LES BATISSEURS DE MEULES
“ Loin des cités qui sont frénétiques et veules, Etreignant à pleins bras les gerbes contre nous, Sentant la paille ardente enserrer nos genoux, D: Vaube jusqu'au soir nous bâtissons les meules
Rois joyeux, constructeurs de dômes, nous brassons L'or fauve, dont l'été vient enrichir nos terres; Et, traînés par des boeufs, les grands chars tributaires Apportent à nos pieds les trésors des moissons.
Les yeux pleins de soleil, mais le coeur sans vertige, Nous voyons s'élargir pour nous les horizons,
Car, tandis que, chantants et fiers, nous construisons. Notre oeuvre, dans le ciel, en montant, nous érige.
Parfois, quand le travail s'achève, nous croyons Que le soleil nous offre un merveilleux salaire Il verse à plein couchant son or crépusculaire, Et change entre nos bras les gerbes en rayons.
Bien au-dessus des champs que déjà l'ombre enlise, Plus haut que l’homme trisre allant par les «éemins, Plus haut que les maisons, l'ouvrage de nos mains Vers le zénith heureux monte comme une éghse.
Enfin nous descendoms vers l'ombre, trouvant beau D’avoir bu jusqu'au soir, à longs traits, la lumière, Et sachant que demain l'aube — l'aube première |! — Plantera tout en haut des meules son flambeau.
Puis, sur la bonne terre, où l'on fauche, où l'on sème,
Où passent le soleil et l'ombre des saisons.
Tandis que nous gagnons, tranquilles, nos maisons,
Le grand ciel apaisé nous regarde et nous aime !” GEORGES BATTANCHON.
CHANSON DES EPIS “ Homme des champs, mon frère, écoute dans la plaine. Ecoute la chanson suave des épis Voix sublime et sans fin dont la campagne est pleine.
Quand tous les bruits humains, le soir, sont assoupis, Quand la tige s'endort au fond de la ravine Er que les gris oiseaux au bois se sont tapis.
Écoute cette voix, c'est une voix divine, La voix des épis d’or qui parlent d'avenir, Et qui versent le ciel à flots sur la colline...
Ecoute, quand la nuit commence à rembrunir Les ombres des forêts où les troupeaux vont boire, Ecoute les épis chanter pour te bénir !....
Ils disent que tu dois aimer, prier et croire, Lutter contre le vice et contre le malheur Comme l’épi des champs lutte dans d'ombre noire.
Que tu dois te grandir par la sainte douleur,
Laisse ton coeur ouvert aux pitiés fraternelles,
Ét mourir sans orgueil, comme une simple fleur.
Pour devenir l'épi des moissons éternelles ! ” BLANCHE LAMONTAGNE.