L ELECTION PRÉSIDENTIELLE
A l'approche de l'élection présidentielle, l'un des deux vieux partis s'abstint de paraître dans l'arène, l'autre chercha en vain à conserver son ancienne attitude; le candidat qui représentait le mieux la meilleure de ses nuances, sous l'impulsion d'un zèle patriotique, se mil à parcourir tout le pays, partout prêchant le maintien de l'union et défiant ses ennemis, mais sans nourrir grand espoir de parvenir à la sauver. L'orage devenait une trombe; qui calmerait sa rage? Les plus expérimentés d'entre nos hommes d'État avaient échoué; aucun espoir ne subsistait pour tous ces grands selon la chair; le salut viendrait-il d'un de ceux dont la sagesse était comme la sagesse des petits enfants?
PREMIÈRES ANNÉES d'aBRAHAM LINCOLN.
Le choix de l'Amérique tomba sur un homme né à l'occident des monts Alleghanys, dans la hutte d'une pauvre famille du comté de Hardin, en Kentucky : sur Abraham Lincoln.
Sa mère savait lire mais non écrire; son père ne savait ni l'un ni l'autre; quant à lui, ses parents l'envoyèrent à l'école, avec un vieil alphabet, el dès son enfance il sut lire et écrire.
A huit ans, il descendit l'Ohio avec son père sur un radeau qui transportait la famille et tout ce qu'elle possédait, sur les rives de l'État d'Indiana; et de la force de ses bras d'enfant, il aida les siens à gagner à travers d'épaisses forêts l'intérieur du comté de Spencer. Là, sur une terre sans esclaves, il
grandit dans une chaumière de troncs bruts, n'ayant d'autres leçons dans ses heures de loisir que la solennité de la solitude. De la littérature de l'Asie, il ne connut que la Bible, de celle de la Grèce, de Rome et du moyen âge, qu'une traduction des fables d'Ésope; de celle de l'Angleterre, que le Foijage du pèlerin de John Bunyan. Les traditions de George Fox et de William Penn glissèrent affaiblies jusqu'à lui à travers deux siècles, par ses parents qui étaient quakers.