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ÉLOGE DE H. DE SENABHONT

sont led professeurs les plus utiles aux élèves, et il regarda comme un devoir, dans les conseils de TÉcole, d'appeler à nous les plus grands noms de la science en tenant tout le reste pour accessoire.

En sortant de TÉcole Polytechnique, il entra à rÉcole des Mines, dont les cours duraient alors trois années, mais les élèves avaient la faculté de subir les examens en deux ans. De Senarmont en usa et sortit le premier. Précisément à la même époque on décida qu*à l'avenir tous les élèves passeraient trois ans à rÉcole ; cette décision eut un effet rétroactif, et de Senarmont perdit le bénéfice de son succès.

Avant de devenir ingénieurs, les élèves de l'École complètent par un voyage d'exploration industrielle leur éducation, encore un peu théorique. Chaqueannée des compagnons du même âge, préparés par de fortes études à bien voir et à tout comprendre, partent deux à deux et vont frapper à la porte des grandes usines de la France ou de l'étranger. Grâce au titre officiel dont ils sont fiers de se recommander, on les accueille presque toujours sans défiance; bientôt après on les retient avec affection, en leur laissant parfois pénétrer le mystère des petits secrets, souvent sans valeur, que l'on cache si soigneusement au public.

Tout dépend pourtant de la bonne volonté des directeurs. Chacun est maître chez soi; pour être admis dans une enceinte soigneusement fermée aux curieux, il faut savoir se faire bien venir, et il est facile de désigner, au moment même du départ, ceux qui se feront ouvrir le plus grand nombre de portes et recueilleront le plus de confidences.

Le jeune de Senarmont avait été élevé dans une famille pleine de distinction; ses manières ouvertes et

engageantes montraient déjà sous l'enjouement de la jeunesse une raison spirituelle et forte; il devait être au nombre des plus favorisés ; son journal de voyages, rempli de détails intéressants, contient, en effet, de riches et précieux matériaux, qu'il utilisa plus tard comme ingénieur, et un grand nombre de dessins, choisis avec discernement et exécutés avec autant de soin que de goût.

L'année suivante, on l'envoya en mission temporaire à Rive-de-Giers, puis au Creusot, où il reçut Tordre d'aller prendre la direction de la grande et belle usine de Decazeville.

L'affaire marchait fort mal; le directeur s'était retiré, et la réunion des actionnaires avait demandé au ministre le concours d'un ingénieur de l'État ; on envoya de Senarmont. Quelques mois après, tout était rentré dans la bonne voie, et l'on priait le jeune ingénieur d'accepter définitivement le titre de directeur.

Il ne fut effrayé ni par le poids des affaires ni par la responsabilité qu'imposent de si graves intérêts. Le savoir ne lui manquait pas, non plus que la vigilance et la résolution. Il avait déjà, pendant des jours difficiles, inspiré à tous confiance et respect. Il était d'ailleurs de ces hommes d'élite qui font tout ce qu'ils veulent faire ; mais il prévoyait des embarras, suscités par les membres mêmes du conseil qui devait le seconder. Il croyait savoir que plusieurs d'entre eux désiraient secrètement la ruine de la compagnie, dans l'espoir de racheter les actions à bas prix. II refusa la brillante position qui lui était offerte et déclara les motifs de son refus. Il avait alors vingtsix ans.

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