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physique pour soutenir l’autorité morale, rehausser la majesté des lois, défendre les intérêts de la société, maintenir la paix de l'intérieur et assurer le respect des frontières.
La Charrue, nourricière du genre humain, notre mère à tous, qui arrosée des sueurs nées de la faute du premier homme, sacre le travail de ses fils en arrachant aux entrailles de la mère commune les trésors qui font les peuples riches, et engendre les fortes races.
Ces trois grands symboles, Messieurs, sont ici représentés par les personnages les plus autorisés dont s’honore la patrie : par le représentant si respecté de Ja gracieuse Souveraine entre les mains de qui repose la sauvegarde pacifique de nos institutions : Par un prince de l'Eglise, dont le pied touche aux degrés du trône même de Saint- Pierre; et-—la Charrue, la noble et vaillante charrue de nos pères !—par ceux de nos compatriotes qui font l'objet de cette démonstration, par les vingt-huit lauréats du premier concours du Mérite Agricole de la province de Québec, qui rehaussent l'éclat de cette fête par deur présence, côte à côte avec les courageuses compagnes des travaux qui ont valu à ces champions de notre agriculture la première et la seule décoration officielle dont le pays ait encore cru devoir orner la poitrine de ses enfants.
C’est donc toute la patrie, Messieurs, dans sa manifestation la plus complète et la plus éloquente, qui se réunit en ce jour pour acclamer ceux qui, dans la sphère du progrès matériel et des luttes journalières de la vie, ont bien mérité d'elle.
Et où se fait cette réunion ?
Dans l'enceinte même destinée aux délibérations de nos législateurs, sous les yeux d’un peuple éclairé, au milieu de l'élite de notre popula:ion, à côté de la vieille citadelle de Québec, témoin des combats légendaires que se livrèrent les deux plus formidables puissances de : Éurope pour la
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suprématie du Nouveau Muide, dans ce palais national, des fenêtres duquel on peut apercevoir la plaine où notre patriarche, Louis Hébert, lia la première gerbe de froment poussé dans Je sol vierge de la Nouvelle France. Ce nom permet de faire un bien agréable rapprochement. Notre Cardinal vénéré descend de ce Louis Hébert, et la terre de ce premier colon est couverte aujourd’hui par la Basitique, le Séminaire et l’Université Laval. Quel fait admirable ! Le cultivateur français d'autrefois représenté par son parent, un prince de l'Eglise, dans une fête en l'honneur des cultivateurs d'aujourd'hui. Consolante solidarité des événements ! conséquence rassurante des desseins providentiels !
Je le répète, tout concourt à faire de la présente circonstance une solennité exceptionnelle. Et, d’avoir humiblement contribué à son succès, par de longs et constants efforts, sera pour moi un sujet d’orgueil dont j'aurai, Messieurs, bien du mal à me défendre.
L'agriculture est non-seulement le premier des arts au point de vue de son utilité et de ses bienfaits, mais il est encore le premier des arts par ordre de date, son institution remontant aux jours reculés où les premières aurores de la civilisation rayonnèrent sur le monde.
Les mythologies païennes lui attribuent même une origine céleste.
En Egypte, c'est le dieu Osiris qui enseigne au peuple les premiers éléments du labour, et l'animal qui trace le premier sillon et ouvre le premier guéret, devient le boeuf Apis, à qui la postérité élève des temples.
En Grèce, c’est Cérès la blonde, fille de la Terre et du Soleil, qui, la première, ensemence la plaine, et reste, jusque dans nos sièclés modernes, la personnification poétique de l’agriculture et des moissons dorées.
Chez les Romains, les croyances populaires font remon-
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ter la culture du sol à Saturne et à Jupiter. Chez ce peuple dont les légions commandèrent à l'univers, les plus grands guerriers comme les plus célèbres hommes d'Etat s'honoraient de manier la bèche et la houe, et jamais les annales de Rome ne furent plus brillantes qu'à l’époque où les Cincinnatus retournaient modestement à leur charrue, après avoir conquis des royaumes ou sauvé la patrie.
Au moyen-âge, et jusqu’à nos jours, chez les peuples de l’Europe, la noblesse — sentiment un peu étroit, mais qui trouve son excuse dans lantiquité des traditions — Ja noblesse n'a jamais reconnu que deux métiers qu’un fils de race pût exercer sans déroger : le métier de soldat et celui de iaboureur.
Je suis loin, Messieurs, de partager cet exclusivisme, qui m'est, après tout, qu’un préjugé du passé: mais il sert à appuyer ma thèse, en démontrant à quelles traditions, aussi brillantes qu'anciennes, se rattache la noble profession de cultivateur du sol, et de quel prestige cette profession a joui à toutes les époques.
Du reste, il n’y a pas deux manières de penser là-dessus, Les plus savants économistes n’ont qu’une voix pour prodlamer l’agriculture comme la base de toute prospérité publique, comme la force vive des sociétés. Sans lagriculture, toute industrie est condamnée à dépérir et à s’éteindre faute d'alimentation. C’est l’huile de la machine ; c’est la flamme du foyer; c’est Ja condition nécessaire de fout mouvement ; c’est la source de la vie elle-même.
L'agriculture est la plus vaste conquête de l’homme. C'est elle qui distingue les peuples civilisés des peuples Sauvages. Si elle disparaissait, l'humanité retomberait dans la barbarie primitive et serait forcée de recommencer l'ascension de l'échelle fatale dont elle gravit si lentement et si péniblement les degrés depuis l’époque où elle vivait de racines, se couvrait de peaux de bêtes, et n'avait d'autre
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moyen, pour allumer le feu de l’âtre, que de frotter deux branches d’arbres l’une contre l’autre.
Aussi, dans tous les pays civilisés, lei hommes d’Etat les plus expérimentés et les plus pratiques donnent-ils leur attention constante à tous les problèmes qui se rattachent a ce grand art. Partout l’on voit se multiplier les sociétés d'agriculture, les écoles d'agriculture, les fermes modèles, les journaux et les revues agricoles. La science dirige plus que jamais ses investigations de ce côté.
Depuis un siècle, les découvertes de la chimie ont entièrement bouleversé les anciens modes de culture, et de nos jours, les nombreuses inventions de la mécanique ont complètement révolutionné cette industrie. A l'heure qu’il est, la terre s'enrichit de nouveaux produits; on introduit de nouvelles méthode: d'irrigation; on adopte l'usage de nouveaux engrais ‘1 -:"hes et moins coûteux; on amende, de toutes façons, . + des bestiaux et la culture des arbres fruitiers; le sy:.eme d’assolement, ce qu'on appelle ici le système de rotation, s'applique aujourd’hui partout, et donne des résultats étonnants, tandis que les moissonneuses, les faucheuses, les herses mécaniques, les machines à battre le grain, doublent le rendement du sol en diminuant de moitié ce que son exploitation pourrait avoir de lent et de pénible.
Enfin, l'instruction se répand chez le cultivateur, Messieurs; et — c'est une des choses consolantes que j'aime à constater ici — à mesure que la diffusion s’en fait sentir, on découvre dans d'esprit public une tendance universelle et sincère à relever de plus en plus le niveau social de cette noble profession.
Le défaut d'instruction, que des circonstances nationales malheureuses avaient trop généralisé, chez nous, parmi les classes vouées aux travaux manuels, n’a point permis, pendant longtemps, à la majorité de nos cultivateurs, de s'élever à la hauteur qu'ils avaient le droit d’at-
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teindre; mais en face des progrès qui s'affirment si énergiquement, j'ose en risquer ici la prédiction, Messieurs les circonstances, qui sont déjà changées, changeront encore; et, dans notre pays comme ailleurs, l’agriculture, qui a fait la force du passé, fera la force de l'avenir.
Le mouvement est commencé, non seulement ici, mais dans les anciens pays de l'Europe. Et, constatons-le avec joie, c’est encore la France qu'on voit à la tête de ce beau mouvement. Je regrette qu'il ne soit point parti d'ici ; mais ce sera toujours pour nous un orgueil bien naturel et une satisfaction suffisante à notre fierté, que de pouvoir emboîter le pas dernière notre giorieuse mère-patrie, chaque fois qu'elle entrera dans de pareilles voies.
L'ordre du Mérite Agricole fut établi en F ince en 1833: c'est l'oeuvre de M. Méline, alors ministre de l'Agriculture. C'est une distinction honorifique destinée à récompenser fes personnes qui, à un titre quelconque, ont rendu des services à cette industrie. Cet ordre ne se compose que de cheva: :s, dont le nombre est fixé à mille, sans que le nom: des croix accordées puisse dépasser deux cents par année, Les membres de l'ordre sont nommés à vie ; les étrangers peuvent y être admis, mais ne figurent pas dans le cadre fixé. La décoration du Mérite Agricole consiste dans une étoile à cinq rayons doubles, surmontée d’une couronne de feuilles d’olivier: le centre de l'étoile, entouré d'épis, présents d’un côté l'effigie de la République, avec la fondation de l’ordre, et de l’autre la devise “ Mérite Agricole ”. L'étoile, émaillé de vert, est en argent, et son diamètre est de quatre centimètres. Les chevaliers du Mérite Agricole portent la décoration attachée à un ruban moiré vert, bordé d’un liséré couleur amarante, sans rosette, sur le côté gauche de la poitrine: le ruban peut également être porté sans la décoration. Les nominations sont faites par arrêté du ministre de griculture.
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Sans être absolument identique, l'ordre du Mérite Agricole de la province de Québec ressemble trop à celui de la France — par son objet surtout —, pour refuser de reconnaitre à celui-ci certains droits de paternité. Tout au moins peut-on les dire frères l’un de l’autre.
Quoiqu'il en soit, le nôtre est aujourd’hui fondé ; le concours ouvert a été beau; les champions qui en sont sortis vainqueurs sont nombreux et remarquables ; le premier ordre de chevalerie du Nouveau-Monde, — ordre
pacifique s'il er. füt jamais — entre aujourd'hui en existence; il nait sous les auspices les plus brillants, et s’inaugure sous les plus augustes patronages de la nation. Dieu lui prête longue vie !
Je n'ai pas, Messieurs, l'ambition de m'’attribuer le principal mérite d’une innovation destinée —- tout le monde l'admet — à produire tant de féconds résultats. Ce serait faire injustice à plusieurs, et, en particulier, à trois hommes, qui ont droit, dans cette circonstance plus que jamais, à la reconnaissance du pays comme à mon plus solennel hommage. Je ne suis que l’humble exécuteur de feurs grands projets.
Je veux parler de mon brave ami, mon ancien collègue, M. le colcnel Rhodes, dont le trop court passage au ministère de l’agriculture a cependant été si honorable pour lui et si utile pour nous.
Je veux aussi parler de M. Henri Gustave Joly de Lotbinière, un de mes prédécesseurs au poste que j'ai l'honneur d'occuper dans la province, l'homme universellement respecté qui, depuis ses premiers pas dans la vie publique, a donné, sans compter, aux intérêts agricoles de son pays, tous les trésors de son grand coeur et de sa belle intelligence.
Je veux enfin parler de Mgr Labelle, celui que le rrspect public a depuis longtemps surnommé l’apôtre de la
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colonisation, — un titre, Messieurs, qui me dispense de tout autre éloge. Ce digne prélat a choisi comme devise les mots : “Pater meus agricola” “Mon père était cultivateur”. Quel beau sentiment dans ce fait ! Un prêtre se réclamant de ia charrue ; l'Eglise s'appuyant sur l'agriculture !
Je dois aussi un tribut sincère de remerciements à Messieurs les membres du conseil et du comité de l'agriculture, et tout particulièrement à Messieurs Blackwood et Casgrain, chargés de la tâche importante et difficile de juger du mérite respectif des concurrents et de désigner ceux que nous devons couronner aujourd’hui, Le digne président du comité de l'agriculture, M. Bernatchez, ainsi que le député si dévoué de Richelieu, M. Cardin, nous ont rendu, en cette circonstance, à l’occasion de cette fête, des services signalés.
Que dirais-je des concurrents ? Que dirais-je surtout du vénérable vétéran, M. Champagne, dont le mérite exceptionnel nous force d'accorder une récompense exceptionnelle ? Que dirais-je de ce vaillant octogénaire doublement patriote; patriote aux mancherons de sa charrue, patriote dans les rangs de ceux qui, à des époques moins pacifiques que la nôtre, échangeaient leur vie et leur liberté contre les immunités constitutionnelles dont nous jouissons de nos jours !
Qu'on me permette d'oublier un peu tous les autres pour tendre à celui-là une main émue : Merci, merci pour le bon exemple qu'il a si longtemps donné à ses compatriotes, et merci surtout — cela soit dit entre lui et moi — pour m'avoir fourni l’occasion de payer une dette sacrée ; la dette que je devais à mon père, cultivateur et patriote de 1837 comme lui !”
L’Honorable M. Joly de Lotbinière vint ensuite. Agri-
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culteur lui-müine, il lui appartenait de célébrer la noblesse de l’agriculture et de la démontrer pour ceux qui commettent la fatale erreur de l'oublier. Il le fit en ces termes éloquents :
Votre Honneur, Eminence, Mesdames, Messieurs,
S'il avait été possible de réunir ce soir dans cette enceinte tous les cultivateurs de la province de Québec, je crois qu’ils seraient partis d'ici avec une opinion bien différente de la dignité de la mission qui leur est confiée, que celle qu'ils avaient auparavant,
Je crois qu’en partant d'ici ils auraient compris toute la dignité de leur mission, toute la grandeur de leur ouvrage et qu'après cela ils n'auraient jamais méprisé leur état comme un nombre trop grand d’entre eux sont portés à le faire.
Ce ne sont pas les hommes de profession, les hommes d’affaires, ce ne sont pas les hommes d'éducation qui regardent les cultivateurs avec mépris. Au contraire, nous voyons tous les jours les hommes les plus distingués dans toutes les carrières exprimer l'espoir que le ciel leur réservera quelques années de vie pour aller vivre à la campagne comme des agriculteurs, des “ habitants ”. C'est là l'ambition d’un très grand nombre d'hommes qui se sont distingués dans la politique, dans les arts, dans les lettres ; terminer leur vie à la campagne, voilà leur rêve le plus cher.
Non certes, ce ne sont pas les hommes de profession qui méprisent le cultivateur. Malheureusement, c’est trop souvent le cultivateur lui-même qui se méprise. Bien entendu, je ne parle pas ici des cultivateurs distingués, lau-
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réats de cette fête, les modèles et l'honneur de la classe agricole; ceux-ci savent exactement la valeur des choses, c'est à la sueur de leur front qu’ils ont gagné leurs lauriers, c'est pierre par pierre qu’ils ont érigé l'édifice de leur propriété. Ceux dont je parle, sont les jeunes cultivateurs, la génération qui se lève dans nos campagnes, qui malheureusement ne comprennent pas la dignité des travaux de leurs pères, qui ne comprennent pas que la profession d’agriculteur est la plus grande, la plus noble des professions.
Ce sont ceux-là que je voudrais atteindre. Je voudrais leur faire comprendre combien grande, combien fatale est Perreur qui fait qu’ils abandonnent ce sol arrosé des sueurs de leurs ancêtres et auquel ils doivent la vie et tout ce qu'ils possèdent. Et pourquoi l’abandonnent-ils ? Pour venir dans les villes, dans l'espoir d'améliorer leur position, de s'élever au-dessus du rang de cultivateur.
Mais où trouvera-t-il une profession plus noble ? Le cultivateur est celui qui nous donne notre pain; c'est lui qui nous habille. Que serait l’homme d’Etat, l'homme de profession ? que serait le plus grand auteur s’il n'avait pas le cultivateur pour lui donner le pain ?
C'est la profession la plus noble; c'est la plus indépendante aussi. Le cultivateur n’a pas de maitre, si ce n'est Dieu; Dieu qui le voit quand il défriche la forêt, Dieu qui le voit lorsqu'il laboure la terre, Dieu qui le voit lorsqu'il jette la semence ! C'est en Dieu qu’il a confiance lorsqu'il confie à la terre cette semence qu’il a retranchée quelquefois sur le pain de sa famille, convaincu que la Providence le récompensera au centuple de son sacrifice. Et la terre étant ensemencée, il lève les yeux vers Dieu et lui dit sa prière : Envoie-moi le soleil, envoiemoi la pluie, la chaleur, pour faire germer mon grain, mon espérance et celle de ma famille.
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Je ne voudrais pas me retirer sans avoir rendu justice à ceux à qui revient en grande partie le mérite du succès de cette soirée, qui inaugure un état de choses qui contribuera beaucoup à la prospérité de l’agriculture dans cette province. Voici deux juges du Mérite Agricole; ils ont jugé les autres, ils sont prêts à être jugés eux-mêmes. On a voulu critiquer leurs décisions; ils sont prêts à rencontrer leurs accusateurs. Leur rapport détailié sera livré au public qui pourra se renseigner par lui-même de la sagesse et de l'esprit de justice qui les ont guidé dans leurs décisions. Ils signalent les défauts et indiquent en même temps le remède. Si jamais deux hommes ont rempli leur devoir avec honnéteté, intelligence, justice et talent, ce sont Messieurs Casgrain et Blackwood, juges du Mérite Agricole”. (Vifs applaudissements).
Son Honneur le lieutenant-gouverneur Angers fut le troisième orateur à adresser la parole en cette séance. Après avoir dit l'estime (le la nobiesse d'autrefois et d'aujourd’hui pour l’agriculture, il a félicité les lauréats du Mérite Agricole de s'être présentés à cette fête vêtus de l'étoffe faite de la laine de leurs brebis, et a reproché aux jeunes gens de nos campagnes de ne pas aimer la blouse du laboureur que des gens habitués à porter le costume doré étaient fiers de revêtir. Voici sa brillante allocution
Eminence, Milord, Mesdames et Messieurs,
Li n'entre pas dans mes attributions de faire des discours et vous n’en devez pas attendre un de moi. Pour moi, le silence est d'or. Mais, comme président officiel — je regrette de ne pouvoir dire comme président effecuit — du
Mérite Agricole, je ne puis déclarer cette séance close avant d'offrir mes remerciements à ceux qui, par leur présence, ont donné de l'éclat à la solennité, Je remercie les officiels, les dignitaires, les représentants des nations étrangères, les membres du conseil d'agriculture, toute l'assemblée ici présente pour l'éclat qu'elle a donné à cette démonstration; votre présence, Messieurs, l'a rendue effective pour le public en général et agréable pour nous; elle sera salutaire pour l'avenir. Mais ceux que je dois remercier surtout, ce sont vous, Messieurs les lauréats. (Appl.) Je vous remercie de l'exemple que vous donnez au pays, à vus -oisins. Quand vous retournerez chez vous, fiers de la décoration que vous portez, fiers de ce parchemin que vous suspendrez dans vos demeures, vos voisins mus d’une légitime émulation voudront être ici, l'an prochain, vos successeurs. (Appl.)
On nous a dit, Messieurs, que la noblesse d'Europe ne reconnaissait que deux professions : les armes et la charrue ; les armes, par besoin, par esprit de conquête ; la charrue par goût. Mais la noblesse de notre pays a toujours cumulé les deux professions. Nos ancêtres ont défriché le premier sol, le fusil d'une main et la hache de l’autre. (Appl).
Messieurs, de cette noblesse d'autrefois, il en est resté parmi nous, et c'est elle encore qui nous donne l'exemple. Les seigneurs de jadis défrichaient la terre côte à côte avec leurs censitaires ; ils étaient toi.jours prêts à crier : aux armes ! quand l’Iroquois cruel se présentait. Aujourd’hui cette même noblesse s’honore encore du titre de cultivateur, et quand l’occasion s’en présente, elle dit : Etudiez. La récolte n’a pas été bonne dans tel champ, la production n'a pas été aussi considérable que vous vous y attendiez, ce n’est pas la Providence qu’il faut accuser, ce n’est pas le soleil qui vous a manqué, ce n’est pas le sol qui s’est desséché, mais c'est le défaut d'instruction agricole.
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