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ALLOCUTION DE M. APPELL

Doyen de la Faculté des Sciences.

Mon cher Doyen, Mon cher Maître.

La Faculté des sciences de l'Université de Paris est heureuse de cette circonstance solennelle, qui lui permet d'exprimer publiquement ses sentiments.

Tous les membres de la Faculté, les maîtres et les étudiants, le personnel auxiliaire et les employés de tout ordre, vous adressent, avec leurs cordiales félicitations, l'expression de leurs sentiments d'admiration et de gratitude.

Vous avez, par vos belles découvertes scientifiques, par vos ouvrages, par votre enseignement lumineux, probe et fécond, jeté snr la Faculté un incomparable éclat, attesté par les témoignages des savants de tous les pays qui s'associent à cette manifestation. Vous avez, dans votre administration, pendant quatorze années de décanat, montré une activité de tous les instants, une volonté ferme et claire, une intelligence habile etjjratique, une sollicitude toujours en éveil pour nos élèves et pour le personnel à, tous les degrés ; vous avez ainsi exercé une action décisive sur le développement si remarquable qu'a pris notre Faculté, depuis la reconstitution de l'Université de Paris.

Vos places de premier à chacun des deux concours de l'Ecole polytechnique et de l'Ecole normale, en 1861, dans votre dix-neuvième année, votre option pour l'Ecole Normale, eurent un grand retentissement : votre vie a été la confirmation éclatante des brillantes espérances que le sous-directeur de l'Ecole normale, Pasteur, et vos maîtres Joseph Bertrand, Chasles, Bouquet, Briot, Serret placèrent alors en vous.

Après une thèse sur les surfaces orthogonales en 1866 vous entrez, à vingt-quatre ans, dans l'enseignement supérieur comme remplaçant de Joseph Bertrand au Collège de France. En 1872, vous quittez définitivement renseignement des mathématiques spéciales au lycée Louis-le-Grand, pour remplir les fonctions de maître de Conférences à l'Ecole

normale ; et, quelques mois après, nous venez à la Faculté comme suppléant «le Liouville, pour le cours <le mécanique rationnelle.

Dès lors, vous exercez une influence décisive sur le développement des mathématiques en France. Je puis en parler par expérience directe, ayant eu la bonne fortune de suivre vos conférences à l'Ecole normale et vos cours à la Faculté. M. le Directeur Lavisse parlera de l'Ecole Normale. A la Sorbonne vous avez d'abord créé l'enseignement moderne de la mécanique rationnelle. Vous l'avez porté au plus haut degré qui fût compatible avec la préparation mathématique de vos auditeurs, traitant jusqu'au fond les applications nécessaires tout eu faisant ressortir les idées générales. A côté de l'étude détaillée des systèmes et de l'application rigoureuse des théorèmes généraux de la dynamique, vous avez rendu classiques, pour la licence, les méthodes de la mécanique analytique, regardées jusqu'alors comme relevant de la haute science : les équations de Lagrange, les équations canoniques, les théorèmes d'Hamilton et de Jacobi. Vous êtes, par, là le véritable initiateur de l'enseignement de la mécanique rationnelle et de la mécanique analytique, si élevé et si solide, qui se donne aujourd'hui dans toutes les Universités françaises. Le 18 décembre 1878, vous étiez, en remplacement d'Ossian Bonnet, nommé suppléant de Ghasles, dans la chaire de géométrie supérieure dont vous deveniez titulaire le 9 avril 1881. Cette chaire avait été créée pour permettre à Ghasles d'exposer ses beaux travaux de géométrie projective, dont les résultats, fondés sur des méthodes intuitives, ne nécessitant aucun emprunt à la haute analyse mathématique, étaient devenus rapidement classiques. Vous développez alors l'enseignement

dans une voie nouvelle, où Bonnet l'avait déjà engagé, la voie de la géométrie générale, considérée comme application de l'analyse, dont les fondateurs furent Euler, Monge et Gauss ; c'est dans cette chaire, où vous professez depuis trente-trois ans, que vous avez fondé cette brillante école de géométrie, dont les disciples sont maintenant répandus dans tous les pays, et que vous avez développé les méthodes et les résultats qui font de vous un créateur et qui préserveront votre nom de l'oubli.

Le 18 novembre 1889, l'Assemblée de la Faculté vous présentait pour les fonctions triennales de Doyen. L'Assemblée renouvela régulièrement vos pouvoirs à lapresqu'unanimité des suffrages, et vous seriez encore Doyen aujourd'hui, si vous n'aviez donné votre, démission, un an avant l'expiration de votre cinquième période, pour vous consacrer entièrement à vos nouvelles fonctions de Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences. Le rôle de Doyen dans les anciennes Facultés d'avant 1870 était très paisible, d'un caractère tout paternel : il se bornait à présider quelques séances du Conseil, à préparer les sessions d'examens ; à veiller aux maigres dépenses des rares laboratoires. Mais depuis une quarantaine d'années, surtout sous votre administration et grandement par votre initiative et par votre activité, ces fonctions sont devenues très lourdes. Lorsqu'en 1889, vous avez accepté à votre corps défendant, d'être choisi pour administrer la Faculté, elle comptait 55 enseignements semestriels ; quand vous avez quitté le décanat en 1903, elle en avait 88 ; dans la même période le budget total de la Faculté a presque doublé, en passant de 775.000 francs à 1.207.000. Il est certain que, par la force des choses, notre Faculté devait évoluer dans le sens du développe-

mont général de l'enseignement supérieur dos scienees, facilité par l'heureuse création des Universités; mais combien vos efforts sans trêve ont-ils contribué à ce développement ! deux qui, dans cette crise de croissance rapide ont suivi de près les négociations difiieilos engagées pour chaque création, pour chaque crédit nouveau, savent quels étaient los obstacles à surmonter, les résistances à vaincre ; ils ont vu comment, pour toutes les démarches à faire, vous n'avez jamais épargné ni votre temps ni votre peine, comment vous preniez à cœur tout ce qui touchait à la Faculté et comment votre esprit en était, pour ainsi dire, obsédé, avec la puissance de concentration habituelle au mathématicien, jusqu'à ce qu'une solution heureuse fût intervenue.

Jamais, depuis la création des Facultés, aucun Doyen n'a accompli une œuvre aussi considérable que la votre : l'étude des innombrables questions scientifiques et administratives résultant de la renaissance de l'Université de Paris ; la reconstruction complète de la Faculté sur la place même qu'elle occupait, sans l'interruption d'aucun service : l'organisation et le développement des laboratoires de recherches et des laboratoires d'enseignement ; la modification complète du régime de la licence par la création des certificats d'études supérieures : l'établissement du doctorat d'Université mention sciences ; la création de l'enseignement du P. C. N. et l'installation de ses laboratoires et de ses services, d'abord dans les vieux locaux de la rue Lhomond, puis dans les nouveaux bâtiments de la rue Guvier ; la réglementation et l'aménagement des laboratoires d'enseignement pratique de chimie de la rue Michelet, créés sur l'initiative de Friedel et formant ce qu'on a appelé depuis l'Institut de Chimie appliquée : l'installation

du laboratoire dévolution des êtres organisés de la

rue d'Ulm, comme complément indispensable de la chaire fondée par la ville de Paris. En même temps vous développiez, en dehors de Paris, les grands laboratoires de la forêt et de la mer, le laboratoire de biologie végétale à Fontainebleau, les laboratoires de zoologie maritime à Roscoff, à Banyuls, à Wimereux, et vous preniez une part active à l'administration et à l'outillage scientifique de l'observatoire de Nice, donné à l'Université par M. Raphaël Bischoffsheim.

Dans le choix si délicat à faire entre les demandes si nombreuses et si urgentes, toutes justifiées, faites par les différents chefs de service, tant pour le personnel que pour le matériel des laboratoires, vous vous êtes toujours efforcé, sans préférence de personnes, avec le seul souci de l'intérêt public, d'obtenir de l'Etat ou de l'Université tous les crédits nécessaires au bien de la Faculté et au progrès de la Science.

Aussi, reprenant une vieille devise, tous les membres de notre Faculté vous disent par ma bouche :

Vous avez été un pour tous dans l'organisation de notre Faculté, en vue d'assurer l'accomplissement de la haute mission de science et d'enseignement qui lui est confiée par la France ; nous sommes aujourd'hui tous pour un dans l'expression de nos remerciements et de notre reconnaissance.

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