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leur tombe, leur stupeur en nous voyant, n'accuserait pas leur patriotisme ; elle n’accuscrait que le temps, et cette difficulté de l'esprit à suivre assez vite l’effroyable précipitation des choses humaines. Et si nous-mêmes nous avions reçu dans nos veines le lait du passé, si un quart d’heure seulement nous avions respiré un air plus vieux que le notre, nous connaîtrions combien les révolutions de l'esprit sont plus lentes que les révolutions des empires, et nous jugerions avec plus d’indulgence cette immutabilité des idées et des mœurs qui nous semble un obstacle dans les autres, et qui un jour nous paraîtra dans nous-mêmes fermeté et vertu.
Charles-Auguste fut emporté en Allemagne par ses parens qui fuyaient devant la tempête. Il n’y resta que peu ; sa famille le ramena en France dès que la société nouvelle commença de surgir à travers les débris de l’ancienne. Ce fut en France qu’il accomplit le premier acte solennel de la vie, je veux parler de la première commuhion. C'était plus que jamais alors pour les Chrétiens un acte doux et mémorable. Ils avaient vu leurs autels profanés, leurs églises abattues ou fermées, leurs prêtres meurtris et dispersés ; une puissance gigantesque s'était déclarée leur ennemie, et en même temps qu’elle portait aux frontières de la patrie une gloricuse terreur, elle rapportait au-dedans ses triomphes, pour s’en faire contre Dieu un invincible trophée : mais voilà qu’encore une fois la parole divine s’était accomplie, et les chrétiens répétaient dans la langue de David ces chants pro. phétiques qui, depuis trois mille ans, accusent d’impuissance leurs persécuteurs : Pourquoi les nations ont-elles
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Jrémi, et les peuples ont-ils médité des choses vaines ? Les dominations de la terre se sont assemblées contre le Seigneur et contre son Christ ; elles ont dit : Rompons leur joug, et jetons-le pardessus nos têtes ! Mais celui qui habite dans les cieux se rira de leur dessein, et le Seigneur s'en moquera (*). La joie des chrétiens était d’autant plus pure, que le retour de leur liberté s’était fait par le dedans et non par le dehors ; il n’y avait pas eu émigration de la foi ; la foi était demeurée dans la patrie aux jours des revers comme aux jours de la prospérité ; ‘elle avait embrassé en pleurant et en espérant la terre de Clovis et de saint Rémy, ct cette terre fidèle à elle-même aussi bien qu’à Dieu, avait, par une germination insensible, relevé vers le ciel ses tiges un moment abaissées, Charles-Auguste s’assit donc pour la première fois à la table sainte en portant dans son cœur et sur son front plusieurs joies ensemble, la joie de sa jeunesse, la joie de la patrie retrouvée, la joie du christianisme renaissant, la joie des anges qui étaient descendus pour le visiter. L’onction de ce jour là demeura dans son âme comme une blessure qui ne se ferma plus ; encore que sa physionomie ressortit entre des lignes fortement accentuées, comme celles de toutes les vieilles races, il revêtit par dessus leur énergie native une grâce pieuse qui lui obtint la première conquête qu’il ait faite pour Dieu.
D'ordinaire, c’est l’âge mûr qui conduit l’enfance à Dieu. Il a sur elle le triple empire de l'expérience, de la
* Napoléon sans doute commit de grandes fautes contre la religion et contre les libertés publiques ; mais un catholique ne saurait oublier qu’iltira la France du chaos, signa le concordat, se fit saerer par le Pape, ct mourut dans les bras de l'Eglise.
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| sx 19 raison et de l'autorité, et cet empire ne lui fut donne sans doute que pour inspirer le bien et la vérité à l’intel- Migence ignorante et docile de l'enfant. C’est surtout la Urius sacrée fonction du père. Mais pour donner Dieu, qui renferme seultout bien et toute vérité, il faut le pos- Pséder soi-même ; il faut le connaître, l’aimer, et le ser- Wvir. Or le père du jeune Forbin appartenait au siècle qui venait de s'achever ; son oreille était pleine encore Vdu rire ingénieux ct illustre qui depuis cinquante ans Mpoursuivait en Europe l'ouvrage du fils de Dieu sur la
“terre. ILest vrai que depuis, le sang et les larmes du
1 monde avaient fait assez de bruit pour distraire de la mo-
ÿ querie les esprits les plus légers ; mais s’il y avait stu-
“peur, il n’y avait pas conversion, On s’étonnait qu’une
‘catastrophe aussi terrible fût sortie de doctrines aussi
| à gracieuses ; on regrettait le siècle passé comme un mo-
\dèle d'esprit, d'élégance, de mœurs heureuses, d’une “ société accomplie, et l’on s’en prenait à tout de sa chute, excepté à Dieu et à soi. Tant il est difficile à l’aveuglement des hommes de discerner la révélation divine jusque dans les événements où elle éclate le plus! Quand Balthasar, les vases du temple de Jérusalem à la main regardait sur la muraille le doigt de Dieu qui écrivait son arrêt, l’infortuné tremblait bien de tous ses membres, mais il ne comprenait pas encore son crime.
Le marquis de Janson dut à son fils la lumière que ne ui avaient point donnée les ruines d’une société corrom-
puce. Il ne pouvait le voir à l’église sans a: .endrissement :
la paix de ses traits, l’élévation de son âme qui monait doucement jusqu’à son son visage pour l'iluminer, B
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la joie sereine qui enveloppait toute sa personne, ce spectacle du plus chaste bonheur, renouvelé sans cesse sous les yeux du père, le plongeait dans une sorte de contemplation en lui faisant de son fils même une apparition de la vérité. Enfin un jour il vit Dieu clairement ; l’âme du père et du fils se rencontrèrent, dans les inébranlables certitudes de la foi ; ils adorèrent, ils prièrent ils aimèrent ensemble, et tel fut, Messieurs, le premier apostolat de Mgr. de Janson.
Il y avait alors sur le trône de France un homme supérieur à tous ses contemporains non seulement par le génie de la guerre et de lalégislation, mais surtout par
la profondeur de ses instincts religieux. Aussi grand par la conquête que Cyrus, Alexandre, César et Charlema-
gne, il avait eu le mérite de reporter sa nation vers Dieu, et bravant jusque dans ses généraux les derniers sifflements de l’incroyance populaire, on l'avait vu saisir d’une main courageuse, et tenir ensemble dans un même faisceau l’épée, le sceptre et la croix de Jésus-Christ. Ce grand homme n’avait de haïne contre rien, ni contre Dieu, parce que lui-même était puissant et le créateur d’un monde nouveau, ni contre la noblesse, parce que lui-même descendait en droite ligne de tous les vieux héros, ni contre le peuple, parce que lui-même il en était l’enfant, ni contre le passé et l'avenir, parce qu’il se croyait aussi fort qu'eux,
et n’y proscrivait rien que labassesse et l’incapacité. Son armée, ses palais, ses conseils, sa main s’étaient ouverts
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