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mérite qui ne peut guère ajouter à sa gloire. Mais , je l'avouerai, je n'entends jamais faire rémunération pédantesque des qualités dont les hommes supérieurs ont été dépourvus, sans me l'appeler ce mauvais général du siècle de Louis XIV, qui portait toujours son épaule droite très-haute, parce que le prince Eugène de Savoie était un peu bossu . et crut que cela le dispensait d'essayer de pousser la ressemblance plus loin.
Watt atteignait à peine sa vingt-unième année , lorsque l'Université de Glasgow se l'attacha. Il avait eu pour protecteurs, Adam Smith, l'auteur du fameux ouvrage sur la Richesse des nations; Black, que ses découvertes touchant la chaleur latente et le carbonate de chaux devaient placer dans un rang distingué parmi les premiers chimistes du XVIIIe siècle ; Robert Simson , le célèbre restaurateur des plus importants traités des anciens géomètres. Ces personnages éminents croyaient d'abord n'avoir arraché aux tracasseries des corporations, qu'un ouvrier adroit, zélé, de mœurs douces; mais ils ne tardèrent pas à reconnaître l'homme d'élite , et lui vouèrent la plus vive amitié. Les élèves de l'université tenaient aussi à honneur d être admis dans l'intimité de Watt. Enfin, sa boutique; oui, Messieurs, une boutique! devint une sorte d'académie où toutes les illustrations de Glasgow allaient discuter les questions les plus délicates d art , de science, de littérature. Je n'oserais pas, en vérité, vous dire quel était, au milieu de ces réunions savantes, le rôle du jeune ouvrier de vingt-un ans, si je ne pouvais m'appuyer sur une pièce inédite du plus illustre des rédacteurs de l'Encyclopédie britannique.
« Quoique élève encore, j'avais, dit Robison, la vanité de a me croire assez avancé dans mes études favorites de méca-
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« nique et de physique, lorsqu'on me présenta à Watt ; aussi , «je l'avoue, je ne tus pas médiocremenl mortifié en voyant
a à « j ml point le jeune ouvrier m'étail supérieur Des
«que. dans l'université , nne difficulté nous arrêtait, et cela < quelle qu'en fut la nature, nous courions dbez notre ar- « tiste l ne fois provoqué, chaque sujet devenail pour lu! « nu texte d'études sérieuses et de découvertes. Jamais il ne « lâchait prise qu'après avoir entièrement éclairci la ques- « tiou proposée, soit <[ii'ii la réduisit à rien . sort qu'il en tirât
. quelque résultat net et substantiel Un jour, la solu-
« tiou désirée sembla nécessiter la lecture de l'ouvrage de « Leupold sur les machines : Watt apprit aussitôt l'allemand. « Dans une autre circonstance et pour un motif semblable,
<c il se rendit maître de la langue italienne La simpli-
« cité nane du jeune ingénieur lui conciliait, sur-le-champ, i 1 1 bienveillance de tous ceux qui l'accostaient. Quoique «j'aie assez vécu dans le monde, je suis obligé de déclarer c qu'il me serait impossible de citer un second exemple d'un « attachement aussi sincère et aussi général, accordé a quel- « que personne d'une supériorité incontestée. Il est Mai qUe <c cette supériorité était voilée par la plus aimable candeur. <.- et qu'elle s'alliait à la ferme volonté de reconnaître libéra- « lement le mérite de chacun. \\ atl se complaisait même a « doter l'esprit inventif de ses amis, de choses qui n'étaient « souvent que ses propres idées présentées sous une autre et forme, .l'ai d'autant plus le droit, ajoute Robison, dlnsis- « ter sur cette rare disposition d'esprit, que j'en ai person- « nellement éprouvé les effets. »
Vous aurez a décider, Messieurs, s'il n'était pas aussi honorable de prononcer eesdernières paroles, quedelesavoir inspirées
Les études si sérieuses, si variées dans lesquelles les circonstances de sa singulière position jetaient sans cesse le jeune artiste de Glasgow, ne nuisirent jamais aux travaux de l'atelier. Ceux-ci , il les exécutait de jour; la nuit était consacrée aux recherches théoriques. Confiant dans les ressources de son imagination , Watt paraissait se complaire dans les entreprises les plus difficiles, et auxquelles on devait le supposer le moins propre. Croira-t-on qu'il se chargea d'exécuter un I orgue , lui totalement insensible au charme de la musique; lui qui, même, n'était jamais parvenu à distinguer une note d'une autre : par exemple, l'ut An fa? Cependant, ce travail fut mené à bon port. Il va sans dire que le nouvel instrument présentait des améliorations capitales dans sa partie mécanique, dans les régulateurs , dans la manière d'apprécier la force du vent; mais on s'étonnera d'apprendre que ses qualités harmoniques n'étaient pas moins remarquables et qu'elles charmèrent des musiciens de profession. Watt résolut une partie importante du problème; il arriva au tempérament assigné par un homme de l'art, à l'aide du phénomène des battements , alors assez mal apprécié, et dont il n'avait pu prendre connaissance que dans l'ouvrage profond, mais très-obseur, du docteur Robert Smith, de Cambridge.
Histoire de la machine à vapeur.
Me voici arrivé à la période la plus brillante delà vie de Watt, et aussi, je le crains, à la partie la plus difficile de ma tâche. L'immense importance des inventions dont j'ai à vous entretenir, ne saurait être l'objet d'un doute; mais je ne par-
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viendrai peut-être j «a> à les foire convenablement apprécier, vins me jeter dans de minutieuses comparaisons numériques. Uiuqneces comparaisons, si elles deviennent indispensables, soient faciles à saisir, je \ais présenter, le plus brièvement possible, les notions délicates de physique sur lesquelles nous aurons à les appuyer.
Par l'effet de simples changements de température, l'eau peut exister dans trois états parfaitement distincts: à l'état solide, à Pétat liquide, à l'état aérien ou gazeux. Au-dessous de zéro de l'échelle du thermomètre centigrade, l'eau devient delà glace; à ioo° elle se transforme rapidement en gaz-; dans tons les degrés intermédiaires elle est liquide.
L'observation scrupuleuse des points de passage d'un de ces états à l'autre, conduit à des découvertes du premier ordre, qni sont la clef des appréciations économiques des machines à vapeur.
L'eau n'est pas nécessairement plus chaude que toute espèce de glace; l'eau peut se maintenir à zérode température sans se geler; la glace peut rester à zéro sans se foudre; mais cette eau et eette glace, toutes les deux au même degré de température, toutes les deux à zéro, il semble bien difficile de croire qu'elles ne diffèrent que par leurs propriétés physiques; qu'aucun élément, étranger à l'eau proprement dite, ne distingue 1 eau solide de l'eau liquide. Une expérience fort simple va éclairer ce mystère.
Mêlez un kilogramme d'eau à zéro, avec un kilogramme d'eau a 7-j' centigrades; les deux, kilogrammes du mélange seront à 3j° \, c'est-à-dire à la température moyenne des deux liquides composants. L'eau chaude se trouve ainsi avoir conserve 'y-j" { de son ancienne température ; elle a cédé les
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3y° 7 autres degrés à l'eau froide ; tout cela était naturel ; tout cela pouvait être prévu.
Répétons maintenant l'expérience avec une seule modification : au lieu du kilogramme d'eau à zéro, prenons un kilogramme de glace à la même température de zéro. Du mélange de ce kilogramme de glace avec le kilogramme d'eau à 7 5°, résulteront deux kilogrammes d'eau licpiide, puisque la glace, baignée dans leau chaude, ne pourra manquer de se fondre et qu'elle conservera son ancien poids; mais ne vous hâtez pas d'attribuer au mélange, comme tout à l'heure, une température de 3y° j, car vous vous tromperiez; cette température sera seulement de zéro; il ne restera aucune trace des 70° de chaleur que le kilogramme d'eau possédait; ces 75° auront désagrégé les molécules de glace, ils se seront combinés avec elles, mais sans les échauffer en aucune manière.
Je n'hésite pas à présenter cette expérience de Blac'k , comme une des plus remarquables de la physique moderne. Voyez-, en effet, ses conséquences :
L'eau à zéro et la elace à zéro diffèrent dans leur coniposition intime. Le liquide renferme, de plus que le solide, 75° d'un corps impondéré qu'on appelle la chaleur. Ces j5° sont si bien cachés dans le composé, j'allais presque dire dans l'alliage aqueux , que le thermomètre le plus sensible n'en dévoile pas l'existence. De la chaleur, non sensible à nos sens, non sensible aux instruments les plus délicats ; de la cl/alcur latente , enfin, car c'est le nom qu'on lui a donné, est donc un des principes constituants des corps.
La comparaison de l'eau bouillante, de l'eau à ioo°, avec la vapeur qui s'en dégage et dont la température est aussi de
l ou", conduit , niais sur une bien plus mande échelle, à des résultats analogies. \u moment de se constituer à l'étal de vapeurà 100", l'eau à la même température de ioo°, s'imprègne tous forme latente, sons forme non sensible au thermomètre, d'une quantité énorme de chaleur. Quand la vapeur reprend 1 état liquide, cette chaleur de composition se dégage, el elle va échauffer tout ce qui sur son chemin est susceptible de l'absorber. Si on l'ait traverser, par exemple, V)*) kilogrammes d'eau à zéro, par un seul kilogramme de \apeur à ioo*, cette vapeur si- liquéfie entièrement Les 6,35 kilogramme» résultant du mélange, sont à ioo" de température. Dans la composition intime d'un kilogramme de vapeur, il entre donc une quantité de chaleur latente qui pourrait porter un kilogramme d'eau, dont on empêcherait l'évapoiation , deoà 535 degrés centigrades. Ce résultat paraîtra sans doute énorme, mais il est certain; la vapeur d'eau n'existe qu'à cette condition; partout où un kilogramme d'eau à zéro se vaporise naturellement ou artificiellement, il doit se saisir, pour éprouver la transformation, cl il se saisit, en effet, sur les corps environnants, de 535° de chaleur. Os degrés, on ne saurait assez le répéter, la vapeur les restitue intégralement aux surfaces de toute nature sur lesquelles sa liquéfaction ultérieure s'opère. Voilà, pour le dire en passant . tout L'artifice du chauffage à la vapeur. On comprend bien mal cet ingénieux procédé, lorsqu'on s'imagine que le gaz aqueux ni' va porter au loin, dans les tuyaux où il circule, (pic la chaleur sensible ou thermométrique : les principaux effets sont dus ;i la chaleur de composition, a la chaleur cachée, à la chaleur latente qui se dégage au moment où le contact de surfaces froides ramène la vapeur de l'étal gazeux à l'état liquide.
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Désormais, nous devrons donc ranger la chaleur parmi les principes constituants de la vapeur d'eau. La chaleur, on ne l'obtient qu'en brûlant du bois ou du charbon; la vapeur a donc une valeur commerciale supérieure à celle du liquide, de tout le prix du combustible employé dans l'acte de la vaporisation. Si la différence de ces deux valeurs est fort grande, attribuez-le surtout à la chaleur latente : la chaleur thermométrique, la chaleur sensible n'y entre que pour une faible part.
J'aurai peut-être besoin de m etayer, plus tard, de quelques autres propriétés delà vapeur d'eau. Si je n'en fais point mention dès ce moment, ce n'est pas que j'attribue à cette assemblée la disposition d'esprit de certains écoliers qui disaient un jour à leur professeur de géométrie : « Pourquoi preneza vous la peine de démontrer ces théorèmes? Nous avons en «tous la plus entière confiance; donnez -nous votre parole « d'honneur qu'ils sont vrais et tout sera dit! » Mais j'ai du songer à ne pas abuser de votre patience; j'ai dû me rappeler aussi qu'en recourant à des traités spéciaux, vous comblerez aisément les lacunes que je n'aurai pas su éviter.
Essayons, maintenant, de faire la part des nations et des personnes qui semblent devoir être citées dans l'histoire de la machine à vapeur. Traçons la série chronologique d'améliorations que cette. machine a reçues, depuis ses premiers germes, déjà fort anciens, jusqu'aux découvertes de Watt. J'aborde ce sujet avec la ferme volonté d'être impartial; avec le vif désir de rendre à chaque inventeur la justice qui lui est due; avec la certitude de rester étranger à toute considération, indigne de la mission que vous m'avez donnée, in-
digne de la majesté de la science, qui prendrait sa source dam des préjugés nationaux. J'avoue, d'un autre côté, <jiif je ferai peu de compte des nombreux arrêts déjà rendus sous la dictée de pareil-, préjugés; que je me préoccuperai encore moins, s'il esl possible, des critiques acerbes qui m'attendenl sans doute, car le passé esl le miroir de l'avenir.
Question Af'f/f pos,('ft '\\t '' »">'''''•'{<"'/"<■ ^ l'on s'était rappelé ce dicton plein do sens, les débats relatifs à l'invention de la machine à vapeur, n'auraient certainement pas présenté le caractère d'acrimonie, de violence, dont ils ont été empreints jusqu'ici. .Mais on s'était étourdiment jeté dans un défilé sans issue, en voulant trouver un inventeur unique, là où il y avait nécessité d'en distinguer plusieurs. L'horloger le plus instruit de l'histoire de son art, resterait muet devant celui qui demanderait, en termes généraux, quel est l'inventeur des montres. La question, au contraire, l'embarrasserait peu , si elle portait, séparément, sur le moteur, sur les diverses formes d'échappement, sur le balancier. Ainsi en est-il de la machine à vapeur : elle présente aujourd'hui la réalisation de plusieurs idées capitales . mais entièrement distinctes, qui peuvent ne pas être sort ies d'une même soui ce et dont notre devoir est de chercher soigneusement l'origine et la date.
Si avoir lait un usage quelconque de la vapeur d eau, donnait, comme on l'a pré-tendu , des droits à figurer dans cette histoire, il faudrait citer les Arabes en première ligne, puisque, de temps immémorial, leur principal aliment , la semoule, qu'ils nomment couscoussou, se "cuit, par l'action de la vapeur, dans des passoires placées au-dessus de marmites rustiques. Une semblable conséquence suffit pour
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faire ressortir tout le ridicule du principe dont elle découle.
Gerbert , notre compatriote, celui-là même qui porta la tiare sous le nom de Sylvestre II , acquiert-il des titres plus réels lorsque, vers le milieu du IXe siècle, il fait résonner les tuyaux de l'orgue de la cathédrale de Reims , à l'aide de la vapeur d'eau? Je ne le pense pas : dans l'instrument du futur pape, j'aperçois un courant de vapeur substitué au courant d'air ordinaire, la production du phénomène musical des tuyaux d'orgue, mais nullement un effet mécanique proprement dit.
Le premier exemple de mouvement engendré par la vapeur, je le trouve dans un joujou, encore plus ancien que l'orgue de Gerbert; dans un éolipyle d'Héron d'Alexandrie, dont la date remonte à cent vingt ans avant notre ère. Peut-être sera-t-il difficile, sans le secours d'aucune figure, de donner une idée claire du mode d'action de ce petit appareil ; je vais toutefois le tenter.
Quand un gaz. s'échappe, dans un certain sens, du vase qui le renferme, ce vase, par voie de réaction, tend à se mouvoir dans le sens diamétralement contraire. Le recul d'un fusil chargé à poudre n'est pas autre chose : les gaz qu'engendre l'inflammation du salpêtre , du charbon et du soufre , s'élancent dans l'air suivant la direction du canon ; la direction du canon, prolongée en arrière, aboutit à l'épaule de la personne qui a tiré ; c'est donc sur l'épaule que la crosse, doit réagir avec force. Pour changer le sens du recul , il suffirait de faire sortir le jet de gaz dans une autre direction. Si le canon, bouché à son extrémité, était percé seulement d'une ouverture latérale perpendiculaire à sa direction et horizontale, c'est latéralement et horizontalement
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que le<gM de l.i pondre s'échapperait; c'est perpendiculairement au canon qne s'opérerait le recul; c'est sur les bras et DOIl sur l'épaule qu'il s'exercerait. Dans le premier cas , le recul poussait le tireur de l'avant à l'arrière, comme pour le renverser; dans le Becond, il tendrait à le faire pirouetter sur liii-inènie. Qu'on attache donc le eanou, invariablement et dans le sens horizontal, à un axe vertical mobile, et au moment du tir il changera plus ou moins de direction, et il fera tourner cet axe.
En eonser\ant la même disposition, supposons qUe l'axe vertical rotatif soit creux, mais fermé à la partie supérieure; qu'il aboutisse, par le bas, comme une sorti- de cheminée, à une chaudière où s'engendre de la vapeur; qu'il existe, de plus, une libre communication latérale entre l'intérieur de cet axe et l'intérieur du canon de fusil, de manière qu'après avoir rempli Taxe la vapeur pénètre dans le canon et en .sorte de côté par son ouverture horizontale. Sauf l'intensité, cette vapeur, en s'éehappant, agira à la manière des gaz dégagés de la poudre dans le canon de fusil bouche'' à son extrémité et percé latéralement; seulement, on n'aura pas ici une simple secousse, ainsi que cela arrivait dans le cas de I explosion brusque et instantanée du fusil; au contraire, le mouvement de rotation sera uniforme et continu, comme la cause qui l'engendre.
Au lieu d'un seul fusil ou, plutôt au lieu d'un seul tuyau horizontal, qu'on en adapte plusieurs au tube vertical rotatif, et nous aurons, à cela près de quelques différences peu essentielles, l'ingénieux appareil d'Héron d'Alexandrie.
^ oilà , sans contredit, une machine dans laquelle la vapeur d'eau engendre du mouvement et peut produire des eff
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mécaniques de quelque importance, voilà une véritable machine à vapeur. Hâtons-nous d'ajouter qu'elle n'a aucun point de contact réel , ni par sa forme , ni par ie mode d'action de la force motrice, avec les machines de cette espèce actuellement en usaçe. Si jamais la réaction d'un courant de vapeur devient utile dans la pratique, il faudra, incontestablement, en faire remonter l'idée jusqu'à Héron ; aujourd'hui l'éolipyle rotatif pourrait seulement être cité ici , comme la gravure en bois dans l'histoire de l'imprimerie (i).
Dans les machines de nos usines , de nos paquebots, de nos chemins en fer, le mouvement est le résultat immédiat de l'élasticité de la vapeur. Il importe doue de chercher où et comment l'idée de cette force a pris naissance.
Les Grecs et les Romains n'ignoraient pas que la vapeur d'eau peut acquérir une puissance mécanique prodigieuse. lis expliquaient déjà, à l'aide de la vaporisation subite d'une certaine masse de ce liquide, les effroyables tremblements de terre qui, en quelques secondes, lancent l'Océan hors de ses limites naturelles; qui renversent jusque dans leurs fonde-
(i) Ces réflexions s'appliquent aussi au projet que Branca, architecte italien, publia à Rome, en 1629, dans un ouvrage intitule : Le Machine, et qui consistait à engendrer un mouvement île rotation en dirigeant la vapeur sortant d'un éolipyle, sous forme de souffle, sous forme de vent, sur les ailettes d'une roue. Si , contre toute probabilité , la vapeur est un jour employée utilement à l'état de souf'lle direct , Branca , ou l'auteur actuellement inconnu à qui il a pu emprunter cette idée, prendra le premier rang dans l'histoire de ce nouveau genre de machines. A l'égard des machines actuelles, les titres de Branca sont complètement nuls.
ments les monuments les plus solides de l'industrie humaine; (|ui créent subitement, au milieu des mers profondes, des écueils redoutables ; qui font surgir aussi de liantes montagnes au centre même des continents.
Quoiqu'on en ait dit, cette théorie des tremblements de terre ne suppose |>.i-> que leurs auteurs s'étaient livrés à des appréciations, à des expériences, à des mesures exactes. Personne n'ignore aujourd'hui qu'au moment où le métal incandescent pénètre dans les moules en terre ou en plâtre des fondeurs , il suffit que ces moules renferment quelques gouttes de liquide, pour qu'il en résulte de dangereuses explosions. Maigre les progrès des sciences, les fondeurs modernes n'évitent pas toujours ces accidents; comment donc les anciens s'en seraient-ils entièrement garantis ? Pendant qu'ils coulaient les milliers de statues, splendides ornements des temples, des places publiques, des jardins, des habitations particulières d'Athènes et de Rome, il dut arriver des malheurs; les hommes de l'art en trouvèrent la cause immédiate; les philosophes, d'autre part , obéissant à l'esprit de généralisation qui était le trait caractéristique de leurs écoles, y virent des miniatures, de véritables images des éruptions de l'Etna.
Tout cela peut être vrai, sans avoir la moindre importance dans l'histoire <[ui nous occupe. Je n'ai même tant insisté, je 1 avoue, sur ces légers linéaments de la science antique au sujet de la force de la vapeur d'eau, qu'afin de vivre en paix, s'il est possible, avec les Daeier des deux sexes, avec les Dutens de notre époque i .
i I'ar le même motif, je ne puis guère me dispenser de rapporter ici
Les forces naturelles ou artificielles , avant de devenir vraiment utiles aux hommes, ont presque toujours été exploitées au profit de la superstition. La vapeur d'eau ne sera pas une exception à la règle générale.
Les chroniques nous avaient appris que sur les bords du Weser, le dieu des anciens Teutons leur marquait quelquefois son mécontentement, par une sorte de coup de tonnerre auquel succédait, immédiatement après, un nuage qui remplissait l'enceinte sacrée. L'image du dieu Bmtérich, trouvée, dit-on, dans des fouilles, montre clairement la manière dont s'opérait le prétendu prodige.
Le dieu était en métal. La tête creuse renfermait une amphore d'eau. Des tampons de bois fermaient la bouche et un autre trou situé au-dessus du front. Des charbons , adroitement placés dans une cavité du crâne, échauffaient graduellement le liquide. Bientôt la vapeur engendrée faisait sauter les tampons avec fracas: alors, elle s'échappait violemment en deux jets et formait un épais nuage entre le
une anecdote qui, à travers ce qu'elle offre de romanesque et de contraire à ce que nous savons aujourd'hui sur le mode d'action de la vapeur d'eau, laisse voir la haute idée que les anciens se formaient de la puissance de cet agent mécanique. On raconte qu'Anthémius, l'architecte de Justinien, avait une habitation contigué à celle de Zenon, et que pour faire pièce à cet orateur, son ennemi déclaré, il plaça dans le rez-de-chaussée de sa propre maison plusieurs chaudrons remplis d'eau; que de l'ouverture pratiquée sur le couvercle de chacun de ces chaudrons, partait un tube flexible qui allait s'appliquer dans le mur mitoyen, sous les poutres qui soutenaient les plafonds delà maison de Zenon; enfin, que ces plafonds dansaient comme s'il y avait eu de violents tremblements de terre , dès que le feu était allumé sous les chaudrons.
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dieu et ses adorateurs stupéfaits. Il paraîtrait que dans le moyeu âge des moines trouvèrent l'invention de bonne prise, el <[iit- la tète de Bustérich n'a pas seulement fonctionné (levant des assemblées teutonnes i).
Pour rencontrer, après 1rs premiers aperçus des philosoph< . quelques notions utiles surles propriétés de la va-
peur d'eau . on se voit obligé de franchir un intervalle de près de vingt siècles. Il est vrai qu'alors des expériences précises, concluantes, irrésistibles, succèdent à des conjectures dénuées de preuves.
lai i6o5, Flurenee Rivault, gentilhomme de la chambre d'Henri l\ et précepteur de Louis XIII, découvre, par exemple, qu'une bombe à parois épaisses et contenant de l'eau, fait tôt on tard explosion quand on la place sur le feu après /'(noir bouchée, c'est-à-dire, lorsqu'on empêche la vapeur d'eau de se répandre librement dans l'air à mesure qu'elle s'engendre. La puissance de la vapeur d'eau se trouve ici caractérisée par une épreuve nette el susceptible, jusqu'à un certain point, d'appréciations numériques (2); mais elle
1 Héron d'Alexandrie attribuait les sons . < )l>j<-t s de tant de controverses, que la statue de Memnon faisait entendre quand les rayons du soleil levant l'avaient frappée, au passage, par certaines ouvertures, d'un courant de vapeur que la chaleur solaire était censé avoir produit aux dépens du liquide dont les prêtres égyptiens garnissaient, dit-on, l'intérieur du piédestal du colosse. Salomon de Caus, Kircher , etc., ont été jusqu'à vouloir découvrir les dispositions particulières à l'aide desquelles la fraude théocratique s'emparait ainsi des imaginations crédules; mais tout porte à croire qu'ils n'ont pas deviné juste, si même, en ce genre, quelque chose était à deviner.
Si quelque érudit trouvait que je n'ai pas remonté assez haut en
se présente encore à nous comme un terrible moyen de destruction.
Des esprits éminents ne s'arrêtèrent pas à cette réflexion chagrine. Ils conçurent que les forces mécaniques doivent devenir, ainsi que les passions humaines, utiles ou nuisibles, suivant qu'elles sont bien ou mal dirigées. Dans le cas particulier de la vapeur', il suffît, en effet, de l'artifice le plus .simple, pour appliquer à un travail productif la force élastique redoutable qui , suivant toute apparence , ébranle la terre jusque dans ses fondements, qui entoure l'art du statuaire de dangers réels, qui brise en cent éclats les parois épaisses d'une bombe!
Dans cpiel état se trouve ce projectile avant son explosion? Le bas renferme de l'eau très-chaude, mais encore liquide ; le reste de la capacité est rempli de vapeur; celle-ci, car c'est le trait caractéristique des substances gazeuses, exerce également son action dans tous les sens : elle presse avec la même intensité, l'eau et les parois métalliques qui la contiennent. Plaçons un robinet à la partie inférieure de ces parois. Lors-
m'arrètant à Flurence Rivault; s'il empruntait une citation à Alberti, qui écrivait en 14 1 1 ; si d'après cet auteur il nous disait que dès le commencement du XVe siècle, les chaufourniers craignaient extrêmement, pour eux et pour leurs fours , les explosions des pierres à chaux dans l'intérieur desquelles il y a fortuitement quelque cavité, je répondrais qu'Alberti ignorait lui-même la cause réelle de ces terribles explosions; qu'il les attribuait à la transformation en vapeur de l'air renfermé dans la cavité, opérée par l'action de la flamme; je remarquerais, enfin, qu'une pierre à chaux, accidentellement creuse, n'aurait donné aucun des moyens d'appréciations numériques dont l'expérience de Rivault paraît susceptible.
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qu'il sera ouvert, l'eau poussée par la vapeur en jaillira avec une vitesse extrême. Si le robinet aboutit a un tuyau qui, après s'être recourbé en dehors autour de la bombe se dirige verticalement de bas en haut, l'eau refoulée) montera d'autant plus que la vapeur aura plus d'élasticité; ou bien, car c'est la même chose en d'autres termes, l'eau s'élèvera d'autant plus (pie sa température sera plus forte. Ce mouvement ascensionnel ne trouvera de limites que dans la résistance des parois de l'appareil.
A notre bombe substituons une chaudière métallique épaisse d'une vaste capacité, et rien ne nous empêchera de porter de grandes niasses de liquide à des hauteurs indéfinies par la seule action de la vapeur d'eau; et nous aurons créé, dans toute l'acception de ce mot, une machine à vapeur pouvant servir aux épuisements.
Vous connaissez maintenant l'invention que la France et l'Angleterre se sont disputée, comme jadis sept villes de la Grèce s'attribuèrent, tour à tour, l'honneur d'avoir été le berceau d'Homère. Sur l'autre rive de la Manche on en gratifie unanimement le marquis de Worcester, de l'illustre maison de Somerset. De ce coté-ci du détroit nous soutenons qu'elle appartient à un humble ingénieur presque totalement oublié des biographes : à Salomon de Caus, qui naquit à Dieppe ou dans ses environs. Jetons un coup d'oeil impartial sur les titres des deux, compétiteurs.
W orcester, gravement impliqué dans les intrigues des dernières années du règne des Stuarts, fut enfermé dans la Tour de Londres, tu jour, suivant la tradition, le couvercle de la marmite où cuisait son dîner se souleva subitement.
Que faire en pareil gîte, a moins que l'on n'y songe? Worcester songea donc à ce que présentait d'étrange le phénomène dont il venait d'être témoin. Alors s'offrit à lui la pensée que la même force qui avait soulevé le couvercle, pourrait devenir, en certaines circonstances, un moteur utile et commode. Après avoir recouvré la liberté, il exposa, en i663, dans un livre intitulé Century of inventions , les moyens par lesquels il entendait réaliser son idée. Ces moyens, dans ce qu'ils renferment d'essentiel , sont , autant du moins qu'on peut les comprendre, la bombe à demi-remplie de liquide, et le tuyau ascensionnel vertical que nous décrivions tout à l'heure.
Cette bombe , ce même tuyau sont dessinés dans La raison des forces mouvantes, ouvrage de Salomon de Caus. Là, l'idée est présentée nettement, simplement, sans aucune prétention. Son origine n'a rien de romanesque; elle ne se rattache ni à des événements de guerre civile , ni à une prison d'État célèbre, ni même au soulèvement du couvercle de la marmite d'un détenu; mais, ce qui vaut infiniment mieux dans une question de priorité, elle est, par sa publication , de quarante-huit ans plus ancienne que la Century of inventions , et de quarante-un ans antérieure à l'emprisonnement de Worcester.
Ainsi ramené à une comparaison de dates, le débat semblait devoir être à son terme. Comment soutenir, en effet, que i6i5 n'avait pas précédé i663? Mais ceux dont la principale pensée paraît avoir été d'écarter tout nom français de cet important chapitre de l'histoire des sciences, changèrent subitement de terrain, dès qu'on eut fait sortir La raison des