‹ Eloge funèbre de Monseigneur Ch.-Auguste de Forbin-Janson [microforme]Chapitre 8 sur 8 · Lettre du 16 août 1841, à Afor. Menjaud · texte numérisé non relu

Lettre du 16 août 1841, à Afor. Menjaud

les mains toutes Jeunes, s’avancer vers nous, en tirant de sa poitrine affaiscé quelques sons imparfaits, mais si sincères et si bons, qu’ils nous allèrent au fond de l’âme.

Cinq mois après, le 11 juillet 1844, aux portes de Marseille, Mgr. de Janson rendait à Dieu son âme immortelle.

Aïnsi, monseigneur, disparaissent tour-à-tour, par un appel de Dieu trop rapide, les hommes de foi qui les premiers, ont reconstruit, sur le sol renouvelé de la France, notre antique église. Aucun parmi ces pères de

notre âge, n’a porté sur les ruines du sanctuaire une main plus illustre que votre prédécesseur immédiat, au-

cun, une main plus dévouée, plus active et plus meurtrie. Renversé par une tempête qui a déraciné des rois il a laissé d’un côté de sa vie des œuvres détruites, et de l’autre côté des œuvres inachevées, maïs aussi et d’autant plus, le souvenir d’une âme apostolique que le rang et la fortune ne détournèrent point de sa vocation, que le travail ne rebuta jamais, que le malheur éprouva sans l’abattre ni l'aigrir. Vous vivrez longtemps, Monseigneur, sur ce siége que vous tenez de son choix, et où votre présence nous rappellera son esprit de discernement; vous y vivrez pour faire aimer et bénir la religion qui est le premier bien des hommes, leur force et leur gloire, et qui pourtant recoit aussi d’eux, par les vertus même qu’elle leur donne, la puissance et l'honneur. Et vous, mes frères dans le sacerdoce de Jésus: Christ, qui avez deux fois perdu par l'absence et par la mort un évéque qui vous était si cher, nous tous, en voyant tomber si

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vite les appuis que Dieu avait suscités à son Eglise, nous connaîtrons davantage nos devoirs et la brièveté du temps qui nous est dispensé pour les accomplir ; nous ferons sur nous-mêmes de plus sérieux retours, et nous nous hâterons de cultiver ces courtes années qui ont été commises à notre fidélité. Plus riches que nos prédécesseurs, nous possédons le fruit de leur travail, l'exemple de leurs vertus, et un siècle qui a mûri lui-même sous la lumière miséricordieuse des plus grands événemens. Ferons-nous pourtant mieux et plus que nos pères ? Héritiers de Zorobabel qui releva les ruines du Temple, rebâtirons-nous, comme Néhemias, les murs et les tours de la sainte cité ? Dieu seul, qui lit au plus lointain des âges, Dicu le sait. Mais si cette gloire nous est refusée, si la truelle et l’épée tombent de nos mains avant d’avoir achevé l'enceinte de Jérusalem, puissionsnous du moins laisser aux enfants de la captivité une mémoire de nous qui les fortif, un parfum qui s'élève de notre tombe, et qui porte à leur cœur, avec de bonnes nouvelles du passé, un présage heureux de l'avenir !

IMPRIME’ CHEZ WM. COWAN, et FILS.

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