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Et les gens qui sont aujourd'hui à la tête de nos institutions représentent parmi nous cette noblesse d’autrefois. (Appl).
Mais on nous a dit que l'ambition des gens de profession est d'acquérir une terre. C'est bien vrai. Comme avocat, je puis vous le dire, ennuyé de toujours manger Îles autres, j'aurais été fier de pouvoir me subvenir à ri0imême. (Appl.)
Messieurs, les gens de l’armée ont les mêmes ambitions que les avocats, ct nous avons devant nous l'exemple vivant d'un officier qui a renoncé à son épée pour prendre la faucille. (Appl.)
Ains;, ces gens instruits, ces gens qui ont connu le costume doré, qui ont porté l'épée, s'en sont dépouillés de gaieté de coeur, nour revêtir la blouse du laboureur, On vous a dit que votre profession était noble, Sans doute, elle est rnble. Suivant moi, elle est la plus noble de toutes. L sutre travail, personne n’approche autant de l'action du Créateur que vous, cultivateurs. (Appl.)
La Genèse nous dit que Dieu de sa volonté créa le monde. Eh bien ! les cours agricoles vous enseignent que le {aboureur, de son travail, fait surgir le blé qui donne le pain. (Appl.)
Qui, votre carrière est noble, et malheur aux peuples, malheur aux jeunes gens que la fierté chasse loin des champs, croyant que la vie est plus brillante et plus belle à la ville, croyant qu'ils porteront des habits qui feront d'eux de plus beaux cavaliers.
Leur erreur est grande. Et ce que j'ai admiré surtout ce soir, parmi les lauréats, c’est que presque tous les hommes étaient vêtus de l’étoffe faite de la laine de leurs brebis. (Appl)
Et ceux qui ont été des plus applaudis, ce sont ceux qui se sont présentés ici habillés d’étoffe du pays. (Appl.)
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Suivez cette louable habitude de vous suffire à vousmêmes. Ainsi, Messieurs les lauréats, de nouveau, je vous renouvelle mes remerciements pour l'exemple que vous avez donné, et de nouveau aussi je renouvelle mes remerciements à tous ceux qui ont pris part à cette fête. Je remercie les dames qui ont rehaussé de leur présence l'éclat de cette fête, car il n'est pas d'agriculture parfaite sans l'horticulture, la culture des fleurs, et sans vous cette fête du Mérite Agricole n'aurait présenté que des épis durs, si “aus n'aviez pas représenté ici les jardins qui entourent
maisons.
Je remercie aussi les différents clubs qui ont pris part à cette fête, qui ont accueilli l'autorité avec enthousiasme, qui ont jeté sur le parcours des représentants de l'Eglise et de l'Etat, et sur cette fête, un éclat si brillant.
De nouveau, à tous, je renouvelle mes remerciements, me rappelant peut-être trop tard que pour moi le silence est d’or.
Son Eminence le Cardinal Taschereau fut invité à terminer cette inoubliable fête. Il le fit en prononçant des paroles remarquables. Il se glorifia d’être le descendant du premier cultivateur du Canada : Louis Hébert; d’être le successeur du fondateur de la première école d'agrisulture au Canada : Mgr. de Laval; d’avoir pendant vingt ans de son épiscopat érigé 53 paroisses nouvelles et d’avoir ainsi aidé les cultivateurs de ces paroisses à rester sur leurs terres. C'est ainsi qu'il s'est exprimé
Votre Honneur, My Lord,
Mesdames et Messieurs,
Comme nous sommes bien avancés dans la soirée, je
vousje vous ue vous remnerète. Je x l'éclat ite sans tte fête durs, si ntourent
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ne vais dire que quelques mots de cet ancètre dont on a parlé tout à l'heure, de Louis Hébert, qui est mon neuvième grand-père. Voici quelques lignes qui font son éloge “l'est venu au Canada pour donner le commencement à une colonie ou peuplade chrétienne”. Ce sont les propres expressions d'un historien du temps.
Voici ce que Champlain en dit . “Ç'a été le premier chef de famille résidant au pays qui vivait de ce qu'il cultivait”. Et je dois dire que je suis très fier d'être un de ses descendants. (Applaudissements.)
J'ai encore un autre titre de noblesse, c'est d'être le successeur de Mgr. de Laval. (Applaudissements), Mgr. de Laval, qui probablement connaissait l'avenir du Canada, a pris toutes les précautions nécessaires pour que la destinée du Canada fut aussi heureuse que possible ; et entre autres choses il avait établi dans la paroisse Saint-Joachim, près du Cap Tourmente, que tout le monde connait bien, non pas une école, mais une véritabie université, non pas dans le genre de celle qui existe maintenant et qui porte son nom, mais une université telle qu'il en fallait dans ce tempsla 'n trouve dans les archives du séminaire les noms des eleves qui ont fréquenté cette université. Il y est dit par exemple qu'un tel, âgé de tant, venant de telle partie du pays ou de la France, est entré tel jour ; il en est sorti au bout de deux ans ou de trois ans après avoir appris le métier de forgeron, de menuisier, de couvreur en bardeau, d'architecte, de peintre, de tailleur, de sculpteur et surtout de cultivateur. (Applaudissements.)
Les deux incendies du Séminaire, en 1701 et 1705, ayant épuisé les ressources de Mgr. de Laval, il fut obligé de fermer cette université en attendant des jours meilleurs, mais le bon nombre d'élèves qui en étaient sortis répandirent partout, dans la province, les sciences pratiques qu'ils avaient acquises dans cette ü ité qui a, par
l'instruction donnée à tant de personnes, rendu d’immenses services au pays.
Maintenant, un mot sur le grand nombre de canadiens qui s’en vont aux Etats-Unis. Sans doute que nous devons déplorer cet exode, cependant il ne faut pas nous décourager. Pendant les 20 années de mon épiscopat, j'ai nommé les premiers curés résidents dans 42 paroïsses nouvelles. (Applaudissements.) Aujourd'hui, à partir de la même époque, dans le diocèse de Chicoutimi, qui a été sous mon autorité pendant huit ans et que j'ai parcouru d’un bout à l’autre, il y a eu onze premiers curés résidents nommés. Voilà donc dans ces deux diocèses, depuis vingt ans, 53 paroisses nouvelles créées. Il y a un proverbe qui dit que le sucre attire les enfants : de même aussi un curé résidant attire les colons.
Il y a actuellement dans l’archidiocèse quatorze missions qui attendent un prêtre résidant.
Il y a quelques jours Mgr. de Chicoutimi m'écrivait qu'il va faire bâtir plusieurs chapelles qui seront bientôt desservies par des prêtres résidents. Voilà donc un certain nombre de missions qui vont entrer bientôt dans la liste des paroisses. La fin du monde ne viendra pas par les familles canadiennes. (Applaudissements).
Grâce au gouvenement de cette province et à la générosité de nos compatriotes, les pères Trappistes vont bientôt ériger sur les bords du lac Saint-Jean une université agricole comme Mgr. de Laval en établit à Saint-Joachim et, à l'exemple de ce bienfaiteur de la patrie, ils fourniront d'excellents cultivateurs qui contribueront à enrichir notre province et enseïgnéront à leurs enfants comment il faut cultiver.
Je me contente donc de dire du fond de mon coeur Gloire à messieurs les lauréats en ce beau jour ! puisse leur couronne encourager tous nos compatriotes à suivre un si bel exemple ! (Applaudissements).
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L'oeuvre du cultivateur canadien a été si féconde pour l'Église et la patrie canadienne qu’elle méritait d'être honorée et glorifiée d’une manière solennelle. Elle l'a été dignement dans une occasion toute spéciale, lors de la présentation de médailles d'honneur aux représentants de ces vieilles familles rurales qui ont jalousement gardé la terre ancestrale pendant au moins deux cents ans,
On se rappelle cette mémorable séance tenue à l'Université Laval où tous ces fidèles amis de la terre canadienne recevaient de la part de Mgr. Eugène Roy, Evêque de Québec, et au nom de toutes les classes de la société, le plus bel hommage, et avaient le bonheur d’entendre louer hautement le travail de leurs glorieux ancêtres. —Les magnifiques paroles que cet illustre fils d’une de nos
belles familles rurales prononça alors sont inoubliables : les voioi en partie :
“ Elle serait intéressante à raconter et à lire l’histoire de ces quelques deux cents familles, dont vous êtes ici les authentiques et heureux descendants, s'ils avaient eu le temps et la facilité d'écrire leurs mémoires, ces braves aïeux! Si leurs mains avaient su manier la plume comme elles savaient manier la hache et la charrue, quelles précieuses archives ils auraient laissé aux historiens de notre temps !
D'ailleurs, la terre qu’ils vous ont transmise, après l'avoir fécondée de leurs sueurs, n'est-elle pas le plus beau livre d'histoire que vos mains puissent feuilleter et vos yeux parcourir ? Et ce livre, n'est-il pas vrai que vous le lisez avec amour ? que vous le savez par coeur ?
La préface en fut écrite par ce vaillant chef de dynastie qui apporta ici, il y a plus de deux siècles, votre nom, votre fortune et votre sang, C'était un breton, un normand, un saintongeois, que sais-je ? un français, en tout cas, et un brave, à coup sûr. Avec cet homme et la femme forte qui
vint avec lui, ou qu'il trouva sur ces bords, une famille nouvelle venait fortifier la colonie naissante, civiliser le royaume de Québec, et enrichir d'un sang généreux et de belles vertus la noble race canadienne-française.
Et l’histoire commence, palpitante d'intérêt, débordante de vie. Que de fois vous les avez vu repasser dans votre imagination, ces premiers chapitres, écrits au fil de la hache, illuminés par de belles flambées d’abatis, et gardant encore aujourd’hui les âcres et fortifiantes senteurs des terres neuves, que déchirent la pioche et la herse, et où germent les premières moissons. Ce sont les années rudes, mais combien fructueuses, des premiers défrichements ; c’est la glorieuse épopée de la terre qui naït, de la civilisation qui trace pied à pied son lumineux sillon à travers l’inculte sauvagerie des hommes et des bois. Chaque coup de hache, alors, est une belle et patriotiqtie action; chaque arbre qui tombe est un ennemi vaincu; chaque sueur qui arrose le sol est une semence féconde. Et comme elle était simple et bonne la vie de ces héroïques pionniers ! La maison — la première qui orna le champ où s'élèvent aujourd’hui vos confortables demeures — dressait au bord de Fabatis, sa rudimentaire charpente de bois rond, dominant à peine les souches avoisinantes ; de son seuil rustique, la femme et les enfants pouvaient voir le colon conduire ses bêtes et sa charrue, faire le geste sublime du semeur, ou moissonner à l’automne les fruits que la terre et Dieu donnaient à son travail. Leurs yeux s’emplissaient de ce doux spectacle, et dans le coeur des tout jeunes grandissait le désir, j'allais dire la passion de devenir eux aussi, un jour, des ‘“‘faiseurs de terre” et des faucheurs de moisson.
On ne connaissait guère, sous ces rudes lambris, les envies prétentieuses et les exigences maillsaines. La forêt toute voisine, qui bornait l'horizon, bornait aussi les désirs.
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Le fils s'attachait à ce sol qui prenait toutes les énergies et où semblaient germer toutes les espérances de son père.
Reculer chaque année les limites de cet empire naissant, arracher à la forêt les trésors de vie qu’elle cache, pour que la terre nourricière suffise aux générations qui grandissent ; telle est la saine et forte ambition qui travaillait cs coeurs simples et ces esprits robustes.
En vérité, il est beau ce premier champ de l'épopée familiale et de la terre paternelle ! Nulle part vous ne sauriez trouver d’aussi utiles enseignements ni d’aus:. nobles leçons.
Puis le livre se continue ; chaque chapitre ajoute un nom à la série des générations, un anneau à cette chaine vivante qui se fortifie en s’allongeant, parce qu’elle reste ancrée au même sol. Pendant que l’abatis entame chaque année la forêt qui cède et qui fuit à l'horizon, de beaux champs étalent au soleil leur verdoyant tapis, où la charrue se promène, lente, majestueuse, conquérante, traçant son sillon droit et lisse. Le colon a vaincu, la terre est soumise, et livre plus volontiers ses richesses. La vie toujours simple et austère, devient plus calme et plus facile. C'est l'hitoire des générations qui vous ont précédés, l’histoire de cet aïeul vénérable que vous avez vu penché sur votre berceau ; dont les récits ont charmé votre oreille d'enfant, et dont la verte et toujours active vieillesse gardait si vivantes sous vos yeux les souvenirs et les traditions des âges disparus.
Et ce livre poursuit ainsi ses chapitres jusqu’à la page à moitié blanche que vous êtes en train d'écrire vous-mêmes. Je suis bien sûr, que vous vous appliquez à ne pas trahir un si glorieux passé, et que le chapitre écrit ou vécu par vous sera digne en tous points des chapitres précédents. Si vous avez tant à coeur de laisser à la terre ancestrale un nom qui l’honore, c’est que vous voulez pour elle des maitres qui la travaillent avec amour et respect. Vous
sentez qu’elle est bonne et bienfaisante da terre qui a nourri vos aïeux, Elle est en quelque sorte consacrée par les labeurs, les souffrances, les vertus et les mérites des nombreuses générations qui vous l'ont gardée. L'âme de ces vaillants a laissé quelque chose d'elle-même aux arbres de vos forêts, aux sillons de vos champs, aux ruisseaux de vos plaines. Bon sang ne saurait mentir et noblesse oblige. Gardez donc, avec le culte du sol natal, la fidélité aux traditions et aux vertus qu’il vous prêche.
Soyez simples dans vos goûts et modérés dans vos désirs. Evitez le luxe qui dévore la terre et ruine les héritages. Ne vous créez pas ces besoins factices, ces exigences de fantaisie qui ouvrent partout des fissures par où se perdent les fruits de l'épargne, vous souvenant que la richesse est faite non pas tant de ce que l’on gagne que de ce que l’on économise. Travaillez avec énergie et persévérance ; la terre devient stérile sous les pas du paresseux. Sachez le prix du temps, et n’en gaspillez aucune parcelle ; le temps se venge terriblement de ceux qui ne lui font pas l'honneur de l’utiliser.
Soyez sobres, aussi. L’intempérance est le fléau du sol. C’est le mal de presque toutes les terres qui meurent.
Soyez catholiques croyants et pratiquants. La foi simpie et robuste forme la plus belle portion de votre héritage. Vos terres sont riches plus encore des bénédictions de Dieu que du labeur des hommes. Prenez garde de détourner le cours de ses bienfaisantes bénédictions. Aïmez par dessus tout votre Père qui est aux cieux; recevez avec reconnaissance de ses mains le pain de chaque jour; faites sur terre sa sainte volonté, et cherchez d’abord à mériter son royaume.
Enfin, ayez à coeur d'élever sur ce sol des enfants qui s’y attachent, qui soient capables de recueillir votre héritage et de garder sans tache votre beau blason familial ”.
Bien impressionnant est l'hommage rendu, il y a quel ques jours, à la profession agricole, par L'Hon. J. E. Caron, ministre de l'Agriculture, à Québec, lors du banquet donné aux lauréats du Mérite Agricole, pour célébrer le 25e anniversaire de la fondation de cet ordre :
‘“ En voyant devant moi dit-il, tous ces distingués représentants de la classe agricole, il m'est agréable de me souvenir jue pendant 30 ans j'ai labouré et arrosé de mes sueurs la terre paternelle, et laissez-moi vous dire que ces trente années ont été les plus belles et les plus heureuses de ma vie.
Puis il ajoutait :
“Les circonstances ont voulu que j'occupe la position que j'ai aujourd’hui, mais lorsque ka politique me rejettera de son sein, mon premier pas sera vers la terre ancestrale, où je reprendrai la charrue”.
Elle est donc noble et attrayante la profession agricole, et comment ne pas reconnaître sa dignité lorsqu'un homme aussi haut placé dans l’échelle sociale sait exprimer ouvertement dans une circonstance aussi solennelle son sincère désir de retourner à l'exercice de cette profession et d’en goûter de nouveau le bonheur.
A ce mème banquet, Sir Lomer Gouin, le premier ministre de la province, a su exprimer aussi éloquemment son respect et son admiration pour la classe agricole :
“ De tous les souvenirs de ma carrière politique, dit-il, le plus cher, le plus agréable, le plus affectionné est celui de cette inoubliable démonstration à la grande salle des promotions de l’Université Laval, lors des fêtes du troisième centenaire de Québec, où l’on vit toute une phalange de braves cultivateurs, les représentants de nos vieilles familles rurales et de nos traditions ancestrales, défiler au
milieu des applaudissements de tout un auditoire d'élite, en présence du Prince de Galles, aujourd'hui notre vénéré Souverain, des représentants de la Chambre des Lords, en Angleterre, de la République Française et de la République voisine, et s'en aller ensuite, la médaille d'honneur à la poitrine, présenter leurs respectueux hommages au représentant de Sa Majesté Edouard VII, roi d'Angleterre. Jamais la fidélité à la terre ne fut mieux honorée qu’en cette circonstance ”
“Il y a aussi un autre souvenir de ma vie qui n'est bien cher et qu ie garde avec un orgueil bien légitime, c'est celui de c.... andiose cérémonie, il y a 25 ans, dans la vaste salle du conseil législatif, en l'honneur des premiers décorés de l'Ordre du Mérite Agricole.
Ce fut l’une des plus brillantes fêtes ; la salle était toute illuminée et toute resplendissante ; de tous côtés on y voyait des guirlandes de verdures, des fleurs, des drapeaux en abondance, des inscriptions magnifiques ; une foule énorme s'y pressait, et tout ce que Québec compte de distingué y assistait : évêques, prélats, conseillers, députés, avocats, médecins, notaires, professeurs, industriels, commerçants. On y remarquait même un Prince de l’Église romaine Son Eminence le Cardinat Taschereau.
Un des plus beaux spectacles nous fut alors donné : celui de voir 28 cultivateurs distingués recevoir des mains du gouverneur de la province, la médaille de cet Ordre, due à l'intelligence et au mérite. Jamais profession libérale n’avait été autant honorée que l’agriculture le fut en ce jour-B.
Je n'ai jamais oublié cette solennité et je ne pourrai l’oublier.
Il y a dans cette assemblée plusieurs de ces décorés d'alors, et je les salue respectueusement.
Vous dirai-je maintenant la joie que j'éprouve d'assister comme premier ministre de la province à cette grande célé-
DIGNITÉ ET DONHEUR DÉ LA VIE RURALE (l
bration du 25e anniversaire du “Mérite Agricole” fondé par le grand patriote Mercier, et de voir autour de ces tables plus de trois cents des mille vingt et un décorés de cet Ordre portant fièrement sur leurs poitrines le glorieux insigne de cet ordre; cela est bien difficile. Laissez-moi cependant féliciter les commissaires de l'exposition de 1915 à Québec d'avoir organisé cette fête splendide. Mes honorables collègues et moi, nous sommes de coeur avec eux, et nous les en remercions sincèrement, Cette fête est éminemment patriotique, et l'idée qui l'a inspirée est toute à leur honneur.
Rappelez-vous bien, Messieurs, toutes ces fêtes, et rappelez en souvent le souvenir à vos enfants. Dites leur tous ces témoignages de respect et d’admiration que votre
profession a reçu en ces occasions solennelles, et faites-leur comprendre que le travailleur de la terre est de ceux qui méritent la reconnaissance de la patrie *
Comme elles sont aussi impressionnantes ces belles paroles que prononçait tout récemment à l'exposition de son comté, le député de Montmagny, Monsieur Lespérance, et comme les regrets et les désirs qu'elles expriment démontrent bien que les succès obtenus à la ville se paient plus cher que ceux acquis à la campagne, et sont loin de donner la même somme de bonheur.
“Vous me direz peut-être, mes amis, que je prêche par mes paroles et non par mes exemples. Messieurs, j'étais bien jeune, à peine dix ans, lorsque je düs laisser la ferme où je suis né — il m'arrive souvent de passer devant la vieïlle maison paternelle aujourd’hui fermée et chaque fois je sens mes paupières humides. J'ai parcouiu bien du chemin depuis. J'ai eu ce qu'on appelle dans le monde, des succès. Le monde ne voit que Îes succès; il ne connaît
pas les efforts presque surhumains du début, les longues villes, les nuits sans sommeil, les tracasseries, les luttes de toutes sortes, puis les revirements subits qui surgissent si souvent dans ke monde des affaires et de fa finance, et qui menacent d’engloutir, dans un instant, les fruits de toute une vie d'efforts et de travail. Mettez en regard de cela la vie paisible, saine, intéressante et assurée du cultivateur. Je vous laisse à juger qui a la meilleure part. Si Dieu me prête vie encore quelques années, je voudrais finir mes jours sur une ferme paisible comme celle qui a abrité mon enfance, et où je m'efforcerais de donner à un de mes fils au moins de goût de cette noble profession, car je ne vois rien de comparable ou de supérieur dans le monde à un homme instruit consacrant son temps, son tra-
vail, son activité, son intelligence à l'exploitation agricole”.
A Abbé Raymond Cisgrain, l’un de nos savants historiens, et à Louis Fréchette, lun de nos deux poètes lauréats de Y Académie Française, appartient l’honneur d’avoir célébré en de superbes accents la gloire du pionnier canadien, l’ancêtre du colon de nos jours :
“ Une des plus grandes figures qu'offre l’histoire du Nouveau Monde, après la sublime figure du missionnaire, c'est, à mon avis, celle du pionnier canadien.
Il est le père de la plus fonte race qui se soit implanté sur ke continent américain : la race canadienne.
Le sang le plus noble qui ait jamais coulé dans les veines de l'humanité circule dans ses veines : le sang français.
Partout, on retrouve le pionnier canadien sur ce continent, et partout on peut le suivre à la trace de son sang.
Parcourez toute l'Amérique du Nord, depuis la Baie d'Hudson jusqu'au golfe du Mexique, depuis Halifax jusqu'à San Francisco, partout vous retrouverez l'empreinte
de ses pas, et sur les neiges du pôle, et sur les sables d'or de la Californie; sur les grèves de l'Atlantique et sur la mousse des Montagnes Rocheuses.
Un insatiable besoin d'activité le dévore.
Il lui faut toujours, toujours avancer vers de nouvelles découvertes, jusqu'à ce que la terre manque sous ses pas.
Mais ce n'est pas le seul amour des aventures, ni l'äpre soif de l'or qui le pousse : une plus noble ambition le travaille; un mobile plus légitime le dirige et l’anime.
On sent qu’il a la conscience de remplir une véritable mission, un mystérieux apostolat.
Feuilletez un moment les pages de notre histoire et surtout les Relations des Jésuites, et partout vous verrez le pionnier canadien, animé d’un zèle admirable pour la conversion des sauvages, frayant, avec d'héroïques efforts, le chemin aux missionnaires et opérant souvent lui-même de merveilleuses conversions.
Je retrouve, réunis en lui, les trois plus grands types de l'histoire humaine.
It est à la fois prêtre, laboureur et soldat.
Prêtre ! sa piété ardente, sa foi vive, son zèle pour le salut des âmes amallissent les coeurs les plus durs, et entraînent vers la foi des peuplades entières.
Fut-il jamais un plus beau sacerdoce ?
Laboureur ! devant sa hache puissante, la forêt tombe avec fracas autour de lui et sa charrue trace, à travers les troncs renversés, le sillon où frémira bientôt le vert duvet de la future moisson.
Soldat ! c’est par des siècles de combats qu'il a conquis le sol que sa main cultive.
Ah ! si j'étais peintre, je voudrais retracer sur la toile cette noble figure avec son triple caractère de prêtre, de laboureur et de soldat.
Au fond du tableau, je peind.:is l'immense forêt dans toute sa sauvage majesté.
Plus près, de blonds épis croissant parmi les troncs calcinés.
Sur l’avant-scène, un pan du grand fleuve, avec ses vagues d'émeraude étincelantes au rayon du soleil.
On verrait d’un côté, avec ses remparts et ses palissades, l'angle d’un fort, d'où surgirait un modeste clocher surmonté de la croix; de l’autre côté, une bande de sauvages fuyant vers la lisière du bois.
Au centre du tableau apparaitrait, les cheveux au vent, un éclair dans les yeux, le front sanglant, sillonné d’une balle, mon brave pionnier, près de sa charrue, tenant de la main gauche son fusil, dont la batterie fumerait encore; de la droite il verserait l’eau du baptême sur le front de son ennemi vaincu, mourant, qu'il vient de convertir à la foi.
Oh ! comme j'essayerris de peindre sur ceti. mâle figure, dans toutes les attitudes de ce soldat ki ureur aux muscles de fer, et la force calme et serein. de l’homme des champs, et le courage invincible du soldat et le sublime enthousiasme du prêtre.
Certes, ce tableau ne serait pas indigne du pinceau de Michel-Ange ou de Rubens.
Foi, travail, courage; prêtre, laboureur, soldat : voilà le pionnier canadien.
C'est Cincinnatus, le soluat laboureur, devenu chrétien.
C'es + guerrier de Sparte, qui a passé par les catacombes.
Lecteur canadier, qui parcourez ces lignes, vous pouvez lever la tête avec un noble orgueil, car le sang qui coule dans vos veines est le sang de ce héros.
Regardez attentivement la paume de votre main et vous y verrez encore lonction de la terre, de la poudre et du sacerdoce.
Il a rempli noblement sa mission, la vôtre reste à accomplir,
Le peuple à qui la Providence à donné de tels ancêtres, s'il est fidèle aux desseins de Dieu, est nécessairement destiné à de grandes choses”.
ABBé R, CASGRAIN.
Ils furent grands pourtant, ces paysans hardis Qui, sur ces bords lointains, défièrent jadis L'enfant des bois dans ses repaires,
Et perçant la forêt l'arquebuse à la main, Au progrès à venir ouvrirent le chemin...
Quand la France peuplait ces rivages nouveaux,
Que d’exploits étonnants, que d’immortels travaux, Que de légendes homériques, N'eurent pour tous héros que ces preux inconnus, Soldats et laboureurs, coeurs de bronze, venus Du fond des vieilles Armoriques !
Louis FRÉCHETTE.
Le colon de nos jours a reçu aussi sa juste part d’éloges. Un de nos littérateurs, a en ces termes rendu hommage à sa vaillance, à sa bonhomie, à son caractère religieux et à ses nobles aspirations :
“ Savez-vous ce que c'est qu'un colon ?
C'est une personne qui a entrepris le défrichement d’une terre vierge en vue de s'y établir.
Il est à propos, je crois, d'intercaler dans cette définition la note explicative suivante : et qui se voue corps et âme à cette âpre entreprise. En effet, celui qui défriche à contre coeur, songeant à changer de situation, n’a pas
l'âme du colon. Ce n'est pas n vrai colon. L'ouvrier des villes qui songe sans cesse à s'en aller tôt ou tard eur une terre nouvelle, mais qui, soit par manque de courage ou d'initiative, suit mar un fâcheux concours de circonstances, diffère toujours la réalisation de son projet, possède bien l'âme du vrai colon, mais quand se fera il colon ? Le vrai colon est donc celui qui défriche un lot avec goût, avec courage, avec fierté,
Le colon aime la terre.
J'admire celui qui aime la terre comme j'admire celui qui aime sa mère. Et la terre n'est-elle pas uotre mère commune ? C'est de son sein que vient le limon dont Diu a fait le conps humain; c’est elle qui nous porte, qui nous nourrit et qui fournit, en un mot, tout ce qui est nécessaire à notre existence et à notre bonheur. Elle aime ses enfants.
Ce joug de celle qu’on aime est doux et léger. Celui qui aime la terre ne se plaint pas de la dureté des travaux, et pour lui, les journées ne sont pas trop longues.
Il faudra, au contraire, modérer son ardeur, mettre un frein à son noble enthousiasme, et lui commander le repos. Le dimanche est pour lui de jour le plus long. Afin de charmer son ennui, il visite son champ, observe les progrès de la germination, passe en revue son troupeau, et trace pour la semaine qui commence, un programme digne de son ambition. Tout cela le remplit de joie, d'espérance, et de fierté. Le soir, il lui faudra aller faire part à son voisin de son contentement at de ses riantes perspectives, et recevoir, en retour, de ce dernier, semblables communications. A cette heure paisible et tranquille, écoutez les propos de ces braves pionniers, veillant au clair de la lune devant leurs maisonnettes.
Le colon est enfant de la nature.
La civilisation est une excellente chose, mais comme toute
autre ici-bas, cette excellente chose a ses imperfections. Dans la recherche du beau, du bon, et du confortable, où en sommes-nous rendu ? On a dépassé le but, puis on a continué dans la même direction à de folles enjambées. La mode, les usages qui ont cours, la politesse, et beaucoup de coutumes établies ont des exigences absolument contraires à la santé, à la liberté, voire même au bon sens. H est admis par les sages et les savants qu'on s'éloigne beaucoup trop du naturel. Je ne veux pas entrer plus loin sur ce terrain, n'ayant pour intention que de faire ressortir la sagesse du vrai colon, qui, sans être réfractaire à une saine civilisation, reste fidèle aux lois du naturel, et ménage ainsi considérablement au profit de son bonheur et sa bourse et sa santé.
Le colon est religieux. La grande oeuvre de la nature lui apparait dans sa magistrale splendeur et ne fui permet pas d'en oublier l’Auteur, De plus, il sent toujours que tout dépend de Lui. C'est de Lui qu'il attend les fécondantes rosées, les jours ensoleillés, une germination favorable, Il craint Dieu et l'aime,
N'est pas colon qui veut. J'ose même dire que c'est un don. Heureux ceux à qui la Providence l'a fait.
J'ai toujours considéré que le bonheur dépend plutôt des dispositions intérieures. C’est le cas du colon.
Le colon est paisible et heureux. Cette paix du colon résulte à la fois de ses dispositions intérieures et des circonstances qui accompagnent ordinairement sa vie. Le colon est généralement bon, doux, officieux, hospitalier, sans ambition déréglée, sans vaine préoccupation. Dans la région nouvelle où il s'est fixé, il poursuit humblement une superbe carrière dont les débuts sont ordinairement difficiles. Ecoutez-le parler tout haut lorsqu'il se croit seul : “Eh bien, si Dieu me prête vie et santé, je vais voir se réaliser œ que j'ai toujours. désiré : élever ma EEE SERRE -
famille, et donner à chacun de mes enfants, un établissement convenable. Me voilà avec deux bons lots plus qu'à moitié faits. Je suis bien sûr qu'on dit maintenant : “Saistu que Jean vaut de l'argent. Arrivé ici avec une couple de cents dollars on ne l'achèterait pas pour quatre mille dollars”. Mon Joseph va bien. Avant longtemps, avec un peu d'aide, il sera bien établi. Son lot est joliment avancé. Ce pauvre Jacques n'est pas aussi vigoureux, je vais lui acheter un lot en partie défriché. Le voisin n’at-il pas offert le sien pour cinq cents dollars. Il y a bien une dizaine d’acres de faits, et il est bien bâti”.
“Quant à mes filles, si cela continue, il ne nous en restera pas pour avoir soin de nous. Comme les filles trouvent facilement dans ce canton-ci ! Et mon dernier, lui ? J'ai
le temps d'y penser. Mais parbleu... il aura la terre paternelle ”.
Ils étaient de fervents apôtres de l'agriculture les auteurs des deux articles qui suivent :
O homme des cuamps, si tu connaissais ton bonheur, jamais tu ne déserterais le hameau. Juge : A la campagne, vie calme et tranquille, bonheur paisible, douce quiétude ; à le ville, vie agitée, saturée de déceptions et d’amertumes. Au village, franche gaieté, plaisirs innocents ; dans les cités, sous des dehors trompeurs, cupidité, fourberie, plaisirs décevants. A la campagne, santé florissante, air pur, tempérament robuste; à la ville, air débilitant, vie monotone, santé chancelante.
1* Que voit-on à la campagne ? Des près verdoyants, des eaux limpides et fraiches, des fleurs odorantes, un ciel enchanteur.
2° Que voit-on à la ville ? Des pierres alignées, une atmosphère enfumée, un ciel brumeux.
3 Qu’entend-on à la campagne ? Les concerts harmonieux des oiseaux, les rires francs des bons villageois.
4 Qu’entend-on à la ville ? Le bruit assourdissant des chars, le fracas des rues.
5° Que gagne-t-on à la ville ? Un peu d'argent. Que gagne-t-on à la campagne ? la paix, le ciel, Que perd-on à la ville ? le calme et la paix trop souvent. Hélas ! son âme,
O bon habi‘int des campagnes, aime et honore ta profession, attache toi à l'agriculture, comme à la foi de tes aïeux ; cultive soigneusemer: les champs que tes pères ont arrosé de leurs sueurs ; n’abandonne pas ce village qu'ont habité tes ancêtres et où reposent leurs cendres bénies . Demeure près de ce clocher, centre de tout ce que tu as de plus cher au monde.
Pourquoi fuir le hameau où tu as vu le jour, pour une terre étrangère, où pas un ami ne compatira à tes douleurs. Oh ! n'abandonne pas ces lieux champêtres, où chante le rossignol, où fleurit l’aubépine, et où inürit la pomme vermeille. Oui, reste pour fermer les yeux de ta mère, et Dieu te bénira ”.
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“ Restez au village, mes amis, labourez là où vos parents ont labouré, semez là où ils ont semé, plantez là où ils ont planté. Ne quittez point, ne quittez jamais le vieux logis qui vous a vu naître. Comme ces chênes robustes qui poussent dans le sol des racines profondes, et qui meurent là où ils ont grandi, mourez aussi où vous êtes nés. Nulle part ailleurs vous ne trouverez le bonheur, et sans cesse votre coeur reviendra avec ses souvenirs vers ces
lieux que vous connaissez si bien, où vous avez joué enfants, où se sont écoulées, calmes et paisibles, vos premières années.
Où serez-vous mieux, dites-moi, que dans votre village, au milieu de vos parents et auprès de ce modeste clocher de bois qui jette jusque sur votre pauvre demeure son ombre protectrice ? A deux pas est le cimetière. Là, point de noms illustres, point de ces épitaphes emphatiques qui ne servent qu. montrer le néant des choses de la vie, point de ces mausolés somptueux qui attirent le regard du passant. C'est à peine si une humble croix de bois indique un nom, une date, un souvenir. Mais l'herbe croit, haute et tendre, sur ces tombes. Le vent fait doucement entendre ses plaintes dans les vieux ifs, et les oiseaux du aiel bâtissent leurs nids là où règnent la mort en souveraine. Par les beaux soirs d'été, une voix pure et mélodieuse s'élève tout-à-coup dans ces lieux solitaires; c'est le rossignol qui fait entendre un chant d'amour. Dans le lointain, un paysan chante, et les grands boeufs mugissent en entrant dans l’étable. La cloche faisait tout à l'heure entendre ses sons argentins et sonnait l“‘Angelus”. C’est une heure d'amour et de paix. Les âmes de vos chers morts doivent doucement dormir, ainsi bercées par tous ces bruits, par tous ces chants, par toutes ces harmonies. Ne voulez-vous donc point, un jour, aller reposer à leurs côtés ?
Ne savez-vous pas combien la campagne, les champs et les bois renferment de poésie, de murmures, de bonheur et de joie ? Toi, robuste laboureur, quand mai est revenu fondre les glaces et réchauffer la bise, je t'ai vu courbé sur ta charrue, soulévant de sol durci, poussant de ton aiguilton tes boeufs au pas lent et lourd. Derrière toi marchait ton fils, un robuste villageois aussi. Il allait et venait, suivant constamment le sillon et répandant au ioin de sa
large main la semence féconde. Le vent glacé soufflait sur vous, la neige vous aveuglait, là pluie vous inondait parfois ; mais rien ne pouvait vous arrêter. Le soc luisant de la charrue soulevait toujours la terre, et la semence ne cessait de remplir les sillons. L'amour du travail, votre ténacité et votre force menaient à bout ce dur labeur. Aussi, quand la journée était finie, quand les boeufs étaient détetés et la charrue renversée, avec quel bonheur vous vous disiez : Allons, la journée à été nude, mais voilà notre champ ensemencé; cet été nous aurons une bonne récolte : c'est du pain que nous avons semé.
Tes membres étaient fatigués, sans doute; mais comme ton coeur était calme et rempli |! La satisfaction profonde du devoir accompli se Jisait Sur ton visage, et, rentré au
logis, tu trouvais ton pain noir excellent,
Je t'ai vu au printemps, visiter ce champ que tu avais ensemencé avec tant de peine. C'était, je m'en souviens, un dimanche, et tu avais tes habits de fête.
d'envoyer sur ton champ sa rosée et de te donner une moisson abondante. Donc, je t'ai vu, tout joyeux et plein de confiance en Celui qui te donne et ôte tes biens, visiter ce champ, naguère inculte et livré aux ronces et aux ajoncs, Dès que tu l'as perçu, un mouvement de joie a trahi ta pensée et tu t'es écrié joyeusement :
—En voilà du beau blé !
Oui, la terre, ou plutôt Dieu rend au oentuple ce qu'on lui confie. Tu as travaillé et te voilà déjà récompensé,
Ton travail n’est pas achevé cependant. Quand le bear soleil aura müri la moisson, quand iles blonds épis se courberont sous leur Propre poids vers la terre, il faudra les couper, les mettre en javelle et enfin les battre sur l'aire, et tout cela au milieu des ardeurs de l'été, au prix de
grandes fatigues. Une fois la moisson dans tes greniers, est-ce fini ? Peux-tu enfin te reposer ? Non, mille fois non, il faudra travailler, travailler encore, remuer ton champ, creuser de nouveau ton sillon, tous les ans, toute ta vie.
Crois-moi bien, laboureur, mon ami, ce travail de chaque année, de chaque jour, ce travail opiniâtre, ce travail constant, c'est, pour toi, l'aisance, le calme, le repos, la joie, c’est le bonheur. Dieu récompensera ce travail, n’en doute point; il bénira tes efforts et sa bénédiction s’étendra jusque sur ta famille. Tu verras croitre autour de toi tes enfants comme de jeunes rameaux qui poussent sur de tronc vigoureux d’un chène. T'es fils seront fonts et travailleurs comme toi et tes filles auront la grâce et la vertu en partage. Un jour, quand ton corps fatigué et usé s’étendra sur sa couche pour ne plus se relever, ton âme restera forte et vaillante. Ayant vécu dans la paix, elle s’endormira dans la paix. Le ciel s'ouvrira pour toi large et profond, et tu iras dormir à côté de ton père et de ta mère, dans ce cimetière dont je t'ai parlé tout à l'heure.
Ah ! si jamais tu étais tenté de laisser là ta charrue, de jeter la bèche, de quitter la maison paternelle pour aller, je ne sais où, chercher une plus grande aisance ou un bonheur plus complet, je t'arrêterais, si je le pouvais, et je te dirais : Ne va pas plus loin... par ce que tu as de plus cher, retourne sur tes pas... je t'en supplie, ne va pas plus loin, retourne, retourne bien vite à ton village... Si tu es malheureux, tu seras encore là plus heureux qu'ailleurs.
Sais-tu ce que la ville où tu veux aller renterme de chagrins, de misère et de douleurs profondes ? Saïs-tu tout ce qu’elle cache de mauvais et d’impur ? (Connais-tu ses séductions et ses dangers ? As-tu idée des drames terribles qui se passent dans ses murs, des périls que tu peux courir ? Ton âme restera-t-elle impassible et pure au milieu de son tumuite, au contact de tous ses vices ? Ne
Crains-tu pas de faire naufrage, là où de plus vaillants et de plus forts ont Succombé ?
Et puis, quel travail, quelles fatigues et quelles peines ! Paysan, tu travaillais au grand air, à la belle lumière du jour, sous le soleil aux ardentes caresses : mais quand venait le soir, tu te reposais content et tu te réveillais au Premier chant du coq. Tu allais et venais : tu étais libre ! et tu avais la satisfaction profonde de voir Pousser ce que tu avais semé, de voir grandir ce que tu avais Planté. La paix était en toi et avec la paix le bonheur.
Ouvrier, tu seras souvent forcé de faire du jour la nuit et de la nuit le jour. Tu ne seras plus un homme, tu seras une machine, une pièce de rouage, une dent d’une roue immense qui t’emportera dans son mouvement rapide et qui t’usera promptement. Il faudra t'enfermer dans une usine qui vomit nuit et jour la fumée et le feu, qui fait entendre des bruits rauques et des sifflements terribles. Un maître te Commandera sans cesse et il te faudra obéir. Ah ! ton travail sera autrement dur que celui des champs.
—Mais, je gagnerai plus, te hâtes-tu de me répondre.
—Érreur profonde, mon ami. A cette dure besogne, ton corps perdra sa force et tes vêtements s'useront vite, Prends garde à la maladie. Et puis dans la ville tout coûte plus cher : nourriture, logement et Je reste; l’ignores-tu donc ? Et si le travail vient tout à Coup à manquer où iras-tu ? Situes malheureux, qui te viendra en aide ? Et si tu as de la peine à vivre seul, Pourras-tu te marier, avoir une famille, des enfants à caresser, à aimer ? Songe à tout cela.
Ah ! crois-moi, reste, reste au village. Encore une fois, si tu veux être bon et heureux, ne quitte pas le vieux logis de ton père, laboure 1à où il a labouré, sème 1à ou il a semé, plante là où il a planté, et meurs là où il est mort, en embrassant le vieux crucifix pendu à la cheminée ”.