‹ Eloge funèbre de Mgr Guigues, évêque d'Ottawa [microforme]Chapitre 6 sur 7 · SAS · texte numérisé non relu

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l'émigration, qui nous a déjà tant affaibli en emportant de l’autre côté de la frontière plus de six cents millè compatriotes qui ne reprendront probablement jamais le chemin de la patrie.

Dans ses longues visites pastorales, fructueuses sous tant d’autres rapports, il ne manquait jamais d'encourager la colonisation de cette fertile région, prenant même la peine d’aller voir les colons, de leur donner des conseils pleins d'utilité pratique, et de les exhorter vivement à s'emparer du sol et à s’y attacher. Combien de fois ne l’avons-nous pas entendu nous faire part ici même de ses observations sur le progrès de notre race, sur son accroissement de prospérité, et sur l’avenir brillant qui lui est réservé ?

Monseigneur Guigues n'était pas de ceux qui désespèrent des destinées du peuple canadien, et croient à son absorption prochaine par les races qui nous entourent. Non, disait-il, une nationalité qui a survécu à de pareilles épreuves, une nationalité qui a grandi d'une manière si étonnante au milieu des plus graves difficultés, n’est pas destinée à périr et ne peut périr, surtout tant qu’elle sera franchement catholique. En conservant sa foi, elle conservera sa langue, et l’histoire de tous les peuples est là pour prouver l’indissoluble union de la religion et äe la patrie,

Avec des sentiments aussi profondément français, on comprend le vif intérêt que portait Mgr. Guigues à une société aussi vériblement nationale que la nôtre, à une société qui a pour but de travailler à la conservation de notre langue, et à la création d’une littérature canadienne franchement alliée à la religion. Aussi, depuis plusieurs années surtout, ne manquait-il jamais de nous honorer de sa présence à l'ouverture et à la clôture de nos séances publiques,et avec quelle effusion, quelle élévation d’idées, et j'ajouterai, quelle verve, ne savait-il pas nous encourager à persévérer dans la grande œuvre que nous poursuivons ?

La dernière fois qu’il nous adressa quelques unes de ces paroles simples et élevées, solides et touchantes, dont il avait le secret, c'était à l'ouverture de notre cours, au mois de décembre dernier. Souffrant et énuisé par la maladie qui devait l'emporter si tôt, il m'avait prévenu la veille qu’il ne pourrait probablement, à son grand regret, assister à notre soirée d’inauguration. Maïs le lendemain, se rappelant mes vives instances, et n’écoutant que la voix du dévouement, il faisait un suprême effort, et nous avions encore le bonheur de le compter au milieu de nous, où il se sentait heuréux comme un père tendrement aimé au sein de sa famille. C'était hélas! pour la dernière fois, et nous le pressentions tous.

Ah ! oui, il n’est plus, notre regretté patron ; mais, membres de l'Institut Canadien-Français, rappelons-nons toujours l'affection

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qu'ilnous porta, rappelons-nous toujours ses vertus et les nobles enseignements dont les murs de cette salle semblent encore répéter l'écho. Nous rendrons ainsi notre société forte et prospère, nous la rendrons digne de sa belle et patriotique mission.

J’ai parlé de Mgr. Guigues comme Oblat. Eh bien, il ne voulut jamais se séparer de son ordre qui lui fut toujours cher, et, dédaigneux de toute pompe, de tout faste, il vécutet mourut en véritable religieux. Esprit perspicace, éminemment calculateur, possédant à un haut degré le talent des affaires, il avait su, par une sage administration, acquérir beaucoup de biens ; mais, se refusant tout à lui-même, il sut toujours en faire bénéficier l’église, qu'il avait

trouvée dans un état de dénûment complet, comme tant d’institu-

tions qui, sans ses avances pécuniaires, seraient encore à naître.

Il combattit jusqu’à la fin le bon combat, se refusant tout repos, faisant face à ses nombreuses occupations, dérobant au besoin des heures au sommeil pour prier et étudier, sachant se montrer conciliant et ferme dans l’occasion, entretenant d’agréables rapports avec tout le monde, édifiant son clergé par ses vertus, l’austérité de sa vie et sa simplicité de manières ; bref, marchant d’un pas assuré dans la voie de la religion et de l’honneur. Il sut non seulement supporter courageusement la maladie qui le minait lentement, mais il en dissimula jusqu'à la fin les douleurs aigues à ceux qui lui prodiguèrent leurs derniers soins. Aussi putil voir arriver tranquillement le glaive qui allait ’immoler, et lorsque, après nous avoir bénisde sa main tremblante, comme autrefois Jacob bénissant ses enfants, il rendit son âme immortelle à Dieu, dimanche soir, le huit février dernier, tous les témoins de sa mort édifiante purent se dire en toute confiance que leur vénérable évêque était allé jouir de l’éternel repos.

’ai à peine, Mesdames et Messieurs, tracé un rapide aperçu de

la vie de Mgr. Guigues, esquissé quelques traits de cette grande figure, et cepeudant cet éloge incomplet ne démontre-til pas surabondamment que l’église vient de perdre l'un de ses plus dévoués apôtres ; la nationalité canadienne, l’un de ses plus fermes appuis ; le diocèse d'Ottawa, son véritable fondateur ; l’épiscopat, l’un de ses membres les plus distingués; la Congrégation des Oblats, celui dont il était l'honneur et la gloire ; et nous tous, un père, un guide affectueux, sûr.et fidèle,

On vient de prendre l'initiative d’un projet pour élever, un magnifique monument à sa mémoire. Ce mouvement, inspiré par un noble sentiment de reconnaissance, malheureusement trop rare dans notre pays, où le culte de nos grands hommes n'est pas assez en honneur, mérite de réussir et réussira certainement. Car, tous

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les catholiques seront heureux de pouvoir fournir une pierre au tombeau de leur évéque. Mais je doute que le marbre qu’on va lui élever dure aussi long.aps que son souvenir dans le cœur des catholiques de ce diocèse.

ë La vie si bien et si noblement remplie de Mgr. Guigues, Mes- U dames et Messieurs, est un nouvel exemple des services éminents qu’a rendus l’épiscopat canadien à notre peuple en toutes circonstances. Nos évêques ont toujours compris que les intérêts de l’église étaient ceux de la patrie, et nous les avons suivis comme des guides éprouvés au milieu des phases les plus difficiles et les plus orageuses qu’une nation puisse traverser. S'ils ont bien mérité de l’église par leur inaltérable dévouement à sa cause, ils ont épalement bien mérité de notre nationalité. Si nous devons à leur courage et à leur invincible fermeté les libertés religieuses que tant d’autres peuples nous envient, nous leur devons aussi dans une grande mesure nos libertés civiles et politiques : noble apanage d’un peuple véritablement libre. S'ils figurent dans notre histoire comme des princes de l’église, éminents par leurs vertus et leurs lumières, ils sy montrent encore grands citoyens, donnant un nouveau témoignage à cette vérité, trop méconnue dans ‘notre siècle, que le véritable patriotisme se puise et s’alimente aux eaux vives de lafoi. Tels ont été les Laval, les Plessis, les Lartigue, et tant d’autres, dont Mgr. Guigues a continué pendant un quart i de siècle les nobles traditions.

e. Continuons donc, Mesdames et Messieurs, de respecter nos 4 évêques, continuons de nous ranger "tour d'eux en phalanges k. serrées, continuons de nous montrer dociles à leurs enseignements.

Le À Défions-nous de ceux qui voudraient affaiblir leur influence comme e É leur autorité : ceux là ne sont pas plus des fils dévoués de l’église $ 1 qu'ils ne sont des amis de notre nationalité. Défions-nous de leurs , e dangereuses théories, car elles produiraient ces terribles consé- ; F quences qui se font sentir chez tous les peuples où l'influence k 4 bienfaisante du clergé a disparu.

1 . En restant fidèles aux préceptes de nos évêques, nous demeure- » j ro”: attachés aux seuls principes qui font la force et la grandeur äes nations, et nous pourrons nous tenir à l'abri des tempêtes L 4 qui ébranlent les sociétés modernes, balayent les trônes et À menacent l'autel. Nous conserverons cette sève et celte vita-

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