ÉLIE DE BEAUMONT
Messieurs,
IjR famille d'Êlie de Beaumont est citée, dès longtemps déjà, avec reconnaissance et respect; le père de notre illustre confrère était fils du défenseur des Calas, sa mère était fille du président Dupaty, une dés gloires les plus pures du parlement de Bordeaux. Les hommes humains, disait Dupaty, croient plus difficilement au crime et se trompent moins. L'humanité est une lumière. Guidé par cette lumière, le grandpère maternel d'Élie de Beaumont plaçait la joie de sauver Tinnocence plus haut que le devoir de convaincre le crime. Respectueux pour la loi, mais homme de bien avant tout, il prit en main la cause désespérée de trois infortunés, constamment innocents à ses yeux, et qui, condamnés par une injuste sentence, étaient conduits déjà vers le lieu du supplice. Une si haute protection obtint un délai, puis le renvoi devant de nouveaux juges. Quittant la robe de président pour celle d'avocat, il plaida pour eux.
et, soulevant tout ensemble d'irréconciliables inimitiés et de touchantes actions de grâces, il l'emporta sur le parlement de Paris, fort animé contre cet injurieux renversement de l'ordre des procédures, en faisant consacrer par un arrêt définitif le triomphe de l'équité sur le respect aveugle de la chose jugée.
Léonce-Élie de Beaumont naquit à Canon, près de Caen, le 25 septembre 1798, dans le château seigneurial où sa famille aimée et respectée avait traversé sans inquiétude les années les plus périlleuses. Le nom de Canon les bonnes gens, dont s'honore la paroisse de Canon, rappelle le souvenir d'une institution touchante, qui, grâce à la libéralité du château, y entretenait une noble émulation de dévouement et de vertu.
Deux médailles d'honneur désignaient et récompensaient chaque année les plus méritants. Les habitants des trois paroisses voisines concouraient au jugement; le seigneur de Canon, en les associant ainsi à son bienfait, renouvelait la reconnaissance de tous et l'accroissait d'année en année.
Vingt et un électeurs désignés par le suffrage universel classaient les candidats par ordre de préférence. M. et Mme Élie de Beaumont se réservaient huit jours pour examiner de nouveau les titres des trois premiers de la liste, et, accroissant par ce délai même la solennité de la décision, chargeaient le curé de la paroisse de proclamer en chaire, le dimanche suivant, les noms, impatiemment attendus, du bon vieillard et du bon père de famille, ou ceux de la bonne mère de famille et de la bonne jeune fille de l'année.
Dans une salle immense, appelée aujourd'hui