‹ Éloges. Avec une introd. et des notesChapitre 16 sur 40 · ÉLOGE DE L'ABBÉ GALLOIS · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE L'ABBÉ GALLOIS

Colbert, touché de l'utilité et de la beauté du journal, prit du goût pour cet ouvrage, et bientôt après pour l'autour. En 1668, il lui donna dans cette Académie, presque encore naissante, une place avec la fonction de secrétaire en l'absence de feu du Hamel,qui fut deux ans hors du royaume. L'abbé Gallois enrichissait son journal des principales découvertes de l'Académie, qui ne se faisaient guère alors connaître au public que par cette voie ; et de plus, il en rendait souvent compte à Colbert, lui portait les fruits de la protection qu'il accordait aux sciences. Dans la suite ce ministre, toujours plus content de sa conversation, l'envoyait quérir lorsqu'il venait à Paris : sa curiosité sur quelque matière que ce fût, le trouvait toujours prêt à le satisfaire ; et s'il fallait une discussion plus exacte et plus profonde, personne n'était plus propi-e que l'abbé Gallois à y réussir en peu de temps, circonstance presque absolument nécessaire auprès de Colbert. Enfin ce ministre qui se connaissait en hommes, après avoir éprouvé longtemps, et l'esprit et la littérature et les mœurs de l'abbé Gallois, le prit chez lui en 1673, et lui donna toujours une place à sa table et dans son carrosse. Cette faveur si particulière était en même temps, et une récompense glorieuse de son savoir, et une occasion perpétuelle d'en faire un usage agréable, et une heureuse nécessité d'en acquérir encore tous les jours.

Colbert favorisait les lettres, porté non seulement par son inclination naturelle, mais par une sage poUtique. Il savait que les sciences et les arts suffiraient seuls pour rendre un règne glorieux, qu'ils étendent la langue d'une nation peutêtre plus que des conquêtes, qu'ils lui donnent l'empire de l'esprit et de l'industrie, également flatteur et utile, qu'ils attirent chez elle une multitude d'étrangers, qui Tenrichissent par leur curiosité, prennent ses inclinations, et s'attachent à ses intérêts. Pendant plusieurs siècles, l'université de Paris n'a pas moins contribué à la grandeur de la capitale, que le séjour des rois. On doit à Colbert l'éclat où furent les lettres, la naissance de cette académie, de celle des inscriptions, des académies de peinture, de sculpture et d'architecture, les nouvelles faveurs que l'Académie française reçut du roi, l'impression d'un grand nombre d'excellents livres dont l'imprimerie

royale fit les frais, l'augmentalion presque immense de la bibliothèque du roi, ou plutôt du trésor public des savants, une infinité d'ouvrages que les grands auteurs ou les habiles ouvriers n'accordent qu'aux caresses des ministres et des princes, un goût du beau et de l'exquis répandu partout, et qui se fortifiai 1 sans cesse. L'abbé Gallois eut le sensible plaisir d'observer de près un semblable ministère, d'être à la source des dessins qui s'y prenaient, d'avoir part à leur exécution, quelquefois même d'en inspirer, et de les voir suivis. Les gens de lettres avaient en lui auprès du ministre un agent toujours chargé de leurs atïaires, sans que le plus souvent ils eussent eu seulement la peine de l'en charger. Si quelque livre nouveau, ou quelque découverte d'auteur même qu'il ne connût pas, paraissaient au jour avec réputation, il avait soin d'en instruire Colbert, et ordinairement la récompense n'était pas loin. Les libéralités du l'oi s'étendaient jusque sur le mérite étranger, et allaient quelquefois chercher dans le fond du Nord un savant surpris d'être connu (1).

En 1673, l'abbé Gallois fut reçu dans l'Académie française. Quoique l'éloquence ou la poésie soient les principaux talents qu'eUe demande, elle admet aussi l'érudition qui n'est pas barbare, et peut-être ne lui manque-t-il que de se parer davantage de l'usage qu'elle en fait, et même du besoin qu'elle en a. L'abbé Gallois quitta le journal en 1674 et le remit en d'autres mains. Il était trop occupé auprès de Colbert, et d'ailleurs ce travail était trop assujétissant pour un génie naturellement aussi lil)re que le sien. Il ne résistait pas aux charmes d'une nouvelle lecture qui l'appelait, d'une curiosité soudaine qui le saisissait, et la régularité qu'exige un journal leur était sacrifiée.

Les lettres perdirent Colbert en 1683. L'abbé Gallois avait ajouté il la gloire de leur avoir fait beaucoup de bien, celle de n'avoir presque rien fait pour lui-même. Il n'avait qu'une modique pension de l'Académie des sciences, et une abbaye si médiocre, qu'il fut obligé de s'en défaire dans la suite. Feu le marquis de Seignelay lui donna la place de garde de la biblio-

(1) L'éligede l'abbé Gallois est aussi un bien bel éloge de Colbert, dont il avait été le professeur, le commensal et l'ami. <

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