‹ Éloge funèbre du Président Abraham LincolnChapitre 15 sur 40 · LE PEUPLE SE LÈVE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE SE LÈVE

Le président défunt croyait profondément à la perpétuité de l'Union; c'est là sa gloire. Soutenu d'avance par Douglas, dont la parole était comme la voix des masses, il convoqua aussitôt le Congrès, et appela le peuple à se lever pour reprendre les forts, places cl ])iens que l'on venait d'enlever à l'Union. Les

hommes du Nord étaient des hommes d'école, économes et actifs, la plupart d'éducation délicate, l'esprit bouillant d'idées et fertile en projets d'entreprises , adonnés à la culture des arts, ardents à la poursuite de la richesse, mais moins pour en tirer orgueil que pour la faire servir à développer les ressources nationales; cherchant le bonheur dans le calme de la vie domestique , et depuis des années si amis de la paix qu'on les réputait incapables de guerre. Eh bien, au cri de la patrie en détresse, ils se levèrent enflammés de patriotisme; non pas des mercenaires, mais le sang le meilleur et le plus pur du pays; fils de pieux ancêtres, voyant clairement leur devoir, avec la confiance sereine et l'inébranlable volonté du succès, ils se massèrent autour du président, résolus à défendre le drapeau national insulté. Des salles d'études des séminaires les jeunes théologiens s'élancèrent, l'éloquence sur les lèvres, la dévotion au cœur, pour remplir les rangs régimentaires et n'arriver au commandement qu'après avoir appris l'art de la guerre. Dans les collèges, les plus hardis comme les plus doux et les plus studieux, les natures les plus tendres, les caractères les plus calmes comme les génies les pjus brillants, passèrent des bancs de l'école sous la tente des camps. Les bûcherons s'élancèrent du fond de leurs forêts, les artisans de leur banc de travail, où l'exercice des droits politiques leur avait appris à partager toutes les épreuves et toutes les espérances de la république, à se sentir responsables envers leurs ancêtres, leur postérité et l'humanité tout entière, et ils marchèrent résolus à ne point laisser dégrader leur dignité de travailleurs, partie intégrante du peuple souverain. Fermiers et fils de fermiers, laissèrent là le champ à demi labouré, le grain à demi semé, et prenant le mousquet, apprirent à regarder sans peur le danger face à face et la mort toujours prête dans les chocs de la guerre, tout en gardant intacts au fond du cœur l'amour de la vie des champs et les tendres affections du foyer. Tout ce qu'il y avait de vérité, de foi, d'amour du bien public dans le cœur national jaillit d'un seul jet, et de tous les points de l'horizon un

vent puissant vint attiser la flamme du feu sacré et inextinguible.

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