‹ Éloge historique de James WattChapitre 13 sur 16 · HO ELOGE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HO ELOGE HISTORIQUE

sous nos yeux, ne seraient pas sans application dans la patrie de Watt. Je parcourais, naguère, l'Angleterre et l'Ecosse. La bienveillance dont j'étais l'objet , autorisait de ma part jusqu'à ces questions sècbes, incisives, directes, que, dans toute autre circonstance, aurait pu seulement se permettre un président de commission d'enquête. Déjà vivement préoccupé de l'obligation où je serais à mon retour, de porter un jugement sur l'illustre mécanicien ; déjà fort inquiet de tout ce qu'a de solennel la réunion devant laquelle je parle, j'avais préparé cette demande : « Que pensez-vous de l'influence « que Watt a exercée sur la richesse, sur la puissance, sur «la prospérité de l'Angleterre?» Je n'exagère pas en disant que j'ai adressé ma question à plus de cent personnes appartenant à toutes les classes de la société, à toutes les nuances d'opinions politiques , depuis les radicaux les plus vifs, jusqu'aux conservateurs les plus obstinés. La réponse a été constamment la même : chacun plaçait les services de notre confrère au-dessus de toute comparaison; chacun, au surplus, me citait les discours prononcés dans le meeting où la statue de Westminster fut votée , comme l'expression fidèle et unanime des sentiments de la nation anglaise. Ces discours, que disent-ils? ■

Lord Liverpool, premier ministre de la couronne, appelle Watt « un des hommes les plus extraordinaires auxquels « l'Angleterre ait donné naissance, un des plus grands bien- « faiteurs du genre humain.» Il déclare que «ses inventions « ont augmenté d'une manière incalculable les ressources de « son pays et même celles du monde entier. » Envisageant ensuite la question du côté politique : « J'ai vécu dans un

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« temps, » ajoute-t-il, « où le succès d'une campagne, oh le «succès d'une guerre dépendait de la possibilité de pousser,

sans retard, nos escadres hors du pori : des vents contraiares régnaient pendant des mois entiers, et anéantissaient de s fond en comble les vues du gouvernement. Grâce à la ma-

dhine à vapeur, de semblables difficultés ont à jamais « disparu, s

« Portez, porte? vos regards, » s'écrie sir Rumphry Davy, « sur la métropole de ce puissant empire, sur nos villes, sur «nos villages, sur nos arsenaux, sur nos manufactures; exa- « mine/, les cavités souterraines et les travaux exécutés à la «surface du globe; contemplez nos rivières, nos canaux, les « mers qui baignent nos cotes; partout vous trouverez l'em- « preinte des bienfaits éternels de ce grand homme. »

« Le génie que W att a déployé dans ses admirables înven- « tions, » dit encore l'illustre président de la Société royale , ta plus contribué à montrer l'utilité pratique des sciences, « à agrandir la puissance de l'homme sur le monde matériel , « à multiplier et à répandre les commodités de la vie, que les « travaux d'aucun personnage des temps modernes, o Davy n'hésite pas. enlin. à placer Watt au-dessus d'Archimède !

Huskisson, ministre du commerce, se dépouillant un moment de la qualité d anglais, proclame, qu'envisagées dans leurs rapports avec le boriheur de l'espèce humaine tout entière, les inventions de Watt lui paraîtraient encore mériter la plus haute admiration. Il explique de quelle manière l'économie du travail, la multiplication indéfinie et le bon marché des produits industriels, contribuent à exciter et à répandre les lumières. « La machine a vapeur, dit-il , n'est

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« donc pas seulement, dans les mains des hommes, l'instru- « ment le plus puissant dont ils fassent usage pour changer « la face du inonde physique; elle agit encore comme un le- « vier moral, irrésistible, en poussant en avant la grande cause « de la civilisation. »

De ce point de vue, Watt lui apparaît dans un rang distingué parmi les premiers bienfaiteurs de l'humanité. Comme Anglais, il n'hésite pas à dire que sans les créations de Watt, la nation britannique n'aurait pas pu suffire aux immenses dépenses de ses dernières guerres contre la France.

La même idée se retrouve dans le discours d'un autre membre du parlement, dans celui de sir James Mackintosh. Voyez si elle y est exprimée en termes moins positifs :

« Ce sont les inventions de Watt cpii ont permis àl'Angle- « terre de soutenir le plus rude, le plus dangereux conflit « dans lequel elle ait jamais été engagée. » Tout considéré , Mackintosh déclare, sans hésiter, « qu'aucun personnage n'a « eu de droits plus évidents que Watt aux hommages de son « pays , à la vénération , au respect des générations futures. »

Voici des évaluations numériques, des chiffres, plus éloquents encore , ce me semble, que les divers passages dont je viens de donner lecture :

Boulton fils annonce, qu'à la date de 1 8 19, la seule manufacture de Soho avait déjà fabriqué des machines de Watt dont le travail habituel aurait exigé cent mille chevaux; que l'économie résultant de la substitution de ces machines à la force des animaux, montait annuellement à j5 millions de francs. Pour l'Angleterre et l'Ecosse, à la même date, le nombre des machines dépassait 10000. Elles faisaient le travail

de 5ooooo chevaux ou de 3 ou 4 millions d'hommes, avec une économie annuelle de 3 ou 4 cents millions de francs. Ces résultats, aujourd'hui, devraient être plus que doublés.

\ oilà, en abrégé, ce que pensaient, ce que (lisaient de W att, les ministres, les hommes d'État, les savants, les industriels les plus capables de l'apprécier. .Messieurs, ce créateur de 6 à (s millions de travailleurs; de travailleurs infatigables et assidus parmi lesquels l'autorité n'aura jamais à réprimer ni coalition, ni émeute; de travailleurs à cinq centimes la journée; cet homme qui , par de brillantes inventions, donna a I Angleterre les moyens de soutenir une lutte acharnée , pendant laquelle sa nationalité même fut mise en question; ce nouvel Arehimède, ce bienfaiteur de L'humanité tout entière, dont 1, s générations futures béniront éternellement la mémoire, qu'avait-on fait pour l'honorer de son \ ivant?

I.a pairie esl . en Angleterre, la première des dignités, la première des récompenses. \ ous devez naturellement supposer que W att a été nommé pair.

( )n n'y a pas même pensé!

S il tant parler net, tant pis pour la pairie (pie le nom de Watt int honorée! In pareil oubli, cependant, chez, une nation aussi justement tière de ses grands homme-., avait droit de m'etonuer. Quand jeu cherchais la cause, save/.- TOUS ce qu'on me répondait? <c Ces dignités dont vous parlez, sont réservées aux officiers déterre et «le mer, aux orateurs influents de la chambre des communes, aux membres de la noblesse. Ce n'est pas l'a mode (je n'invente pas, je cite exactement); ce n'est pas la mode de les accorder à des

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