EMAUX NON SI6KES
J*ai cédé depuis peu au Musée un lozange d'émail qui présente la singularité des armoiries de Tévêqûe Jean de Langheac , surmontées d'une crosse, au bas du buste d'Hélène, autour duquel on lit : Je suis Hélène. Cette antique beauté est très maigre , et sa tête seule est remarquable par son coloris. Une guirlande de laurier d'un vert cru forme le médaillon ; les angles noirs sont ornés d'arabesques d'or. La devise Marcessit in otio mrtus des Langheac n'est pas la moindres des disparates réunies dans cette œuvre anonyme de Pierre Raymond.
Catherine de Médicis^ mère des derniers rois de France de la branche de Valois , séjourna k Limoges en 1569. Son portrait en émail, que j'ai cédé au Musée , a dû être peint d'après nature par un artiste du pays et de cette époque. Ce portrait est resté vingt
ans dans la terre; il n*a d'autre dégradation qne la perte de la couleur du fond qui laisse à découvert le cuivre encore argenté. Le corsage de velours noir k côtes, la tête k petit relief de Catherine et le buste sont restés intacts ; son vêtement noir indique qu'elle était veuve (1559).
Je crois ce portrait du même peintre qui fit celui du bienheureiuc Bardon de Brun, fondateur des pénitents noirs, et dont les cendres reposent dans leur cha^ pelle k Saint-Pierre. Le visage du pieux personnage est barbu ; son buste est revêtu d'un habit de velours noir k côtes , comme celui du portrait de Catherine de Médicis; derrière la tête pend un rideau vert, sur le fond bleu de ce médaillon ovale. À droite , des chiffres romains dorés fixent l'âge de Bardon (XXXIIl œtatis meœ), et des chiffres arabes l'année oîi le portrait fut fait (1597). La réunion du vert et du bleu , si familière k Jehan Limosin , me ferait lui attribuer ces portraits, si le premier ne remontait pas k sa grande jeun'esse; quant au second, les dates sont exactes; Bernard Bardon de Brun naquit en effet en 1564, et avait donc trente-trois ans en 1597. M. Joseph Dumas a donné ce portrait k M. Germeau (1).
(4) U existe à Limoges plusieurs portraits de Bernard Bardon de Brun, avocat et prêtre, fondateur des pénitents noirs à Limoges, économe d'Aureil, prieuré dépendant des Jésuites, pour lesquels il plaida. V. Du Boys en a un en émail; un ecclésiastique, un sur bois;
Je regrette toujours de n'avoir pu acquérir, k causé de réiévation de leur prix , deux jolis bouquetiers de vingt-cinq centimètres de hauteur jusqu'au goulot , et de vingt-deux de diamètre k la panse , un peu moins à la hauteur des anses. Le fond de leur émail était noir, semé de fleurs de lis et de cœurs enflammés d'or. Des oiseaux , des Faunes , des Chimères, tenant des branches de feuillage, se jouaient au milieu de charmantes arabesques et de cornes d'abondance. Le plus singulier de ces animaux était un être fantastique à tête emplumée , aux ailes de papillon et k queue de singe , qui roulait un chapelet entre ses doigts. Les anses de ces deux vases étaient en forme de S ; leur intérieur était émaillé en blanc.
M. Reculés a acquis un fort curieux émail octogone, plus long que large , et d'un travail ancien , oii j'ai cru reconnaître Vénus devant Adonis mourant ; l'Amour, des Nymphes et deux cygnes complètent le cortège de cette déesse. (Ancienne collection Peyroche.)
Je ne dois pas omettre deux bonbonnières ou drageoirs d'argent, dont les deux coupes étaient ornées d'émaux sur cuivre par dessus et par dessous. La plus petite offrait trois scènes des amours de Pyrame et de Thisbé ; la plus grande , de la dimension d'une sou-
j*en ai un >sur cuivre. II y en a un sur toile au-dessus de «on tombeau, dans la chapelle des Pénitents-Noirs de Saint- Pierre. Il avait le titre de bienheureux, étant mort en odeur de sainteté.
coupe à café, était ornée sur la convexité de son couvercle d'un groupe de figures que j'ai retrouvé exécutées sur un médaillon de marbre : un gros ecclé*siastique vêtu de rouge (un cardinal) tend une joue bouffie k un Turc ou Musulman coiffé du turban , au visage basané» dont les longues dents entament sa chair ; un troisième personnage ridé» k figure longue et maigre, parait témoin impassible de cette action,' dans la concavité supérieure est une peinture imitée des Flamands : trois hommes boivent et fument ; la concavité inférieure est en émail bleu uni ; sur la convexité de dessous est peint un joueur de flûte k moitié nu , la tête couverte d'un chapeau k grands rebords.
Ecusson du Consulat aux armes de la ville de Limoges. Chez M. Mailhard de La Couture , celui de ses armoiries en émail k vives couleurs. — J'ai céàé k M. Gabriel Dalesme d' Aiguesperses celui de sa famille, joli petit cadre d'un Laudin. — Grand émail : saint Dominique devant une chapelle éclairée par une grille, portant une statue de la Vierge et un ostensoir, m^ dessus de quatre marches de marbre ; k la dernière est agenouillé un homme vêtu de vert-olive, k la mode de Louis XIII; auprès : EX VOTO.
Les panonceaux anciens de la confrérie des Âmes du Purgatoire de Saint-Pierre, ceux des pèlerins de Saint-Jacques, de Saint-Roch et de Saint-Sébastien,
etc. Un bénitier de couleurs fort extraordinaires qui rappellent la manière de Poillevet, dont il a le revers gris argenté : c'est un saint Pierre vêtu d'une tunique rouge , manteau bleu verdàtre , enveloppant le rocher contre lequel il est agenouillé et accoudé. Clefs dorées dans un vide sous l'étoffe, coq bleu et rouge, encadrement singulier composé de neuf bouquets de poires en fort relief, séparés par des tulipes blanches et roses qui entourent le saint de très près. L'or brille dans l'auréole, la bordure du manteau, et circule en fleurons autour des fruits ; une corbeille remplie de poires surmonte le sommet de l'ovale. (Couvent de la Visitation.)
Le goût des émaux est loin d'être abandonné k Li^ moges, dans cette ville dont les anciens écrivains ont célébré les habiles, ingénieux et industrieux ouvriers et peintres en émail : Gérard Mercator, Duval, géographes, Ducange, Thevet, le Dictionnaire de Trévoux, etc. MM. Louis et Eugène Ardant frères en ont formé des collections; M. Âstaix, pharmacien, en|a une; celle de M. Bardinet est connue d^uis longtemps. M. Âug. Du Boys conserve aussi des œuvres d'émailleurs inconnus , et d'autres bons émaux ;'M. Magnol Dumas, pharmacien, en pos-
sède aussi plusieurs. M. Armand Noualhier de La Boric s'est borné k colliger des Nouailher. MM. Paul Périer, Prud'homme père et fils, René Ruben, bijoutiers, ont réuni de beaux Laudin ; M. Gab. Reculés possède un Pénicaud, des Limosin , Laudin, médaillons des douze Césars , etc. M. Simon , commissaire priseur, td., id. M. Taiîlefer a une collection dé tableaux précieux , émaux de Pénicaud, Limosin , EM,..Laudin'ei Nouailher. M. Muret de Pagnac, & Saittt-Junien« etc. Au cimetière de Louyas, k Limoges^ sur la tombe de madame Chabrol, née deMondioti , on a placé un saint Pierre en cuivre doré et repousâé, en bosse très saillante , adossé k un émail cintré et in-* crusté dont les couleurs sont très brillantes; aux couvents de la Visitation et des Filles-de-Notre-Dame, émaux signés de Laudin; bénitier en grisaille, YAnr honciatiàn, de Nouailher; ei saint Joachim, signé IL., etc.
Miss EL Warne, proche parente de deux savants antiquaires de Londres, parcourt l'Ëurape pour visiter les plus célèbres collections archéologiques. Celte dame m'a fait Thonneur de m'écrire qu'elle a vu partout les œuvres des émailleurs limousins briller glo-^
rieusement dans les dépôts scientifiques les plus renommés.
£lle cite entf*e autres le MHer d'une montre de la belle et infortunée Marie Stuart, reine d'Ecosse, oii ; est représentée Y Adoration des Mages, avec la lu,xvr riante richesse de couleurs de l'école de Limoges. Un Christ entre deux larrons en émail, donné par Ferdinand et Isabelle m grand capitaine Gonzalve de Cordoue; le bleu et le vert ultra marin y dominent ; en remarque surtout la chevelure des personnages placés au pied de la croix. Elle a retrouvé k Oviedo, en Espagne, un reliquaire incrusté qu'on cherchait en vain k Orvieto, en Italie. Elle décrit ]a croix de la Victoire, émail dans le genre de la plaque de Geoffroy Plantagenet ; de grands émaux de Pierre Courteys ; le portrait d'un ancien roi de France ; une Entrée à Jérusalem , qu'elle croit de Pénicaud ; un gobelet ou tasse k pied , fond brun , sur lequel sont peints des personnagesblancsk la manière descamées* La belle cassette de madame de La Sayette, k Poitiers; d'admirables portraits de vieillards, k Toulouse : l'un d'eux, qu'elle attribue k Léonard Xtmosin, représente un homme coiffé d'une toque de velours noir, barbe carrée, costume du temps de François P^, sur fond bleu ; l'autre portrait est un chefd'œuvre de Pénicaud. Un beau coffret de Pierre Courteys, daté de 1555 (chez M. Aguado), oii l'on
voit un homme armé d'une pioche travaillant sur une montagne, avec cette inscription : DYRVM. PA- TIENTIA ; rivière , paysage, Poinone sur un char traîné par deux chèvres, tenant une corne d'abondance ; tous les sujets sont en couleurs rehaussées de filets d'or. Vierge du même, aiguière et cuvette d'un travail parfait. Jésus enfant, de Lavdin , style italien très soigné, belles couleurs rdiaussées d'or.
En Allemagne, en Angleterre, en Espagne, en Italie, en France, k Amiens, Chartres, Figeac, Poitiers, Rodez, Saumur, Toulouse, etc., elle a tout vu , tout admiré , tout décrit.