SENTIMENTS DE CE PAYS
A mesure que les années passaient, le contraste terrible de l'extrême misère à côté de l'extrême richesse y devenait plus frappant; même dans les meilleures années, les travailleurs, privés de toute participation au gouvernement de l'État, n'arrivaient par le plus dur labeur qu'à se procurer une existence précaire, et leur vieillesse n'avait d'autre espérance que la mort ou la charité publique. Dans son insatiable ambition, cette nation avait semé le monde de postes militaires ; ses sentinelles montaient la garde sur nos frontières du nord-est, aux Bermudes, aux Indes occidentales, tenaient les clefs du Pacifique, des mers du Sud et de l'océan Indien, nous épiaient au nord-ouest à Vancouver, occupaient la totalité de l'Australie , les portes de l'antique Méditerranée et de la mer Rouge, et un chapelet de forteresses tout le long de la route de Madras à la Chine. Ces aristocrates voyaient avec terreur, grandir une république où la propriété foncière était le lot de tous et où la religion n'était pas l'esclave de l'État, aussi lorsqu'ils la virent menacée ne purent-ils réprimer leur joie. Au lieu de paroles sympathiques, ils n'eurent que des sarcasmes pour ce fils de pauvre, au cœur si bon, que l'Amérique s'était donné pour chef; ils raillèrent ses larges mains, ses longs pieds, sa tournure gauche; et le secrétaire de l'État chargé des affaires étrangères de l'Angleterre se hâta de faire savoir
— dedans tous les palais de l'Europe, que la grande république était à l'agonie, qu'elle était morte, et qu'une pierre sépulcrale était désormais tout ce que les nations devaient à « l'Union défunte, w Mais il est écrit : « Laissez les morts enterrer leurs morts. » Aussi ne peuvent-ils enterrer les vivants; que les morts enterrent donc les morts, et qu'un bill de réforme nous débarrasse du gouvernement décrépit d'une classe et verse une vie nouvelle dans les veines de la constitution anglaise en confiant au peuple les pouvoirs qui lui reviennent.