DE G. CUVIER. XXIII
M. Cuvier a fait connaître la structure des organes de la respiration et de la circulation d'un genre de reptiles qui offrent quelque chose de plus curieux encore.
La grenouille est tour à tour poisson dans son premier âge et reptile dans le second. Ces nouveaux reptiles, plus singuliers encore, tels que le protée, V axolotl, la sirène, sont toute leur vie reptiles et poissons ; ils ont tout à la fois des branchies et des poumons, et peuvent pendant toute leur vie respirer alternativement dans l'air et dans l'eau.
M. Cuvier est encore le premier qui ait donné une comparaison suivie des cerveaux dans les quatre classes des animaux vertébrés y le premier qui ait fait remarquer les rapports du développement de cet organe avec le développement de l'intelligence, branche de Vanatomie comparée devenue depuis si féconde et si étendue ; le premier, enfin, qui ait déduit, d\me manière rigoureuse, de la quantité respective de la respiration de ces animaux non-seulement le degré de leur chaleur naturelle, mais celui de toutes leurs autres facultés, de leur force de mouvement, de leur finesse des sens, de leur rapidité de digestion.
Mais l'application la plus neuve et la plus brillante qu'il ait faite de Yanatomie comparée est celle qui se rapporte aux ossements fossiles.
Tout le monde sait aujourd'hui que le globe que nous
habitons présente, presque partout, des traces irrécusables des plus grandes révolutions.
Les productions de la création actuelle, de la nature vivante , recouvrent partout les débris d'une création antérieure, d'une nature détruite.
D'une part, des amas immenses de coquilles et d'autres corps marins, se trouvent à de grandes distances de toute mer, à des hauteurs où nulle mer ne saurait atteindre aujourd'hui ; et de là sont venus les premiers faits à l'appui de toutes ces traditions de déluges, conservées chez tant de peuples.
D'autre part , les grands ossements découverts à divers intervalles dans les entrailles de la terre, dans les cavernes des montagnes, ont fait naître ces autres traditions populaires, non moins répandues et non moins anciennes, de races de géants qui auraient peuplé le monde dans ses premiers âges.
Les traces des révolutions de notre globe ont donc frappé de tout temps l'esprit des hommes; mais elles l'ont frappé longtemps en vain, et d'un étonnement stérile.
Longtemps même l'ignorance a été portée à ce point qu'une opinion à peu près générale, et je ne parle plus d'une opinion populaire, je parle de l'opinion des savants et des philosophes, regardait les pierres chargées d'empreintes d'animaux ou de végétaux, et les coquillages trouvés dans la terre, comme des jeux de la nature.
(ic II a fallu, dit Fontenelle, qu'un potier de terre, » qui ne savait ni latin ni grec, osât, vers la fin du » seizième siècle, dire dans Paris, et à la face de tous les