‹ Emailleurs et émaillerie de LimogesChapitre 12 sur 15 · EXTRAITS DE LA NOTICE DE M. DE LABORDC · texte numérisé non relu

EXTRAITS DE LA NOTICE DE M. DE LABORDC

ET SON OPINION SUR NOS PRINCIPAUX EHAiLLEtJRS LIMOUSINS.

Pour éviter Técueil ou tombent presque toujours les panégyristes dans Tappréciation des mérites de leurs compatriotes, avant de donner la nomenclature de

tous nos émailleors, j'ai cru devoir emprunter les jugements de H. de Laborde sur les plus connus de ces artistes. La haute expérience de M. le Conservateur du Louvre confère h ces sentences toute rinfaillibilité qui peut émaner d'un juge aussi éclairé» un peu sévère peut-être envers les Laudin et les Nouailher.

PËNICAUD. — « Le nom du cbef de la famUle Pénica/ud se lie aux plus anciens essais et aux plus beaux succèsde l'émail-* lerie limousine; il était sur la bonne vole pour chercher dans les ressources naturelles de l'èmaU la véritable peinture; ses derniers ouvrages en font foi. Pénicaud et son fils laissèrent derrière eux les incunables de rémaillerie ; ces peiutres éminents du Limousin firent sortir cet art de son berceau sous leur conduite vigoureuse. Le père fut le chef, le fils le premier guide; les œuvres de ces hommes de talent prirent un rang distingué parmi les productions de Limoges. -- Le troisième Pénicaud est un grand artiste, un dessinateur pldn d*espril , un coloriste rempli de ressources , et dans quelques productions, le talent supérieur et la gloire de Limoges... Il n'a copié personne et n'a signé aucun de ses ouvrages... sauf le poinçon de sa famiUe. »

L. LIMOSIN. — « François I»', en 4530, nomme son peintre et son valet de chambre Léonard Zimosin, un des plus habiles artistes limousins , qui conserva dans ses pein-turesle caractère français, et tout en imitant, mêlant, assimilant et confondant avec goût les compositions italiennes et allemandes, créa comme un style particulier à Limoges... La souplesse de son talent donna à l'émaUlerie un caractère et

un essor tout nouveaux ; ses mérites» appréciés par le roi père des lettres et des arts , ont été reconnus et sanctionnés par la postérité. •

P. RAYMOND. — « Pierre Raymond se rapprocha avec le plus de succès des petits maîtres allemands eux-mêmes un peu italianisés. Il y a deux hommes en lui, l'artiste et le fabricant ; malheureusement l'un éclipse l'autre, c'est le fabricant qui domine ; c'est à lui que les grandes familles de Nuremberg et de Wflrtzbourg adressaient leurs commandes. Ce tartiste de talent dans la grisaille teintée sait disposer son effet , mélanger ses travaux, et donner à un dessin sinon irréprocha* ble au moins supportable un grand charme et beaucoup d'attrait... homme fécond , plein de ressources et d'imagination, de facilité de main, il exécutait vingt plats différents par leurs arabesques et la variété des combinaisons , et les faisait répéter chacun dix fois par ses élèves. »

P. COURTEYS. — « Pierre Courteys était un artiste qui mettait de la rudesse dans l'expression de ses figures, de la grossièreté dans la touche , une sorte de sauvagerie dans ses effets et sa couleur; on sent sa puissance jusque dans ses défauts... Ses émaux sont un peu sombres, le brun et les nuances vineuses violacées y abondent , mais rehaussées par les bleus vifs de ses fonds et la verdure vigoureuse un peu froide qui lui est particulière... Une certaine fougue de corn* position , une invention qui n'est jamais banale, une couleur et des effets qui lui sont propres, le distinguent et recréent la vue au milieu de la foule insipide et monotone. Même quand il veut copier fidèlement , il envahit son modèle et il se personnifie jusque dans Raphaël... Ce sont Ift ses mérites. On peut toutefois lui en reconnaître un autre : il a tenté d'exé-

cuter des émaux par des procédés nouveaux , et dans des dimensions inusitées, propres à la décoration architecturale. »

JEAN DE COURT. — « Jean de Court imite les Omrteys; il aime comme eux les compositions mythologiques, les ajustements exubérants; comme eux il abuse du paillon, il pousse au vif les carnations, et étend sur le feuillage de ses arbres et la verdure de ses gazons un ton vert froid que glacent encore des lumières pointillées en blanc... ses figures sont longues jusqu'au ridicule, ses profils bizarrement maniérés dans une forme carrée et pointue, caractère adopté par Suaanne de Court, Lorsqu'il peint des monuments d'architecture, les yeux sont choqués par un bariolage des couleurs de Farc-en-ciel qui s'étend en longs rubans sur les miurailles, les colonnes et les degrés... Sur des émaux exécutés avec un soin précieux , les figures, gracieuses jusque dans leur maniérisme, se détachent en tons clairs, en carnations saumonées, sur un fond d'ornements colorés de tons harmonieux, bien que sombres. >

JEHAN COURT, dit YIGIER. — « Sa manière se caractérise par le talent de l'artiste , la finesse et la netteté de l'exécution, par la touche spirituelle, par une délicatesse charmante dans Tapplication des tons de chair, par des ressources infinies dans le travail de la pointe. En résumé, dans le dessin et l'arrangement, les mérites de Pierre Raymond, plus le goût et l'esprit; beaucoup de rapports avec Léonard et Martin Didier, moins l'élégance du dessin de l'un et la puissance des effets de l'autre. Il s'est appliqué exclusivement à la grisaille. »

H. PONCET. — * Sa manière esti dure , l'aspect de ses

émaux sombre et triste (Ecce H<mo?)\ contours lourds, aisance de goût , peu de talent. »

JACQUES NOUAILHER. — « Jacques Nouailber, au commencement de la décadence , eut Vidée de modeler en relief d'émail des sujets de piété ; il dépensa quelque talent y mais sans doute plus de temps et d'argent à cette ingrate besogne. »

PIEBRE MOUAILHER. — « Pierre Nouaither eut la chance, à Texclusion des Léonard, Pénicaud, et de tonte la brillante pléiade limousine, d'être cité par d'Agincourt dans une histoire des arts qui fut parfaite, et qui est encore une autorité. Médiocre , comme les émailleurs de sa famille , il appliquait son art aux objets usuels et ordinaires de ta vie privée. »

NOËL LAUBIN. -p- « Noël Laudin trouva une certaine ré^ putation et de l'aisance à peindre sur, é"' ilj.il fat habile dans la technique de cet art. Le régi**^*''^'.^'î .rlèans le fit travailler devant lui; malgré la séch^iH If'f^ -oideur de son pinceau , il apporta dans Icmaniement des émaux une rare habileté... ses nombreux ouvrages sont exécutés avec beaucoup de soin... 11 imita quelquefois Philippe de Cham^ pagne, et plus souvent Mignard dans st mauvaise manière. U orna, comme Jacques Nouailher, les bordures de ses émaux d'ornements en relief. »

^ JEAN LAUBIN. — « Une trop grande production attira à Jean lati^in, comme à Pierre Raymond, une sorte de déconsidération; l'estime de son talent fut influencée par l'échelle décroissante de ses prix; on rejette un Laudin avant de l'avoir regardé, et souvent, après avoir considéré attentivement la précision de ses contours , le fondu de ses grisailles , on se

reproche des préventions peut-être trop sévères , et Ton soutient les enchères. Il a répété à satiété , et pour ainsi dire à la mécanique, les douze Césars. »

BERNARD et J.-B. NOUAILHER. — « Les émaux de Bernard et de Jean-Baptiste Nouailher prennent une apparence de verres de lanterne magique ; l'orthographe de Bernard est très fautive, etc.. »

J'ai lu sur un de ses énaaux Bernard Une neuf, Bernard l'aîné veuf, inscription que M. de Laborde avait trouvée très obscure ou même ridicule; elle n'est que mal écrite.

ÊMtILLEURS LIMOUSINS.

Je feuilletai > il y a huit ou dix ans , les rôles des taxes de la '•' ivTîTnoge& pour Tannée 1602, et j'y trouvai \^^ i^muo s cotes de plusieurs émailleurs , que je publiai dans les Bulletins de nos sociétés savantes. Je fis d'autres recherches sur les rôles de 1624 et de 1635. Les archives de la Haute-Vienne m'ont fourni des renseignements par les terriers de nos abbayes et prieurés, le registre delà fabrique de la paroisse deSaint- Maurice, et la liste des souscripteurs pour la fondation du Collège. Les archives de la Mairie dans les registres consulaires, et le livre de dépenses de la confrérie du Saint-Sacrement de Saint-Pierre , etc. A l'aide de ces documents , j'ai pu augmenter de quelques détails la mince biographie de certains émailleurs, et de quelques

noms la liste de ces artistes. Avant de la commencer» je crois k propos de consigner ici les brièves notes que j'ai recueillies sur la profession d*émailleur. On lit sur un registre intitulé : Droits de confirmation des communautés des arts et métiers en jurande : c En > exécution de Fédit de mars 1691 , article 346 , la t communauté des émailleurs, pour être maintenue et » confirmée, payera la somme de cent vingt livres. > En marge et en tète est répétée cette somme de cent vingt livres en gros caractères.

Au 2 décembre 1727, il est fait mention de leur corporation. A Tannée 1728, on cojastata dans la première classe des corps d'arts et métiers quatre maîtres empailleurs k Limoges , payant chacun vingt francs de droit de mattrîse. C'est tout ce que j'ai pu trouver au sujet de leur corporation.

G. VARACHEAU. — Varacheau, Varacheu ou Varachier Guillaume, dit Moulinot ou Maulinot de Manieu, me paraît le plus ancien émailleur limousin de la seconde période ; il était mort en 1526 , et son fils Jean, exerçant pour son compte, achetait des maisons, ce qui le fait supposer majeur. Ce n'est donc pas trop reculer l'existence du père que de la porter versl47S; le monogramme G.VA, inexpliqué jusque ici, pourrait être le sien.

Jean VARACHEAU. — Jean Varacheau son fils.

éfflailleur a Limoges , par contrat du 15 mars 1526, inséré au registre de la baronie de Compreignac, reconnaît devoir k M. Benoist 2 sols 3 deniers de cens sur sa maison située près le petit étang d'AigouIène. Il est qualifié dans cet acte Jean Varacheau, fils de feu Guillaume Varacheau dit Moulinot, émailleur. One autre copie de cette reconnaissance porte qu'il confesse devoir, avec celte rente foncière, les droits de lods et ventes et tous autres seigneuriaux kmessireMathieu- Louis-Benoist de Compreignac , payables moitié k la Saint-Jean, moitié k Noël, f^ 48, signé Milhaud. II demeurait rue du Bélier. Le monogramme I. V.L serait-il le sien? (Jn. Varacheau, Limoges.)

Jehan PÉNICAUD, — Jean Pénicaud l'ancien naquit vers la fin du xv« siècle ; il est le premier émailleur depuis la renaissance dont nous ayions des œuvres signées. On reconnaît pour la marque particulière de sa famille un poinçon d'orfèvre ou argentier ou sont gravées les lettres PL réunies et surmontées d'une couronne. Pénicaud réunissait sans doute, comme plusieurs de ses confrères, l'art de l'orfèvrerie k celui de rémaillerie. On lit sur ses ouvrages : lOHANNES PENICAVD.— lOHAN. P:ENICAVLT. -lOHAN.

P. et IP enlacés. Le P est souvent terminé dans le bas par le jambage horizontal d'un L. J'ai toujours cru que les émaux de M. Bardinet père étaient de cet

éinailleur, mais de la fia de sa carrière ; les sujets en sont pris dans la vie de saint Martial. — Le miracle de la multiplication des pains, — J.-€. imposant les mains sur la tête du jeune saint. — Ce premier évéque de Limoges prêchant devant son peuple , vingt personnages de costumes variés. — Saint Martial ressuscitant Hortarius par l'application de son bâton , en pré^ sence de son disciple Aurélien et du proconsul; le tombeau d'Hortarius est placé entre les deux colonnes du vestibule. — Saint Martial voit le ciel ouvert et réclat de la gloire céleste. — Apparition de Dieu le Père k saint Martial agenouillé devant lui. Ces tableaux, datés de 1544, décoraient la chapelle consacrée a ce saint dans l'ancienne et vaste église qui portait son nom; ils pourraient être k la rigueur du Pénicaud qui signait Jan Penicault ou Johannus Pénicaud Junior, et datait de 1559. On voit au Louvre des plaques, coupes et butes de Pénicaud. M. Taillefer, négociant de Limoges, est propriétaire d^une fort belle descente de croix k quatre personnages, marquée sur un revers incolore du poinçonnage PL. Lecuivre en est plus épais que dans les émaux de cette époque, l'or en est beaucoup plus brillant , et le paillon n'y est employé que pour la crête du coq, M. Gabriel Reculés conserve aussi un bel émail d'un Pénicaud , Jésus délivrant un

J'ai fait la remarque que les Pénicaud plaçaient

souvebt dans leurs tableaux des colonnes et des portiques, pour montrer leurs connaissances en architecture. Un fort bel émail, aujourd'hui dans la collection de M. Igonette , ancieir inspecteur de l'imprimerie et de la librairie k Limoges, et qui me parait Tœuvre de Jean Pénicaud le fils , présente une réunion de treize figures sous un portique (1) : ce sont des apètres dont les têtes ont une beauté remarquable ; un enfant est k genou , un plus petit sur ceux de sa mère qui Tallaite ; il s'agit probablement d'un miracle opéré par un des apôtres. Sur les piédestaux des colonnes on lit : lOEA*- NNES. MF (me fecit) en trois lignes : PENI-CAVDiVS. IV. en quatre lignes. Ce dernier chiffre romain me paraît désigner un ordre de sujets pris dans l'Ecriture sainte, comme de nos jours on numérote une série de tableaux dits du Chemin de la Croix, chaque station désignant une scène de la passion de N. S., et sa marche depuis le jardin des Oliviers jusqu'au Calvaire.

J'ai trouvé dans nos archives peu de titres concernant les Pénicaud. L'atné était propriétaire, de 1537 k 1545, d'une vigne k Chinchauveau , faubourg de Limoges. Un Jean Pénicaud, peintre, enluminaun livre en 1537, et écrivit un terrier pour l'abbaye de Saint-

(1) II acheta cet émail à un vieillard d'un esprit fort original , qui lui dit : Je les vends à 1 ft. par tète. M. Igonette s*emprossa de lui compter treize francs.

Martin des Feuillants. J'ai relevé ces expressions d'un acte patois de la fin de 1536, qui ressemblent h deux vers rimes :

Loûs Nouailher, loûs Penicaous,

A Vian lours meyjoûs prey dé l'hôpitaou.

Ce qui signifie que les Mouailber et les Pénicaud demeuraient près de l'hôpital Saint-Gérald. Cette famille s'appelait aussi Pénicaille, et portait les surnoms de Colomb et de foude^ Colin, dans sa Table chronologique, appelle k juste titre Jean Pénicaud émaillear renommé au xvi® siècle. Je ne dois pas oublier son portrait d*Erasme , avec la devise In minimis maxi-^ mum, et la marque du poinçon.

P. PÉNICAUD. — Pierre Pénicaud naquit vers i515.£mailleuret verrier, il fit, en 1555, pour la confrérie du Saint-Sacrement de Saint-Pierre du Queyroix, avec son confrère Rachambault , la verrière peinte de la Cène. Le notaire Albin a constaté dans un acte que le prix en fut fixé k six-vingt livres, et qu'ils touchèrent pour cette œuvre soixante livres comptant. Le monogramme des deux P, qu'on donne a Pénicaud l'aîné et k Pape , semble devoir lui appartenir (1). Le Louvre oonservedes plaques, boucliers et coupes de Pierre Pénicaud; l'hôtel deCluny, son bassin de Moïse. Un Gérald

(t) Un consul de 1513, Nardon Penioault.

Pénicaud était orfèvre en 1655; en 1663» un Pénicâud était épistolaire du chapitre cathedra], secrétaire écrivant les lettres des chanoines ; plus récemment un Pénicaud épousa une Laudin , de la famille des émaiU leurs de ce nom.

MARTIAL» en patois limousin ilfarsau. On lit dans des comptes de 1503 ces mots : c Donné le 21 ^lécem-

> bre dix deniers k Marsaii Veymayeur qui a rabilU

> (réparé) le doigt de M. saint Martial. (Cbap. de

> Saint-Etienne. »)

LÉONARD LIMOSIN. — Léonard Limosin naquit vers 1505 ; les actes que je vais rapporter, et celui qui est revêtu de sa signature , prouveront que Limosin était bien son nom de famille , et non un surnom. Il commença sa carrière d'émailleur en 1530, et la termina vers 1575. François I«', le protecteur des arts, commanda k notre habile artiste des peintures sur émail , et lui envoya des cartons ou modèles des meilleurs peintres de sa cour, Primatice, Jules Romain , Jean Cousin , le Rosso, Solario , élève de Léonard de Vinci, etc. (1). M. Alexandre Lenoir (Musée des Monuments français), cite, entre autres portraits

(4) C'est à Vm de ces peintres qu'il emprunta le goût des ornements arabesques qui brille dans ses œuvres. On lit dans Félibien que Michel Rochetet composa douze tableaux des apôtres, chacun de deux pieds et demi de haut , avec une bordure d'ornements, pour servir à un émailleur de Limoges qui travaillait pour Sa Msûesté.

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émaillés sortis des atdiers de Léonard , ceux en pied de ce roi de France, de Claude sa femme, d'Henri son fils, et de Diane de Poitiers, au bas de deux ta* bleaux des scènes de la Passion , d'après les dessins de Primatice; les têtes des apôtres saint Pierre et saint Paul, d'après André Solario; l'amiral Chabot était peint de face sous les traits de saint Pierre , et François I®' de profil sous ceux de saint Paul. M. Lenoir présume que les plus célèbres personnages de la cour furent représentés avec les attributs des autres apôtres. Henri H était peint en saint Thomas; on lisait au bas : S. THO. S. PAV. Thevet, qui visita k Limoges Léonard Limosin, en 1555, disait de lui, dans sa Cosmographie, € qu'il était le plus excellent ouvrier qui fût > au monde. »

Léonard Limosin fut appelé k Paris par le roi François P', comme neuf cents ans auparavant saint Eloi l'avait été par Clotaire ; il fabriqua pour ce monarque des vases, des coupes, des aiguières, des plateaux, et orna de ses ouvrages les châteaux royaux. François I®"" le nomma son peintre , et lui donna le titre de valet de sa chambre ; il le mit k la tête d'une manufacture d'émaux qu'il fonda dans la ville de Limoges. Ce titre de peintre du Roi explique la fleur de lis placée entre les deux initiales de son nom LL ; il le prenait dans les actes publics. Voici une déclaration écrite et signée de sa main sur un plan déposé aux archives : c C'est

> la figure faite par moi sonssignéy peintre du Roi, def meunmt en la ville de Limoges, appelé par Tordon- » ûancedeMgrmessiredeLa Guyonnie, conseiller pré-

> sident du Roi en la grand' chambre des enquêtes en

> sa cour de parlement k Bordeaux, nommé et accordé » au procès pendant en ladite cour entre noble et » vénérable frère Huguet de Veyrac, commandeur de

> Limoges et bailli de Saint-Georges de Lyon , de- » mandeur, contre Pierre Chavaignac et autres dé-

> nommés au procès , défendeurs , de lieux et tenues » sises et situées audit lieu et village^de Naugeat (1),

> avec la annotation et description des confrontations

> desdites tenues qui ont été accordées par lesdites

> parties ou leur procureur, comme [plus k plein

> est contenue au procès-verbal dudit sieur. Laquelle

> figure j'ai délivrée audit sieur commandeur par

> ordre dudit sieur président.

> Fait le septième jour de novembre 1561, f

Signé Léonard LIMOSIN.

Cette qualité de peintre du Roi est précédée de la dénomination de messire , comme on le voit dans une reconnaissance du 6 décembre 1558, en faveur de l'abbé de Saint-Martial, c Sire Léonard Limosin, valet

(V) Naugeat, village aux portes de Limoges, ainsi nommé de Tes^ carmouche où Henri le Vieux , roi d'Angleterre , fut si maltraité par les soldats de ses fils, en 1 183. {Noise y a.)

> de chambre de Roi, pour une vigne sise au territoire » deLaBrugère (faubourg de Limoges), appelée du

> Clos, delà contenance de neuf k dix journaux , qui

> fut de Pierre Tiendet, au devoir de trois hémines » de froment , mesure de la cellererie de l'abbaye, de

> cens, fondalité, etc., portables au grenier duditsei- 1 gneur abbé k chaque fête de T Assomption.» (Terrier de Malerbaud, p. 543, verso.)

Le nouveau terrier du notaire Fournier, folio 407, contient, k la date du 22 mars 1541 , reconnaissance de six sols de rente annuelle et perpétuelle au prieur de Saint-Gérald , pour une maison acquise par Léonard et Martin Limosin, émailleurs, de Jacques Montgeorge , rue Basse-Manigne. 11 faut supposer ce Martin frère ou fils de Léonard, puisqu'il figure avec lui dans plusieurs contrats. Léonard, âgé cette lannéelà de trente-six anà, pouvait avoir un fils qui mourut jeune; on n'en retrouve pas de traces. Ce Martin se serait-il appelé aussi Didier, et serait-il l'auteur des émaux signés de ce nom? On ne peut l'établir sur aucune preuve certaine. Il y a plusieurs copies de cet acte, et d'un autre du même jour, par lequel ils deviennent tous les deux propriétaires de la maison des Simonets, rue Grandes-Pousses, confrontant par derrière k leur maison de la grande rue Manigne, au devoir de 7 sols 6den. de cens, accapt, etc. Un autre acte du 21 mars 1541 en fait également mention. Léonard figure seul sur un autre de 1571.

Lear maison , composée de cave haute et basse , cuisine basse, porche, bas de maison (style de Tacte), chambres k divers étages , degrés et greniers , qui confrontait k la moitié d'une maison de Joseph Nouailher, existe encore distribuée de la même manière , ayant aspect sur deux rues ; elle a appartenu longtemps k la famille Jb. Senemaud de Yertbamont , dont le dernier membre possédait deux fort belles salières d'émail; elle est aujourd'hui la propriété de M. Chatenet, et porte len<> 6 ruedes Grandes-Pousses, et 9 rue Manigne. Elle payait 4 liv. de cens au prieur de Saint-Gérald.

Léonard Limosin signait ses émaux de diverses manières; on lit : LeonardusLemovicu^invetor, 1538, sur un couvercle de coupe; quelquefois Limousin, quoiqu'il signât Limosin dans ses actes civils ; Léonard Limosin, peinctre ordinaire de la chambre du Roy, 1553; LL. jusqu'en 1574. — Léonaor. — Léonard me fecit. — Léonard Limosin esmailleiur (sic), peintre, valet de chambre du Roy, 1551, sur le tableau en bois qui a pour sujet l'apparition de Jésus-Christ aux apôtres et k saint Thomas. Ce monument de l'ancienne peinture se fait remarquer par l'emploi de l'or dans les auréoles et les ornements , ainsi que par le nombre des personnages fort bien groupés dans un si petit espace. Ce tableau est au Musée de Limoges. Il a trois mètres de haut et cinq de large.

M. Alexandre Lenoir, k la suite de la description de certains chefs-d'œuvre de Léonard, qu'il fait connaître par des gravures au trait , entre autres un médaillon représentant Henri II et sa maîtresse montés sur le même cheval , et allant k la chasse (on voit des saints en prière dans le fond du tableau), décrit les émaux qui omaientle socle du sarcophagedela duchesse de Valen-^ tinois peints en camaïeu bleu rehaussé d'or, et s'exprime ainsi au sujet de notre Léonard : Cet émailleur c a t réuni dans ses tableaux , que Ton place k côté des

> chefs-d'œuvre de nos plus grands mattres , deux

> choses extrêmement rares k allier dans les arts dé-

> pendant du dessin : c'est l'art d'unir k une concep- » tion vraiment sentimentale un dessin gracieux et i expressif , un travail correct et soigné. Léonard

> s'est surpassé dans l'exécution de ces deux tableaux f uniques ; ils sont les plus beaux qui soient sortis de

> la fabrique de Limoges. > (Mus. des Mon. franc.) M. Lenoir désignait deux cadres d'émaux de la

Sainte-Chapelle de Paris, scènes de la Passion et de la Mort de i .-C. , la Prière au jardin des Oliviers et la Résurrection, dont M. Du Sommérard a publié lesdes* sius coloriés qui imitent si bien les originaux.

Léonard est l'auteur da portrait du connétable de Montmorency (1556), dont j'ai retrouvé le carton k Limoges. Il fit quelques peintures pour la confrérie du Saint-Sacrement de Saint-Pierre, 1571. Il reçut

10 testons 14 sols 6 den. pour celles de quatre panonceaux.

La création trop tardive du Musée de Limoges a privé ses collections de beaucoup d'émaux qui sont allés enridiir les autres villes de France et de Tétranger. Ceux qui nous restent de Léonard ne sont pas tons signés ; mais- on les reconnaît à sa manière et k la couleur qu'il avait adoptée pour leurs revers. De ce nombre sont un Mercure et une Vénus , grisailles ; un panonceau de la communauté des Chirurgiens, cabinet de M. Gabriel Reculés : saint Côme, vêtu comme sou$ les Valois, toque surmontée d'une auréoled'or, manteau sur les épaules, fait une opération h la tète d'un malade assis devant une maison; on lit autour: S. COSMA; les paillons rouge et bleu font ressortir les étoffes ; le fond du médaillon est bleu foncé, semé d'étoiles. Grisaille représentant l'archange saint Michel , le mont Saint-Michel au second plan , même collection. Dans celle de M. Taillefer, Descente de J.-C. aux limbes , à la sortie desquelles les âmes passent sous la croix , signée LL ; autre émail , Adam et Eve chassés du paradis terrestre, 1534, LL., chez M. Périer. Saint Roch, 155S; saint Jean, 1561 ; saint Martial, chez M. Boileau; deux médaillons de 1554, J.-C. et la sainte Vierge, fond bleu. Sur les trois apôtres, saint Thomas, saint Pierre et saint Paul, que j'ai possédés, signés de ce maître , il me reste encore les deux derniers , mais

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très matilés ; ils ont servi longtemps de Pax tecum à Saint-Pierre.

On admire au Musée de Quny des plats et médaillons de Léonard Limosin représentant des sujets religieux et quelques-uns mythologiques : les douze Sybilles, etc., datés de 1532^1562; le dessin d'un Jugement de Paris a été composé.par Raphaël. Le Louvre possède de lui des tableaux, des portraits, plaques , coupes couvertes , gobelets, et un trictrac.

Léonard , outre François I«' et Claude de France , peints en 1550, fit aussi les portraits de Charles IX en dieu Mars , et de Catherine de Médtcis en Junon ; ceux de Louis et Antoine de Bourbon , de Catherine de Lorraine, duchesse de Montpellier. II orna, en 1545» le palais de la Farnesina à Rome d'émaux d'après Raphaël. (Jules La Barte.)

Martin LIMOSIN. — Nous n'avons d'autres traces de Texistence de cet émailleur que les contrats oh il figure avec Léonard; il devait être son proche parent.

L. LIMOSIN fils. — Un autre Léonard Limosin était contemporain du premier ; on n'en peut douter après la lecture des actes postérieurs au décès du valet de chambre de François I^'. Etait-il son fils ou son frère ? J'adopterais la première désignation, parce qu'il signait comme lui avec la fleur de lis , lui ayant suc-

cédé sans doute dans ses titres , et qu'il lui survécut de cinquante ans , ce que n'aurait pu faire un frère. On retrouve les traces de ce Léonard depuis 4576 et 1580 sur le registre du Saint-Sacrement (1); il figure sur les rôles de 1602» au canton du Marché , pour 9 liv. de taxe , comme gendre de d'Âgen ; il aurait épousé en secondés noces Marie Taillandier, veuve de Cibot, et belle-sœur de François Limosin, avec qui nous le voyons en communauté de fortune. Ce serait lui qui aurait peint la grande plaque d'émail oii l'on voit saint Martial assis sur son siège épiscopal, dans son palais de la Cité» au milieu d'un cercle de rayons d'or, recevant les notables de Limoges, M. de Verthamont k leur tète, qui lui présentent des lettres ; parmi les personnages on reconnaît l'avocat au présidial BalthazarDuBoys, dont un autre émail, daté de 1622, nous fait connaître les traits. Cette date serait aussi celle de ce petit tableau ; c'est l'année de la canonisation des saints Ignace et François Xavier, qui y sont peints au-dessous de saint Âurélien et de saint Loup , évêques de Limoges. On avait attribué cet émail k Léonard Limosin l'ancien , k cause des deux L et de la fleur de lis; l'auréole des deux saints jésuites faisait naître des doutes, malgré le précepte d'Horace : Quidlibet audendi pictoribus. H. Poucet avait, en eflfet, entouré d'une auréole le portrait de saint Ignace long-

DfXO Enluminures de panonceaux, 1 liv. U s., etc.

temps avant sa canonisation , se contentant probablement de son titre de bierûieureux. Les noms de saint Martial et des saints sont écrits en lettres d'or, ainsi que celui de M. de Verthamont, près duquel l'émailleur a placé l'écusson de ses armes.

Une maison qu'il possédait en commun avec François, l'auberge de Saint-Georges, payait un écu k la Règle et k l'hôpital Saint-Maurice en 1579; il en avait une autre rue Barreyrette et descendant de Manigne. Ce Léonard fit et signa le plan colorié de 1614, pour un procès entre les pères Garmes-Deschauds et les Bénédictins, Etienne Vidaud, prieur de Saint-André, et Jh. Avril, syndic de Saint-Augustin (1). J'ai comparé attentivement aux archives les signatures des deux Léonard ; le premier écrivait bien mieux que le second. Ce qui prouverait sa qualité de peintre du Roi ou de directeur de la manufacture royale, c'est le titre de sire que lui donne un passementier sur son livre, en 1610. < Doibt le sire L. Limosin , que son filz a heu » le 25 octoubre1610, pour 10 et un quart crespy croisé » de Boulongne, k SI s. . . 20 et demi crespy fort, etc. •

L'acte dont la teneur suit semblerait établir que

(!) « Le (rois nouembre mil six cent quatorze, le sous signé a esté » leuer ceste figure sur les lieux Rouchaux, et procès-verbal sur ce du » jourd'huy, en présence de M. Estienne Vidaud, prieur de SainU » André, et Joseph Apuril, syndic de Saint-Augustin, q""' est acte faict » cy-dessus. Léonard LIMOSIN.»

Léonard était le fils ou l'héritier du peintre du'^^Roi, puisqu'il possédait sa propriété de La Brugère. ^

€ Léonard Limousin, émailhieur Ae Lymoges , 2l > recognu debvoir 45 sols , en la compagnie de M. le » président Martin et de Jean Rouard , k cause de » las Baylas de La Brugière. Ce 25 novembre 1626. > (Registre de la Règle, rel. par Martinaud.)

On trouve aussi k l'article de Jehan Gibot dit Picat, premier mari de Marie Taillandier, que son oysière (oseraie) à présent vigne, devait au chapitre cinq sous de rente ; on a ajouté en note : Modo Léonard Limo^ sin et Fratiçois, aymailheurs. *"

Malgré ces divers immeubles, Léonard n'était porté au rôle de 1602 que pour un écu 56 sous de taxe.

J'ai en ma possession une requête dirigée par Marie Taillandier, relicte ou veuve de Jehan Gibot, en date du 22 septembre 1623, contre Léonard et Frcmçois Limousins{sic),marchantsesrnailhurs, comme mari et légitima administrateur des biens de l'hérédité de feu Jehan Cibot. Get acte tendait à obtenir pour le fils de Marie Taillandier, du premier lit, Jehan Gibot, praticien , les fruits des biens de cette hérédité. Gette femme y expose qu'elle a porté à Léonard Limousin, son second mari, plus de 3,300 liv. de biens, afin de supporter les charges dudit mariage ; qu'ayant (été contrainte de se retirer de sa compagnie , elle a droit a une restitution de ses biens ou k une pension. Elle s»

fonde sur ce que son fils Jehan, très jeune garçon , Il eause des mauvais traitements qu'il recevait dans la maison de Léonard Limosin , a dû la quitter ainsi qu'elle ; que cet enfant, ayant eu un legs de 2,000 liv. dans le testament de son père , conclut k recevoir cinquante ëcus de pension. Au bas de l'acte, revêtu de six signatures, celle de ifcTanc Thaliandyer, comprise , est ta décision qui accorde 100 liv. au fils et SOécuskla mère comme pension ; cette dernière sera remboursée par 600 liv. comptéeschaqueann^. Le juge Descordes, qui a signé ce document , a mis ses observations en marge. Cette pièce , malgré ses fautes d'orthographe, a tous les caractères de l'authenticité.

£n rapprochant de cette poursuite la saisie du 12 août 1579, k la requête du syndic de l'iibbayedela Règle, Deloménie, on reconnaîtra que François et Léonard Limosin, malgré la qualité de sire et de messire, n'avaient pas fait fortune. Ce qui justifie les termes si naïfs et si remarquables par lesquels Bernard Palissy peint les effets de la grande concurrence parmi les émailleurs au xvi^ siècle. Il déplore dans ses mémoires sur l'art du potier, les émaux et le feu : t que les

> émailleurs de ce siècle, faute de garder secreites

> leurs inventions, ayènt laissé devenir leur art si vil, i qu'ils avoient peine k gagner leur vie aux prix qu'ils » donnoient leurs œuvres. > 11 avait vu « donner pour

> trois sols la douzaine les figures d'enseignes qu'on

> portoit aux bonnets , quoique très bien élabourées

> et leurs esmaux très bien parfondus sur le cuivre ,

> et de peintures plaisantes par dessus tout, non-seu-

> lement une fois , mais cent mille , ainsi que les ai-

> guiëres, salières et vaisseaux divers, et histoires

> qu'ils faisoient; chose fort regrettable. >

Le nom de marchand émailleur, que nous avons vu dans certains actes, pourrait s'appliquer k ceux qui , sans être peintres, vendaient les œuvres des artistes.

Le 15 septembre 1599, fut baptisé à Saint-Pierre un fils de Léonard Limosin , maftre émailleur, et de Marguerite Deschamps. Le 21 novembre 1604, baptême de Jehan, fils des mêmes. Le 23 novembre 1615, un fils de Léonard, émailleur, et de Marie Taillandier fiit tenu sur les fonts baptismaux de Saint-Pierre par François Limosin. Léonard avait été lui-même le parrain d'un fils de Jehan et d'Anne Ghambinaud , le 1«' juin 1614; il est qualifié de marchand émailleur; ce dernier mot est biffé sur l'acte. 11 fut aussi le parrain d'un fils de François Limosin et de Jeannette Cibot, le l®' avril 1619. On voit qu'il régnait entre Léonard et François une grande intimité.

On trouve encore aux registres de Saint-Pierre le baptême, au 5 mai 1625, d'une fille de Léonard Lymomin, émailleur, et d'Anne de Julien ; marraine Anne Limousin, épouse du peintre Jean Beulaygne; ce qui supposerait que Léonard aurait eu trois femmes.

Ces politesses de famille, en donnant aux baptêmes le nom du même parrain k plusieurs enfants , enchevêtrent la suite des générations et rendent difficile de les démêler. Ce nom de Léonard» illustré par la faveur de François I^^', dût être prodigué à plusieurs lAmosin émailleurs; l'un d'eux vivait encore en 1664 , époux de Catherine Varacheau, demeurant depuis 1642 rue du Collège. C'était peut-être le fils de François Limosin» ou plutôt le petit-fils de Léonard, la chef de la famille , ce prénom de Léonard ayant dâ être porté par son fils et son petit-fils.

Joseph LIMOSIN. — Joseph Limosin n'est cité dans aucun acte. La famille Limousin de Neuvic descendait sans doute de Léonard l'émailleur, puisqu'elle a possédé sa maison.

Un Léonard Limosin, chanoine de la cathédrale» était contemporain du valet de chambre de François l^^*^.

François LIMOSIN. — Il existe des émaux de François Limosin, parent ou allié du second Léonard, qui avait des intérêts communs avec lui, ainsi qu'il appert de l'acte du 22 septembre 1623. M. Didier Petit cite une œuvre signée de lui dans la collection de M. Espaulart du Mans. Cet amateur de Lyon attribue k un émailleur du nom de François Laurent un dyptique de trente centimètres de haut sur vingt-quatre de large , représentant sur ses deux panneaux Caïphe

déchirant ses vêtements devant J .-C. , et la Circoncision, peints en émail orné de paillons, dont les figures d'un beau caractère lui paraissent appartenir k la fin du xvi« siècle; deux panonceaux de 4582, au monogramme FL comme le dyptique , la sainte Trinité sur chacun ; un émail carré long, sainte Marie-Madeleine, n® 76, et une petite boîte k miroir. Psyché nourrissant Cerbère, entourée d'ornements d'une grande finesse ; tous émaux de sa collection. Restituons donc k Frainr çois Limosin (suum cuique) ces peintures sur lesquelles M. Didier Petit a lui-même des doutes , les plaques et miroirs du Louvre signés FL, et rayons de la liste des émailleurs François Laurent ainsi que Nicaulat.

François Limosin était l'époux de Jeannette Cibot, sœur probablement du premier mari de Marie Taillandier, femme du second Léonard. Nous conservons aux archives un plan colorié signé de lui , l'an 1586 , fait dans un procès entre les PP. Feuillants et le sieur de Julien, pour Parpeyroles.

François fut parrain, le 24 juin 1606, du fils d'un Léonard Limosin et de Marie Dupin , k Saint-Pierre. II le fut encore, le 23 novembre 1615, d'un fils du second Léonard, émailleur; celui-ci le fut k son tour d'un enfant fils de François , peut-être petit-fils de celui dont nous parlons , en 1619. Il avait un frère nommé Simon.

Nous avons parlé des condamnations et des saisies qu'il eut k subir avec Léonard, en 1579» de la part du syndic de la Règle, pour retard de payenients des rentes dues sur leurs maisons de Manigne et de la Cité; nous trouvons dans un acte de 1649 qu'un de ses fils nommé Jehan en paya les arrérages de vingtdeux années , ce qui donne h croire qu'il mourut vers «628. Le portrait de Clément Yll, signé FL ou FI, ne peut lui être attribué, s'il est daté de 1534.

Bebnabd LIMOSIN. — M. Didier Petit, de Lyon, cite dans son catalogue un émail du Musée de Dresde signé Bernhart Limousin; cette forme allemande donnée k son nom semble indiquer qu'il aurait voyagé dans la Germanie.

Jehan LIMOSIN. — On connaît des œuvres de Jehan Limosinàd^ées de 1597 k 1610 et 1625; son nom figure sur les rôles de 1602 (1); il ne peut avoir été le frère du premier Léonard, mais son fils ou son neveu; il signait IL, séparés par une fleur de lis; il était sans doute peintre du Roi , ou directeur de la manufacture royale d'émaux ; il signait aussi en toutes lettres lEHÂN. LIMOSIN. U a traité sur des émaux de plusieurs dimensions le sujet de Jésus crucifié, la sainte Vierge et saint Jean au pied de sa croix. Le

(i) Canton du Marché, pour 9 liv., une des plus fortes cotes.

fond du tableau est d'un bleu éclatant semé de longues étoiles d'or ; le paillon fait chatoyer les étoffes ; les figures sont belles ; l'émail du revers incolore , tout annonce chez lui un élève et un imitateur de Léonard. Le plus grand de ces tableaux appartient k mesdemoiselles Printemps. M. Didier Petit cite de lui une Esther devant Assuérus , et une salière.

M. Aug. Du Boys a mis dans sa collection un émail de cet artiste que j'avais découvert (11 centimètres de haut sur 8 de large); Jehan y a peint un Christ couvert de sang , ciel chargé de nuages , fond bleu foncé , rayons et auréole d'or. Le soleil et la lune de chaque côté de la croix; dans le lointain , clochers, aqueduc de Jérusalem. Au premier plan, gazon vert semé de tiges dorées; personnage agenouillé sur un coussin, vêtu de velours , toque de même étoffe , fraise et col rabattus, prie-dieu et livre ouvert. Armoiries des Du Boys, d'azur, orle k sept boucles , lion en chef, arbre dans le champ ; entre un B et un D, initiales de Balthazar Du Boys, avocat au présidial, dont la tête k barbe pointue figure parmi celles des notables du grand émail de Léonard, de 1622 ; la ressemblance est frappante. On lit au bas ce dystique latin , et la date 1622 :

Pro nobis suspensom cernis in arbore Ghristum A Bosco, ut cernas stemmata, cerne crucem.

11 me resie an petit émail de ce maître , S. FRAN- GISCA, reoiMiQaissable par le ciel bleu étoile ^ le vert du tapis, la robe noire, les filets dorés, peints h sa manière; la sainte élève les yeux vers le Saint-Esprit qu'elle reçoit les mains tendues.

Le portrait d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre et vicomte de Limoges, dut être peint par Jehan Limosin , lors du séjour que firent dans cette ville le roi et la reine Jeanne, rani556. Cet émailleur fit aussi les portraits de Henri II , prince de Gondé , et de Charlotte de Montmorency , son épouse. M. La Barte cite de lui un coffret orné de chasses , Bacchus, Gérés, etc.; une salière; Apollon, les Sciences, etc. Le Louvre conserve aussi des plats, des bassins , une salière et une écuelle en émaux de couleurs de cet artiste.

Les de Court, Court dit Vigier, et les Courteys de Limoges , eurent la bonne fortune, assez rare pour des artistes , d'être appréciés de leur vivant comme ils le méritaient.

Voici deux strophes d'une ode k Dorât, poète du Roi, faite par Jacques Blanchon, de Limoges, en 1583, k la gloire des émailleurs ses concitoyens :

Tayseray-je soubz silence La surartiste exceUence De l'estimable de Court, Que tout TuDiuers appelle l^'admirable esprit d'Apelle Veu en la royale court.

Ne reluyra la patrie De la sçauaDte industrie De mille autres bons esprits , D'un Vigier pour resmailheure, Et de la science meilheure D'un Corteys des mieux appris.

Jehan COURT dit VIGIER. — J'avais suffisamment établi, d'après l'acte que me communiqua mon cousin, M. Muret de Pagnac, que le nom de Jehan Court n'était pas l'abréviation de celui de Courteys, mais le véritable nom d'un de nos plus habiles émailleurs ; plusieurs actes de nos archives , un entre autres revêtu de sa signature , ne laissent plus le moindre doute k ce sujet. Il y a un peu de contradiction dans quelques copies : il y est nommé tantôt Vigier dit Court, comme si c'était un sobriquet donné pour défaut de taille; tantôt Court dit Vigier, comme si quelqu'un de ses parents avait été vigier du vicomte ou des consuls. Je donnerai les extraits de ces actes authentiques.

Jehan Cortz dict Vigier, ainsi qu'il est écrit dans d'anciens titres , signait ses émaux en toutes lettres : A Lymoges, par Jehan Court dit Figfier,1556, 4557. Il vivait encore en 1602 ; son nom est le 138* du rôle du quartier Manigne, Avec son fils Petit-Jehan, il payait un écu deux sols de contributions. Il vendit en \ 597, le î 5 novembre, sa maison de la rue des Grandes-

Pousses (terrier du notaire Thoumas). Sa femme» Narde Jourdanie, lui survécut. Je doute que les émaux et les actes datés de i6i4 lui appartiennent. Son fils , du même prénom que lui , a signé des peintures des années postérieures.

Jehan Court a laissé un monument de son talent, comme peintre arpenteur, dans un plan colorié des Audoueynas fait k l'occasion d'un procès entre les Bénédictins et les Feuillants» vers 1564. Il porte l'apostille suivante : c Figure fidèle faicte par moy

> Jehan Court dict Vigier, maistre peintre de la ville » de Lymoges, prins d'office par M. de Petiot, juge

> royal de Lymoges , en présence des partyes. » J. Court, signature. La plupart des décisions de Jean Petiot , juge et commissaire de la reine de Na* varre,, vicomtesse de Limoges, sont datées de 1563 et 1564.

Ce plan, dont les couleurs sont encore très vives et le dessin très pur, présente en marge une enceinte de la ville et du château de Limoges, en forme de cœur, et celle de la Cité k peu près carrée. Les clochers des églises principales, la porte fortifiée de la ville appelée Eperon Saint-Martin, l'église des Feuillants, la Maison-Dieu k moitié détruite, le monastère des Bénédictins (Saint-Augustin), l'église de Saint-Christophe , la maladrerie de Saint-Jacques sur le ruisseau d'Aiguesperses , et quelques maisons du Naveix

(Navigium) y sont peints en couleurs ; le barrage ou ramier pour retenir le bois flotté et quelques piles de ce bois y sont indiqués.

Dans la partie de la campagne , le long des bâtiments des Audoueynas » une bande verte est inscrite sons le nom de terre et pastural de Jehan Limosin. Un autre plan de la même main, moins la signature, de Bostboucher, Bridier, Bramaud, Panla, etc., de la paroisse de Rilhac-Rancon, offre de jolies et fraîches peintures de ce bourg, de son église, et des bâtiments de ces localités.

Le terrier du notaire Tboumas, f^ 47, parle en ces termes de maisons possédées, au 29 juillet 1756, par Grobras et Glorieux , lesquelles maisons n*en avaient fait jadis qu'une seule : c Ayant appartenu aux Seit gnat, k Jean Vigier dit Court, émaiïkur, a > Narde Jourdanie, sa veuve, etc., puisk Jean Muret. » Cette maison ouvrait sur la me descendant Manigne et sur celle du Verdurier (Verdier ou des Stables).

Un autre terrier du 29 juillet donne de cette reconnaissance une copie parfaitement identique.

Au 21 août 1761, le terrier nouveau du notaire Ardant , n<> 26, f* 97, sac 6«, constate l'acte de reconnaissance de Jacques Seignat pour la maison qui fut de Jehan Vigier dit Court, émailleur, et de Léonarde Jourdanie, 'sa veuve , passée par la suite k Hélic Peyssac , a Jean Muret , k Maledent de Font-

jaudran , k Devoyon du Buisson. Cette maison , contiguë \k celles de MM. Benoist de Yanteaux et Roulhac du Rouveix , payait 14 sous 6 deniers de cens.

On Jean Court de Vigier fut consul en 1529 et 1530 k Limoges ; le mot Vigier n'est plus placé dans la liste consulaire comme sobriquet ou surnom. Jehan, son fils , dit le Jeune dans Facte , époux 'de Valérie Lajoumard, fit baptiser k Saint-Pierre, le 20 septembre 1614, une fille nommée Simonne, une autre en 1618 du nom d'Anne , et le 10 septembre 1621 un fils qui fut appelé Jean ; un autre Jean Court dit Ftgier, époux de Bénigne Guybert , père d'autre Jean, est nommé sur les registres de Saint-Pierre de Fan

Les trois couvercles de coupes de Jean Court, que nous avons pu voir dans le pays, justifient la réputation de cet émailleur ; deux d'entre eux représentaient des combats de Centaures , le triomphe de Neptune et celui d'Âmpbitrite , avec leur cortège des divinités de la mer, Tritons, Néréides, Syrènes et Amours ailés suivant leurs chars, chevaux marins se jouant au milieu des flots ; kFintérieur, arabesques, têtes d'Amours et petits médaillons. La troisième coupe, en grisaille comme les autres, a été lithographiée par M. Tripon. J. Court y a peint Diane sur un char derrière lequel sont enchaînés Vénus et Cupidon ; des groupes de nymphes chasseresses les suivent conduisant des lé^

vriers et des cerfs rdans ud petit cartouche fond bleu , le nom de l'artiste en lettres d'or ; en dessous, médaillons entourés d'arabesques , Jules César, Auguste et deux impératrices. — Sur deux assiettes du Louvre , les Mois d'avril et d'octobre, on peut admirer le chaud coloris et les carnations naturelles de J. Court.

Jean DE COURT. —Jehan de Court fut peintre du Roi, de 157âk 1601. Il signait des initiales IDC des émaux dont MM. de Bruges et de Laborde font la description : Minerve ; la mort d'Adonis ; Vénus. Sauf les vers de Blanchon, nous n'avons rien trouvé dans aucun écrit au sujet de ce peintre distingué; un orfèvre du même nom habitait , le 2 mars 1601 , la paroisse de Saint-Pierre.

Suzanne DE COURT. — L'erreur qui voulait faire de Court l'abrégé de Courteys s'est reproduite pour Suzanne de Court, fille ou nièce et élève de Jean de Court l'émailleur. Elle signait ses ouvrages SC., Suzanne de Court F. ou Suzanne Court. Sa demeure, vers l(îOO, était dans le faubourg Boucherie. Une aiguière de Suzanne en plusieurs couleurs est au Louvre; un miroir, salières hexagones, Orphée et Eurydice , Divinités, Vertus, etc., coll. de Bruges.

PiEBRE TARAUD. — Pierre Taraud est qualifié eymalieur (sic) page 45 du terrier des Feuillants ,

année 1532 , au sujet de sa vigne sise au Puy-Saint- Martin, alias les Teuli^res de La Brégère ; une autre copie de cet acte porte P. Tassaud; le monogramme inexpliqué, T et R liés ensemble , pourrait être celai de cet émailleur.

Pierre LAMONTRE ou LAMONTROT. — Au

même terrier, il est fait mention de Pierre La Motho, La Motot, eymalieur oneymalieux. On lit aussi Pierre La Montrai et La Montiot, 1557 et 1538; il était mort en 1539. Sa vigne était située entre le chemin de Fount-lorVoie et Saint-Martin-des-Feuillants.

Pierre RAYMOND. — Pierre (en patois P&nre) Raymond était voisin de Jean Court dit Vigier ; le terrier du prieuréde Saint-Gérald mentionne, au 8 mai 1542, une maison de la rue Basse-Manigne touchant k celle de P. Raymond , dont la façade de derrière donnait sur la rue desEtables, devant la tour neuve. Une reconnaissance de cet émailleur pour sa maison est inscrite au terrier de Thoumas , notaire , au 8 mars 1542 ; il signa le 20 juin 1550 un pareil acte en faveur de Tabbé de Saint-Martial, pour une vigne au clos de Combe-Vineuse y alias te Treuil-Blanc. Cette vigne venait en partie de son père James ou Jacques Raymond, et contenait sept journaux, payant de cens, fondante, etc., deux setiers de froment, mesure des Combes, portables aux greniers de Tabbaye k chaque fête de l'Assomption.

Le même jour, Pierre Raymond contracta une reconnaissance de trois hémines froment, mesure de la prévôté des Combes, au même abbé, pour une vigne au clos de la Ghabane, territoire de Limoges; elle était composée de celle de Jean Texonniéras et de celle de feu James Raymond , son père. Leur réunion faisait un total de dix journaux ; la rente en était por* table au grenier de Saint-Martial , avec les lods et ventes, etc., k chaque fête de FÂssomption. La vigne de Combe-Vineuse devait en outre une quarte de vin de dfme k ladite abbaye (titre de 1355). Le terrier rouge du notaire Tboumas fait mention de sa maison de Manigne; son gendre L. Bourdeyron payait 4 liv. de contributions (article 66 du rôle des tailles de 1635) ; ses autres héritiers , 30 sous. Sa maison était encore habitée, en 1715, par un Raymond. Sa femme se nommait Jeanne Martel.

Les comptes de la baylie du Saint-Sacrement portent aux années 1555, 1556, 1557, 1566, 1567, 1575, 1581 et 1584 les sommes qui lui furent allouées pour peintures commandées. Nous avons k citer le frontispice de ce registre ou le prince des apôtres est représenté debout, tenant un bouclier ou écusson rouge sur lequel est le monogramme l.H.S. en lettres gothiques dorées (1), et les images ou riches pour-

[\) Il reçut XXX sols pour ce frontispice.

traicis des joyaux dont la confrérie augmentait tous les ans son trésor. P. Raymond a rendu sur le vélin avec une grande habileté l'éclat des métaux et des pierres fines, telles que rubis, améthystes, émerau-^ des et turquoises, des calices, Ostensoirs, croix, navettes , encensoirs , vases sacrés , etc.

Les œuvres de ce laborieux émailleur sont nombreux* ses dans les collections du Louvre et des particuliers. On voit dans le palais des arts le Jugement de Salomon, plat; les Rois de la Bible, plat, 1578; l'histoire de David, sur une suite d'assiettes; la Gène d'après Raphaël , plateau ovale de 1565; deux chan^ deliers, 1564; coupe, d'après Jules Romain, trois personnages buvant, 1554. Au cabinet de M. de Bruges, bassin rond , les premiers âges, grisaille. Chez M. Odiot , bassin plus grand en couleurs , Y amour de Cupido et de Pyché, mère de Volupté : au centre, portrait de Henri II , médaillon ; à l'extérieur de ce bassin, Diane de Poitiers en nymphe chasseresse; son portrait dans un médaillon au milieu ; arabesques et attributs proclamant la gloire de Psyché et le triomphe de l'Amour. Chez M. Préault, de Paris, coupe intacte , Judith et Holopherne : sur le pied , Joseph fuyant la femme de Putiphar; quatre belles assiettes , sujets tirés delà Genèse. Coupes, Absalon, 1556, revers, pourpré; Jethro, Moïse. — Bassins, atgfw/ères, Vénus, Bacchus. — Assiettes,\es Mois, 1561.

— Loih y plateau et salière. — Cmiler, Enée et Anchise. — Plats, Joseph , Suzanne. — Chandeliers, coupes couvertes et plaques , la Passion , etc.

A Angouléme , MM. Bolle et Callaud conservent des assiettes de ce maître. Chez le premier, le jugement du Pannetier de Pharaon ; sept personnages entourent le trône du roi d'Egypte; sur le siège est écrit : PQARAO. Le cadre est formé par des têtes de chérubins et des dragons ailés. Au dos de cette assiette de vingt centimètres de diamètre, un buste de buveur tenant un verre de vin , entouré de fruits et de fleurs. Les initiales PR sont écrites en lettres d'or sur les deux faces de cette assiette.

Chez M. Callaud, assiette en grisaille, Hercule revêtu de la peau de lion , entouré de sept guerriers ; vieillard k qui Ton offre des pigeons ; au second plan, deux vaisseaux avec leur pilote et six rameurs chacun ; dans le ciel , trois Harpies poursuivies par des Génies ailés armés d'épées et de boucliers. De petits Satyres sonnant de la trompe , assis sur des chars entre des grappes de raisin, en composent l'encadrement Au revers, tête d'homme portant un masque comique dans un médaillon entouré des mêmes ornements.

A Saint-Léonard, feu M. Dépéret, curé, conservait deux salières, et j'en ai eu une troisième de mêmeforme, celle d'un piédestal. Apollon y était peint entouré des Muses. Le dessous de ces salières était émaillé en jaune

capucine. M. Siinon, commissionnaire priseur de Limoges, m'a montré récemment un couvercle decoupede onze centimètres de diamètre, orné de médaillons de Tibère et de Caligula en grisaille, entourés de guirlandes de laurier, bouton sortant d'un groupe de feuilles. On lit au-dessous : P.R. En dessous, médaillons d'impératrices alternant avec des philosophes grecs , peut-être Marc-Aurèle, k longue barbe. Les figures sont pleines d'expression et les ornements d'une délicatesse extrême. On lit sur ses émaux : P. REMMO, 1S58; P. REX- MON, 1544; P. REMON, 1546; sur quelques-uns, P. REXMANN. Ses relations nombreuses avec l'Allemagne l'engagèrent peut-être h germaniser son nom, estropié probablement par ses correspondants. Pierre Raymond peignit jusqu'en 1582.

Martial RAYMOND. — Sire Martial Raymond, époux de Jeannette Moulinard, fit baptiser, le 11 janvier 1603 , k Saint-Pierre, un fils nommé Loys; k la même église, deux filles, Françoise, le 26 septembre 1606, dont son frère Joseph fut le parrain, et Jeanne, le 31 mai 1608. D'après ces dates , il ne peut être né en 1534, ou il se serait remarié bien vieux. Ce titre de sire semble indiquer qu'il était peintre du Roi ou directeur de la manufacture royale. 11 est inscrit article 201, au rôledes tailles de 1602, pour uÀ écu, quartier Manigne. Un plat ovale de 50 centimètres sur 32 , de

lacdlection de M. Pillot, de Bordeaux, est signé de ses initiales MR ; il y a peint la prise d'une forteresse par un roi et ses officiers ; un vieillard se prosterne devant lui en signe de soumission . Ecusson fond d' azur, trois bandes diagonales, croix et besants. Martial RayoAond était aussi orfèvre , à en juger par l'ange d'argent du candélabrequ'il fit, en 1590, pour la confrérie du Saint-Sacrement , qui paya 36 liv. pour sa façon.

Jean RAYMOND. — Jean Raymond était mort avant le 28 juillet 1603; Françoise Mouret, son épouse, est qualifiée de veuve par l'acte de baptême de Françoise Raymond. Au n^ 202 du rôle, la cote de Jehan Raymond, esmailleur, est de deuxécus cinq sols ; elle fut diminuée des cinq sous par sentence de l'élection du 29 janvier 1602. Il souscrivit en 1598 , pour la fondation du collège de Limoges, une promesse de dix sous de rente, racheptahle k sa volonté, et signa/. Reymond. Ladite rente fut amortie en 1607, comme le porte l'annotation du registre.

Joseph RAYMOND. — Les émaux datés de 1625.

et signés IR séparés par une fleur de lis , pourraient être l'œuvre de Joseph Raymond, fils de Martial, et parrain de Françoise Raymond sa sœur. J'ai possédé deux émaux de ce maître de 14 centimètres de haut sur 10 de large : buste du Sauveur du monde, entouré

de la légende : Sperainus in Deum vivum qui est Salvator omnium hominum ; buste de sa sainte Mère, et rantienne : Sub tuum prœsidium cmfugimus sancta Dei Genitrix. IR, fleur de Us, 1625. Le dessin en est sec comme fait à la plume, les formes longues et maigres ; ce sont deux grisailles dont les visages seuls sont coloriés de carnation.

COURTEYS. — Les Courtois doivent être reconnus aujourd'hui pour Courteys, d'après leur signature et les rôles des tailles. Leur famille existe encore k Limoges (un de ses membres s'est allié à un descendant de H. Poucet). Aux n®* 225 et 224 du registre de 1602 se lisent les cotes de Jehan, 25 sols, et des hoirs d'un autre Courteys dont le prénom manque , pour 1 écu 1 sol. Pierre, au n^ 225 , coté 1 écu 5 sols , fut exempté de la taille et rayé du rôle par une sentence de l'élection du 16 mars 1602, rapportée en marge. Un Pierre Courteys portait le surnom de Petit, acte de juin 1529; un autre a signé comme témoin un contrat de mariage de 1615. Un notaire contemporain portait le même nom.

Pierre COURTEYS. — Pierre Courteys serait le chef de cette famille d'émailleurs de 1498 k 1568 ; il peignait des cuivres de grandes dimensions (1). On

(t) Un mèlre soixante-cilnq centimètres sur un mètre.

Jit dans le Journal des Débats du 26 janvier 1845 : € Les émaux de Madrid sont de Pierre Courteys; ils » portent rinscription : Fet à Limoges, 1559. Il y en a

> neuf pièces de dimension colossale représentant les » Vertus et les principaux dieux de l'antiquité. Elles » sont signées de Pierre Courteys. Ces émaux for-

> maient la principale décoration du château de Ma-

> drid, bâti par François I*'' au bois de Boulogne ;

> façade tellement riche par ses dehors de terre émail- 1 lée » au dire d'Audrouet du Cerceau , qu'elle res-

> semblait k un immense vaisselier. Lors de la démo-

> lition du château , trois passèrent en Angleterre ;

> les neuf autres ont été déposées au Musée des Ther-

> mes et de Thôtel de Gluny» par les soins du ministre » de l'intérieur. *

Le goût reconnu de Pierre Courteys pour les grands émaux doit lui faire attribuer un émail de plus d'un mètre de hauteur sur un de largeur, appartenant & M. Dauriat, rue Ferrerie, k Limoges; la peinture a beaucoup de rapport avec la manière de Jehan Limosin, son contemporain, dont elle reproduit les couleurs favorites. Ce tableau est en trois pièces, deux plaques et un crucifix détaché qui s'y adapte très exactement. La Vierge et saint Jean sont au pied de la croix ; leurs vêtements sont rendus transparents par l'efiet du paillon. Le fond du tableau est bleu de ciel semé d'étoiles d'or; le bas et le premier plan sont peints

en vert. On lit au-dessous, en lettres majuscules , ces deux vers latins, sur la feuille de gauche :

Aspice me, tu qui pro me crucis arbore pendes, Et mihi certa salus sit tuus iste cruor.

Sur la plaque de droite, ces touchantes paroles de Jerémie : O vos omnes qui transitisinviam, attendite et videte si est dolor sicut dolor meus. Je crois qu'il y a eu transposition dans ces deux inscriptions. Chez M. Préaux, salière, spera lucem. Ce maître a peint une allégorie dans laquelle deux bergers et leurs chiens chassent le^ péchés capitaux sous la forme d'animaux : Vavarice, c'est un loup; l'orgueil, un lion; la luxure, un renard. Cet émail est signé P.C.; son propriétaire, M. Taillefer, croit voir dans un coin endommagé les lettres I.C., et assure avoir rencontré des émaux signés de ces deux monogrammes ; ce qui prouverait, selon lui , que Pierre et Jean Courteys se réunissaient pour travailler ensemble la même œuvre. Plusieurs de ses tableaux sont datés de 1545 et 1548 ; en 1568, il habitait la rue Manigne.

Pierre Courteys fut employé par Henri II, qui a pu lui donner le titre de peintre du Roi. Son nom est bien défiguré sur ses émaux; il les signa : P. Cortoys, Cortoyos, Courtoys, Pierre Corteys, et enfin Courteys , son véritable nom.

On voit de Pierre Courteys , au Louvre , aiguières ,

assiettes , bassin, coupes à couvercle, plaques, plats, urnes, etc., revers rouge faible marbré , d'après Raphaël, Iules Romain, léRosso.

Jehan COURTEYS. — Jean Courteys, père d'autre Jean, porté au rôle de 1602, signa des émaux en 1532 et 1540 ; il payait sur sa maison une rente ^ la Règle et k la MaisonrDieu. Cet émailleur peignit sur des coupes des sujets religieux, la Création, le Paradis perdu, le Passage de la mer Rouge et Y Echelle de Jacob ; sur un bassin ovale , d'après le dessin de Polydore de Caravage, le sacrifice d'Iphigénie; une aiguière de lui offre le même sujet plus développé ; sur des assiettes » une série d'épisodes de l'histoire de Joseph, etc. , les Mois, etc. Les collections du Louvre et de M. de Bruges ont recueilli un plateau, un coffret, un flambeau, une buire, etc., de Jehan Courteys; toutes les pièces de cet émailleur si fécond étaient fort renommées.

M. Léopold Charles a retrouvé k La Ferté-Bernard de ses œuvres comme peintre verrier, de l'an 1534, k la suite de celles de Robert Courteys, de 1498. Un Siméon Corteys est mentionné k l'année 1562-

Maitul courteys. — Martial et Guillaume Courteys habitaient, en 1433, une maison rue des Pousses. Le premier peut avoir été le grand' père et le parrain de Martial Courteys, orfèvre et émailleur,

cité aux anoées 1579 et 1580 du livre de la confrérie du SaintrSacrement : c A Martial Courteys, pour auoir » peinct et dressé les deux images du candélabre el » pour oripeau , 49 sols. Pourtraict du couronnement » du candélabre, 15 sols 6 deniers. — A Martial Cour- » tey, pour auoir mis au pntliure le pourtraict du can- » délabre, 37 sols6deniers; quatre panonceaulx d'argent > pesant 3 marcs , lesquels sont pourtraicts de l'autre » part, dorure, etc., 78 liv. 10s., reuenant à 261iv. » On connaît de lui un plat rond oii est représenté en couleurs Moïse frappant le rocher, signé MG. ; au revers, Jupiter; arabesques; moine à oreilles d'âne lisant un livre.

M.D. PAPE. — J'aivuchezM. J.Bolled'Angoulême une Descente de croix qu'il attribue k cet émaUleur. Ce petit tableau a environ quinze centimètres de large sur douze de hauteur; la Vierge tient le corps de son divin fils sur ses genoux, un linge blanc flotte au sommet de la croix ; h gauche, un moine et une religieuse; à droite , un saint décapité portant sa tête. Ecusson a quatre cantons, trois trèfles aux premier et quatrième, croix aux deuxième et troisième. Les deux premiers sont fond d'or, les deux autres fond d'azur. On lit au bas : M.D.PP. et AVSANL On interprèle ce dernier mol par Ausone, saint martyr qui eut la tête tranchée. Les initiales MD me paraîtraient signifier

en chiffres romaiias iSOO; le I ou le L place dans le D seraient un ou cinquante, 150i -ou 1550, époque de l'existence de c^ émailleur. On a expliqué le double PP par Pape, qui peut s'appliquer égalenaent k Pierre Pénicaud et k Philippe Poncet. Le revers en est incolore, comme sur les émaux des Limosin. Pai parié plus haut d'un Martin Limosin : serait-ce lui qui aurait adopté cette signature? il faut attendre d'autres preuves pour l'affirmer. Le Louvre renferme des plaques, assiettes et coupes de Pape.

Pierre VEYRIER. — Pierre Veyrier Taîné est cité dans le registre du Saint-Sacrement comme émail* leur et orfèvre , 1546, 1558. Il fut consul, en 1531. avec un Guybert et un Nouailher. Il payait 12 liv. S s. de taille, somme supérieure k la cote de ses confrères. Jehan Veyrier, que je crois son fils, était orfèvre , et souscrivit une rente de 10 s. pour la fondation du collège; il habitait, en 1601, rue des Jawies, vis-h-vis la porte Poulaillère ; sa veuve Anne Riomanet y demeurait encore en 1621.

YzAAC MARTIN. — L'émailleur Isaac Martin a peint un panonceau de la confrérie de Saint-Roch (Saint-Pierre-du-Queyroix de Limoges). Ce nom de Martin peut appartenir k quelque membre de ladite confrérie.

H. PONCET (Helte?). — J'aifailtonnaître leprc-

mierdes émaux de cet artiste, 1552, 1600et16â0. Le H initial de son nom a été expliqué par Henri; il pouvait Tétre aussi par Hiérosme. Il est plus probable que ce doit être Hélie , nom répété plus tard aux actes qui concernent cette famille. Un Ecce Homo et un saint Léonard peints par lui sont conservés au Musée de Limoges. J'ai vu chez des amateurs d'Angouléme dix médaillons des douze Césars; Jules et Domitieo manquent : ils sont peints en grisaille avec des couronnes de laurier de couleur verte , revers lie de vin ; deux médaillons, le Christ et la Vierge, datés de 1605, mêmes revers rouges, signés HP liés ensemble. Je crois devoir rendre k cet émailleur un coffret d'émaux sur lequel est représentée la chute de Phaéton , signé HP enlacés , qu'on avait pris pour le monogramme de Pape; deux petits tableaux de lui en grisaille, de forme octogone, ne sont pas restés h Limoges : l'un d'eux était un saint Pierre, cadre entouré de fleurs ; saint Ignace, au Louvre; les douze Césars k chevaU sur fond noir, chez M. de Bruges.

Philippe PONCET. — Philippe Poucet , peintre émailleur, a daté de 1653 un plan colorié des archives de la Haute- Vienne. Il était l'époux de Paule Peyrat , et donna successivement le prénom d'Hélie à deux de ses fils qui moururent, l'un le 19 novembre 1668 , l'autre en août 1669. Il devait une rente aux jésuites

pour sa maison et sa vigne du clos d'Âureil, près les €armes; il avait un frère du nom de Simon; il payait» en 1625, 4 liv., et Simon, 50 sols de taille. Je ne connais aucun émail de lui ; le monogramme à deux PP pourrait être revendiqué pour ce peintre. M. Alexandre Lenoir en cite un du nom de Poucet , dont il ignore la patrie.

DoMENGE MOURET. — Domerige Mouret devait être argentier et émailleur, puisqu'il nous a transmis des notes sur ces deux états. 11 est question de lui dans les actes depuis 1580 jusqu'à 1604; de François Môurel, en 1584; de Pierre Mouret , son fils ou son frère, en 1597. Domenge Mouret était taxé k 54 sols, n® 496, canton du Clocher. Les hoirs de Dominique et de Pierre payaient 8 liv. 6 sols en 16S5. Sa vigne fut vendue en 1654 h un Petinhaud. Il payait aussi 5 sols d'argent sur son oseraie du clos Trasboureau , alias dés Vîmières, au chapitre de Saint-Etienne. Les initiales MD d'émaux non expliqués pourraient bien être les siennes.

POILLEVÉ. — Poillevé ou Pellevé, argentier, était contemporain de nos plus célèbres émailleurs ; il exerçait aussi Témaillerie de 1537 k 1555. Il fabriqua en cette dernière année, pour son frère curé de Saint- Gence , un fort beau calice de vermeil , orné sur le nœud ou olive de la tige de huit médaillons d'apôtres

peints en émail, parmi lesquels ondistinpe saint Jean, :Saint Paul , etc. Sur le pied est un écusson à trois pointes dont le fond est d'un azur éclatant. Au milieu, chevron d'or cantonné de trois tétes en <;amation«Bt k cheveux blancs hérissés ; ces tétes me semblent être les armoiries parlantes des Poillevé ou poik levés. On lit autour : Imago Dei vivi. Tout près est ciselée une crucifixion. Au pied de la croix , la sainte Vierge entre deux autres femmes tient le corps de son divin fils sur ses genoux. Sous le pied de ce calice, fort curieux par sa forme et son travail , on a gravé : Jehan Poylevé, curé de Samt-Gence, 4555. Ce calice appartient à Téglise de la Mission de Limoges. Les rôles des tailles citent les noms de François et Bonaventure Poillevé ; je suis tenté de croire que François est le prénom de Témailleur auteur de ce calice, d'après une grisaille de M. Germeau, portant les initiales F.P. jointes au monogramme MA., adopté par un autre Poillevet qui signe en toutes lettres.

Nous avons de ce dernier un grand Christ en camaïeu sur fond noir, daté de 1694; il est au Musée. }'ai vu deux autres émaux de cet artiste peints en couleurs : l'un appartient à M. Jh Audouin , ancien maire ; il représente la Résurrection ; il est de grande dimension, comme le crucifix ; le rouge et le jaune y dominent. Les œuvres connues de ce Poillevet sont médiocres. Poylleuet fecit.

Uti plan colorié des environs d'Âixe» oh figure un tnoulin de Poilkvé , ^t ou brillent les couleurs jaune et rouge, doit avoir été exécuté par cet émailleur; il ^'conservé aux archives départementales. Le terrain duChamp-de-Mars actuel, qui s'étendait de Saint-Mar* tin-des-Feuillants k la Maison-Dieu , a porté jusqu'à nos jours le nom de terres de Poillevé ; cette famille, considérée à Limoges, est citée sur les rôles des tailles et sur le registre des souscriptions pour la fondation du Collège. Un Jean Poillevé , seigneur de Bondi , payait 14 liv.; un autre, chanoine de la cathédrale, souscrivit pour 20 écus d'or au soleil.

EiiEriNE MERSIËR. — Je place avec hésitation le nom d'Etienne Mersier parmi ceux des émailleurs Li* mousins , et je donne des raisons pour son admission dans leurs rangs, n'ayant pins sous les yeux les pièces de conviction qui me fixèrent précédemment. Aux pieds d'un saint Paul en grisaille Meuâtre est age^ nouille un personnage en haut de cliausses , la fraise au cou , qui, les mains jointes , adresse à l'apôtre des Gentils une prière écrite sur un ruban sortant de sa bouche : Orapro me, Etienne MERSiER.Cet émail était cintré par le haut , ainsi qu'un autre tout semblable pour le dessin et la manière de l'artiste, en camaïeu plutôt bleu que noir; les nus des figures étaient couleur de chair; quelques arbres et plantes

rehaussés ^e jaune et de vert donnaient h cette peinture un cachet tout particulier : elle représentait la Conversion de saint Paul. Or, ce saint n'étant pas le patron d'Etienne Mersier, ce ne peut être lui qui l'invoque k deux genoux.

Je vis aîtt même temps, chez M. René Ruben, un çoffiret de bois doré, d'un demi-mètre de largeur, orné d'émaux sur son couvercle et dans douze compartiments de ses côtés, oii étaient peints les douze Apôtres. Ce couvercle offrait l'aspect d'un Calvaire avec trois croix : d'un côté, saint Pierre pleurant ; de l'autre, saint François recevant les stigmates. Sur le penchant de la montagne , cerfs , chameaux , chèvres , lapins ; aux bords d'un ruisseau, canards, cygnes, cigognes. On reconnaissait sans peine, en les comparant, l'ouvrage de l'auteur des deux saint Paul sur émail, même ton bleuâtre dans la grisaille. Les initiales £M, entrelacées au milieu d'un écusson bleu entouré de laurier, me firent croire que c'était le monogramme à* Etienne Mersier. On a de lui deux médaillons , Josaphat et Âsa , rois de Juda, k cheval.

. Des relevés des rôles de 1624 et 1655 m'ont fait connaître les noms de Bonin et à* Antoine Terrasson, émailleurs; ce dernier, mal lu, a été converti en Antoine Lemasson , qu'il faut rayer. L'orthographe négligée de ces rôles porte tantôt Tarason, tantôt Tarasin ; sur deux copies que je possède , je lis :

c Lansecot, Anthoine TarasoD. esmailleur, 5 liv. > Sur la plus récente : c Laneequot, AntoîDe Terrasson, > SO sols. > C'est peut-être le même peintre désigné au registre du Saint-Sacrement par le prénom seul i* Anthoine.

Un émail en forme de poire , où est peint un saint Pierre, dont le revers est gris rose pâle , marbré, est signé MARTIAL.MENOT, 1666. (C'est le nom d'une famille d'Eymoutiers.)

MILHET. — € Aujourd'hui, 13 novembre 1676, a esté enterré dans le cimetière de Saint-Paul, dépendant de la paroisse de Saint-Pierre , Melcjiior (Melchiol) Milhet, (peut-être Miller) émailleur, natif de Bavière. > Amené sans doute k Limoges comme apprenti par quelqu'un de nos émailleurs en relations avec l'Allemagne , Bernard Limosin ou Pierre Reymond.

GÉROME. — Gérôme, émailleur, est porté sur une liève des redevances dues au chapitre de Saint-Etienne et au prieuré de Saint-Gérald pour une dime sur le clos des Vimières, 1711. Cette date m'empêche de lui attribuer le beau portrait de Matthieu Mole, en robe noire , col rabattu , devant un rideau violet rehaussé d'or; au second plan, baigneur, cavalier; au bas, écusson écartelé, lions, croissants et étoiles d'or; avec l'inscription : Messii^ Matthieu Mole, chev., cons. du roy , premier présid. au Pari, de Paris. EG, 1656;

revers rose pâle , collection de M. Tailltfer, et le saint Jean de M. G. Recalés, revers lilas pâle, E6» 163S, Girôme pourrait cependant avoir survécu cinquante-cinq k cinquante-six ans à ces deux ouvrages*

Noël LAUDIN. — La famille des Laudin (^re les mêmes complications que celle d^ Limosin. Noël Laudin Vaine figure sur les registres de l'état civil de 1607 et 1608 comme parrain. 11 épousa , le 12 juillet 1648, Françoise Mouret, et habitait la rue du Collège, la maison n® 9 actuel; son beau-frère, Pierre Bersoire, devait en commun avec lui une rente au chapitre cathédral sur une maison située rue Torte, appartoiant k leurs femmes , rente payée exactement de 1615k 1627. Noël Laudin est aussi inscrit au rôle de 1602. Il mourut le 2 avril 1681, âgé de quatre-vingtquinze ans. (Reg. de Saint-Maurice.)

Un autre Noël Laudin , son pelit-fils et filleul, est connu par ses ouvrages ; il épousa Valérie Riboulé, Ribouillé ou Gribouillé, qui mourut en 1720;. cet émailleur fut enterré le 28 octobre 1727, âgé d'envi^ ron soixante-dix ans ; il habitait le faubourg Bouche" rie; il était le frère de Valérie Laudin.

Noël Laudin , auteur d'un portrait très ressemblant du pape Benoit XIV, que lui avait demandé le cardinal de La Rochefoucauld , fut protégé par le régent Philippe d'Orléans , qui se plut k le faire travailler

devant lui ; on a mëoûie dit qu'il avait été son maitce de dessin.

Le chef-d'œuvre de ce maftre est, k mes yeux , les beaux cartons d'autel de la cathédrale , oii il a peint la mort d'Âbel , le sacrifice d'Abraham , les noces de €ana , l'adoration des Mages et Jésus-Christ sur la croix , avec les prières latines pour la célébration de la messe. Le bon goût des ornements, presque en relief, de la parure de la mariée, la fraîcheur du coloris, la transparence de l'émail, justifient la réputation de ce peintre. Le médaillon de seize centimètres de diamètre que je cédai au Musée de Limoges, est aussi une œuvre remarquable. L'empereur Auguste y est représenté k cheval ; les mains et le visage sont supérieurement rendus. Ses nombreuses productions sont signées NL. Plaques, tasses, soucoupes k anses, au Louvre, Musée deCluny, collection de Bruges; médaillons, bénitiers, etc. On voit souvent le N lié avec le L par une diagonale ; souvent le N a l'apparence d'un I joint a un L, et quelquefois un point sur cet L

Ce monogramme IL peut être attribué k Jean , Jacques et Joseph Laudin^ qu'on ne distingue que par la couleur des revers de leurs émaux. Noël avait choisi le gros bleu.

Jacques LAUDIN l'aîné, né en 1627, mort le 16 mai 1696. (Reg. de Saint-Maurice.)

Jean LAUDIN, dont on a a tort confondu la signa-

ture avw celle fle Jehcm Limosin. Né en 1646, il' mourut âgé de soixante-douze ans , et ftit enterré a Saint-Maupice, en la Cité, le 5 novembre 1688. Jean Laudin Tainé habitait le faubourg Manigne. On lit cette adresse sur un grand médaillon convexe, la Vierge et Jésus enfant. Revers violet foncé.

Antre Jacques Laudin, frère de Noël, né en 1663r (Saint-Pierre), mort et enterré paroisse Saint-Maurice, le 8 novembre 1729, âgé de soixante-six ans ; fut paprain d'un de ses neveux , fils de Noël , mort le 20 mai 1699. Jacques devait être associé de son frère. Le rôle des tailles de 1718 porte : Laudin frères, émailleurs.l^ey ers gris cendré.

Joseph LAUDIN, enterré k Saint-Maurice le 28 novenabre 1727. Un très grand nombre d'émaux offrent le portrait de saint Joseph , patron de cet émailleur, qui a dii peindre ce sujet de préférence. Joseph demeurait à rentrée du faubourg Boucherie, dan$ une maison où mourut , il y a environ quarante ans , une dame du nom de Laudin. Le collège des Jésuites, ayant une façade proche de ce faubourg , il n'y a point ie contradiction entre les inscriptions près des Jésuites et faubourg Boucherie.

On connaît de fort jolis émaux de ce maître : à Limoges, chez M. AUuaud, ancien maire » gobelets fond bleu clair et soucoupes : Sémiramis, Zénobie^ Arria , etc.; chez M, ?• Perler, saint Eloi mitre, te-

nâotun marteau, 1711 ; sainte Famille; a notre Musée, saint Martial, sainte Valérie, d'un travail très soigné. Lai Folie, écrîtcfire; chasses et pêches sur plaques, tasses et soucoupes; bourseis , portrait d'Ëléonore Galigâï, au Louvre. A Ângouléme, charmantes sou* coupes : Jaiiel en robe blanche et voile vert , armée d'un maillet; Judith, robe rouge, .manteau bleu', temnt la tête d*HoIophemè, bordures en relief, fond bleu foncé. Chez M. Callaud , Jahel et Sisarà; oh Kt au bas : IVGES. III. Chez M. Taillefer, k iMo- -%es j le même sujet , et la mort de Mariamne sur des soucoupes; belle Charité romaine, sainte Agnès, saint Joseph, la Flagellation, trois personnages, .beau coloris. Revers ii7as7»ar6ré.

. Nicolas LADDIN. — Nicole^ Laudin, émaifleur, né en 1628, mort en 1698, enterré le 14 avril, k Tâge de soixante-dix ans. .

Autre Nicolas Laudin, mort âgé de cinquantedeux ans , enterré le 27 mai 1749, k Saint-Maurice, né en 1697. Un émail de cet artiste m'a été donné ))ar la dernière descendante de la famille Laudin, madame Blondeau, k qui j'ai en quelque sorte fermé les yeux. Elle mourut en 1852, âgée de plus de quatre-vingl-dix ans. Ce petit tableau réunit les procédés et les.marwères de plusieurs émailleurs. Une partie est en grisaille ; la tête de la sainte Vierge , le Saint-Es-

pAt JiriUaoi mur sà poitrine, soai d'un dessin soigaé ^ d'un émail tfansparent; rencadrement est emfkié d'énail épais avec des relidTs imitant des pierres fines ronges et jannes. On lit au bas : Interiora Virginis, NL.

Nicolas Laudin a laisse plusieurs peintures sur yélin, entre autres une copie de rAssomptionqueRubens fit pour les Jésuites , et qui orne encore leur église du Collège; M. Guybert la Beausserie en est possesseur, et de quelques autres peintures du même. Le Musée con$erve une Décollation de saint Jean du même auteur ; une Descente de Croix de grande dimension, qui est entre les mains d'une des héritières de madame Texandier, porte sa signature, et la date de 1747. N. Laudin. On retrouve dans ses tableaux sur vélin la même touche et le même coloris que dans ses émaux. Une sainte Catherine en extase, un saint Pierre, une Vierge avec l'enfant Jésus , un saint Thomas-d'Aquîn sur fond bleu semé d'étoiles d'or, un saint Dominique son pendant, et un saint Etienne, m'ont paru les meilleurs de ses ouvrages en émail , au moins parmi ceux restés k Limoges.

Pour distinguer autant que possible les œuvres des Laudin, j'ai fait une étude particulière de leurs revers. Ceux de Noël sont gros bleu, ceux de Jean rouges, et ceux de Nicolas d'un gris lilas terne et marbré. C'est a ce dernier qu'il faut attribuer ces portraits de femmes

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vêtues d* étoffes sombres rehaussées en or sur fond bleu de ciel (1). Un de ces portraits le mieux fini, car il y en a sans dorures, représente une femme coiffée d'un bonnet de velours rouge brodé d'or; ses manr ches et sa ceinture étincellent de pareilles broderies. En comparant ce portrait avec les médailles de Jeanne d'ÂIbret , j'ai cru y reconnaître les traits de cette reine de Navarre , vicomtesse de Limoges. Une sainte Valérie décapitée présente les mêmes caractères , mêmes dorures , mêmes lettres de Tinscription, même revers.

Valérie LAUDIN. — Valérie Laudin., sœur de Noël , était née en 1622, et demeurait rue du Collège. Elle avait eu treize enfants. Je tiens cette particularité de madame veuve Blondeau, petite-fille et filleule de Noël Laudin, Valérie mourut en 1682, et fut enterrée le 19 décembre, k Saint-Maurice. Je connais d'elle un émail bombé où sont peints sainte Elisabeth et saint Léonard sous un portique inondé de lumière et touchant aux nuages. Saint Léonard tient des menottes ; k ses pieds est un enfant agenouillé tendant les mains vers lui. Aux pieds de sainte Elisabeth est couché sur la paille un mendiant dont la tête est entourée de linge et qui s'appuie sur une béquille. Le revers de cet émail est incolore.

(1) Deux petits émaux, un Ecce Homo et uue Mater Dei d'un travailsoigné et pour ainsi dire 2^c^, signés IL, Laudin, émaillieur i Limoges , ont un revers gris cendré.

Je n*ai Irouvé aucune trace d*un Henri Laudin; un Martial Laiidin habitait, en 1758,1e faubourg Manign$. En 1671, André Laudin, seigneur, marquis de Gbâteauneuf et de la Linguayne, était juge au présidial de Limoges.

Jacques NOUAILHER. — Le nom des Nouailher ai varié suivant les époques et le plus ou moins d'aptitude k récriture des émailleurs qui Tout porté (1). Jacques Noalher, baptisé le 5 avril 1605 , était l'époux de Marguerite Coignasse, enterrée k Saint- Pierre le 50 octobre 1680. Les deux époux figurent comme témoins dans un acte de 1670, oii Jacques est qualifié marchand cmailleur, fils de Pierre et de Narde Guybert ; il est signé fait à Limoges, par Jacques Noalher, rue Magninie; il avait une sœur, nommée Catherine, baptisée en 1607. Pierre, son père, est coté au rôle de 1602, n® 572, 2 écus 18 sols; en 1655, 5 liv. 5 sols. — Adoration des bergers , au Louvre ; tasse à anses , M, de Bruges.

Martin NOYLIER. — Martin Noylier, émailleur, reçut, le 16 juillet 1640, l'investiture des chanoines réguliers du prieuré de Saint-Gérald , xt^ 87 de leur registre, pour une moitié de maison par lui acquise

(1) Les Nouailher sortaient de Yauteaux; des actes antérieurs a 1426, tcrriors delà Ri>glc, en citent plusieurs.

de dame Maureille Second , veuve de Nicolas Colus* son ; l'autre moitié lui appartenait du chef de sa femme Marie Maury , au cens de 4 sols , avec tous droits , devoirs , etc. Signé Sougier, notaire. — Le 30 novembre 1634 , Martin Noylier avait vendu sa maison de la rue Grande-Pousse (Puisa) h B. Toulhon, qui en reçut l'investiture du prieur de Saint-Gérald ; il portait le surnom de Chabrou , acte de 1698 , transmis k ses descendants, et payait 9 liv. de taille en 1635. Le monogramme N.M. pourrait lui appartenir ; on a vu , en effet , souvent faire passer le prénom après le nom de famille. — Le C.N. inconnu voudrait-il dire Chabrou Nouailher ?

Pierre NODAILHER. — Pierre Nouailher l'aîné, dit Chabrou, naquit en 1657 ; sa femme était de la famille Jayat ; il a daté ses ouvrages de 1686 k 1717; il mourut cette dernière année, et fut enterré le 4 août au cimetière des Arènes. Deux maisons de la rue Boucherie étaient portées au nom de demoiselle Jayat , épouse de P. Nouailher, pour payer le cens. M. d'Agincourt en parle avantageusement dans son Histoire des arts. Il a laissé quelques bons émaux : un saint Paul en grisaille ; un saint Simon , Chananœus apostolus, venant de madame Blondeau , aujourd'hui chez M. Taillefer, place des Bancs, aussi en grisaille ; une soucoupe, Orphée; une tabatière , Salmacis et Her-

jnophrodite, chez M. J« BoUe; plusieurs saiut Berre plus ou moins soignés , etc. Pierre Nouaillier a signé Noualiher un Salmtor mundi, de la collection de M. René Ruben, de Limoges. — Sainte Françoise de Chantai et saint Augustin : Je l'ai choisie et la choisirai encore , émail cassé , et un émail ou sont deux personnages agenouillés l'un devant l'autre , les mains croisées ^ saint Vincent de Paul et un seigneur vêtu comme au temps de Louis XIV , habit bleu doublé dé rose, revers bleu marbré. P. Nouailher Vayné, émailleur. — Pierre Novailher, 1686, grisaille, miracle de la Multiplication des Pains; J.-G. et saint Martial. — Saint Jude, médaillon; plateau , soucoupe, au Louvre.

Joseph NOUAILHER. — Joseph Nouailher jeune, rue des Pousses, vivait k la même époque; les comptes du chapitre cathédral mentionnent quelques ouvrages de lui en 1726. — Auteur d'une grisaille , saint Martial , Multiplication des Pains , 1686.

Martial NOUAILHER. — Martial Nouailher, de 1720 k 1735 , époux de Marie Soudanas , fut le père de Berff^ard Nouailher.

Bernard NOUAILHER. — Bernard Nouailher l'aîné fut baptisé k Saint-Pierre, le 30 janvier 1732 ; il a signé Bernard N. un émail oblong représentant

un Ecce iTomo colorié sur ud fond noir; sa signature est écrite en lettres jaunes dans le cadre. M. Manent, maire du Petit-Limoges, en était possesseur.

Bernard NOUAILIHER. — Bernard iVoMatKAcr, Nouailhers jeune, en 1748, ayant perdu son frère et sa femme, se mit k signer Bernard éné {aine), neuf {veuf) ; revers violet marbré (rouge et bleu), sur un saint Pierre, bénitier. Il était mieux inspiré quand il ne signait que son prénom et une initiale, comme sur un saint Léonard placé entre un 'prisonnier et une femme enceinte.

Jean NOUAILHER. — Jean Nouailher, patron d'une vicairîe de Saint-Pierre-du-Queyroix,enl737 et 1739, époux d'Anne Gay, demeurait rue Manigne, sous V Oratoire, ce qu'il a inscrit sur des émaux de 1748. 11 mettait en abrégé le nom de Limoges, à L.m.g. Deux médaillons de lui chez M. Martial Audoin , un JE'ccc Homo e( une Mater dolorosa. A Angouléme, un enlèvement d'Hélène, la Vierge k la rose. Saint André. Sur un saint Pierre , médaillon. Bat. Nouailher, à Limoges. Râpe, sacrifice d'Abraham , Adoration des Mages.

J. B. NOUAILHER. — Les détails sur ce dernier àe& Nouailher sont plus abondants. J.B. était fils d'un autre Jean-Baptiste dit Chabrou; il porte lui-môme ce

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surnom dans un acte de 1766. II naquit en 1752 , se maria le.âO juin 1774 à Anne Gaston, demeura d* abord au bas de la rue des Grandes-Pousses, et plus tard près de la Fontaine-des-Barres. Il était petit et contrefait, professeur de dessin , et mourut le 2 novembre 1804. Cet émailleur, maltraité par la fortune autant que par la nature , se livra k la peinture bien plus qu k l'émaillerie tout-k-fait déchue. II fit en 4766 deux instruments de paix pour le séminaire , dont il rédigea ainsi la quittance, c J'ai soussigné, re-

> connois avoir reçu de M. Sicelier, économe du sémî-

> iiaire de Limoges, la somme de six livres, pour i deux images k mettre dans des cadres de cuivre, i pour servir d'instruments de paix. A Limoges , ce » 16 mars 1766. Signé Nouhalier.

En donnant une autre quittance, jointe aux comptes du chapitre de Saint-Etienne, il reçut le 20 juin 1774 21 liv. pour les écussons du service du roi Louis XY, comptés par le grand-chantre Ardant, et 21 liv. pour les mêmes fournitures, de Tévéque de Limoges , qui payait sa moitié de certaines dépenses dans la cathédrale. Le 2S avril 1778, on lui donna 12 liv. pour vingt-six écussons du service de M. Duplessis d'Argentré, frère de Tévêque du même nom. Il avait signé la première quittance Nouhalier ; il signa la seconde : Reçut la somme ci-dessus. — Nouhailler, pintre.

Cette iporance de Tofthographe, marque d'une éducation négligée , défaut trop commun jadis , même dans les rangs élevés de la société , n'empêchait pas Nouailher d'avoir de l'imagination et de montrer du goût dans le choix de ses sujets peints sur émail ou sur toile.

Une idée ingénieuse et religieuse tout k la fois lui inspira une petite composition de onze centimètres de haut sur huit de large, encadrée de fleurons blancs en relief sur fond noir. Au milieu , Jésus , dont la tête couronnée d'épines vertes est ceinte de rayons d'or, revêtu d'une tunique de pourpre rosé, plie sous le poids d'une énorme croix de bois gris ; un de ses genoux touche la terre ; une de ses mains , appuyée sur l'autre genou , aide l'épaule droite k soutenir son lourd fardeau retenu par la main gauche; son visage exprime une divine résignation. Le fond du tableau est rempli d'une centaine de croix de la même couleur grise l portant toutes une inscription en lettres d'or : Mor ladies, douleurs, humiliations, perte de biens, affronts, sécheresse, mépris, injures, afflictions, calomnies, contradictions, martyre, peines d'es-' prit, adversités, mx)rtifications , outrages , persécucutions , procès , opprobres , scrupules , disgrâces , jeûnes, austérités, etc. Sur la croix de notre Seigneur, on lit : Il s'e^t chargé de nos douleurs; et au bas du cadre : Si quelqu'un veut venir après moi, quil porte sa croix et me suive.

J. B. Noualhier apeint mt un autre émail, de onze centimètres de largeur sur huit de hauteur, un sujet tout philosophique. C'est une allégorie ou plutdt un recueil d'emUèmes sur la mort et la fragilité de la vie humaine. Le fond de ce petit tableau est d'un bleu noir, ainsi que le revers. Sur une table de bois gris, recouverte en partie d'un linceul blanc , est posée une tête de mort vue de face, rehaussée de filets d'or; h droite, une faux et quatre livres reliés et dorés sur tranche» dont un est ouvert; k gauche, un sablier, une chandelle étemte, une sonnette; dans le milieu du linceul est écrit :

Souuiens-toy que tu n'es que poussière ^ Et que tu retourneras en poussière.

Au bas de la table , sur l'extrémité du linge blanc , est étendu un cadavre déjk défiguré par la putréfaction, au-dessous duquel on aperçoit un lambeau d'étoffe rouge et bleue. Un léger filet d'or et une baguette blanche forment l'encadrement; et l'émailleura copié de sa main dans le blanc mat de l'émail , qui se rapproche beaucoup de la porcelaine, ces deux strophes de Malherbe , dont je donne l'orthographe exacte :

« La mort a des rignears à DoUe aatre pareilles :

> On a beau la prier,

« La eruelle qu'elle est se bouche les oreilles

» Et nous laisse crier.

» Le panure en sa cabanne oii le chaume le couure

Est suiet à ses loix, » Et la garde qui ueille aux barrières du Lout|re

> N'en deffénd pas nos roix. »

J'ai comparé cette écriture avec celle du beau panonceau que j'ai cédé au Musée, qui fut fait par J. B« Noualhier pour quelque établissement de bienraisance. Il y a peint, en effet, un cceur rouge enflammé au milieu d'une courouoe d'épines, de rayons d'or et de nuages gris. Le fond est noir-bleu ; un léger encséftment d'arabesques et de têtes de diéralHOS sépare le cœur d'un autre fond blanc mat , oii on lit les noms de dames religieuses; au-dessus du cœur, le mot Charitas en gros caractères ; c'est biei; l'écriture connue àt Nouailher (1),

J. B. Nouailher est l'auteur du pano^au de la C(Hn* munauté des Notaires , donné par M. fournier, so^

(1)J. fi. Nouailher avait promis , en 1765, k M* Desmaretsdes détails sur la fabrication des émaux , Thistoire d^ ses progrès et de ses modifications. Les Ephémérides de 1766 devaient publier cette notice, avec la suite des manipulations de cette peii^re et rindicatioii des principaux ouvrages des émailleurs existant alors ; mais ce livre annoncé ne parut pas. Les recettes signées de lui , que nous avons données plus haut, étaient peot-6tre destinées à M. Desmarets.

doyen. Van 1770. (Saint Jean révangéliste a la Porte Latine.) M. Fournier, conseiller, est possesseur de cet email de famille.

Il existe un tableau de sa main sur une cheminée d'un appartement du rez-de-chaussée de la maison de M. Jh Audouin , boulevard du Collège. Notre émailleur, apprenant que le propriétaire de cette maison , rj)uvellement bâtie , faisait faire des tableaux pour la décorer, vint avec empressement lui offrir ses services; et se plaignant que l'industrie étnaillëre était tombée, obtint la commande d'un tableau dont le prix fut fixé h 150 iiv. Cette toile a un mètre trente-trois centimètres de hauteur sur un de largeur. Le Temps y est

représenté détruisant des monuments avec sa faux ; l'Histoire, nue comme la Vérité, appuie un livre sur les ailes de Saturne , et écrit avec une plume qu'elle tient k la main. Au dernier plan, h Mémoire, entourée

de rayons lumineux, enchaîne l'Histoire par des guirlandes d6 fleurs.

Il y a Ik un certain talent dans l'agencement des figures comme dans leur exécution , et Ton ne peut y méconnattre de l'imagination cultivée par l'étude, faculté inconnue d'ordinaire aux gens illettrés.

J'ai tout récemment acquis de cet émailleur deux petits cadres bombés : sur l'un est peinte une copie de la Vierge à la chaise , un Ange gardien , une sainte

Thérèse : Ou sovfrir, ou movrir, et un joli saint MartiaL

Les portraits de Dagueçseau, de Turgot et de M. de Tourny doivent être de cet émailleur, vu leurs dates. Au Louvre , plaques , tasse , couvercle de sucrier.

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