‹ Éloges de l'agriculture [microform]Chapitre 22 sur 26 · PAYSAN · texte numérisé non relu

PAYSAN

“ Il est des gens qui font de ce terme une injure, Ingrats qui dédaignent village et villageois, Raillent ces va-nu-pieds à la main noire et dure, Qui s'acharnent, courbés sur leur besogne obscure, Et vivent au milieu des bêtes et des bois.

—O, bon travailleur de la terre !

Je baise ta main tutélaire

Qui me nourrit et me soutient.

Cher vañnu-pieds, je te vénère, Paysan, paysan mon père,

Merci du pain quotidien.

D'autres, en lui jetant ce nom dans 1n blasphème Viennent dire : “ C'est bon pour lui de croire en Dieu ; De graviter autour du vieux clocher qu’il aime,

Entre les fils qu'il fait et les moissons qu'il sème; Soyons sans foi ni loi, n’ayons ni feu ni lieu”.

—O croyant des vieilles croyances !

La terre à qui tu te fiances

N'épouse pas les mécréants.

Laisse ces fous à leurs démences,

Car ce sont les espoirs immenses Qu'il faut à tes efforts géants.

Ceux-ci plus réfléchis et non pas moins sévères, Blâment le paysan d'être sans passions,

De regarder passer les hommes populaires

Sans imiter nos cris, sans garder n3 colères, Indifférent et sourd à tant d'ambitions

—O vrai philosophe ! () vrai sage Qu'un tribun débarque où naufrage Tu n'en paieras pas moins d'impôts Qu'importe au rocher de la plage La colère des flots si leur rage Doit le harceler sans repos.

"Mais, disent-ils, il a l'âme avare et vilaine:

La force infatigable de ses bras invaineus.

C'est par amour du gain qu'il les rive à la peine; Il ne rêve qu'épargne, il ne cherche qu’aubaine ; Et son coeur sans désir danse au bruit des écus”,

—O prévoyant de la misère !

Le reproche qu'ils t'osent faire, C'est de vouloir vivre demain.

Econome d'un gain précaire,

Tu manges peu, ne gagnant guère, Pauvre thésauriseur de pain !

“Pour la glorifier sa tâche est trop aisée,

Dit l'autre, son travail n’occupe que ses bras.

It s'y rend sans élan, il s'y met sans pensée ;

D'un geste machinal sa charrue est poussée,

Ses boeufs marchent, il ny à qu'à marcher dans leurs pas”.

—O serviteur sans servitude !

Ta tâche est difficile et rude,

Tu guettes l'heure et le moment ; Le ciel, les airs sont ton étude; Et tu lis avec certitude

Au grand livre du firmament.

Eut-il l'esprit plus haut et la raison moins dure ; Eussions-nous tous pitié du tourment qu'il endure, Un paysan toujours restera paysan.

L'homme des champs fut-il l'homme de la nature Que le poète admire en le poétisant ?

Oh ! oui, restez ce que vous êtes !

Faites toujours ce que vous faites !

Méprisez ces mots méprisants, Calmes, laborieux, honnêtes, Levez vos yeux, dressez vos têt:

Hommes du pays, Paysans ! ” Pauz DÉROUrEDE.

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