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Arrivé dans ce pays er 1844, Mgr. Guigues dut accepter les honneurs du commandement, et il fut nommé supérieur et visiteur perpétuel des P.P. Oblats. Quelques années après, le Souverain Pontife le nommait évêque, le 9 juillet 1847, et si profonde que fut son humilité, il dut encore s’incliner devant l'autorité qui fut toujours sacrée pour lui. Comme le lui écrivait plus tard son ami de jeunesse, Mgr. Guibert, archevêque de Paris, Dieu sait qu’il n’ambitionna pas les honneurs de l’épiscopat, mais qu’ils lui furent imposés.
L'année suivante, le nouveau dignitaire était sacré évêque de Bytown, le 30 juillet 1848, et il commençait sans délai la grande œuvre dont il s'était chargé. Ceux-là seuls qui savent ce qu'étaitle diocèse d'Ottawa à cette époque primitive, peuvent se rendre compte des obstacles que Mgr. Guigues avait à surmonter. La civilisation n'avait pas encore pénétré dans la plus grande partie de la région qui nous environne, la forêt s’étendait presque partout, les voies de communications n'étaient guère ouvertes, la capitale ne comprenait qu'un petit nombre d'habitations, et la ville de Hull n’existait pas. La population du diocèse était surtout flottante etse compôsait en grande partie de gens des chantiers, dont la réputation laissait à désirer sous tous les rapports. Le troupeau confié à la garde de son nouveau pasteur, était dispersé dans ur. immense rayon, et l’on comptait à peine cinq prêtres pour subvwr:nir à ses besoins spirituels. Ces courageux apôtres, toujours sur la brêche, semblaient infatigables et devaient pour ainsi dire se multiplie, et se charger de plusieurs missions souvent très éloignées l’une de l’autre, Nous pouvons avoir une idée de leur zèie par 1: fait que le Rév. P. Dandurand, le digne et dévoué collaborateur de notre regretté prélat, fut pendant plusieurs années chargé de la desserte de cette ville et des nombreux cantons qui commençaient à naître dans les comtés avoisinants.
Est-il besoin d'ajouter que Monseigneur” Guigues arrivait ici, pauvre, sans ressources, se confiant our faire fructifier la bonne semence de la foi en Celui seul qui a dit: Allez et enseignez. Mais le nouvel évêque était l’un des plus intrépides disciples de Mgr. de Mazenod, et le Père Oblat est avant tout un homme de dévouement, se contentant de peu, à la hauteur de toutes les épreuves et de tous les sacrifices. Le Père Oblat est un homme qui saura
au besoin renoncer à tous les charmes de la société, s’exiler dans les bois, se faire sauvage avec les sauvages, s'exposer à ioutes les privations, coucher souvent à la belle étoile, faire de longues marches, pour aller agrandir le royaume de Dieu et le domaine de la civilisition.
Le Père Oblat est l’un de ces hommes
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à la parole ardente, au cœur de feu, au zèle inaltérable, qui ont laissé aes monuments de leurs labeurs évangéliques depuis les côtes glacées du Labrador jusque sur les rives du Pacifique, continuant avec un admirable dévouement l'œuvre sublime des Brébœuf, des Lalemant et des Bressani.
Aussi si l’église place de temps à autre une miître sur la tête d'un Oblat, et t:10omphe de l'humilité qui lui fait fuir les honneurs, c'est non seulement parce qu’elle sera noblement portée, mais parcequ’elle a besoin d’un serviteur éprouvé, capable de résister à des difficultés exceptionnelles comme de les vaincre. N'est-ce pas un fait digne de mention que tous les évêques du Canada, qui appartiennent à la Congrégation des Oblats, ont tous été placés aux avant-postes de la civilisation, de même que l’on confie aux plus vaillants soldats d’une armée les situations les plus périlieuses et les plus importantes. Tels sont par exemple Mgr. Taché, archevêque de St. Boniface ; Mgr. Grandin, évèque de St. Albert ; Mgr. Faraud, évêque du Mackenzie ; Mgr. Clut, son coadjuteur ; Mgr. d'Herbomez, évèque de la Colombie Britannique, dont le zèle sans bornes, comme les plaines au milieu desquelles il s'exerce, rejaillit avec tant d'éclat sur l’ordre qui a pu produire de pareils apôtres.
Oui, Monseigneur Guigues sut se mettre à l'œuvre en véritable Oblat, et les témoins de son apostolat seuls savent ce qu’il lui fallut de courage, de persévérance et de talent d’administration, pour faire face aux incroyables difficultés qui allaient l’assiéger. Illui fallut avant tout s'entourer d’un plus grand nombre de lévites, car la civilisation commençant à envahir un peu partout la vallée de l'Outaouais, les besoins religieux devinrent en peu de temps nombreux et pressants. Le nombre de ses ouvriers évangéliques suffisant à peine à la province de Québec, Mgr. Guigues dut porter ses regards ailleurs, et à son appel, de courageux prêtres de France surent dire adieu à leur famille, à leur patrie, pour venir planter le drapeau de la foi au milieu de nos solitudes. La famine ou la persécution ayant chassé sur nos rives un noyau considérable de population irlandaise, des prêtres de dévouement, comme sait en produire la Verte Erin, laissèrent également, sur les instances de Mgr. Guigues, leur malheureux pays, pour venir raviver la foi de leurs compatriotes émigrés au Canada.
La présence de ces nouveaux soldats de la vérité ne contribua pas peu à grossir le courant de l'émigration, qui déjà affluait sur les deux rives de l'Outaouais. Car le canadien comme l’irlandais n'abardonnent presque toujours les lieux qui leur sont chers que pour se transplanter là où ils pourront retrouver le closher du village uatal. Il leur faut avant tout la présence du prêtre qui deviendra
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leur meilleur ami, leur guide spirituel, leur soutien au milieu de l’adversité, et qui, après avoir béni leur entrée en ce monde, les assistera dans leur passage à une autre vie.
C'est ce que sut comprendre Mgr. Guigues, et, sous son impulsion, les prêtres non seulement suivirent le courant colonisateur, qui a aujourd’hui accompli tant de merveilles, mais mème le devancèrent. C’est ainsi que l'on vit les Pères Oblats, ces intrépides éclaireurs de la civilisation, s'établir à Notre Dame du Désert à cent milles de cette. ville, bien* avant les pionniers qui allèrent plus tard y exploiter les richesses du sol : de même on avait vu, bien des années LR 0 des prêtres zélés comme les DeBellefeuille, les Dupuy et les Bourassa, fonder la mission du Témiscaming, à trois cents milles de la capitale, bien avant que la cognée du bûcheron ait abattu le premier de ses arbres géants.
Tant de généreux efforts pour implanter la foi dans cette partie du pays, ne devaient pas rester inutiles, et en peu d'années ils produisaient des fruits précieux, dont nous pouvons aujourd’hui apprécier toute l'importance. En peu d’annéss, l’humble germe déposé dans ce sol fécond devenait un grand arbre qui, en multipliant ses vigoureuses racines, répand aujourd'hui son ombre bienfaisante sur tout ce vaste diocèse. En peu d'années, l'œuvre des chantiers faisait de rapides progrès et régénerait moralement les milliers de robustes ieunes gens qui passent l'hiver dans la forêt. En peu d'années se formaient une à une ces jeunes et florissantes paroisses, dont plusieurs rivalisent déjà avec les paroisses les plus anciennes et les plus prospères du Bas-Canada. En peu d'années surgissaient ces importantes institutions de tout genre, trop longues à énumérer, qui ont si puissamment contribué à affermir notre religion comme notre nationalité. En peu d’années s'élevaient ces magnifiques temples, dont les clochers élancés brillent sur tout le plateau des Laurentides, et proclament bien haut la foi de nos populations.
Comme les progrès religieux de ce diocèse ont été rapides et surprenants! En 1848, cinq ouvriers évangéliques à peine travaillaient dans la vigne du Seigneur, et on en compte maintenant soixante-quinze. Quelques modestes chapelles s’élevaient alors ça et là, et plus de cent-quinze églises suffisent à peine aujourd'hui aux besoins âu culte. Nous étions à peine cinq mille catholiques
et aujourd'hui nous sommes plus de soixante-quinze mille. Quelle éloquence dans ceé chiffres !
A qui revient avant tout le mérite de ce développement prodigieux de la foi? On ne saurait en refuser la plus large part à celui qui, pendant vingt-cinq ans, consacra tous ses efforts à créer pour
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ainsi dire ce diocèse et à activer le grand mouvement religieux dont il a été le théêtre.
Parlerai-je maintenant de la part considérable qu'a prise Mgr. Guigues dans l'établissement de notre superbe collège, dans la fondation des œuvres des Sœurs de la Charité, multipliées dans cediocèse, des Sœurs de la Congrégation et du Bon Pasteur, dans la fondation des écoles de la doctrine chrétienne, de notre orphelinat, de nos maisons de refuge pour les infirmes et les vieillards, et de tant d’autres monuments de son zèle et de sa charité évangélique ? Cet examen serait bien de nature à rendre encore plus chère la ménioire de Mgr. Guigues, et à ajouter de nouveaux rayons à sa couronne, mais il demanderait trop de développements.
Je résumerai les considérations auxquelles il pourrait donner lieu, en affirmant qu'il n’est peut-être pas une institution catholique de cette ville, qui n’ait été fondée sous ses auspices immédiats ou n’ait été constamment l’objet de sa plus vive sollicitude. Il comprenait que nos institutions sont les colonnes du temple de la foi comme de la nationalité, et il s’efforçait constamment de les établir sur des bases larges et durables. Il savait faire converger leur action vers un grand but cemmun, et s’il a pu exprimer un regret en abandonnant pour toujours la houlette du pasteur, il était inspiré par l’idée de se séparer des institutions qui, jeunes encore, avaient besoin pour se développer de son souffle puissant. Comme l’a si bien dit Lacordaire : “ S’il y a dans une grande âme unie au monde un besoin d’aciever le monument qu’elle :a conçu et qui doit porter son nom, il y a dans une grande âme unie à Dieu le besoin d'achever l’œuvre qu’elle a commencé pour li et où elle pense cacher son nom sous le sien.”
Après avoir esquissé si rapidement les services éminents qu'a rendus Mgr. Guigues à la religion dans ce diocèse, permettezanoi de vous dire brièvement ce que nous, canadiens-français, devons particulièrement à sa mémoire. J’affirmerai tout d’abord que la nationalité canadienne perd en notre regretté prélat, l’un de ses meilleurs amis, l’un de ses défenseurs les plus éclairés. Français de cœur comme l'était Mgr. Guigues, heureux de retrouver sur nos rives lointaines une nouvelle France, imbue du sentiment chrétien, pleine de nobles et chevaleresques aspirations, invinciblement attachée à ses traditions religieuses et nationales, on conç:.it qu’il ait manifesté un intérêt particulier à ses ouailles qui avaient avec lui une commune origine. Aussi travailla-t-il sans relâche à fortifier l'élément national dans cette région en attirant de nouveaux colons obligés d'abandonner leurs terres épuisées du
Bas-Canada. [Il contribuait ainsi à refouler ce terrible courant de
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