermination qu’on lui connaissait, sa famille se décida à lui faire suivré un cours d'études au collége de Nicolet.
Ses succès de Séminaire furent considérables. Il avait un esprit vif, une perception rapide des choses, une mémoire quiest devenue légendaire et dont on parle encore, entre élèves du collége comme d’une faculté phénoménale. Tandis que ses compagnons rageaient sur une leçon et semorfondaient à l’apprendre de mémoire, le jeune Charest fermait son livre, à peine entrevu et dans lequel il n'’avait plus rien à apprendre. Il s'amusait alors à dessiner sur du papier des têtes d'élèves grimacantes, aux prises avec un
PAS à PE
auteur grec ou latin,et surtout à tracer des maisons d’éco'e, des plans de séminaire:
c'était sa passion qui se dévoilait et qu'il devait déployer plus tard avec tant d’ardeur ét de profits dans la paroisse de St.
Roch.
; Ceux qui l'ont connu, alors, dans le cours de ses études collégiales qu’il complèta rapidement et d’une manière brillante, purent augurer de l’avenir qui lui était réservé dans l’état où il serait appelé.
Ses facult5s étaient bien équilibrées. II possdait ces deux choses qui, réunies à égale mesure, mettent le génie en échec, ——la volonté de faire et le pouvoir d'exicuter.—Son jugement sain, en concevant un projet, en saisissait, de suite, les détails. Ses calculs du possible étaient exacts.
Aussi, n'est-il pas surprenant qu'il ait réussi plus tard à exécuter des projets qui, par leur grandeur, les difficultés qui s'y rattachaient et le peu de ressources apparentes à sa disposition, semblaient impossibles et effrayaient les esprits ordinaires et timides.
Il comptait beaucoup sur les citoyens que son esprit de charité enthousiasmait
et entraînait ; il eut l’art, toujours, d'as-
socier à l’exfcution de ses projets publics,
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taient plus et donnaient aveuglément. 11 les avait rendus, comme lui-même, frénétiques de charité et de vrai patriotisme.
Mais il comptait surtout sur lui-même et il était sûr de réussir.
Il conserva toujours un affectueux souvenir de Nicolet, de ses compagnons d’études, de ses professeurs. C'est toujours ainsi avec les hommes purs et sans mauvaise ambition. Les années de l'enfance et de la première jeunesse, sont les anrées riches, véritable trésor d'où l'homme qui subit les combats de la vie, tire, sans l’épuiser, les sentiments naïfs qui le rajeunissent, les heures les plus insoucieuses et les plus gaies, les jours de transformation rapide et sans secousse.
On se remet toutes choses. L'esprit de l'enfant ici, dans cette salle d'études un peu sombre, a reçu peu à peu, graduellement, d'abord une lueur blanchâtre, puis la lumière qui l’a éclairé et lui a donni le sens plus approfondi de la vie ; son intelligence, fermée par l'horizon prochain, a brisé son limbe et a couru le monde à la suite et sous l'œil des différents génies, écrivains, orateure,