‹ Éloges historiquesChapitre 2 sur 28 · DE G. CUVIER. V · texte numérisé non relu

DE G. CUVIER. V

Or, en cela, Liniiseus commettait une première erreur générale ; car en mettant sur une même ligne ces six divisions primitives, il supposait qu'un même intervalle les séparait l'une de l'autre; et rien n'était moins exact.

D'un autre côté, presque toutes ces classes ou divisions^ nommément la dernière, tantôt séparaient les animaux les plus rapprochés, tantôt réunissaient les plus disparates. En un mot, la classification, qui n'a pourtant d'autre but que de marquer les vrais rapports des êtres, rompait presque partout ces rapports ; et cet instrument de la méthode, qui ne sert l'esprit qu'autant qu'il lui donne des idées justes des choses, ne lui en donnait presque partout que des idées fausses.

Toute cette classification de Linnseus était donc à refondre, et le cadre presque entier de la science à refaire.

Or, pour atteindre ce but il fallait d'abord fonder la classification sur l'organisation, car c'est l'organisation seule qui donne les vrais rapports ; en d'autres termes, il fallait fonder la zoologie sur l'anatomie; il fallait ensuite porter sur la méthode elle-même des vues plus justes et surtout plus élevées qu'on ne le faisait alors.

Ce sont, en effet, ces vues élevées sur la méthode, ce sont ces études approfondies sur l'organisation qui brillent dès les premiers travaux de M. Cuvier : ressorts puissants, au moyen desquels il est parvenu à opérer successivement la réforme de toutes les branches de la zoologie l'une après fautre, et à renouveler enfin,

dans tout son ensemble, cette vaste et grande science.

J'ai déjà dit que c'était surtout dans la classe des vers de Linnseus que régnaient le désordre et la confusion. Linngeus y avait déjà jeté tous les animaux à sang blanc, c'est-à-dire plus de la moitié du règne animal.

C'est dès le premier de ses mémoires, publié en 1 795, que M. Cuvier fait remarquer l'extrême différence des êtres confondus jusque-là sous ce nom vague d'animaux à sang blanc, et qu'il les sépare nettement les uns des autres, d'abord en trois grandes classes :

Les mollusques y qui, comme le poulpe, la seiche, les huîtres, ont un cœur, un système vasculaire complet, et respirent par des branchies ;

Les insectes, qui n'ont, au lieu de cœur, qu'un simple vaisseau dorsal, et respirent par des trachées;

Enfin les zoophytes, animaux dont la structure est si simple qu'elle leur a valu ce nom même de zoophytes, d'animaux-plantes y et qui n'ont ni cœur, ni vaisseaux, ni organe distinct de respiration.

Et formant ensuite trois autres classes : des vers, des crustacés, des échinodermes, tous les animaux à sang blanc se trouvent compris et distribués en six classes : les mollusques, les crustacés, les insectes, les vers, les échinodermes et les zoophytes.

Tout était neuf dans cette distribution ; mais aussi tout y était si évident qu'elle fut généralement adoptée, et dès lors le règne animal prit une nouvelle face.

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