LE CHANT DU MOISSONNEUR
Il faut chanter le blé ! Jeunes gens, jeunes filles, Élevez vos fronts et frappez les faucilles !
Le blé fait vivre homme : amis, en son honneur, Éntonnons devant Dieu le chant du moissonneur.
C'est un présent divin. Durant ies mois de neige,
Dans ses flancs maternels la terre le protège;
Puis, quand brillent les fleurs, elle montre au grand jour Celui qu'elle a nourri des mois, avec amour.
Un mendiant m'apprit jadis un grand mystère : Le grain est fils du ciel, cet époux de la terre; Pour le faire grandir, tous deux n'épargnent rien ; Votre enfant le plus cher n’est pas soigné si bien.
Si la tige au printemps languit frèle, épuisée, Comme un lait bienfaisant s'épanche la rosée, Et les souffles légers comme des papillons
Le bercent mollement dans le creux des sillons.
Pour apaiser sa soif ardente, les nuages S'assemblent : quels flots d'or nous versent les orages ! Puis le ciel, appelant d'un beau nom le soleil,
Dit : “Séchez le froment, à mon astre vermeil ! ”
Ainsi mürit le blé, divine nourriture,
Ce frère du raisin, boisson joyeuse et pure,
Dieu même a consacré le céleste présent
“Mangez, voici ma chair; buvez, voici mon sang”. BRIZEUx.
À dire l'attachement qu'ils ont gardé pour la terre de leur père, et leurs regrets de n'y avoir pas passé leur vie.
“ O glèbe maternelle. à champs roux, 6 prés verts, Sillons si nourriciers, arbres si tutélaires,
Boeufs blonds buvant, le soir, au bord des mares claires, Landes où les pins bruns montrent leurs flancs ouverts.
Vous vites mes aïeux virils, fiers et robustes,
Passer auprès de vous sous leurs grands bérets bleus, Avec des fronts hâlés comme nos monts sableux
Et des bras durs et secs comme des trones d’arbustes.
Et vous me voyez, moi, d'homme aux pieds trébuchants. A la poitrine étroite, à la main inhabile,
Moi le dégénéré soucieux et débile
Et dont le cerveau seul travaille dans les champs.
84 KLOGES DÉ L'AGRICULTURE
Mais, si le soc superbe et la pique tranchante Dans mes poings affaiblis, hélas ! ne vibrent pas, Aïeux, je tiens la plume et marche sur vos pas Mon père labourait la terre et je la chante ! ” JEAN RAMEAU.
“ J'ai revu mon village et repris ma maison, J'ai retrouvé la paix des chères habitudes, Reposé mes regards sur le même horizon Et rafraichi mon coeur aux mêmes solitudes.
Rien n’a changé pour moi sous le toit familier, Où d'anciens souvenirs habitent chaque pierre. Voici la porte blanche au seuil hospitalier, La treille, les sapins, la glycine et le lierre.
J'ai refait le chemin qui mène dans les bois, Où je vais tous les ans perdre une rêverie; J'ai monté la colline en chantant à mi-voix Mon chant de bisnvenue à la lande fleurie.
La lande a reconnu la voix de son ami,
Elle a toujours pour moi sa grâce coutumière ; Mon pas a réveillé le grillon endormi,
J'ai vu les moudherons danser dans la lumière.
Et tous, fleurs dans la haie ou nids dans le buisson, Qui savent me parler et que je sais entendre, M'ont donné leur parfum et m'ont dit leur chanson Avec une amitié plus fidèle et plus tendre.
Et visiteur plus tendre et plus fidèle aussi, Je reviens chaque année à mon petit village,
Egayer quelques jours mon âme de souci, En voyant reverdir les arbres de mon âge.
Je ne suis pas tenté d'aller chercher ailleurs,
Des amis de rencontre en quelque hôtellerie,
Je veux auprès de moi des compagnons meilleurs, J'ai besoin d’un Pays qui m'aime et me sourie.
Quand ma chère maison n'est plus devant mes yeux,
Mon coeur dépaysé, souffre d'être loin d'elle;
Ce n'est qu'à son abri que je me sens joyeux;
Le bon Dieu m'a donné l'âme de l’hirondelle ”. HENRI CHANTAVOINE.
“ Liberté, ma pensée et mon âme sont lasses ;
Onze mois de pavé, de journaux, de marchands !
J'ai besoin d’un autre air, viens et m'ouvre les champs,
Et les bois, et la lande, et les calmes espaces !
Je vais aussi revoir,, et les chaumes touchants,
Les clochers élancés, les maisonnettes basses,
Les roseaux dans l'eau pure !...0 liberté tu passes
Avec ce vent léger, sur les arbres penchants !
Voici, bien loin du luxe aux sourdes amertumes,
Voici les bonnes gens et les bonnes coutumes,
Voici les seuils fleuris bâtis par les aïeux !
O biens plus doux encor cent fois qu'ils ne promettent,
O Silence ! 6 loisir | 6 spectadles qui mettent
Des chansons dans le coeur, des larmes dans les yeux !” Louis VéuirLor.
Elle est belle la chanson que le poète, Maurice Brillant, met sur les lèvres du vieux laboureur, et qu'il sera consolant pour lui de la chanter quand l'heure sera venue. La voici :
J'ai peiné jusqu'au soir sur ma tâche divine;
Mais, maintenant que la nuit monte à l’horizon, Que ma démarche tremble et que mon front s'incine, Et que l'ombre grandit autour de ma maison,
Je me promène seul, lentement, sur la route,
Et, dans les champs féconds trainant mes pas lassés, Je revois les L" ntemps disparus et j'écoute Chanter en moi le souvenir des jours passés.
Je n'ai pas déserté vers les cités fatales,
J'ai vécu sur mon sal qui révait avec moi,
Et dans le carillon de mes cloches natales, Qui versait en mon coeur le courage et la foi.
Je ne me suis pas fait esclave de la terre,
Et j'ai marché, levant le front, sur les chemins, Car je savais le prix de mon labeur austère
Et que je travaillais pour mes frères humains.
Notre tâche est si belle à qui sait la comprendre ! Dieu s'approche de nous dans le calme des bois, Et c'est comme sa voix que nous croyons entendre Le soir dans les sentiers où surgissent des croix.
La nature immortelle autour de nous frissonne, Notre chanson se mêle à la chanson des nids,
Et les grands horizons pensifs des soirs d'automne Nous ont donné l'amour des espoirs infinis.
Maintenant, je m'en vais, calme, puisque c'est l'heure, Puisque le père doit faire place aux enfants,
Et puisqu'il faut que, chaque jour, le passé meure Pour que d’autres matins se lèvent triomphants | ”
qe DIGNITÉ ET BONHEUR DÉ LA VIE RURALE 87
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ls s'en vont lentement les vieux laboureurs, nous dit le poète Alphonse Desilets, mais ne les plaignons pas puisqu'ils ont bien mérité,
“ Ils s'en vont lenteteht nos vieux à tour de rôle, Jouir de leur repos à l'ombre de leur saule.
Comme il est douloureux, pensons nous, de partir, Lorsque l'äpre setence est enfin achevée, Douloureux de mourir quand l'heure est arrivée De cueillir la moisson gagnée et d'en jouir !
Non ! ne les plaignons pas ces vieux pour qui la terre Fut plus reconnaissante et fidèle que nous.
Ils l'ont servie avec un soin assez jaloux Pour qu'elle les accueille en son grand coeur de mère.
Il est vrai qu'ils ont Lien mérité en retour,
D'avoir si vaïllamment sacrifié leurs forces
Au bien-être des fils, et d'avoir mis leurs torses
Au port des lourds fardeaux et des peines du jour,
Il est bien vrai qu'ils ont jusqu'à leur dernière heure, Remué le guérêt afin de l'assouplir
Et de le rendre riche et propice à nourrir
Tous ceux qui s'attablaient, jadis dans leur demeure ”.
Je termine ces nombreuses citations.
Il y a quelques mois l'honorable J. E. Caron, le zélé ministre de l’agriculture dans la province, exprimait l'opinion que s’il était possible de faire comprendre au cultivateur tout l’estime et la considération dont il jouit parmi toutes les clesses de la société, la province aurait réalisé un progrès considérable.
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Il nous a semblé que de meilleur moyen de faire naître en son esprit cette conviction profonde, c'était de mettre sous ses yeux un assez bon nombre de ces témoignages de respect et d’admiration exprimés à la gloire de la profession agricole. Et nous sommes heureux de dire que cette idée a rencontré la plus complète adhésion de l'honorable J. E. Caron.
C'est pourquoi nous nous sommes imposé ce travail, dans le but de réaliser, si possible, le voeu du ministre qui est aussi celui de tous les hommes bien pensants.