‹ Éloignement et Utilisation des Ordures ménagères dans les villes et en particulier à BordeauxChapitre 15 sur 18 · RUE · texte numérisé non relu

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Paludate que se trouve le parc où sont remisés les tombereaux après leur déchargement ; il y en a 117; ces tombereaux une fois vidés y sont simplement garés, sans être nettoyés séricusement ni même lavés; de même, du reste, que les wagonnets qui, même lorsqu'ils sont remplis, ne sont ni recouverts, ni humeclés avec un liquide antiseptique ou autre pendant la période de grosse chaleur.

C’est donc une cause d’insalubrité pour ce quartier et souvent les habitants ont fait des réclamations qui n'ont pas abouti, l'Administration ayant lassé le public par son indifférence.

Les ouvriers employés au service des bourriers ne présentent pas d’aflections plus particulièrement imputables à leur profession et nous n'avons pu relever dans leurs bulletins de maladie que des affections banales et auxquelles toutes les personnes, quel que soit leur mélier, sont également exposées. Les seules maladies qu'ils accusent sont dues à des blessures qu'ils se font dans la manutention des bourriers, mais là encore tout le monde peut être victime. La littérature médicale n’a jamais pu enregistrer de cas de maladie résultant de cette profession et, toutes ces opérations n’en tenant pour ainsi dire pas comple, nous pouvons presque dire que c’est la négation lolale de l'hygiène.

Dépôts. — Ces ordures, chargées sur les bateaux, sont transportées à des endroits déterminés où on les accumule en masses appelées « piles », jaugeant 18 mètres cubes 500. Nous répéterons, pour mémoire, que ces baleaux non recouverts peuvent pendant le trajet infecter la rivière et ses rives par les poussières et les débris qui s'en envolent. Arrivés à destination, ces bateaux sont déchargés à la pelle par des employés spéciaux. Les gadoues ont déjà subi une grande partie de leur transformation, étant en fermentation et putréfaction lorsqu'elles arrivent. Les dépôts sont élablis au bord de l'eau, afin de laire approcher le bateau le plus près possible des tas.

Les principaux dépôts sont situés à Libourne, Saint-Denis-de- Piles, Pommiers, Moquet, Girard, Chantecaille, ct du côlé de Montpont, à Fronsac, Vayres, Pierrelilte, Vignonet. Nous avons

visité le dépôt de Libourne, situé aux Fontaines, hameau des environs. Ce dépôt se trouve à 300 mètres de celle aggloméralion, mais ne nous à pas paru peul-èlre suflisamment éloigné d'une propriété. De plus, el quoique les grandes crues ne l'alteinent pas, les eaux de pluies ayant traversé le tas s'écoulent dans l'affluent de l'Isle, au bord duquel sont établies ces piles.

En été, par la période des fortes chaleurs, comme en hiver au moment des pluies, on ne prend aucune précaution d'hygiène. L'élé, on n'arrose pas ces las. Espérons cependant qu'on s'est préoccupé de savoir si rien ne pouvait être contaminé par ces dépôts.

À Saint-Denis-de-Piles, l'amas d’ordures est, paraît-il, si près de l'eau que pendant l'hiver, au moment où les eaux sont le plus hautes, il arrive que des piles entières sont démolies el emportées par le courant. Nous voyons par cela mème les inconvénients de ces dépôts trop près de l’eau.

L'odeur n'existe que très près des piles et ne semble pas se répandre au delà d'un faible rayon. La santé des gens employés à l'édification des piles est, paraît-il, excellente el l'on ne conslate pas que dans la contrée les maladies soient plus nombreuses mème au moment de l'accumulation là plus grande des ordures ménagères, c'est-à-dire dans les mois de mai, juin, juillet, qui sont aussi les mois des plus fortes chaleurs et où le nombre de piles atteint parfois 70.

Il arrive même que ces amas restent des années entières sans

être touchés si les agriculteurs n'en demandent pas.

Destruction. — La Ville de Bordeaux, justement préoccupée de cette question si importante de la destruction des ordures ménagères el ayant remarqué que, malgré leur apparence inoffensive, les dépôts de bourriers et l'utilisation de ces déchets uniquement pour l'agriculture présentaient des inconvénients sérieux, va essayer de la destruction des ordures par l'incinération.

On s'explique qu'au moment où, dans toutes les grandes

villes de France, la grosse question de l'hygiène préoceupe tant

pre

les municipalités, celle de Bordeaux n'ait pas voulu rester en arrière et ait songé à résoudre de la façon la plus recommandée lé problème de l'assainissement de sa cité. Nous dirons cependant que si l'installation projetée à Bordeaux, dont nous allons maintenant parler, satisfera sur certains points la salubrité publique, comme nous l’allons voir il restera quelques clauses faites par la Ville qui sont encore très antihygiéniques.

La Ville a fait un projet de contrat avec le représentant de la Société des nouveaux agglomérés combustibles dont le siège est à Saint-Ouen. Le procédé proposé par cette Société consisterait à traiter les gadoues pour les transformer en combustibles agglomérés sous forme de briquettes et boulets. Elle pourrait même les transformer en briques pour la construeclion.

Pour la descriplion de l'appareil, nous reproduisons ce qui en a été dit dans l’avant-projet soumis à la Ville et que l’Administralion municipale a bien voulu nous communiquer. Celte usine se servira de fours type « Heenan », à trois groupes de fours comprenant huit cellules qui pourront, en vingt-quatre heures consécutives, incinérer et réduire à leur minimum, en les transformant en scories, les 120 tonnes d’immondices résultant de la collecte journalière. Pour effectuer le chargement des ordures, chaque ouverture pratiquée au-dessus de chacune des grilles des fours sera munie d'un entonnoir dont la capacité égalera la charge d’immondices de la grille où les ordures seront déversées. Le plancher de chargement sera en béton, recouvert d'un enduit en ciment, par conséquent facilement nettoyable. On gardera les tombereaux actuels pour la collecte: une fois à l'usine ils seront déversés dans des trémies, et les immondices râtelées dans des caisses amovibles placées dans un silo. Ces caisses sont ensuite transportées par une grue électrique pour être déposées sur une plateforme de chargement; elles sont munies de portes qui permettent l’enfournement instantané des ordures dans chaque entonnoir, ce dernier ayant exactement la même capacité que la caisse. Chaque entonnoir est muni de portes d’un dispositif spécial, qui empêchent les immondices déversées de prendre contact avec la chaleur des grilles, et for-

cément ainsi le dégagement de fumées et de gaz nocifs. Entre l'extrémité du carneau et la base de la cheminée sera installée une chambre spéciale pour recueillir les poussières. Ce dispositif arrêtera les poussières les plus fines.

Les constructeurs de cette usine garantissent que la combustion des gaz sera complète: que cette combustion ne donnera lieu à aucune nuisance, poussière, fumée ou odeur quelles qu'elles soient, après que les immondices auront été déversées dans les entonnoirs des fours : que la tempirature des fours sera de 800° et pourra atteindre 1100".

Nous signalons dans l'emploi de ce procédé un inconvénient, au moment du râtelage des ordures du silo dans les caisses, cette opération nécessitant une main-d'œuvre humaine. Mais la grosse critique que nous formulons, c'est que la Ville ait maintenu le chiffonnage préalable à la livraison des ordures à l'usine. En effet, nous relevons à l’article 9 du projet de traité que les tombeliers opéreront sur place un triage destiné à extraire de la masse globale d'ordures, les os, papiers, chiffons et autres matières que l’on enlevait dans l'opération du chiffonnage.

Par contre, nous avons constaté avec plaisir que la Ville faisait un devoir à cette Société de ne pas conserver, sauf cas de force majeure dûment constaté, pour quelque cause que ce soit, aucune partie des produits apportés par les tombereaux.

De cette étude de la question des ordures ménagères à Bordeaux, on peut conelure qu'il y a beaucoup à faire pour réaliser l'idéal hygiénique, mais nous ne doutons pas que la municipalité bordelaise ne fasse tout ce qui sera en son pouvoir pour assainir la ville et assurer la santé des habitants. Elle tiendra sûrement à honneur de donner à notre «capitale du Sud-Ouest » toutes les perfections et toutes les parures et elle voudra qu'à tous ses mérites elle ajoute celui d'être la cité la plus propre et la plus saine de la région, comme elle en est déjà la plus brillante et la plus élégante.

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