LA GRANDE BRETAGNE
Il y avait un royaume dont le peuple était parvenu à porter haut la liberté industrielle et la sécurité des personnes et des biens. Ses classes moyennes avaient atteint la vraie grandeur. De cette classe sortaient de nobles esprits, poètes et philosophes, dont les paroles créaient l'intelligence de la nation ; d'habiles navigateurs qui démêlaient le labyrinthe des voies de l'Océan; de patients chercheurs des secrets de la science physique, dont les trouvailles la conduisaient à la richesse, si bien que dans les lettres, elle égalait les plus brillantes nations du monde et les dépassait toutes dans le commerce et l'industrie. Mais son gouvernement n'était que le gouvernement du sol et non celui du peuple; le moindre brin d'herbe y avait son représentant, mais seule une faible minorité des hommes y avait les siens. Par les transformations du régime féodal, les chefs de l'organisme social, s'y étaient délivrés de la charge du service militaire, condition originaire de leurs concessions de tîefs, et en avaient rejeté le fardeau sur les classes industrieuses, tout en gardant pour eux la propriété de la terre. De vastes domaines jadis administrés par les monastères, comme le patrimoine du culte et de la charité s'y étaient transformés en sources de richesse pour les courtisans
et les favoris, et les biens communaux, où le pauvre avait eu le droit de pâturage, lui avaient été ravis pour être partagés entre les propriétaires et englobés dans leurs anciens domaines. Quoique aucune loi n'y défendit l'acquisition delà terre, l'énormité des frais de transfert constituait une véritable prohibition, de sorte que cette contrée semblait avoir pour règle, que la charrue n'y pouvait être conduite par la main d'un propriétaire. L'Église y reposait sur une contradiction ; créature de la loi, elle revendiquait cependant le dépôt de la vérité absolue.