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Eloge funèbre de Monseigneur Ch.-Auguste de Forbin-Janson [microforme]

Parmi les hommes quo la Providence de Dieu a donnés à l'Eglise de France depuis quarante ans, il en est peu qui ait attiré l'attention de ses contemporains au même degré que Mgr. Charles-Auguste de Forbin-Janson, évêque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine, maintenant retourné à Dieu. Ilen est peu surtout qui, avec des qualités de cœur aussi remarquables, avec les dons d’une intelligence aussi vive, ait moins triomphé des obstacles de sa vie, et moins placé sa personne et sa mémoire à l’abri des sentimens contraires. Sur les rivages de l’Asie, aux bords plus lointains des fleuves de

(1) Mgr. Menjaud, évêque de Nancy et de Toul, successeur de Mgr. de Forbin Janson.

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l'Amérique, il a vu des populations s'attacher à ses pas, s’enivrer de sa parole, l'appeler tout haut des noms les plus chers à l’homme ; il en a vu d’autres le repousser de leur sein, et il est mort loin de son siége épiscopal, après quatorze années d’exil, dans un âge prématuré. Moins heureux qu’un autre évêque de son temps, dont le palais fut détruit deux fois par la tempête, il n’a pu mourir au milieu de son troupeau, «et recevoir dans son cercueil cetto dernière visite des peuples qui leur inspire, quand tout est fini, un sentiment plus modéré de leur puissance et une équité plus calme:dans leur jugemens. Je viens, Messieurs, parler sur cette:témbe que vous n’avez pas vue, et que vous ne verrez jamais ; Jy viens parce que la vie de Mgr. de Janson mérite d’être étudiée dans ses succès et dans ses revers, parce qu’elle peut profiter à plusieurs, parce que l'Eglise, do ‘France lui doit un souvenir : mais j’y viens aussi par un sentiment qui m’est personnel, Chose singulière ! les deux évêques de France que la foudre de ce sièele à le plus frappés, sont les deux évêques qui m'ont aimé davantage. Je n’ai pu rendre à l’un les derniers devoirs de la piété filiale, je viens les rendre à celui-ci.

Ne croyez pas toutefois que j'abuscrai des droits de la mort; sila mort favorise la justice, elle ne doit point favoriser la flattcrie ; elle n'avertit, au contraire, en reportant ma pensée vers les sévères jugemens de Dieu, qu’en nulle autre occasion je ne dois me sentir plus fort de mon ministère pour remplir envers toute créature les obligations sacrées de la vérité et de la sincérité. Je serai vrai, Messieurs, je serai juste ; je serai surtout

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Dois-je, Messieurs, vous entretenir des ancêtres de Mgr. de Janson ? C’est un penchant naturel à l’homme de rechercher son origine, de démêler dans la suite innombrable des générations les canaux par où lui est arrivée cette goutte de vie qu’il possède, goutte amère et précieuse, qui a traversé les siècles pour venir de Dieu à lui, et qui doit sans doute son originalité propre à toutes les vicissitudes d’un si extraordinaire chemin. Comme un navigateur échoué, dans des contrées inconnues, à l'embouchure d’un fleuve, en remonte le cours, ot s’avance de campemens en campemens vers les montagnes mystérieuses qui en contiennent la source, ainsi l'homme, voyageur déposé par l'éternité dans un point du temps et de l’espace, se retourne vers sa source, et se cherche lui-même dans des âges où il n’était pas encore. Mais hélas ! les nations elles-mêmes ne connaissent pas leur origine ; elles se rencontrent tout-à-coup dans l’histoire, le lendemain d’un combat, et c’est en vain qu’elles veulent passer plus haut, pour arracher à l'antiquité le secret de leur destin primitif, Comment un simple homme pourrait-il obtenir du temps ce que les grands peuples n’ont jamais obtenu de lui? Aussi les plus illustres familles n’aspirent-elles qu’à des aïeux récens, et par de là ce terme où commence si près de nous leur hé. rédité constante, elles se perdent avec le reste de l’humanité dans une commune ignorance de ce qu’elles furent jadis. Mais si peu loin qu’un homme puisse atteindre ses pères, c’est toujours pour lui une consolation d’en re-

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# srder le visage, et nous, spectateurs des vies célèbres, nous sommes volontiers curieux de la question de leurs ancêtres.

Quels étaient done les ancêtres de Mgr. de Janson ? Jusqu’où son regard plongeait-il dans le passé, lorsque, jeune encore, il cherchait à se deviner lui-même ? Ne fût-ce que pour apprécier le cours de ses idées et la v°leur de ses sacrifices, nous avons besoin de connaître le sang qu’il trouva dans ses veines. Or, Messieurs, il eu’, dans un siècle plébéieu, l’incomparable malheur de naître d’une race historique. À toutes les époques, une grande naissance est un fardeau ; mais n’ai-je pas le droit de l’appeler un malheur lorsqu'elle ne rencontre plus rien autour elle qui lui réponde, et que l’éléyation qui en résulte encore n’attire que la défiance, n’obtient que l'exclusion, ne crée que l'impossibilité ? Ah ! ceux-là sont heureux qui naissent à la mesure de leur temps, patriciens dans un siècle patricien, plébéi ns dans un siècle plébéien ! Ceux-là sont heureux, et la 1 sindre justice qu’ils doivent à ceux qui n’ont pas la mêr ce fortune, c’est de comprendre combien est dure ler : position. L’homme n’est fort que par sa correspond 1ce au mouvement réel de l'humanité, et toutes les f * qu’il reste en dehors de ce mouvement ou qu’il lutte contre lui, il est scmblable au passager laissé Cans un désert par le vaisseau qui le portait, et dont il suit de l’œil sur les flots l’irréparable fuite. En vous parlant des ancêtres de Mgr. de Janson, Messieurs, je vous parle done de son premier malheur, et plus je vous ferai voir qu’ils étaient grands, plus vous aurez à conclure que le mérite

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l'Angleterre et l'Italie le lui avaient répété. 4 zième siècle, Charles ler d'Anjou, comte de Provence, les ! appela dans ses états, et les comblad’honneurs et de bien- ( faits. Ils s’allièrent mêmepar des mariages à cette famille | souveraine, + Charles IV étant menacé de mourir sans héritiers, ce fut 4 Palamède de Forbin, surnommé le grand, qui le disposa

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{ difficile mérite.

Le douzième siècle avait déjà oui le nom des Forbin ; Au trei-

Plus tard, au quinzième siècle, le comte

à faire son testament en faveur de Louis XI, ct qui mé-

4 nagea ainsi la réunion du comté de Provence à la cou- \ ronne.

À qui reliait la France à l'Italie, en lui déléguant l’autorité

Louis XI le récompensa de cet éminent service,

souveraine sur la Provence, et en lui donnant cette de: vise, qui est encore celle des Forbin : Jai fait le roi comte, et le comte m’a fait roi. Ainsi devint purement française la maison de Forbin, en apportant à la France une de ses plus riches et de ses plus ingénieuses provinces, et depuis elle ne cessa d’honorer ce premier titre de

à sa gloire en produisant dans les armes, dans le gou-

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| en Toscane, en Pologne et à Rome.

À | Vienne, et qui conciut, sous Innocent XII, la réconcilia-

® vernement, la magistrature et l'Eglise, des hommes d’un « haut talent, * historiques : d’abord Toussaint de Forbin, cardinal de

Je remarque dans le nombre deux figures

Janson, évêque de Digne, de Marseille et de Beauvais, grand aumônier de France, et ambassadeur de LouisXIV Ce fut lui qui, à la diète de Pologne de 1674, fit élire pour roi le fameux Jean Sobieski, sauveur de la chrétienté sous les murs de

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tion de la France et du Saint-Siège, dont la bonne harmonie avait été troublée depuis longtemps par la déclaration de l’assemblée du clergé en 1682. L’autre personnage que je tenais à vous nommer, est le comte de Forbin, grand amiral du roi de Siam à la fin du dixseptième siècle, revenu depuis en France, et l’un des officiers qui honorèrent le plus notre marine sous la vieillesse de Louis XIV. Dans la seule année 1707, il battit cinq fois les flottes anglaises, et rapporta une valeur de six à sept millions, fruit de ses expéditions navales.

Telle était, Messieurs, la maison de Forbin, divisée en plusieurs branches, qui avait pour aïnée celle de Forbin-Janson. La providence ne laissa guère au jeune Charles-Auguste, dont nous vous exposons la vie, le le temps de s’énorgueillir de sa naissance. Il n’avait pas encore atteint l’âge du discernement, que déjà grondait dans sa force l’orage qui devait abaisser la majesté des rois, ravir la puissance aux familles antiques, appeler tous les enfans de la France aux mêmes devoirs et aux mêmes droits, et créer dans le court espace de vingt-cinq

ans, sur des ruines colossales, une histoire, une gloire et une nation toutes nouvelles. Je ne dirai rien davan-

tage de ce moment, auquel nulle autre époque du monde ne saurait être comparée, sinon qu’il convient à nous, générations présentes, de considérer quelle blessure nous avons faite au passé, et d'admettre au moins qu’il a pu rester à d’autres des souvenirs, des regards, quelque chose qui n’est ni étranger ni ennemi, mais qui seulement n’est pas aussi jeune que nous. Siles soldats de Clovis ou les paladins de Charlemagne ressuscitaient de

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