‹ Éloge funèbre du Président Abraham LincolnChapitre 21 sur 40 · LA FRANCE ET LA DOCTRINE MONROE · texte numérisé non relu

LA FRANCE ET LA DOCTRINE MONROE

La reconnaissance des rebelles comme belligérants avait été concertée avec la France. La France, à laquelle l'Amérique portait tant d'affection, car elle lui devait le plus grand bienfait

que jamais peuple ait reçu d'un autre peuple; la France, la tète du continent d'Europe, tant par la solidité de sa civilisation, que par la bravoure et la générosité de ses fils; la France qui depuis des siècles marchait par des procédés à elle, mais enfin marchait vers la liberté politique et religieuse ; la France, où avait pris naissance cette doctrine sur la politique à suivre par les puissances européennes envers les colonies américaines à laquelle on a donné depuis le nom de doctrine de Monroe, et qui, pour porter le nom d'un homme devrait plutôt porter celui de Turgot. En effet, quand Louis XVI l'adopta, il avait pour ministres ceux dont Vergennes était le chef, et depuis, cette doctrine, à part quelques déviations peu durables, a toujours dirigé la politique nationale de la France, sous les Bourbons, sous le premier Napoléon et sous la maison d'Orléans.

l'empereur napoléon et le MEXIQUE.

L'empereur Napoléon III nourrissait le désir de reconnaître formellement les États insurgés comme^nation indépendante; les répugnances de l'Angleterre, les vieilles traditions de la France, ou sa propre prudence seules le retenaient; telle était la rumeur persistante dont l'oreille du président Lincoln ne cessait d'être harcelée. Mais à côté de nous, touchant notre frontière, se trouvait la république mexicaine, comnae nous en proie à une guerre intestine, et pour des causes du même genre. La monarchie anglaise nous avait attaché au flanc l'esclavage, et notre indépendance ne nous en avait pas débarrassés ; de même la domination ecclésiastique établie par le conseil des Indes d'Espagne, au temps de Charles-Quint et de Philippe II, avait continué d'exister au Mexique, malgré la forme républicaine. A ce système étroit, legs de la monarchie, cette république devait la guerre civile qui depuis cinquante ans la paralysait, de la même manière que chez nous l'héritage de l'esclavage avait entretenu les haines politiques pour

aboutir aussi à la guerre civile; et de même, que chez nous aucune tranquillité n'était possible tant qu'existerait l'esclavage, de même pour le Mexique aucune prospérité n'était possible tant que durerait la tyrannie écrasante de l'intolérance. Le parti esclavagiste des États-Unis avait en Europe ses émissaires chargés d'y solliciter aide et assistance ; le parti de l'Église privilégiée établie au Mexique suivit cet exemple, et parvint à mieux réussir. Juste au moment où le parti républicain venait d'en finir avec la rébellion cléricale, organisait le meilleur des gouvernements qu'eût encore vu ce pays, et ouvrait à la nation une ère d'ordre, de paix et de prospérité, la nouvelle nous parvint, à l'instant le plus sinistre de notre propre crise, que l'empereur des Français, cédant à son désir d'ériger dans l'Amérique du nord une forteresse pour l'impérialisme, allait transformer la république du Mexique en fief de secundogéniture au profit de la maison de Hapsbourg. L'Amérique pouvait se plaindre, mais elle était alors hors d'état d'agir, elle dut temporiser. Elle vit bien d'ailleurs que le Mexique, malgré la fertilité de son sol, ne pourrait jamais lutter en production de céréales contre nos régions du nord-ouest, ou en produits des tropiques contre Cuba; que sous une dynastie contestée, les capitaux s'en éloigneraient, les travaux publics n'y seraient pas possibles, les richesses minérales resteraient enfouies, le crédit ne pourrait naître ; qu'ainsi le régime impérial au Mexique, tout en rendant un hommage forcé à la sagesse de la république en adoptant dès ses premiers pas le système politique qu'avait suivi celle-ci, ne serait jamais qu'une source de pertes sèches subies par le trésor français , dans l'intérêt d'un aventurier autrichien.

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