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et que la nouvelle est souffrante parce que Dieu n’y est pas suffisamment entré.
Maiïntenarit, Messieurs, je n'ai plus qu’un mot à dire: la révolution de 1830 sépara Mgr. de Janson de son troupeau et annéantit tous ses travaux antéricurs ; des millions d'hommes se levèrent ct écrasèrent les pensées et les œuvres d'un homme, |
Mgr. de Janson avait quarante-cinq ans. C’est l’âge de la plénitude, l’âge où tout ce que l’on a semé dans sa vie, lève autour de l’homme ses branches chargées d’ombre et de fruits, et cet âge là même était celuioù Mgr. de Janson venait de perdre son passé, et voyait sa vio
gisante devant lui comme un arbre coupé jusqu'à la racine. Jlest difficile à ceux qui ne l'ont pas éprouvé de connaître à fond la douleur de cette situation, et quel courage il faut pour n’y pas succomber. Mgr. de Janson n’y succéomba point. Il ne vit pas sa disgrâce sans émotion ni sans regret ; mais il trouva dans son cœur des ressources pour la supporter devant Dieu, pour l’honorer devant les hommes, et pour la faire servir au bien de ses frères. Sa fortune devint plus que jamais le patrimoine des pauvres; il prenait part à toutes les bonnes œuvres de la capitale, et sccourait une foule des misères sans nom qui s’y cachent même à la charité ; il ouvrait sa main avec la joie d’un évêque ct la libéralité d’un prince. Il donnait jusqu’à ses vêtements pontificaux. Un jour qu’il demandait quelque ornement dont il avait besoin pour officier, on vint lui dire qu’on n’en trouvait aucun; il
s’était dépouillé peu de jours auparavant en faveur d’un pauvre évêque de l'Océanie.
Nouf années s’écoulèrent dans ces occupations charitables, dont Dieu seula tout le seeret, et qui, de ls veille au Jendemain, ne laissaient aucune trace dans le cœur même qui en faisait son aliment. Maisle nombre des jours mesurés par la Providence à Mgr. de Janson approchait de son terme, et comme ces lampes qui, avant de s’éteindre, jettent un dernier éclat, il sentit renaître en lui les visions lointaines de sa première jeunesse. En 1839, il partit pour l’Amérique, seul, sans serviteurs, accompagné de quelque missionnaires qu’il établit, d’une manière fixe, à la Louisiane, et pour lui, choisissant le Canada, qui est une terre française, pour le théâtre principal de ses courses apostoliques, il y déploya pendant dix-huit mois une infatigable activité Nous n’avons pas l’idée des triomphes de la parole dans ces contrées transatlantiques, et du spectaele qu’y présentent les populations, lorsqu’elles accourent se suspendre aux lèvres d’un missionnaire, Mgr. de Janson prêchait souvent en plein air à des auditoires de dix et de vingt mille hommes; le sommet des montagnes, le bord desfleuves et des lacs lui servaient de basiliques, à défaut des églises devenues trop étroites ; il donna ainsi coup sur coup plus de soixante missions dans les campagnes, sans parler de ses trataux à la Nouvelle-Orléans, à Mont-Réal, à Québec, à New-Yorck, et de ses excursions parmi les tribus sauvages, qui le reçurent avec une naïve admiration. Les évêques des Etats-Unis l’appelèrent au concile de leur église ; il en signa les actes, ainsi que la lettre adressée
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par eux aux archevêques de Cologne et de Posen, peur les féliciter d’avoir opposé un inébranlable courage aux persécutions de la puissance civile. Revenu en Europe sur la fin de 1841, Mgr. de Janson alla solliciter de la reine d'Angleterre la grâce des Canadiens exilés do leur pays par suite de troubles politiques : peu de temps après, les bannis furent rappelés.
Ce n’était là que le prélude des desseins de Mgr. de Janson. Une fois rentré dans la vie apostolique, il reconnut son élément naturel, et sa jeunesse s’y ralluma tout entière, Quand on jette un regard sur lescouquêtes du christianisme dans le monde, on le voit maître de l'Europe cet des Amériques, possesseur d’une grande partie des côtes africaines, s'étendant, par le septentrion, de l’Asie jusqu’au murailles de la Chine, touchant à la Perse, dominant dans l’Inde, protecteur ou souverain des îles de toutes les mers, et n’ayant plus devant lui, comme point d’arrêt, depuis la chute de la puissance ottomane, qu’un seul grand empire, qui est l'empire chinois. Séparé de nous par de vastes terres, sans civilisation et par plusieurs océans, cet empire a bravé jusqu'ici notre prosélytisme, et étouffé dans les plus barbares persécutions la semenco de l’Evangile, que la Providence ne cesse d'y verser par des générations de missionnaires martyrs. Cefut là que Mgr. de Janson marqua sa tombe, espérant que Dieu lui ferait la grâce de mêler son sang à toutle sang chrétien qui, depuis trois siècles, monte de ce pays vers le ciel pour y appeler la miséricorde et la vérité. Mais il voulut tenter un cffort suprême, et arriver en Chine qu’avec des plans et des ressources
que lui seul était capable de concevoir et de réaliser. Il résuma ses plans et chercha ses ressources dans une œuvre qu’il appela l’ Œuvre de la Sainte-Enfance, laquelle avait pour but l’achat, le baptême et l'éducation des enfans chinois abandonnés par leurs parens. Car, c’est une coutume de cet empire, attestée par tous les voyageurs, d'exposer les enfans dont la naissance surcharge la pauvreté des familles, et s’il nous en coutait de croire à un si grand oubli des sentimens naturels, il nous suffirait de jeter les yeux sur les plus célèbres républiques de l'antiquité, pour y retrouver plus ou moins cette pratique dénaturée, Mgr. de Janson ayant mûri son projet, en fit part au public par des écrits et des prédications destinés à lui obtenir le concours de toute la chrétienté. Sa penséc était de visiter successivement la plupart desroyaumes de l'Europe, en y prêchant cette nouvelle croisade, et une fois l’œuvre assurée sur le fondement d’une immense association, de s'emharquer lui-même pour la Chine. Déjà il avait parcouru la Belgique et une partie de la France; le roi et la reine des Belges avaient donné à leurs enfans le protectorat de l'œuvre dans leurs états ; une multitude d’enfans de toutes les conditions s’étaient inscrits sur les listes ; un grand nombre d’évêques avaient promis leur coopération. KRentré à Paris pour y passer
l'hiver et s’y reposer de ses voyages, Mgr. de Janson y continuait par sa correspondance et dans des réunions publiques l’exécution de son vaste dessein. C'est 1à que nous le vimes atteint du mal qui devait le ravir à l'Eglise ; courbé sous la fatigue, oppressé, presque sans voix, il nous surprit par la sénérité de son visage et l'ardeur de son entretien. Depuis quatorze ans que nous ap-
prochions de sa personne, nous l’avions toujours trouvé
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spirituel, aimable, bienveillant, laissant dans le cœur une impression qui ramenait vers lui; mais, pour la première fois, il nous toucha et nous parut vénérable. La disproportion de ses forces avec sa pensée était si manifeste, son air de sécurité contrastait si fort avec le ravage de la maladie, que nous crûmes voir un eufant ou un saint se jouer des affaires et de la mort.
Non qu'il s’aveuglât sur sa situation ; il en avait conscience depuis long-temps, et, dès la fin de son séjour en Amérique, quoique l’exaltation de son zèle voulut lui cacher les ruines prématurées d’un corps qu'il avait usé pour Dieu, et auquel il venait de porter le dernier coup, il écrivait ces lignes touchantes: % Quelquefois il me “ vient en pensée que je ne résisterai point à cette mala- “ die d’épuisement, et que je vous enverrai seulement à Nancy quelques restes de moi, ce pauvre cœur, par “exemple, qui n’a guère été bien connu que de vous et de quelques amis et enfans dans notre ville épiscopale, ‘6 Je présume cependant que notre cathédrale lui accor- #6 dera bien un dernier licu de repos et de paix, Que la très-sainte volonté de Dieu s’accomplisse !” !,
Pourquoi tairais-je comment je vis pour la dernière fois Mgr. de Janson ? J’allais quitter Paris ; quelques jeunes gens m’entouraient dans ma chambre des cordiales démonstrations de leur pieuse amitié ; le bruit d'une voiture se fit entendre ; un moment après la porte s’ouvrit et nous vimes le vieil évêque de Nancy, le cœur et