SON EDUCATION
Pour le surplus, son éducation fut entièrement américaine. Notre déclaration d'indépendance fut son » compendium » de science politique, la vie de Washington son élude constante, et quelque chose de Madison et de Jefferson lui parvint par Henri Clay, que dès l'enfance il révéra. D'ailleurs, vivant au jour le jour de la vie ordinaire du peuple américain, marchant à la lumière, raisonnant de la raison, pensant de la pensée, partageant chacun des battements puissants du cœur de ce peuple; enfin sous tout rapport, restant l'enfant de la nature, l'enfant de notre Ouest, l'enfant de l'Amérique.
SA VIE ULTERIEURE.
A dix-neuf ans, poussé par l'ambition de parcourir le monde, il prit engagement sur un bateau plat qui descendait le Mississipi ; il recevait 10 dollars par mois pour salaire; il renouvela deux fois ce voyage. A vingt et un ans, son père émigra dans l'IIlinois, il le suivit, conduisant le troupeau paternel, et, au nouveau séjour choisi dans le désert, fendant des pieux pour la clôture des champs. A vingt-trois ans, il devint capitaine de volontaires dans la guerre indienne contre le Faucon Noir. Puis il tint boutique; il acquit quelque notion
d'arpentage; mais à ses connaissances littéraires il n'ajouta que le théâtre de Shakespeare, qui prit place à côté de Bunyan. A vingt-cinq ans, il fut porté à la législature de l'Illinois, où il resta huit années. A vingt-sept ans, il se fît recevoir avocat. En 1837, il s'établit à Springfield, au centre de la partie la plus fertile de l'État. En 1847, il entra au congrès des États-Unis, où il eut l'occasion de voter quarante fois le maintien du « proviso de Jefferson. » En 1854, son influence aida à la nomination, comme sénateur pour l'Illinois, d'un démocrate qu'on savait partisan du bon droit dans l'affaire du Kansas. En 1858, rival de Douglas, il se présenta aux suffrages du peuple du puissant « État des prairies (1) » avec ces principes : « L'Union ne peut rester ainsi à demi libre et à demi esclave ; l'Union ne sera pas détruite, et le congrès cessera d'être divisé; » enfin, en 1861, sans aucune expérience des fonctions executives, alors que les États, affolés, sautaient de leurs orbites, et que les plus sages ne savaient où prendre conseil, ce descendant de quakers, cet élève de Bunyan, cet enfant du grand Ouest fut appelé à devenir président de l'Amérique.
11 mesura d'un œil sur les difficultés de sa tâche, et prit la résolution de l'accomplir.