MA GA U LAT
plus éclairé par l'esprit, tant de jours charmanls de sa radieuse jeunesse. Contrairement à son humeur et à son usage, il resta, dans celte cordiale réunion, préoccupé et taciturne. Il ressentait déjà le ténébreux travail de la mort, et son silence précédait de peu le silence sans fin. Quarante-huit heures après, lordMacaulay n'était plus. Le mercredi soir 28 décembre, il tomba dans une défaillance dont il ne revint pas.
En apprenant celte fin soudaine, l'Angleterre fut en deuil. Elle perdait dans lord Macaulay l'un des hommes qui lui faisaient le plus d'honneur, l'un des écrivains qui jetaient sur elle le plus d'éclat. Les restes do ce mort admiré furent portés a Westminster sous les voûtes de la grande abbaye, qui sert de sépulture aux plus illustres morts de l'Angleterre. Autour du cercueil étaient les deux représentants du Parlement britannique, le Grand-Chancelier qui présidait la chambre des Lords où Macaulay avait été si glorieusement admis, le Speaker qui présidait la chambre des Communes où il avait si éloquemment brillé. Avec eux tenaient le drap mortuaire plusieurs des personnages les plus importants dans l'État ou dans les lettres, les plus élevés en dignité comme en renommée. Un cortège d'admirateurs et d'amis, également attristés, le suivit jusqu'au milieu de ces illustres trépassés, qu'il connaissait tous, parmi lesquels l'his-
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toire l'avait fait vivre et la mort le rappelait. Tl Tut, comme il l'avait désiré, déposé auprès de la statue d'Addison.
En déplorant la fin prématurée d'un si brillant esprit, on sentait en Angleterre l'irréparable perte de tout ce qui disparaissait avec lui. Les trésors amassés dans cette vaste mémoire, qui les retrouverait? Les travaux préparés par cette conception puissante, qui les reprendrait? qui continuerait Histoire qu'il avait étudiée, d'une manière si fine et si profonde, et que seul il était capable de rendre dans ses traits originaux avec une habileté si savante? Aussi les expressions de regret se mél aient-elles aux hommages de l'admiration. Cette admiration, lord Macaulay ta méritait par la noblesse de sa conduite, tout comme par la beauté de son talent. Il a toujours agi conformément ù ce qu'il a pensé, et les fermes principes de son esprit élevé ont constamment guidé les droites actions de son irréprochable vie. Il a été un fidèle et prudent appui de ta liberté qu'il demandait pour tout le monde, un défenseur persévérant et inflexible de la justice qu'il voulait sous toutes les formes, un ami généreux de l'humanité à laquelle il s'intéressait dans tons ses étals. Ni au Parlement comme orateur, ni dans l'Inde comme législateur, ni dans les conseils du gouvernement comme ministre, ni dans les décisions
de l'Iiisloire comme juge, il n'a un seul moment livré le bon droit, abandonné en aucune rencontre l'équité, sous aucun prétexte sacrifié l'honnêteté à rinlérët. Ses discours comme ses actes, ses pensées constantes comme sa vie entière portent témoignage de la noblesse de son urne et de la hauteur de son esprit. L'homme avait de grands charmes, l'écrivain des dons admirables, et l'historien pouvait encore donner de beaux livres à son pays et au monde. Tout a disparu prématurément dans la triste nuit du 28 décembre 1850 : mais il reste de Macaulay des œuvres impérissables et un nom immortel.