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Le matin, au premier chant des oiseaux, ils sont debout l'aube, de son rayon qui flotte encore demi-voilé, chasse de leurs yeux les voiles du sommeil. Ils se lèvent avec joie. Le labeur les attend et ne les rebute pas, et que ferait donc en son lit l’âpre fils de la terre, quand déjà la nature est partout gazouillante et éveillée ? Il va aux champs. La fraicheur du matin dans les rosées, les ardeurs du midi dans la lande qui se gerce, les brises upaisées du couchant, tout cela passe en lui : son sang, bouillonnant ou calme, se précipite et s'assoupit au cours des heures, selon la courbe des soleils,
L'âme de la terre est dans ses veines : ses membres, rudes et forts, ont les musculatures abruptes des rochers et des arbres; ses mains sont calleuses comme des écorces, sa face est crevassée comme les sillons séchés au soleil. Comment ne comprendrait-il pas la nature, cet homme qui la porte en lui, qui en vit, qui s'y consacre corps et âme, qui chaque jour, remuant et travaillant la terre, ébauche dans les sillons qu'il trace la tombe qu'il y trouvera plus tard ? Sa poésie à lui est de s’en aller par les champs après le travail du jour, de s’y promener les mains au dos, le coeur battant et ravi, de sentir l’âcre odeur du terreau qui fermente, de voir sous la motte qu'il a broyée à grands coups de soc les vertes pointe: le la semence qui croit, de plonger ses yeux à l'horizon L atain, d'en sonder les profondeurs sereines ou agitées, pour en tirer les pronostics des journées suivantes, enfin de se mettre dans le vent comme un coursier qui hume l’espace, de s’en pénétrer jusqu’à l'âme, de le sentir couler en ses veines, et sous ses souffles qui le transportent et le bercent, de gonfler puissamment ses robustes poumons.
“ Voilà sa poésie, ses poëmes; il les fait en plein air, en plein soleil, en pleine nature, tête au vent, poitrine nue, dans les landes et sur les côteaux, au pas des boeufs qui
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scandent, d'un pied plus leste ou plus pesant, les heures tour à tour légères et accablantes du jour. Ah ! mon fils, aime cet homme. Il est le grand poète des champs, le poète qui officie, le poète qui travaille, le poète qui crée les blés, celui qui fait la paix et la quiétude des foyers. Connais le travail en le connaissant, les joies qu'il y trouve, les bénédictions d'un repos acheté au prix des sueurs du corps.
“Connais encore de lui les vraies poésies. Les mots ne sont rien : la pensée est tout, et l’action, c'est-à-dire la pensée des bras et des mains. Comme lui, attache-toi au travail, quel qu'il soit et quelque voie que tu choisisses. Le travail set saint partout, quand il se fait dans la pureté du coeur, loin des intrigues au milieu desquelles il ne peut prospérer en sa grandeur, Fuis, mon fils, les agitations vaines où le coeur s’étiole et se désenchante, et plutôt que de briller au premier rang, si les triomphes doivent s'acheter au prix de ta candeur et de ton honnèteté, sois grand dans un travail humble, füt-ce au dernier rang. À l'abri des tempêtes, dans un port calme et doucement ensoleillé, laisse ta barque s'endormir, murmurante et cadencée. Apprends pourtant de cet homme à prévoir l'avenir, à calcufer les soleils et la lune de ta destinée, à deviner la bourrasque grondant au loin, afin que tu ne sois pas pris au dépourvu, que tes enfants aient un refuge en ta prudence, et qu'il ne puisse être dit que tu sommeillais mollement à la veille d'un grand bouleversement. Pour lui, tu le vois, il a d'oeil au ciel ; l’espace est un livre où il lit; les nuées sont les lettres ; il les épèle, tandis que le vent les emporte. Si ut à coup le mauvais temps s'élève, s’il arrive, qu’il y ait des pluies, que le nord souffle dans la plaine, ou que le midi brûle les jeunes verdures, il ne se croise pas les bras. Il sait ce qu'il faut faire Si les travaux pressent, sc. 12 soleil, ou sous la pluie, glacé ou brülé, il