DE G. CUVIER. LV
l'Université en 1808, et maître des requêtes en 1813.
La Restauration sut respecter une grande renommée. M. Guvier conserva sa position; et même il ne tarda pas à se voir revêtu de fonctions nouvelles. Nommé successivement conseiller d'Etat, président du comité de l'intérieur, chancelier de l'instruction publique, enfin, en 1831 , pair de France, l'étendue de son esprit embrassait tous les ordres d'idées, et se prêtait à tous les genres de travaux.
Il était membre , comme on pense bien, de toutes les Académies savantes du monde ; car quelle Académie eût pu omettre d'inscrire un pareil nom sur sa liste? Et , ce qui est un honneur dont il y a eu peu d'exemples avant lui, il appartenait à trois Académies de rinstitut, l'Académie française, celle des Sciences, et celle des Inscriptions et Belles-Lettres.
Sa grande renommée lui amenait, de toutes parts, tout ce qui se faisait d'observations et de découvertes. C'était d'ailleurs son esprit, c'étaient ses leçons, ses ouvrages qui animaient tous les observateurs et qui en suscitaient partout ; et jamais on n'a pu dire d'aucun homme avec plus de vérité que de lui, que la nature s'entendait partout interroger en son nom.
Aussi , rien n'est-il comparable à la richesse des collections qu'il a créées au Muséum , et qui toutes ont été mises en ordre par lui. Et quand on songe à cette étude directe des objets qui fut l'occupation principale de sa vie, et de laquelle il a fait sortir tant
de résultats, on n'est point étonné de ce mot qu'il a répété souvent : « Qu'il ne croyait pas avoir été moins « utile à la science par ces collections seules que par « tous ses autres ouvrages. »
Dans le cours d'une carrière si pleine de succès et de gloire, M. Cuvier avait été frappé des plus rudes coups. 11 avait perdu ses deux premiers enfants, ou peu de jours, ou peu d'années après leur naissance; le troisième, qui était un garçon , mourut à l'âge de sept ans ; et toutes ces douleurs devaient se renouveler quelques années plus tard, avec bien plus d'amertume encore , quand il perdit sa fille , jeune personne de l'esprit le plus distingué, et qui dans la tournure de cet esprit, et jusque dans les traits de son visage, rappelait quelque chose de son père.
Dans tous les malheurs de sa vie, sa consolation ordinaire a été de redoubler de travail. Il trouvait une consolation plus puissante encore dans les soins dont sa famille et surtout madame Cuvier se plaisaient à l'entourer.
Quand on songe aux nombreux emplois de M. Cuvier, à tous ses travaux^ à tous les ouvrages qu'il a produits, et à l'étendue, à l'importance de ces ouvrages, on est étonné qu\m seul liomme y ait pu suffire. Mais, outre tant de facultés supérieures de son esprit, il avait une curiosité passionnée qui le portait, qui le poussait à tout ; une mémoire dont l'étendue tenait du prodige ;